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Article mis à jour le mardi 27 mai 2014
Article créé le mardi 13 mai 2014

 
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Interviews

"Les entreprises dans le secteur culturel ont toujours existé"

Entrepreneurs, professionnels de l’accompagnement ou institutionnels, comment conjuguent-ils au quotidien culture et économie ? Entre sphère publique et économie sociale, ils font vivre une troisième voie, celle des entreprises.

- Steven Hearn, président du groupe Scintillo,
- Jacques Chabrillat, formateur, Agecif
- PhilippeTilly, DGMIC
- Géraldine Dallaire, fondatrice de l’Adecc
- Sandrino Graceffa, fondateur et dirigeant de Smart
- Myriam Faivre, fondatrice et directrice de la CAE Clara


Steven Hearn

"L’objectif de ce rapport est d’ouvrir le débat !"

Fondateur de l’agence Troisième Pôle, il est aujourd"hui président de Scintillo, holding du secteur culturel (DSP La Gaîté lyrique, Détroit médias - Tsugi, Le Trabendo, Reggae Vibes -, Le Saint-André-des-Arts…). Il est l’auteur du rapport sur le développement de l’entrepreneuriat culturel en France, qui sera rendu public fin juin 2014.


- Comment s’est formalisée la mission de réflexion sur l’entrepreneuriat culturel ?

C’est en fait mon parcours d’entrepreneur culturel qui a permis d’imaginer cette mission. Depuis l’an 2000, l’agence d’ingénierie culturelle Le Troisième Pôle, que j’ai créée, a mené des études de faisabilité pour différents projets, comme la Condition publique à Roubaix ou la Cartoucherie à Bourg-lès-Valence. Nous nous sommes développés très vite, profitant aussi de notre contemporanéité avec le rapport de Fabrice Lextrait, Les Nouveaux Territoires de l’art, qui mettait notamment en lumière les expériences de friches, de transformations de lieux soutenues par le FEDER. Mais, peu à peu, cela a créé de la frustration : je voulais participer concrètement à ces projets, pas seulement accompagner leur définition et leur faisabilité ! C’est de là qu’est venue l’idée de répondre à l’annonce publiée dans Télérama pour la délégation de service public de la Gaîté lyrique : ne pas être seulement un consultant culturel, mais aussi un acteur culturel. Cette mission, c’est aussi le résultat de rencontres, de projets, de collaborations, parfois désordonnées, qui ont amené à d’autres activités, comme la gérance du magazine Mouvement, le projet autour du cinéma le Saint-André-des-Arts, mais aussi dans les médias, avec Détroit Média (Tsugi, Reggae Vibes, Le Trabendo).

- Par ce parcours, vous étiez tout désigné pour mener ce travail de réflexion.

La rencontre de tous ces acteurs et modèles économiques différents m’a donné une vision élargie de l’entrepreneuriat culturel. Quand à l’Élysée et au ministère de la Culture, David Kessler et Laurence Engel ont eu l’idée de lancer une réflexion sur le sujet, ils m’ont proposé de la mener pour identifier les freins au développement de ces entreprises qui accompagnent et facilitent la création, rendent possible sa diffusion, en imaginent la transformation. Ce qui m’intéressait, ce n’était pas de piloter une mission, mais d’être interrogé, pour partager mon expérience et mes pistes. Pour que ce travail ait un sens, il fallait éviter qu’il soit uniquement « culturello-centré », la première proposition était donc de mettre au tour de la table le ministère de Fleur Pellerin : innovation, PME, économie numérique… On était en plein dans le sujet. Pendant plusieurs mois, nous avons rencontré beaucoup d’acteurs : des très petites et moyennes entreprises, des grands groupes, des associations, des structures d’accompagnement, des acteurs financiers, des institutionnels et des experts. Nous avons accumulé beaucoup de matière, et la tentation était grande de « déborder », en allant sur des considérations plus générales sur l’entrepreneuriat ou sur la culture en général. Il n’est pas toujours facile de se discipliner, mais pour la clarté du propos, nous nous sommes concentrés sur l’essentiel : le sujet et rien que le sujet… Olivier Saby, mon associé, a été intraitable là-dessus. L’objectif de ce rapport est d’ouvrir le débat en le délimitant : pas de le clore en le noyant !

- Quels sont les freins principaux que vous avez identifiés pour les entrepreneurs culturels, par votre expérience, et par le travail fourni pour ce rapport ?

Les nombreux acteurs rencontrés dans le cadre de ce rapport partageaient les mêmes constats : il n’est pas facile en France d’être un entrepreneur dans le secteur de la culture alors même que la création a besoin de nous ! Même si les choses évoluent pour les acteurs publics et privés, il n’est pas toujours naturel de rapprocher culture et économie. Par exemple, dans le cadre des Assises de l’entrepreneuriat, pas une fois le mot culture n’a été prononcé… et jamais dans les derniers rapports sur l’entrepreneuriat social, la culture n’est citée ! Cela entraîne un isolement des entrepreneurs culturels. Nous sommes peu compris et mal accompagnés par les acteurs traditionnels qui entourent les créateurs d’entreprises. Sur le plan financier, c’est très frappant. Cela rend compliqué le lancement d’activités, et freine considérablement les logiques de développement. Le prêt bancaire est quasi impossible à obtenir… les questions de financement sont un problème récurrent des entrepreneurs du secteur et je m’y étais déjà intéressé auparavant.

- Quelles avaient alors été vos réflexions et pistes de travail ?

Une des pistes était de créer, pour les entreprises du secteur culturel, un fonds de capital-risque. Les financeurs ont une vision de la culture qui se limite encore trop à la subvention et au mécénat. Leur rapport à la culture est d’emblée biaisé : leur seul intérêt économique, au-delà d’une volonté réelle et sincère de soutenir la culture, c’est de défiscaliser. Pourquoi les mécènes ne se transformeraient-ils pas en investisseurs ? Nous avons donc fait le tour des banques, des collectivités…. mais personne ne voulait mettre le premier euro, en prétextant, non seulement que les entreprises dans ce secteur n’existaient pas, mais que si on en trouvait, elles seraient déficitaires ! C’était alors l’explosion des espaces de co-working et des pépinières… Jean-Louis Missika, adjoint du maire de Paris en charge de l’innovation nous a alors judicieusement suggéré de créer un incubateur : à la fois pour accompagner les créateurs, et… pour prouver qu’ils existent ! Le projet Créatis, résidence d’entrepreneurs culturels hébergée à la Gaité lyrique, est né ainsi. Tout ce cheminement préfigurait déjà les réflexions du rapport à venir.

- Cette difficulté à penser une conciliation entre culture et économie vient-elle aussi des entrepreneurs eux-mêmes ?

Ils ont aussi sûrement une part de responsabilité : la plupart se considèrent bien comme chefs d’entreprise mais ne maîtrisent pas toujours les rouages de la structuration entrepreneuriale. Ils sont ultra motivés par leur projet, ils sont moins branchés business que dans le numérique pur, ils sont globalement moins diplômés ou moins formés sur la gestion, ne sont pas issus des écoles de commerce… Leur modèle de structuration est autre, il provient le plus souvent du monde associatif, avec des valeurs fortes sur l’innovation sociale, le sens, l’intérêt général. Ils sont, au fond, proches de l’économie sociale et solidaire (ESS).

- Est-ce lié, selon vous, à une tradition française dans laquelle culture et entreprise ne vont pas de pair ?

Indéniablement. Mais si l’on sort de la vision classique, on se rend compte que les entreprises dans le secteur culturel ont toujours existé, qu’il en existe toujours et qu’il s’en crée chaque année. Prenons par exemple les labels de musique, les tourneurs, les galeristes, les salles de spectacles, certaines compagnies, et même des centres dramatiques qui sont sous statut SARL. Ce n’est pas quelque chose de nouveau. Culture et entreprise ne sont pas antinomiques et ne l’ont jamais été. Mais attention, l’idée de ce rapport n’est pas de privatiser la culture, ni de transformer tout le monde en entrepreneur et d’en finir avec le soutien public à la création ou au patrimoine. Il s’agit de mieux prendre en compte ces entreprises, pour leur permettre de se développer. L’histoire des politiques culturelles en France, où le ministère de la Culture est plus puissant qu’ailleurs, montre que le secteur culturel a été fortement structuré par la puissance publique. Si l’on peut s’en réjouir, cela oriente les manières d’appréhender les choses. La figure de l’entrepreneur n’est pas toujours très bien vue dans le milieu culturel.

-  Dans le même temps, les entrepreneurs culturels ne sont pas encore toujours pris au sérieux par les partenaires classiques des entrepreneurs : banques, fonds d’investissement…

Le groupe Scintillo, que je préside, représente un chiffre d’affaires combiné de 24 millions d’euros, et presque 170 salariés. Pourtant, parmi les premiers investisseurs que nous avons contactés, certains nous ont éconduits en nous qualifiant de saltimbanques ! Quant aux banques, il est très difficile de les convaincre. Bref, que ce soit pour de l’amorçage ou pour du développement, les choses ne sont pas simples financièrement, ce qui cantonne à avoir une vision à court terme, projet par projet, et limite la capacité à se projeter.

- La question de l’accès aux financements est une question centrale de votre rapport. Les choses vont-elles évoluer ? Que préconisez-vous ?

Elles évoluent déjà, mais la logique est inédite en France. Il n’est donc pas aisé de trouver les premiers investisseurs privés, d’où la proposition de créer un outil piloté par la banque publique d’investissement (BPI). Il s’agirait d’utiliser trois leviers : des avances remboursables à taux zéro en cas de succès (entre 0 et 100 K€) sur le modèle du fonds Paris innovation amorçage (PIA), des prêts participatifs avec différé de remboursement (entre 100 et 400 K€) et des lignes de garanties de fonds investis par des sociétés de capital risque (SCR) afin de permettre l’émergence de véhicules d’investissement privés ciblant les entreprises de la culture.

