Les industries créatives et culturelles en France représentent 74,6 milliards d’euros

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Publié le jeudi 7 novembre 2013

Etude

Neuf mois de travail. C’est le temps qu’il aura fallu à l’équipe d’audit d’Ernst & Young pour dresser ce très attendu premier « Panorama des industries culturelles et créatives en France ». En chiffre d’affaires, elles représentent plus que le secteur automobile.

Présenté en avant-première hier soir, le document de 76 pages est truffé de chiffres (année de référence : 2011). Premier d’entre eux, le chiffre d’affaires global des 9 secteurs composant cet univers culturel, 74,6Md€, soit plus que l’industrie automobile et presqu’autant que les télécoms. Vient ensuite celui des emplois, 1,2 millions, soit 5% du marché intérieur ! L’objectif est avoué, il s’agit d’une démonstration de force du monde des contenus.

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Salle comble hier soir à la Sacem pour une soirée chiffres

Instigateur de l’opération, « locomotive » du projet, le directeur général de la Sacem, Jean-Noël Tronc, ne s’en cache pas ; il s’agit de faire changer le discours et pour cela de montrer combien ça pèse et quels sont les enjeux. En ligne de mire, le nouveau Parlement européen qui entamera sa mandature en 2014.

La contre-offensive des contenus

« Cette étude est partie du constat d’un paradoxe : alors que les secteurs culturels, et leurs productions et services, sont au cœur de la vie et des usages des Français, leur réalité économique est méconnue et donc nécessairement sous-estimée ». D’où l’objectif “pédagogique” de décrire et de quantifier leur apport économique et en emplois. A l’arrivée, le message est simple : « les industries culturelles et créatives sont un vecteur d’emplois et de croissance important pour notre pays ».
La stratégie n’est pas nouvelle et annoncée depuis quelques mois, démontrer que l’avenir — notamment celui des européens — passe par des industries culturelles renforcées et motrices… avec la France comme premier bon élève. D’ailleurs, les leaders sont conviés pour faire poids : Universal, première entreprise de production et d’édition musicale au monde, Hachette, deuxième groupe mondial d’édition, UbiSoft, troisième éditeur mondial de jeux vidéo,… Mais la démonstration ne se limite pas aux grandes entreprises et le discours appuie sur l’aspect non délocalisable des emplois qui, de plus, irriguent l’ensemble du territoire français… avec un potentiel d’attrait bien supérieur à ceux, équivalents, du BTP ou de la restauration.

A ce niveau, une petite surprise. Avec plus de 300.000 emplois, c’est le secteur des arts graphiques et plastiques qui tient la tête, devant le spectacle vivant (267.713). Côté économique, c’est la télévision (14,9Md€) qui mène devant la musique (8,4Md€). Car au-delà des chiffres globaux, l’essentiel du document est composé par les neuf monographies sectorielles : arts graphiques et plastiques, musique, spectacle vivant, cinéma, télévision, radio, jeux vidéo, livre et presse. Le tout reposant sur une démarche conquérante, convoquant le Rapport économique de la Commission européenne sur le compétitivité « entre 2000 et 2007, le taux d’emploi a cru de 3,5% en moyenne par an dans les industries créatives, contre 1% pour l’ensemble de l’économie de l’UE » ou le Rapport Gallois de novembre 2012 « les industries culturelles sont un des pôles d’excellence mondiaux de la France »… avec, en regard, les dépenses culturelles et de loisirs qui représentaient, en 2011, 8,4% des dépenses de consommation des ménages français et 4% du PIB, plaçant la France au deuxième rang du G8, derrière les États-Unis.

Des chiffres pour la musique

Doublement traité, le monde musical est présent dans deux monographies, celle de la musique évidemment, mais aussi celle du spectacle vivant « un marché porté par le spectacle musical, qui doit faire face à la baisse des subventions publiques » pesant 8,4Md€. Redondance ? Oui, mais assumée. Comme l’explique Marc Lhermitte, responsable de l’équipe qui a réalisé l’étude chez EY, chaque monographie est complète, mais les cumuls globaux évacuent les doublons (pour 5Md€ sur le total de l’étude).

Côté musique donc, le secteur est décomposé en quatre pôles : les métiers de la création (auteurs, artistes,… mais aussi techniciens, luthiers, conservatoires) qui emploient près de 200.000 personnes, celui de la production et de la distribution de musique enregistrée, celui du spectacle vivant musical, lui-même composé d’une branche “actuelle” et d’une branche “classique” et, en dernier, celui de la diffusion, la découverte et l’écoute de la musique (radios, télés, discothèques, matériels audio, presse spécialisée). A l’arrivée, un chiffrage de 8,6Md€, dont 6Md€ en direct et 2,6Md€ en connexe.

Des chiffres que Marc Lhermitte qualifie de « prudents », prenant l’exemple des discothèques où le compte s’est limité à deux emplois par établissement (le DJ et le gérant)… tout en évoquant pour l’ensemble « une étude ultra compliquée » car pour cette première « les chiffres on en trouve, mais partout et de tout ». D’où la longueur du travail nécessaire à la constitution cohérente de ce panorama, étayé de nombreuses interviews, préfacé entre autres par la ministre de la culture et de la communication, et qui devrait faire l’objet d’une remise prochaine au président de la République.