- La BPI est un outil public. Or, actuellement le mot d’ordre est plutôt « 50 milliards d’économies ». La période n’est pas très propice à la création de nouvelles lignes de financement…

C’est pour cela qu’il ne s’agirait pas de demander la création de lignes budgétaires nouvelles, mais de permettre aux entreprises culturelles d’émarger sur celles – existantes - consacrées à l’innovation, et sur celles relevant de l’économie sociale et solidaire. Il ne s’agit pas de financer toutes les entreprises culturelles, ni d’en faire des exceptions. Qu’elle soit sociale, d’usage ou technologique, l’innovation proposée par les entreprises culturelles doit être pleinement reconnue. Un des enjeux majeurs soulevé par le rapport est de ne pas limiter l’innovation à la seule technologie. Quant aux liens entre ESS et culture, il n’est plus besoin de les démontrer. À ceci près que les acteurs culturels ne se sont pas encore pleinement saisis des outils du secteur. En ce qui concerne la structuration, ils sont encore timorés : le choix de l’association - plutôt que celui de l’entreprise, SARL, SCOP ou SCIC -, est encore trop systématique, alors qu’il n’est pas forcément justifié. On peut avoir un objet culturel, et faire purement et simplement du commerce. Dans ce cas, pourquoi être sous statut associatif ? La raison souvent invoquée d’une plus grande praticité et sécurité peut très vite s’avérer contre-productive. Et puis c’est aussi participer au dévoiement de ce qui fait la spécificité et l’intelligence de la forme associative française. Un certain nombre de ces acteurs pourraient tout à fait être reconnus comme des entreprises solidaires, par leur dimension d’utilité sociale, tout en faisant du “business“.

Il existe aussi potentiellement une troisième source de financement : l’épargne des particuliers qui pourrait être orientée vers les entreprises du secteur culturel. La culture bénéficie d’une aura particulière, dont elle pourrait bénéficier dans ce cadre. Et cela pourrait aussi avoir un effet rebond sur les banques, pour les décider à financer les entreprises culturelles.

- Revenons à la question de la structuration. Cela pose la question, un peu taboue, des associations qui sont un peu « borderline » ? On voit bien quels peuvent être les intérêts de préférer le statut associatif à celui d’entreprise.

Il y a des associations qui sont à la limite du commercial, du secteur marchand. Le but n’est pas de les stigmatiser, mais de faire en sorte qu’elles se rapprochent des dispositifs structurants pour être accompagnées dans leur mutation sur quelques années. Ce sont, tout de même, des acteurs qui créent de l’activité et de l’emploi. Il serait stupide de briser ces dynamiques. Et il faut prendre en compte le contexte. Le statut associatif peut venir répondre à des spécificités de publics, de territoires. Chacun ses missions, sa place, son rôle. Il y a une logique pour le lucratif, et une logique pour le non lucratif. Et puis n’oublions pas que, dans certains cas précis, les entreprises aussi peuvent recevoir de l’argent public. Sur ces questions, le rapport, encore une fois, se veut une invitation au débat.

-  L’outil principal pour les entrepreneurs culturels serait donc une aide à l’amorçage ?

Oui, car c’est là que sont les difficultés, et donc les besoins des entrepreneurs culturels. Une fois que l’on a monté un projet qui tourne, avec un modèle économique viable, il est beaucoup plus facile d’avoir accès au crédit, d’aller voir les banques ou des financeurs. C’est d’ailleurs la demande principale de la majorité des acteurs rencontrés. Ils ne demandent pas plus d’argent public, mais un accès au crédit. Ce n’est d’ailleurs pas spécifique au secteur culturel, mais c’est encore plus difficile pour eux que pour les autres !

L’entreprise culturelle est une entreprise comme les autres, avec ses spécificités : des moments de vie et des objets particuliers. C’est comme dans le secteur social. Une entreprise de service à la personne, c’est du business, mais ce n’est pas tout à fait pareil que de vendre des chaussures ou de la papeterie… Pour autant, il serait contre-productif de créer un statut particulier d’entreprise culturelle, ou un label. Puisque ce sont des entreprises comme les autres, les entreprises du secteur culturel doivent pouvoir être intégrées aux dispositifs relatifs à la stimulation entrepreneuriale, à l’innovation, et à ceux relevant de l’ESS. C’est une des préconisations du rapport.

-  Si elles sont des entreprises comme les autres, leurs spécificités doivent tout de même être affirmées, revendiquées et défendues.

Oui, c’est pour cela que nous proposons la création d’une représentation des entrepreneurs culturels. Pour que le travail et le débat puissent continuer, sous une forme à définir ensemble. Est-ce que c’est par la création d’un syndicat dédié, ou par la création d’une section à la CGPME ? C’est aux acteurs d’en décider. Mais les besoins sont là. À titre d’exemple, les chambres de commerce et d’industrie ne sont pas équipées pour accompagner les entreprises culturelles. Ces dernières se tournent alors vers les centres de ressource, comme l’Irma. Les CCI connaissent l’agriculture, l’industrie, les services, mais sont souvent démunies quand on leur parle d’entreprises dans le secteur de la culture. Tout simplement parce que le premier réflexe est de considérer la culture comme relevant de l’associatif, du subventionnement et/ou de l’assistanat. La culture a besoin de sortir de cette spirale antiéconomique. S’organiser, se structurer, c’est aussi formaliser une force de négociation, une capacité de lobbying, pour se faire reconnaître comme des agents économiques à part entière. Et au-delà d’une représentation, il faut également créer des dispositifs structurants, ou accompagner et renforcer ceux qui existent.

-  Comme par exemple les clusters ?

Les clusters sont des outils tout à fait adaptés. Sur les territoires, ils produisent cette dynamique d’association entre acteurs et pouvoirs publics, de mélange d’innovation et de culture, dans une logique de financements croisés. L’échelle régionale pourrait être le bon niveau de réflexion pour la création de clusters. Les régions ont la compétence économique et culturelle, et nous sommes dans un double mouvement de décentralisation au niveau national, et de régionalisation au niveau européen. L’idée serait aussi de pouvoir associer directement les Drac sur ces projets, pour les ouvrir à l’entrepreneuriat. Les lieux de création et les entreprises doivent hybrider leurs approches. Un des premiers intérêts de Créatis (incubateur et espace de co-working), c’est de se trouver dans les locaux de la Gaîté lyrique. Et puis cela permet de tester sur le public les produits ou services de certaines entreprises, et dans le même temps de sensibiliser ces entreprises à la notion de service public. Un autre effet bénéfique de ce type de structuration, c’est la crédibilisation des entreprises. Les partenaires et financeurs sont plus à l’écoute de celles qui sont dans des clusters, pépinières ou incubateurs. C’est rassurant, cela apporte des garanties.

- Tous les points que vous abordez soulignent-ils le manque de connaissance et de communication sur l’entrepreneuriat culturel ?

Il y a effectivement un déficit de communication sur l’entrepreneuriat culturel. Il faut l’intensifier et stimuler la réflexion sur le rôle de ces entrepreneurs. Le rapport suggère la création d’un site Internet ressource sur le sujet. Là aussi, il faut s’appuyer sur l’existant. Le travail mené par le collectif Merci est une bonne base. Sur la question du rapprochement entre culture et innovation, dans une perspective entrepreneuriale, l’événement Silicon Valois devrait être un premier temps fort de communication.


Jacques Chabrillat

"Nous avons besoin d’un véritable patronat culturel !"

Expert en ingénierie financière et budgétaire, Jacques Chabrillat est responsable pédagogique à l’Agecif et du master 2 Développement de projets artistiques et culturels internationaux de l’université Lyon II. Il collabore depuis 15 ans au Moulin, scène de musiques actuelles à Marseille, est président-entrepreneur de spectacles de Combustibles. Il est également membre du CA du Florida à Agen, ainsi que des Eurockéennes. Il participe en tant que personnalité qualifiée, désignée par le ministère de la Culture et de la Communication, aux travaux de la commission 1 « Comptes entrepreneurs et économie des entreprises » du CNV - Centre national de la chanson, des variétés et du jazz. Doctorant en sciences de gestion à l’université de Clermont-Ferrand, il prépare une thèse sur "Les outils de gestion des organisations culturelles et leur appropriation. »


- Vous avez participé, à la fin des années 1980, à un rapport, intitulé Les Nouveaux Lieux culturels, qui réfléchissait déjà sur les nouvelles formes d’organisations dans le secteur culturel. Pouvez-vous nous en dire plus ?-

À la fin des années 1980, le ministère de la Culture s’est penché sur la question des musiques actuelles. Jean-Michel Lucas, qui était au cabinet de Jack Lang, travaillait alors sur le programme Cafés musiques. Je travaillais à l’Arsec sur des formations de gestion, et ayant un pied et demi dans les musiques actuelles, je me suis retrouvé à définir et mettre en place, avec le réseau Agec, le plan de formation national des cafés musiques. Fazette Bordage, qui dirigeait alors le Confort moderne, et Béatrice Macé, des Transmusicales, avaient proposé l’idée d’une étude sur les réseaux de lieux émergents dans les musiques actuelles. Cela a abouti au rapport Les Nouveaux Lieux culturels. L’idée était d’aller voir le fonctionnement de ces nouvelles formes qui n’étaient pas des scènes nationales et n’appartenaient pas aux réseaux culturels traditionnels, comme l’Aéronef à Lille, la Lune des pirates à Amiens, les Trans, le Confort moderne à Poitiers, Terminal export à Nancy (où pour la petite histoire j’avais eu la chance de voir un concert mémorable de Fugazi), l’Hôpital éphémère à Paris… Nous avons étudié leurs projets artistiques, mais aussi leurs logiques économiques et organisationnelles, en essayant d’en tirer des enseignements.

Le ministère avait besoin d’arguments pour pousser en interne la formalisation d’une politique singulière pour les musiques actuelles. Cette étude est devenue, presque à notre corps défendant, la matrice du programme Smac. Il y avait beaucoup d’effervescence autour des cafés musiques, mais ils ne pouvaient pas répondre à tous les enjeux artistiques et culturels. Il m’apparaissait étrange d’avoir mis la focale sur ces formes nouvelles de lieux, qui revendiquaient leur différence, et d’apporter comme réponse la création de sortes de scènes nationales de musiques actuelles… Ce fut d’ailleurs un grand débat entre nous de savoir si nous devions considérer ces nouvelles formes comme nécessairement éphémères et biodégradables, ou comme ayant un caractère durable et structurant.

- Cette première réflexion sur des formes entrepreneuriales nouvelles a-t-elle eu des continuités ?

La réflexion sur le sujet n’est effectivement pas nouvelle, elle est même très ancienne. Dans la continuité de notre travail, on peut mentionner le rapport Lextrait du début des années 2000, Les Nouveaux Territoires de l’art. Celui-ci pose la question de savoir ce qui est dans la logique de la fabrique artistique sans être dans celle de l’Institution. Faut-il structurer, accompagner ou laisser émerger les espaces d’innovation ? Si les réflexions ne se posaient pas directement en terme d’entrepreneuriat dans ces deux rapports, les questionnements étaient proches du travail à venir de Steven Hearn.

- La notion d’entrepreneuriat était encore taboue pour les acteurs culturels ?

Aujourd’hui, quand on parle d’entrepreneuriat, c’est un très beau pied de nez de l’histoire. On nous dit que l’innovation est du côté du marché. L’entrepreneur, ce serait celui qui n’attend pas que la puissance publique lui donne des subventions, ou qui n’attend pas des modèles économiques équilibrés grâce à l’argent public, c’est celui qui prend des risques. Il met son argent sur la table, pour innover. Accepter de l’argent public, pour certains dans les années 1980, c’était déjà devenir dépendants, presque subordonnés au pouvoir politique.

- Ce débat est encore très présent aujourd’hui. Pour les entrepreneurs culturels, il ne s’agit pas de privatiser la culture, mais d’accompagner des dynamiques existantes. Est-ce possible d’accompagner le développement de l’entrepreneuriat culturel sans privatiser la culture ?

C’est une question très difficile… Il faut éviter l’écueil du procès d’intention, et le manichéisme. Chacun peut choisir de monter un projet, quel qu’il soit, un lieu, une boîte de journalisme, peu importe… Il faut à un moment donné se poser la question : « Pourquoi je le fais ? ». On peut tout à fait s’inscrire dans une logique privée, c’est-à-dire considérer que l’équilibre économique se fera sur le registre du marché. Je vends quelque chose à quelqu’un (des formations, des spectacles, des livres, des disques…), ce qui n’empêche en rien d’y mettre de l’éthique et un sens de l’intérêt général. Ce n’est pas une vision mercantile, mais elle repose tout de même sur la capacité à vendre un bien ou un service à quelqu’un. Ou alors on adopte une autre vision de son projet : pour des raisons de contrainte économique (je ne pourrais jamais le viabiliser selon les critères du marché), ou parce que j’ai investi un système de valeur, alors mon activité répond à des objectifs d’intérêt général. Ce qui me fait considérer que je peux valablement solliciter des subventions. Pour moi, une subvention ce n’est pas de l’argent, c’est un financement qui procède de la reconnaissance par la collectivité publique du caractère d’intérêt général d’un projet.

Dans les deux cas de figure, ce sont des entrepreneurs. Une entreprise peut d’ailleurs demander des subventions, mais la notion d’entrepreneuriat repose sur celle de prise de risque personnel. Si je me plante, c’est mon argent, ma maison ou ma bagnole que je perds… Mais je ne pense pas que les choses soient binaires. Il y a de vraies logiques entrepreneuriales, des dynamiques d’entreprise dans des projets qui mobilisent de l’argent public. À l’inverse, des acteurs privés du marché, avec une logique purement commerciale, passent leur temps à chercher des subventions sans y mettre de dimension d’intérêt général… La notion d’entrepreneuriat pour moi, c’est la dimension d’un projet commun, d’une dynamique collective. C’est une « solitude personnée ».

-  Entreprendre pour vous, c’est donc avoir un projet, et le développer ?

Tout porteur de projet est potentiellement un entrepreneur. Il le devient quand son projet se transforme en entreprise, entendue au sens large, c’est-à-dire quand il se met à penser investissement, même de faible montant, organisation, outil de travail, structure de capitaux (que ce soit 1 000 ou 10 millions d’euros)…

- Si la logique entrepreneuriale est présente dans un projet associatif, faut-il encourager et accompagner sa transition vers les modèles entrepreneuriaux ?

La nuance est importante, mais elle ne se fait pas, pour moi, sur la forme juridique. Il existe des associations qui sont de vraies entreprises commerciales et des entreprises commerciales qui s’apparentent à des structures d’intérêt général.

-  Une association serait donc potentiellement une entreprise comme une autre ?

Aujourd’hui, d’un point de vue fiscal, économique et social, il n’y a plus franchement de différences. Les impôts sont les mêmes, les contraintes réglementaires sur l’emploi aussi, et les entreprises sont éligibles aux subventions. La seule chose qui change, c’est la redistribution ou non des bénéfices, quand il y en a. Et donc l’intention initiale de rechercher le profit pour cette distribution.

Ce qui est selon moi à creuser, pour distinguer association et entreprise, c’est la notion de responsabilité, qui permet de passer de l’entreprise à l’entrepreneur. Une association est une entreprise, mais un directeur d’association n’est pas forcément un entrepreneur. Le gérant d’une SAS ou d’une SARL est responsable. Le directeur, président ou conseil d’administration d’une association, c’est plus flou. Surtout dans le secteur artistique, et en particulier musical, où le pouvoir réel n’est que très rarement dans les mains du CA, qui sert d’habillage à l’activité d’un artiste qui ne peut qu’être salarié pour ne pas risquer son régime d’intermittence.

Peut-être est-il nécessaire de refondre le modèle associatif, en travaillant sur la notion de responsabilité. Ce peut être là un critère différenciant entre entreprise et association. Mais on peut très bien ne pas être responsable sur ses biens propres et perdre sa vie quand même si le projet s’effondre… Faut-il penser une nouvelle forme juridique ? Je ne sais pas…

-  De votre expérience d’accompagnement de porteurs de projets ou d’entreprises culturelles, quelles sont les difficultés rencontrées par ceux-ci que vous avez identifiées ?

Quel que soit le statut juridique, la difficulté réside dans l’inscription dans une économie mixte, et dans la complexification du rapport à l’argent public. Le problème n’est pas qu’il y en ait moins, c’est que cela devient une ingénierie de projet, avec des montages de dossiers de plus en plus kafkaïens, et dix fois plus chronophages, pour récupérer la même somme d’argent qu’il y a 25 ans. La tentation est grande d’arrêter d’aller chercher cet argent public, et de se placer uniquement sur le registre du marché.

L’argent public n’est d’ailleurs en baisse que depuis peu. C’est l’augmentation du nombre d’acteurs qui entraîne une diminution de la part relative revenant à chacun. C’est ce mécanisme qui fait peur aux acteurs, car ils se sentent contraints de se positionner sur un registre marchand. Pour continuer à exister, il faut développer ses revenus propres. Dans ce cadre, les réflexions sur l’entrepreneuriat se comprennent très bien. Dans notre pays, dans le secteur culturel, cela est connoté négativement. Mais développer ses fonds propres, commercialiser des produits ou des services, ce n’est pas cela qui pose question. C’est transformer la nature du projet, en le fondant sur cette commercialisation de biens et de services, pour pérenniser la structure, qui représente une bascule mentale forte. C’est la particularité de ce secteur, avec la notion forte d’exception culturelle, qui signifie « je ne suis pas un marchand, la culture n’est pas une marchandise ». Très concrètement, cette question, je me la pose sur mon activité. Mon métier, est-ce vendre de la prestation d’accompagnement aux entreprises ou est-ce d’accompagner les entrepreneurs ? Le business model ne peut pas être le même. L’objectif, c’est - aussi - d’être le plus compétitif sur le marché. Si j’affirme en plus des valeurs, c’est bien, mais ce n’est jamais qu’un bonus, un supplément d’âme, voire un argument marketing… Comme il existe un green washing, il existe également une sorte de cultural washing. Ce qui en soi n’est pas choquant ! Il faut juste être clair, se positionner, et assumer. C’est ce qui aujourd’hui pose souci dans le secteur culturel.

- Cela pose la question d’une remise en cause de la notion d’exception culturelle ?

Si être un entrepreneur culturel c’est concevoir, fabriquer et vendre des biens et des services culturels, cela entre en conflit avec la vision historique et romantique de l’acteur culturel sur un territoire. Les deux visions sont cohérentes et peuvent coexister. Si la notion d’entrepreneuriat culturel est un cheval de Troie sémantique pour faire voler en éclat la notion d’exception culturelle, cela devient un problème. C’est toute la difficulté : c’est un vrai combat, mais la plupart des acteurs ne savent pas trop pour quoi se battre. Être un professionnel de la culture, est-ce être un concepteur, un vendeur et un diffuseur de biens et de services culturels ? Là est la question…

- Ces questions sont-elles du ressort du questionnement éthique de chaque individu, ou doivent-elles être pensées, organisées et accompagnées dans un cadre collectif ?

Il faut choisir son paradigme : intérêt général ou libéralisme. Libéralisme qui n’est pas un gros mot, cela veut dire laisser la liberté pleine et entière aux acteurs. Ou alors faut-il un cadre supra individuel pour réguler ? Je n’ai pas de réponse toute faite…

Le secteur des musiques actuelles est, historiquement, un secteur libéral-libertaire qui, pour une partie, s’est battu pour s’inscrire dans le champ de la politique publique, au sens noble du terme, et pour l’autre partie, n’y a vu que l’opportunité d’argent à prendre. Au milieu, il y avait tous ceux qui ne se posaient pas la question de savoir combien d’argent ils pourraient obtenir, mais s’il était éthique d’accepter de l’argent public. C’est la tension entre libéral et libertaire qui a, outre énervé les tenants de l’intérêt général, rendu ce secteur très complexe à appréhender.

- Faut-il aujourd’hui faire quelque chose de particulier pour l’entrepreneuriat culturel ?

Je ne suis pas certain. Doit-on valoriser idéologiquement les entrepreneurs culturels ? Pour quoi faire ? Ils n’ont pas attendu après cela pour entreprendre. Faut-il élaborer des dispositifs d’aide et de soutien spécifiques aux entrepreneurs culturels ? Pourquoi ? Il existe déjà un grand nombre d’outils d’aide à la création d’entreprise en France.

- Les spécificités du domaine culturel font que ces outils ne sont pas adaptés…

Oui certainement, mais ce n’est plus la notion d’entrepreneur qui est en jeu, mais celle d’investissement dans le champ culturel et dans le champ numérique. Il faut soutenir ces entreprises qui innovent à la croisée du culturel et des nouvelles technologies.

- C’est un peu l’idée défendue par Steven Hearn. Il ne s’agit pas de créer de nouveaux dispositifs spécifiques pour les entrepreneurs culturels, mais de les faire reconnaître comme des entrepreneurs comme les autres, en les intégrant dans le champ de l’innovation et de l’ESS.

C’est là qu’il ne faut pas faire de procès d’intention et être honnête intellectuellement. Les frontières entre culture, innovation, numérique et ESS sont aujourd’hui poreuses. Les murs de Berlin sont tombés si je puis dire, et depuis quelques années déjà. Pourquoi vouloir les inclure dans quoi que ce soit ? En sont-ils exclus à la base ? Je force le trait évidemment, car il y a sûrement un travail à mener pour faire évoluer les mentalités de ceux qui formalisent les politiques de soutien à la création d’entreprise. Mais encore une fois, attention à l’effet cheval de Troie. Le risque est là : puisqu’il existe des entreprises culturelles, pourquoi continuer à financer « les associations du 20e siècle » ?

- À l’inverse, les acteurs économiques, banques en tête, ne semblent pas encore considérer la culture comme pouvant relever de l’économie ?

D’où le fait que ce qui est important, c’est l’accompagnement économique du risque financier pris par l’entrepreneur. Une banque se moque du projet ou du produit artistique ou culturel, ce qui l’intéresse c’est d’être convaincue par un business model, un schéma de gestion. Cette question de la reconnaissance me fait toujours penser au chevalier de la série Kaamelott, qui veut toujours être reconnu « comme tel ». Les entrepreneurs culturels veulent être reconnus comme tels… Je suis volontairement ironique, mais si l’on n’a pas compris, quand on va voir un banquier, que ce qui l’intéresse c’est le financier et pas l’artistique ou le culturel, on ne peut rien obtenir. On peut inciter les banques à financer, mais si les projets ne sont pas bons, bien pensés et bien montés, que l’on ne leur démontre pas une capacité à rembourser l’argent emprunté, elles ne prêteront pas plus qu’avant… C’est là que le travail d’accompagnement prend son sens. Je pense d’ailleurs qu’un certain nombre d’acteurs vont se positionner sur ces créneaux.

- Cette reconnaissance « en tant que tel » doit-elle passer par une représentation des entrepreneurs culturels ?

Paradoxalement, je dirais oui. Pas sur l’aspect reconnaissance, qui m’intéresse peu, mais sur l’aspect de représentation. Cela s’est vu, par exemple, sur le débat sur l’intermittence. Les syndicats de directeurs refusent d’être identifiés comme des syndicats de patrons. L’intérêt d’être un entrepreneur, « reconnu comme tel », c’est d’être un patron. Et dans la logique de paritarisme française, quand il y a des négociations, ce pourrait être bien que les entrepreneurs culturels ne soient pas représentés par un membre de la branche sidérurgie du Medef… Nous avons besoin d’un véritable patronat culturel ! Mais là, les discussions risquent d’être compliquées. Une représentation des entreprises culturelles doit-elle inclure les associations ? Les EPCC ? Cela promet un joyeux bordel…


Philippe Tilly

"Accompagner la structuration des entreprises, c’est quelque chose de nouveau pour le ministère de la Culture et de la Communication."

Philippe Tillly est chargé de mission au bureau du financement des industries culturelles de la Direction générale des médias et des industries culturelles (DGMIC) du ‎ministère de la Culture et de la Communication. Il a notamment coordonné la réalisation du guide Entreprendre dans les industries culturelles


- Tout d’abord, pouvez-vous présenter la DGMIC, ainsi que le Bureau du financement des industries culturelles auquel vous appartenez ?

Au sein du ministère de la Culture et de la Communication, la Direction générale des médias et des industries culturelles (DGMIC) définit, coordonne et évalue la politique de l’État en faveur du développement du pluralisme des médias, du livre et de la lecture, de l’industrie phonographique, de l’ensemble des services de communication au public par voie électronique et de l’économie culturelle.

Dans ce contexte, la création d’un bureau du financement des industries culturelles répond à la nécessité de disposer dans ces domaines d’une expertise et d’un ensemble d’outils devant permettre l’accompagnement et le développement de ces secteurs dans un contexte économique, technique et juridique en constante évolution. Ce bureau s’inscrit pleinement dans les logiques de transversalité et de mutualisation qui ont présidé à la définition de la nouvelle organisation du ministère de la Culture et de la Communication, depuis janvier 2010.

- Quelles sont les actions que vous menez en faveur de l’entrepreneuriat culturel ?

Nous avons tout d’abord initié un travail d’étude des entrepreneurs culturels et des dispositifs d’accompagnement. Le premier constat a été que les entrepreneurs culturels avaient assez peu recours aux dispositifs classiques, de droit commun, qui sont pourtant des sources de financement non négligeables. L’autre constat, c’est que ces dispositifs n’étaient pas assez clairement identifiés au sein du ministère. Nous avons donc réalisé, en 2013, le guide Entreprendre dans les industries culturelles. Il recense tous les dispositifs nationaux de soutien à la création et au développement des entreprises, auxquels les entrepreneurs culturels peuvent émarger, comme Bpifrance, France active, Coface, IFCIC…

Nous avons souhaité prolonger ce travail avec un site Internet de présentation et de valorisation des dispositifs d’accompagnement soutenus par les pouvoirs publics sur le territoire national, dont nous avons confié la réalisation au collectif Mission entreprendre réseau culture et innovation (Merci). Il sera accessible via l’URL culture-entreprendre.fr, et sera lancé dans le cadre de l’événement Silicon Valois.

- Pouvez-vous nous en dire plus à propos de Silicon Valois ?

C’est une volonté de la ministre Aurélie Filippetti de poursuivre le travail engagé dans le cadre de l’Automne numérique et de conforter l’implication du ministère sur le numérique, le multimédia et l’entrepreneuriat. Le rez-de-chaussée du ministère sera transformé du 15 au 28 mai prochain en espace de coworking !

Dans le cadre de Silicon Valois, la DGMIC organise le 19 mai une journée nationale des dispositifs d’accompagnement, pendant laquelle le site entreprendre-culture.fr sera présenté aux contributeurs. L’idée est de mettre en réseau tous ces acteurs, en proposant ce premier temps fort national, pour permettre des échanges de pratiques et initier des collaborations, mutualisations, au profit des bénéficiaires de ces structures d’accompagnement, c’est-à-dire les entrepreneurs culturels. Le lendemain, le 20 mai, nous proposons trois ateliers ouverts au public : un premier sur les dispositifs d’accompagnement, un second sur les questions de financement, et, enfin, une rencontre avec Steven Hearn qui doit remettre prochainement à la ministre un rapport sur « le développement de l’entrepreneuriat dans le secteur culturel en France ».

- Ces initiatives procèdent-elles de la volonté du ministère de prendre en compte cette nouvelle réalité du secteur culturel ?

C’est en tout cas une réelle prise de conscience. Ces nouvelles formes de structuration et d’emploi interrogent, de façon positive, l’action du ministère. Accompagner la structuration des entreprises, c’est quelque chose de nouveau pour le ministère de la Culture et de la Communication. Historiquement, le ministère soutient, directement ou par l’intermédiaire de ses établissements publics, des projets artistiques et culturels. Cela nécessite peut-être de repenser une partie de la philosophie de l’action publique. Nous réfléchissons actuellement à la façon la plus appropriée d’accompagner ces dynamiques. Quelles formes cela prendrait, je ne peux vous répondre pour l’instant.

- L’accompagnement à la création d’entreprise est très développé en France. Faut-il en adapter une partie pour répondre aux spécificités de l’entrepreneuriat culturel ?

Chaque secteur a ses spécificités, et le secteur culturel n’échappe pas à cette règle. Les délais de production, l’intervention des pouvoirs publics, la dimension d’intérêt général sont autant de particularités. Et il y en a d’autres, qui nécessitent un accompagnement spécifique même si une entreprise culturelle reste avant tout une entreprise.

- Les dispositifs classiques ont-ils encore du mal à prendre en compte la dimension économique du secteur culturel ? De la même manière, les acteurs culturels ont-ils encore du mal à endosser le costume de l’entrepreneur ?

Les freins existent des deux côtés, mais les situations changent en fonction des régions. Certaines sont plus avancées sur ces questions, parce qu’elles ont sur leur territoire ce type d’acteurs. La région Ile-de-France a mis en place des dispositifs spécifiques sur le livre, la musique, les jeux vidéo, les nouveaux médias… Toutes les régions n’ont pas la masse nécessaire d’entreprises pour justifier la création de programmes dédiés. Pour un certain nombre d’investisseurs ou de banquiers, ces secteurs sont encore trop éloignés de la sphère économique. Pour beaucoup d’entre eux, ils relèvent du mécénat ou de la subvention publique, pas d’une logique de financement de l’investissement.

- La structuration de clusters peut-elle être une réponse aux besoins d’accompagnement ?

Je crois beaucoup en la vertu de l’accompagnement des entrepreneurs. L’outil cluster peut être une réponse, mais encore une fois cela dépend des spécificités de chaque territoire. Les logiques et les réalités sont différentes d’une région à une autre. Les acteurs, leur nombre et leurs domaines d’activité ne sont pas les mêmes partout. C’est évidemment une dynamique qu’il faut encourager. Nous souhaiterions d’ailleurs sensibiliser davantage nos services déconcentrés, les Drac, à cette question du développement économique des territoires.

- Il y a aussi une crainte, celle d’une privatisation de la culture, comme d’un coup porté à la notion d’exception culturelle ?

Je ne le vois pas comme ça. C’est plutôt un levier de professionnalisation des acteurs de la culture, et la spécification de nouvelles sources de financement. Ce n’est pas un désengagement des pouvoirs publics au profit de la sphère économique, c’est une gestion plus rationnelle d’un secteur qui est multiple, et dont les besoins sont multiples.

- La coexistence des modèles est-elle possible ?

Reconnaître et accompagner des entreprises culturelles, qui agissent dans le cadre du marché, ne veut en aucun cas dire qu’elles vont prendre la place des projets d’intérêt général, portés par des structures associatives financées par des subventions publiques.

- N’y a-t-il pas aussi un besoin de clarification entre ces deux modèles, en accompagnant, quand cela est pertinent, une transition du modèle associatif vers les modèles entrepreneuriaux ? En s’inspirant de l’ESS ?

Si cela est pertinent, oui. Il y a une place pour des entreprises dans le champ culturel, mais il ne s’agit pas de transformer toutes les associations en entreprises. Cela doit rester une possibilité pour les porteurs de projet qui le souhaitent. Il est tout à fait possible, comme dans l’entrepreneuriat social, de s’inscrire dans le marché, tout en défendant des valeurs. À chaque acteur de se questionner, de se positionner selon sa volonté. La culture peut être une composante de l’ESS, mais elle ne se réduit pas à cela.

- Steven Hearn devrait aussi préconiser de rendre à la culture la reconnaissance de sa capacité d’innovation, dans un environnement actuel qui n’envisage celle-ci que par le prisme technologique.

La culture est porteuse d’innovation, mais pas uniquement au sens technologique du terme. Elle porte des innovations sociales, de services, d’usages… Les aides aujourd’hui sont souvent liées à la notion d’innovation technologique, nous avons pu nous en rendre compte en faisant le guide. Les choses évoluent. Par exemple, la bourse French Tech de Bpifrance prend désormais en compte l’innovation non technologique. Insérer les entreprises du secteur culturel dans les programmes dédiés à l’innovation nécessite quelques aménagements.

- Autre besoin identifié, la communication autour de l’entrepreneuriat culturel. Les actions que vous menez s’inscrivent-elles aussi dans cette volonté ?

C’était effectivement une des logiques derrière la formalisation du guide, puis celle du site Internet. C’est aussi un des enjeux de Silicon Valois de mettre en lumière les acteurs de l’entrepreneuriat culturel, auprès des professionnels, des médias mais aussi des pouvoirs publics. Il s’agit de reconnaître le travail mené par ses acteurs de l’accompagnement. C’est une première étape importante. Nous verrons comment poursuivre cette dynamique à l’avenir.


Géraldine Dallaire

"Tous les entrepreneurs, qu’ils soient culturels ou non, partagent au début la même logique de création d’activité."

Cofondatrice et ancienne coordinatrice de l’Adecc (Association pour le développement de l’entrepreneuriat culturel et créatif), qui organise depuis 2009 les Journées de l’entrepreneuriat culturel et créatif, Géraldine Dallaire est aujourd’hui doctorante et assistante de recherche (HEC Montreal/Cerag Grenoble) sur les questions d’entrepreneuriat culturel.


- Tout d’abord, pouvez-vous vous présenter et présenter l’Adecc ?

Je suis la cofondatrice de l’Adecc, l’Association pour le développement de l’entrepreneuriat culturel et créatif. Nous l’avons créée en 2007, dans le but de rapprocher la culture de économie. Nous nous sommes d’abord penchés sur la question du mécénat, qui nous semblait une bonne porte d’entrée pour aborder ce rapprochement. Puis la notion d’entrepreneuriat culturel a émergé, avec son flot de questionnements.

- Comment est venue l’idée de créer les Journées de l’entrepreneuriat culturel et créatif ?

De la rencontre avec Sophie Duboux la directrice de Solid’Arté, une structure lyonnaise qui fait de l’accompagnement de porteurs de projet culturels, est née l’idée des Journées de l’entrepreneuriat culturel et créatif. Nous avions les mêmes questionnements : que signifie la création d’activités dans le domaine culturel, quelles sont les spécificités, comment appréhender la baisse des financements, y-a-t-il nécessité de repenser le modèle… ? La première journée s’est tenue en 2009, sur la question de la pertinence de parler d’entrepreneuriat dans les secteurs culturel et créatifs, et si oui, l’entrepreneur culturel est-il un entrepreneur comme les autres ? Quels sont les spécificités, les besoins, les blocages, etc. Dès le début, nous avons souhaité mixer les approches, en confrontant chercheurs, professionnels et experts, pour décloisonner la réflexion. Le Grand Lyon était partenaire de ce projet.

L’idée n’était pas de créer de nouveaux dispositifs, mais de promouvoir ceux, nombreux, qui existaient déjà et n’étaient pas mobilisés. Nous avions en effet constaté que les acteurs culturels n’allaient pas vers les dispositifs classiques de l’entrepreneuriat, comme les chambres de commerce ou encore LVE (Lyon ville de l’entrepreneuriat). Nous avons aussi relevé une méconnaissance de tout ce qui touche à l’ESS. Ils ne pensaient pas à se rapprocher des Cress. Et même les dispositifs spécifiques à la culture n’étaient pas toujours identifiés clairement. Nous avons donc choisi deux axes : la promotion des dispositifs d’accompagnement existants, et la transmission d’une méthodologie relative à l’entrepreneuriat culturel.

- L’entrepreneur culturel est-il, pour vous, un entrepreneur comme les autres ?

Les choses ont beaucoup évolué ces dernières années. Depuis 2008, beaucoup de chemin a été fait sur la reconnaissance de l’économie de la culture. Sa dimension économique est désormais admise. Nous ne sommes plus sur ce débat aujourd’hui, en tout cas en ce qui concerne les dirigeants.

En France, nous avons une réflexion très sectorielle, par domaines et par activités. Dans la culture, on va distinguer musique, cinéma, arts plastiques, spectacle vivant… Pourtant, tous les entrepreneurs, qu’ils soient culturels ou non, et quel que soit leur domaine d’activités, partagent au début la même logique de création d’activité. Ils réfléchissent à l’adéquation homme-projet, à la forme juridique, à la structure du financement. Par contre, chaque entrepreneur agit dans un environnement spécifique. La culture en est un. Les produits culturels ont leurs caractéristiques, dans leur définition, leur création, leur diffusion et leur commercialisation. La culture ne relève pas uniquement de l’économie, elle revêt une dimension politique, sociale et sociétale. C’est encore un secteur qui fonctionne en partie grâce aux subventions, ce qui peut entraîner d’abord la recherche de partenaires et d’appuis politiques, avant celle de clients. L’interaction avec son environnement est, de fait, différente. Mais il faut avancer avec prudence. Il ne faut pas chercher à tout transformer. Il faut sensibiliser, mais pas tout remettre en cause.

- La France est le pays de l’exception culturelle : historiquement, la culture s’est développée sur le modèle associatif, avec une logique de financement public de projet. Si l’on prend l’acception classique de l’entrepreneur, à savoir celui qui prend des risques financiers pour développer son activité, les associations du secteur culturel sont-elles des entreprises ?

Cette question est centrale. Il faut, je pense, reprendre à la base la notion d’entrepreneur. Cela n’est pas lié à la forme juridique. On peut être entrepreneur et créer une association ou une structure non lucrative. L’entrepreneuriat, c’est un mode d’être, un état d’esprit, un comportement. C’est un positionnement qui se traduit par la recherche et l’exploitation d’opportunités. Le processus entrepreneurial, s’applique quelle que soit la structure juridique. L’entrepreneuriat social a aussi amené une vision différente, nous ne sommes plus sur cette conception restreinte, uniquement liée à celui qui prend un risque financier.

L’entrepreneur adopte un comportement différent. Il ne crée pas une structure juridique puis attend de possibles subventions. Il faut penser développement, innovation, diversifier les sources de financements… Et cette logique concerne aussi bien une association qu’une SARL ou une SCOP. Une association a besoin d’être indépendante de la subvention publique, ou en tout cas pas trop dépendante. De la même manière qu’un entrepreneur dépendant d’un seul client est fragilisé.

Il ne faut pas non plus tout confondre. Le fait d’obtenir des subventions ne disqualifie pas un entrepreneur. À l’intérieur du secteur culturel, certains domaines vivront toujours avec des subventions. Ils ne peuvent pas être indépendants à 100%, ce n’est pas le but, et ce n’est même pas souhaitable. Croire que l’on peut autonomiser complètement la culture des aides publiques est un fantasme. Il y aura toujours besoin des formes traditionnelles de financement, subventions et mécénat en tête.

- Cette structuration historique du secteur culturel, basée sur du financement public de projet, ne s’oppose-t-elle pas aux besoins de financement de structure sur de l’investissement des entreprises ?

Il y a deux problématiques. D’une part, le choix quasi systématique d’une structuration associative, parce que c’est la tradition du secteur culturel, et le moyen le plus sûr de bénéficier d’aides publiques, pose problème. Cela porte d’ailleurs atteinte à l’intégrité du modèle associatif. D’autre part, la logique des politiques culturelles de financer essentiellement des projets peut mettre les organisations dans une position délicate. Les associations se retrouvent parfois dans l’obligation de gonfler les budgets des projets pour financer le fonctionnement de la structure à l’année. Le mécénat fonctionne exactement de la même manière. Il y a donc à inventer de nouvelles formes de financement de la culture.

- Les entrepreneurs culturels que vous rencontrez manifestent-ils une volonté d’être intégrés dans les dispositifs relatifs à l’ESS ?

Certains entrepreneurs culturels se sentent proches, dans les valeurs et les fonctionnements, de l’ESS. Mais ce n’est pas forcément le cas de tous. Il y a aussi un côté pragmatique qui conduit à aller chercher l’aide là où elle se trouve. Nous nous sommes aussi rendus compte qu’un certain nombre d’acteurs culturels s’inscrivaient dans le champ de l’ESS sans même le savoir. Nous avons donc mené un travail de sensibilisation. Dans ESS, il y a économie, et cela fait parfois peur aux acteurs culturels. Mais la réciproque est aussi vraie. Certains dispositifs de l’ESS demandent des montants d’autofinancement très importants, sans tenir compte que pour une structure du spectacle vivant, 50 ou 60% d’autofinancement représente déjà beaucoup. Mais ce n’est pas suffisant selon les critères d’émargement de certains dispositifs.

Les similitudes entre le secteur culturel et l’ESS sont importantes. Les deux fonctionnent avec un monde associatif fort, mais tous le champ culturel n’a pas nécessairement vocation, ou envie, de s’inscrire dans l’ESS.

- Des dispositifs classiques d’aide à la création et au développement d’entreprises, il en existe déjà beaucoup. Pourquoi les entreprises culturelles ont-elles des difficultés pour y émarger ?

Naturellement, les porteurs de projet culturels ne vont pas vers ces dispositifs. Parce qu’ils ne s’identifient pas eux-mêmes comme entrepreneurs, et aussi parce qu’ils ont parfois de mauvais retours d’expérience sur la question. Ceux qui ont expérimenté l’accompagnement classique reprochent en général le manque de connaissance de la réalité de leur métier et de leur secteur. Ils ne parlent pas le même langage, et finalement, se disent qu’ils perdent leur temps. Il y a beaucoup de déception et d’incompréhension. D’où la nécessité de mettre en place un accompagnement adapté. C’est dans ce sens-là que nous avons initié les Journées.

- Pour pallier à ces incompréhensions, y-a-t-il un besoin de communication ? L’idée d’une représentation des entrepreneurs culturels vous paraît-elle pertinente ?

Le besoin de communication est réel. Je suis actuellement en train de mener une étude auprès des universités pour imaginer et développer des programmes spécifiques à l’entrepreneuriat culturel. Il faut battre en brèche la vision old school de l’entrepreneur. Comme il existe par exemple à HEC une chaire d’entrepreneuriat social, on peut imaginer une chaire d’entrepreneuriat culturel, ou intégrer la notion aux programmes des universités. Nous y travaillons… Fédérer autour de cet objectif serait une très bonne chose.

Sur la question de la représentation, je suis partagée. Faut-il créer des actions spécifiques ? Il existe déjà beaucoup de réseaux, d’instances de représentations et de lobbying. Faut-il plutôt les sensibiliser ? Je ne sais pas, la question nécessite réflexion.

- Quel est le prochain rendez-vous pour les Journées de l’entrepreneuriat culturel et créatif ?

Nous avons fait le choix de ne pas faire l’édition 2013, car nous souhaitons faire évoluer ces Journées, sur le fond comme sur la forme. Après le succès des premières éditions, nous avons senti le besoin de repenser les choses pour répondre toujours mieux aux besoins des entrepreneurs culturels. De plus nous avons décidé de sortir du contexte français et de nous intéresser à ce qui se passait à l’international. Nos actions sont donc en train d’évoluer, de nouveaux projets émergent également. Cependant, nous travaillons toujours dans une perspective de décloisonnement des univers et dans l’encouragement des mutualisations. De plus, nous constatons aujourd’hui un réel besoin de clarification de cette notion. La lumière est mise sur l’entrepreneuriat culturel, mais le risque serait, dans un élan de mode, de tout mélanger. Rendez-vous donc début 2015 !


Sandrino Graceffa

"Une nouvelle figure d’entrepreneur se dessine, capable de prendre des risques, mais ne cherchant pas la seule recherche de profit."

Sandrino Graceffa a occupé plusieurs postes à responsabilité au sein d’associations, de collectivités locales et d’entreprises. Il dirige aujourd’hui Smart France et Belgique, organisation qui propose des conseils, des formations et des outils administratifs, juridiques, fiscaux et financiers pour simplifier et légaliser l’activité professionnelle dans le secteur créatif. Il dirige également le groupe Initiatives et cité.


- Pouvez-vous vous présenter ?

À l’origine, je suis travailleur social. J’ai beaucoup travaillé sur les questions de politique de la ville et sur le développement de nouveaux services utiles dans les quartiers prioritaires. J’ai donc appris, dans cette première partie de mon parcours, à développer des projets d’utilité sociale dans un cadre collectif. J’ai ensuite travaillé sur les questions d’aide à la création d’entreprise, et notamment sur des formes d’entrepreneuriat collectif. Je me suis donc tourné vers les formes coopératives. Aujourd’hui, je dirige Smart, en France et en Belgique depuis peu. Smart est présent sur une dizaine de pays en Europe. C’est une coopérative qui accompagne les porteurs de projet du secteur artistique et culturel sans qu’ils aient nécessairement besoin de créer leur propre structure. Nous offrons à ces porteurs de projet la possibilité de développer leur propre activité, de manière autonome, mais dans un cadre collectif. C’est un fonctionnement similaire à celui d’une CAE, qui serait spécialisée dans le champ culturel.

J’ai également initié et animé à la fin des années 2000 le regroupement de plusieurs structures (associations, coopératives, entreprises…) en ce qui est le premier cluster de l’économie sociale et solidaire en France, à savoir Initiative et Cité, dont Smart est partie prenante. Cela représente une vingtaine d’entreprises, près de 700 emplois permanents et un CA cumulé de 150 millions d’euros. Tout cela en Belgique et en France principalement, mais avec des projets de développement dans d’autres pays.

- Vous définissez-vous comme un entrepreneur culturel ? Que cela signifie-t-il pour vous ?

Oui. De mon point de vue, et c’est d’ailleurs là je pense la pertinence du rapport à venir et de son initiateur, une nouvelle figure d’entrepreneur se dessine, qui regroupe à la fois les attributs classiques de l’entrepreneur, c’est-à-dire quelqu’un capable de prendre des risques pour rassembler des moyens pour développer une activité et de l’emploi, mais aussi de nouvelles dimensions, à savoir d’autres finalités que la seule recherche de profit. On peut être un entrepreneur qui s’inscrit dans le champ économique à part entière, tout en répondant à un besoin lié aux biens culturels. C’est une nouvelle forme d’entrepreneuriat, qui correspond à une réalité que je constate. Il y a une émergence de nouveaux acteurs qui souhaitent se démarquer des deux modèles classiques : celui de l’entrepreneuriat public, de l’administration ou d’organisations qui sont très dépendantes des fonds publics, donc de la décision des institutions, et celui des organisations subsidiées que sont notamment les associations. L’entrepreneuriat culturel ne se substitue à aucun des deux, c’est une troisième voie. La culture doit se développer dans la sphère publique et dans le secteur de l’économie sociale classique que représente le monde associatif, mais il existe une voie intermédiaire, qui est celle d’entreprises, entendue au sens de la responsabilité économique.

L’entrepreneuriat culturel a beaucoup à voir avec l’entrepreneuriat social. Je suis d’ailleurs un pur produit de l’entrepreneuriat social. Je suis un entrepreneur social qui agit dans le champ culturel.

- La pleine prise de conscience du rôle économique des acteurs culturels est-elle bien enclenchée, ou y a-t-il encore des difficultés à concilier les deux ?

La France a un peu de retard sur cette question. Des résistances subsistent. Nous sommes le pays de l’exception culturelle, avec tout ce que cela a de bon, et qu’il faut préserver, mais cela entraîne de la retenue sur les nouvelles formes qui ne s’inscrivent pas dans la tradition de l’État providence. Il est très difficile de faire entendre au quotidien que l’on peut développer des projets culturels hors de la sphère publique sans défendre une privatisation de la culture. Il faut préserver notre modèle et nos institutions, mais il faut libérer les initiatives d’entrepreneuriat social et culturel.

- Dans le même temps, les acteurs économiques purs, comme les banques, ne considèrent pas vraiment les entreprises culturelles comme des entreprises classiques. Cela pose des problèmes de financement importants.

Nous avons longuement échangé avec Steven Hearn sur la nécessité ou pas de disposer de nouveaux outils financiers. Et je crois que je ne partage pas complètement son avis. Il existe en France une multitude d’outils dédiés à la création et au développement d’entreprise. À tel point que l’on peut se poser la question de leur efficience. J’exagère volontairement, mais il y a presque autant de gens qui vivent de l’accompagnement financier des entrepreneurs que d’entrepreneurs… La création d’entreprise est devenu un véritable marché, où se multiplient les intermédiaires et les intervenants.

Par ailleurs, mon expérience personnelle me laisse penser qu’il n’y a pas tant de difficultés que ça pour les levées de fonds. Le problème principal, c’est la qualité des projets. Quand un projet est bon et cohérent, on trouve toujours un moyen de le financer. Pour certains nouveaux entrepreneurs culturels, qui développent des projets plus liés à l’économie numérique, c’est peut-être effectivement plus compliqué en France que dans d’autres pays. Il y a clairement une difficulté pour les acteurs financiers classiques à appréhender les nouveaux modèles économiques. Mais cela ne concerne pas uniquement le secteur culturel. Tout ce qui touche à l’économie collaborative, à l’économie de l’échange est également touché par ce problème.

- Vous qui êtes à l’origine du premier cluster de l’ESS, pensez-vous que ces dispositifs structurants doivent être multipliés et renforcés, pour permettre justement de servir ces nouveaux entrepreneurs de la culture et du numérique ?

Il faut les développer et renforcer l’existant, c’est évident. Le principal frein est culturel, au sens sociologique du terme, au niveau des décideurs. La grande majorité des acteurs du développement économique a une difficulté à appréhender le nouveau monde. Ils continuent de penser selon un logiciel qui n’est pas adapté aux nouveaux modèles économiques. Ce dont nous avons le plus besoin, ce sont des outils de levée de fonds pour financer du haut de bilan. C’est-à-dire qu’il faut aider les entrepreneurs à investir, les aider à disposer des fonds nécessaires pour installer des projets dans la durée, et qui nécessitent du temps pour se développer. En France, nous sommes plutôt dans une culture de la subvention, qui est parfaitement adaptée pour financer des activités par nature non rentables, et qui doivent le rester. Ce mécanisme n’est par contre pas du tout adapté à la création de start-up, qui requièrent une capacité d’investissement, pas du financement de projet. Sur ce point, nous ne sommes pas très performants en France.

- Revenons-en aux clusters. Que peuvent apporter des outils de ce type ?

Pour qu’un territoire, géographique ou disciplinaire, puisse se développer, que les initiatives se multiplient, il est nécessaire de créer ce que certains appellent des écosystèmes favorables. L’expérience montre que pour favoriser ces écosystèmes, il faut du partenariat public privé. Mais dans notre tradition française jacobine, l’acteur public veut toujours jouer le rôle central. En faisant cela, il agit, à son insu, contre lui-même. Il faut encourager ces regroupements d’acteurs économiques qui sont mieux à même d’accompagner ces nouvelles initiatives. Et puis, aujourd’hui, beaucoup de projets intéressants sont portés par des gens qui n’ont pas une vision entrepreneuriale au sens classique du terme. On a affaire, surtout dans les nouvelles technologies, à des gens qui veulent développer des projets. Ce qui est différent de vouloir développer des entreprises. Il faut donc créer des systèmes d’incubation, qui rendent possible le développement, sans être systématiquement liés à des structurations entrepreneuriales classiques.

- Le soutien et la reconnaissance des entrepreneurs culturels passent-ils par la formalisation d’une représentation ?

Je suis partagé sur cette question. Il me semble nécessaire d’avoir une forme de représentation collective de cette nouvelle voie, de ces nouveaux entrepreneurs, pour créer une capacité de lobbying, car les organisations existantes ne sont pas suffisamment représentatives. Et dans le même temps, cela ne m’intéresse pas du tout. C’est nécessaire, mais par expérience, cela peut aussi être très sclérosant et produire de l’inertie. On vit très bien en tant qu’entrepreneur en dehors de tout ça. Je l’ai fait, j’ai passé beaucoup de temps dans les instances, réseaux, représentations… C’est très chronophage, on n’a plus le temps de faire son travail premier. Celles et ceux qui le font ont tout mon soutien, mais je préfère me concentrer sur mon métier d’accompagnement.


Myriam Faivre

"La dimension collective permet de réduire l’isolement des entrepreneurs"

Fondatrice et directrice de la Coopérative d’activités et d’emploi (CAE) Clara, ainsi que de Clara Bis, appartenant au groupe Atla Le Village musiques actuelles.


- Pouvez-vous présenter la CAE Clara ?

La CAE Clara est une coopérative créée en 2007, à l’initiative d’Atla, de sa directrice Noëlle Tatich. Elle est spécifiquement dédiée au secteur culturel.

Le rôle de la CAE, c’est de permettre à des professionnels du secteur culturel et des artistes de développer leur multiactivité dans les meilleures conditions possibles. L’idée est de pouvoir concilier une activité artistique relevant de différents régimes (intermittence ou Maison des artistes) avec le fait d’être entrepreneur.

Être artiste aujourd’hui, c’est un boulot d’entrepreneur : il faut gérer ses créations, ses productions et sa communication, trouver des partenaires, être capable de présenter et défendre son projet, trouver des financements… Le modèle de l’entrepreneuriat collectif, avec ses mécanismes de mutualisation de services et le statut de salarié est une bonne réponse aux enjeux actuels et à la multiactivité.

-  Vous considérez-vous comme un entrepreneur culturel ? Qu’est-ce que cela signifie pour vous ?

À la base, je viens de l’ingénierie pédagogique, de la formation professionnelle. Ayant bénéficié plus jeune d’une formation artistique large, j’ai très tôt voulu aller voir de près le monde de l’entreprise. Tout en gardant du sens et une démarche « d’intérêt général » dans mes activités.

Je dirige la CAE CLARA depuis sa création. Aujourd’hui je suis entrepreneur. Parce que j’ai créé une structure, que j’ai défini son activité et son sens, parce que je la développe au quotidien, parce que j’en assure les responsabilités économiques.

Il se trouve que l’activité de la CAE est de permettre à des personnes de développer leur activité dans le champ culturel. J’accompagne le développement de l’entrepreneuriat culturel, mais je ne me considère pas forcément moi-même comme un entrepreneur culturel mais bien comme un entrepreneur… et j’accompagne des entrepreneurs culturels.

- Justement, des entrepreneurs culturels, vous en fréquentez beaucoup au quotidien. Notez-vous des évolutions dans la manière de concilier culture et économie, culture et entrepreneuriat ?

Beaucoup de choses ont changé depuis 2007. Il a fallu du temps pour que soit comprise notre démarche. Quand on s’est créé, les gens pensaient que nous étions comme un « agent » pour les artistes. Après, on nous identifiait comme « assurant la commercialisation de ceux qui étaient précaires ». C’est seulement au bout de quelques temps qu’a été compris notre rôle d’accompagnement à l’entrepreneuriat des professionnels de la culture. Nous avons d’ailleurs élargi notre champ d’actions aux professionnels de l’audiovisuel et du multimédia, en créant Clara Bis en 2012 (qui est une société de production).

Au début sur Paris être une « coopérative d’artiste inscrite dans le champ de l’économie sociale et solidaire » a fait penser à beaucoup de personnes que nous faisons de l’insertion. Ces dernières années le regard sur les CAE culturelles (ArtEnRéel à Strasbourg, Artefacts à Orléans… puis Quimper et Clermont-Ferrand) a beaucoup changé. Nous faisons de la création d’activité économique, pas de l’insertion et de la création d’entrepreneuriat, de l’innovation sur les modèles entrepreneuriaux, sur les coopérations entre professionnels, dans le secteur culturel et ça intéresse de plus en plus. Jusqu’en 2009-2010, quand on parlait d’entrepreneuriat culturel, on nous regardait comme de doux rêveurs… Il y a eu des publications importantes, comme L’Artiste pluriel - démultiplier l’activité pour vivre de son art (NDLR : de Marie Christine Bureau, Marc Perrenoud, Roberta Shapiro – Coll. Le Regard sociologique – Presses universitaires du Septentrion, 2009), puis l’année internationale des coopératives, qui ont mis en lumière ce secteur. La société évolue, et son regard sur la possibilité et la réalité d’un entrepreneuriat culturel aussi.

Les entreprises que nous accompagnons aussi évoluent. Les projets sont plus ambitieux aujourd’hui, ils emploient plus rapidement des salariés. Et la nécessité a fait place au choix réfléchi et assumé de l’entrepreneuriat collectif, ils ne viennent pas chercher que du coworking. Disons que maintenant que l’entrepreneuriat est plus rentré dans les mœurs, la dimension collective qu’il peut prendre est plus facile à concevoir. Et les personnes qui viennent nous voir sont plus à l’aise avec le fait d’être entrepreneur. On voit que l’intérêt pour de nouvelles formes d’entrepreneuriat est de plus en plus attractif et la formule innovante du collectif tout en restant autonome correspond à de plus en plus de professionnels du secteur culturel.

- La dimension collective permet-elle de « rassurer » et d’endosser plus facilement le costume de l’entrepreneur ?

Oui. Nous accompagnons individuellement chaque porteur de projet, nous faisons des formations, et nous organisons des temps collectifs, des business afterworks, autant sur l’apport d’outils, l’attitude de l’entrepreneur, que sur de l’échange d’expériences. Celles et ceux qui s’impliquent dans la dynamique collective sont unanimes : cela leur permet de nouvelles voies entrepreneuriales (nouveaux projets, nouvelles prestations ou nouvelles collaborations). L’isolement, caractéristique souvent mise en avant par les entrepreneurs, est de fait compensé par cette dimension collective. On peut faire part des ses doutes, récolter des avis sur des stratégies… La plupart du temps, le problème auquel est confronté une personne a déjà été rencontré par une autre. Même si l’échec est bénéfique dans la démarche entrepreneuriale, cela permet d’en éviter certains. Ainsi se créent des synergies nouvelles dans le collectif d’entrepreneur de la CAE Clara et cela fait émerger de nouveaux projets.

- Les services mutualisés proposés par la CAE facilitent aussi la vie des entrepreneurs ?

Il est plus difficile de négocier et de convaincre des clients et des partenaires quand on est seul dans sa « petite entreprise » car beaucoup de client se demandent : si la comptabilité est bien tenue, s’il a vraiment une assurance, comment être sûr qu’il s’engage jusqu’au bout du contrat… Dans la CAE Clara, il y a un service comptable, un suivi commercial et un service commercial en plus d’une assurance. Tout ceci étant mutualisé grâce au nombre d’entrepreneur. Nous avons conçu un logiciel comptable, des modèles de contrats personnalisables pour faciliter le suivi de projet de chaque entrepreneur. Il peut tout autant s’organiser autour de « sa propre activité » que bénéficier des services mutualisés. Tout cela est globalisé dans la coopérative.

L’entrepreneur est salarié de la coopérative, mais il peut aussi en devenir sociétaire. Cela rassure les clients et partenaires mais aussi les services administratifs, surtout lorsque l’on répond à des appels d’offre et/ou marchés publics. À plusieurs, on est plus forts. Et la structure dans son ensemble offre une garantie économique qui permet à chacun d’être plus crédible. Une commande à 20 000 euros passe beaucoup mieux avec une structure qui a réalisé 1 million d’euros de chiffre d’affaires sur l’exercice précédent.

- Dans son rapport à venir, Steven Hearn préconise de renforcer les structures d’accompagnement, notamment par le biais de clusterS à l’échelle régionale. Que pensez-vous de cela ?

C’est évidemment une bonne proposition, mais cela dépend du bassin d’emploi et des besoins spécifiques du territoire concerné. Il faut déjà commencer par renforcer les structures existantes. Ensuite on pourra en créer de nouvelles, sur d’autres territoires pour répondre à d’autres besoins. Mais cela doit aussi servir de prise de conscience. Certaines structures font de l’entrepreneuriat culturel ou de l’accompagnement comme Monsieur Jourdain, sans le savoir, sans même connaître la notion, ni la distinction entre accompagnement au projet artistique, accompagnement à la carrière culturelle, à la création, et accompagnement à l’entrepreneuriat culturel. Renforcer les structures d’accompagnement doit être vu, à mon avis, comme une garantie de qualité d’accompagnement et non pas comme une définition des objectifs d’accompagnement acceptables ou non, sinon on coupera encore toutes possibilités d’innovation dans ce secteur et l’on en voit bien avec le modèle de la CAE culturelle toute la pertinence !

- Il y a donc aussi un besoin fort de communication autour de l’entrepreneuriat culturel ?

Il y a un besoin de clarification, de distinction entre certaines notions : économie créative, industrie culturelle, entrepreneuriat culturel, professionnels de la culture, créateurs, artistes… vouloir des représentants uniques, une grande bannière derrière laquelle marcher n’est pas, à mon avis, une bonne manière de faire. Il faudrait plutôt valoriser la diversité. Et avoir des représentations collégiales, des échanges de pratiques, des intérêts communs à partager pour communiquer dessus.

Plus l’entrepreneuriat culturel sera connu et les personnes connaîtront ce que nous faisons plus nous pourrons nous concentrer encore sur l’accompagnement que nous proposons. Cela permet aussi de renforcer la crédibilité vis-à-vis des banques, pour permettre de financer l’investissement que d’avoir une plus forte communication. Cela nécessite, encore une fois, d’être bien au clair. Entrepreneuriat culturel, cela veut dire que l’on parle d’entreprises.

- Pourtant l’aide à la création d’entreprise s’est beaucoup développée…

De manière exponentielle. Pour s’en rendre compte, il suffit d’aller dans les salons professionnels. On se rend vite compte que le seul objectif de certaines structures est de faire s’immatriculer les porteurs de projet, en particulier les jeunes. Ils ne leur demandent qu’un business plan et une étude de marché. L’accompagnement, le renforcement et la pérennisation des projets ne sont jamais envisagés, ni même abordés. Et je ne parle même pas de la dimension collective… Bref, la viabilité des entreprises ne les intéresse pas. Ils veulent montrer que des entreprises ce sont créées qu’ils ont X nouvelles immatriculations d’entreprises, c’est tout. Il faut que les porteurs de projet fassent bien la distinction entre promotion de l’entrepreneuriat et accompagnement au développement de l’activité économique. Sinon, nous verrons de nombreux échecs, avec des projets inadaptés ou insuffisamment réfléchis, montés sous une mauvaise structuration et on en voit déjà.

Pouvez-vous nous parler du travail que vous menez au sein du collectif Merci ?

Le collectif Merci s’est créé il y a 3 ans, à l’initiative de plusieurs structures franciliennes d’accompagnement à l’entrepreneuriat culturel, toutes établies et bénéficiant d’une reconnaissance institutionnelle. L’idée était d’apprendre à se connaître et d’échanger pour faciliter les choses, pour que les porteurs de projet ne se perdent pas dans les méandres de l’accompagnement, qu’ils puissent connaître facilement la diversité des acteurs qui interviennent sur ce champ. Nous avons identifié une soixantaine de structures en Ile-de-France. Nous avons donc décidé d’organiser un peu ce réseau. Nous avons fait un événement collectif en 2011, avec une quarantaine de structures, puis nous avons continué de nous voir, en comité plus réduit, une dizaine de structures environ. De là est venue l’idée du site Internet. Nous avons eu le soutien de la DGMIC, qui nous a encouragés à nationaliser le projet.

Le collectif Merci est en train de mener un recensement des structures d’accompagnement en France. Nous finissons actuellement le site Internet ressource, qui sera présenté dans le cadre de Silicon Valois les 19 et 20 mai prochain. L’idée est de permettre aux porteurs de projet d’identifier les structures sur leur territoire.

- Concrètement, que va-t-on trouver sur ce site ?

Le site sera donc opérationnel mi-mai. Il s’appellera www.entreprendre-culture.fr.
Le grand public et plus précisément les porteurs de projet pourront y trouver tous les acteurs de l’accompagnement à l’entrepreneuriat culturel proches de chez eux. Y seront détaillés le type d’accompagnement proposé (conseil, formation, accompagnement, hébergement, financement…) et le champ disciplinaire couvert. L’animation du site sera participative, chaque structure ayant un accès à sa fiche de présentation et y mettre ses actualités automatiquement. La coordinatrice du collectif Merci assurera un travail de relecture et d’harmonisation. La recherche pourra se faire par critères, ou bien via une carte géographique. Dans un second temps, d’autres contenus viendront s’ajouter, comme des fiches pratiques, pour les porteurs de projet comme pour les structures, via un intranet. L’idée est aussi d’offrir un outil, une plateforme pour faciliter la dynamique d’échange d’information entre les acteurs. On trouvera également sur le site les flux RSS d’actualité de toutes les structures. Ce sera un point névralgique de l’actualité autour de l’entrepreneuriat culturel.

- Comment ce projet va-t-il être porté ? Qui va assurer l’animation de ce site ?

C’est le collectif Merci qui va s’en charger. Il va se structurer sous forme associative, et nous avons recruté une coordinatrice. En plus de l’animation du site, elle aura la responsabilité d’organiser au moins un temps de rencontre annuel entre porteurs de projets et structures d’accompagnement.

Nous proposons ainsi que la dynamique que nous avons impulsée en Ile-de-France et les enrichissements locaux que nous avons pu vivre grâce à ces échanges puissent essaimer ailleurs entre d’autres structures régionales. Car à travers le site pour les « entrepreneurs culturels qui souhaitent créer leurs activités » il y a aussi l’idée de faire se rencontrer les structures qui font ces accompagnements. Cela nous a renforcés dans notre connaissance de notre territoire, et a augmenté nos compétences : si un porteur de projet vient nous voir, et que nous ne pouvons pas répondre à sa demande, nous savons désormais vers qui l’orienter. Du coup, la réputation des structures concernées en bénéficie : on sait que l’on y trouvera une information fiable, de qualité.


Propos recueillis par Romain Bigay

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L’entrepreneur culturel est-il un entrepreneur comme les autres ?

On recense près de 200.000 entreprises culturelles en France, généralement de petite taille. Face à la méfiance des investisseurs, elles sont souvent exclues des financements traditionnels, bancaires notamment. D’autant que le secteur culturel lui-même se méfie de la figure de l’entrepreneur triomphant. Mais, comme le secteur, les choses évoluent. L’entrepreneuriat culturel fait désormais partie du paysage et ils sont nombreux à se pencher sur son avenir.

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