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Article mis à jour le jeudi 16 septembre 2010
Article créé le lundi 3 novembre 2008
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David Milbéo de Culture Bar-Bars, Denis Talledec du Pôle, Frédéric Vilcocq de la Région Aquitaine et de l’ARF et Florent Teulé du Rama reviennent sur les tenants des négociations entamées dans le groupe de travail national et en régions.
David Milbéo, chargé de l’animation et du développement du réseau Culture Bar-Bars
Quelle est la situation des caf’ conc’ aujourd’hui en France ?
Aujourd’hui la situation des cafés-concerts est compliquée. Ces derniers sont en danger. Les cafés-concerts, que l’on nomme plus globalement "cafés-cultures" au sein du collectif Culture Bar-Bars ferment un par un. Il est urgent de trouver des solutions avant de se retrouver dans un désert d’activités culturelles au sein des cafés. Actuellement nous sommes dans une précarisation de l’activisme culturel.
Il est difficile de se mettre aux normes pour les cafés, tant les contraintes sont grandes et les coûts financiers élevés pour des établissements à économie fragile. L’empilement et l’accumulation des différentes législations inhérentes aux cafés et aux pratiques culturelles fragilisent la situation économique des cafés-concerts. Le décret bruit de 1998 et le basculement de catégorie N (débit de boissons) à la catégorie L (salles de spectacles) ne fait qu’augmenter la précarité des cafés-concerts.
Dans ce paysage, quel est le rôle de Culture Bar-Bars ?
Le collectif Culture Bar-Bars est avant tout un collectif citoyen, dont l’objectif est de défendre les petits lieux que sont les cafés. La volonté du collectif Culture Bar-Bars est de défendre des principes de société comme le "vivre ensemble" et "le droit à la fête", mais aussi "la place des jeunes et des adultes" et leur encadrement dans notre société. Enfin, l’un des objectifs majeurs est de mettre en place un cadre légal à l’expression culturelle dans les établissements. Cette expression culturelle dans les cafés concerne à la fois les professionnels et les amateurs.
Nous insistons sur le rôle social, culturel et économique des établissements et défendons avant tout, les petits lieux et établissements qui ne demandent pas d’aides, ni de subventions publiques pour leur fonctionnement. Dans un principe de massification et d’accès à la culture pour tous, le collectif souhaite laisser entrer la culture de proximité dans tous les lieux et ne laisser personne de côté.
Nous soutenons ainsi l’initiative d’un appui des collectivités territoriales aux pratiques professionnelles dans nos établissements et un système d’accompagnement aux pratiques artistiques (formation, infrastructures, emploi artistique professionnel favorisé).
Depuis les premières Rencontres nationales des cafés cultures à Nantes en janvier 2008, le collectif Culture Bar« Bars a intégré des tables rondes de concertations et de négociations au niveau local avec la ville de Nantes et au niveau national avec les différents acteurs concernés par le secteur des cafés-cultures.
Au sein du collectif, nous menons également des réflexions sur les pratiques artistiques dans nos lieux et sur la définition des "cafés-cultures". Ces réflexions vont aboutir à la formulation de propositions concrètes.
Qu’attendez-vous des négociations "cafés-cultures" entamées au sein de la plateforme nationale et en régions ?
Globalement, le collectif Culture Bar-Bars attend la mise en place de zone d’expérimentation en Région Pays de la Loire et Aquitaine sur les cafés cultures et la mise en place d’un cadre de bon sens en adéquation avec les pratiques existantes dans les cafés cultures au niveau national.
Denis Talledec, directeur du Pôle de coopération des acteurs pour les musiques actuelles en Pays de la Loire
Comment se structure la concertation sur les cafés-cultures en Pays de la Loire ?
Le travail sur le sujet des cafés-concerts est engagé depuis plusieurs années en Pays de la Loire. Sollicité par les responsables de ces établissements, le Pôle a débuté un travail d’appui à plusieurs niveaux avec eux. À l’époque il s’agissait de structurer leurs discours et le rendre audible auprès des partenaires publics (charte Culture Bar-Bars). Ensuite, il a fallu les accompagner pour s’organiser, se structurer et crédibiliser leur démarche (création du collectif Culture Bar-Bars). Enfin, une fois que le discours fut clair et qu’il reposait sur une organisation collective, il fallait leur permettre de rencontrer les bons interlocuteurs et ce, au plus haut niveau.
Ce temps a trouvé son point d’orgue lors des premières Rencontres nationales des cafés-cultures. Ces rencontres furent saluées par l’ensemble des participants car elles furent l’aboutissement d’un travail de médiation, de compréhension et décodage nécessaire et indispensable entre les différents partenaires, notamment entre les partenaires sociaux. Et c’est là que le Pôle a joué toute sa fonction, notamment en mettant en vie un dialogue entre partenaires qui se méconnaissaient jusqu’à présent. Suite à ces rencontres, les partenaires se sont retournés vers le Pôle pour transformer les volontés exprimées dans les faits.
Les éléments de réponse sont multiples et différents selon les échelles de territoires (communal, départemental, régional et enfin national). La question qui s’imposait en préalable était de savoir à quel niveau il fallait prioritairement intervenir et avec qui ? Le local, dans un contexte régional, et le niveau national semblaient être les niveaux les plus adéquats. Dès lors, qui mettait en œuvre ? Comme avec tout sujets délicats, les candidats ne sont pas nombreux.
Le Pôle dans sa démarche d’expérimentation et parce qu’il s’inscrit dans un territoire où toutes les volontés sont réunies : volonté politique (au premier titre celle de la Région des Pays de la Loire ainsi que de la Ville de Nantes), volonté des premiers concernés (les patrons des cafés-concerts réunis autour de Culture Bar-bars), volonté des partenaires sociaux (Snam-CGT et UMIH, qui ont joué un rôle déterminant sans lesquels tout ceci n’aurait pas pu voir le jour) et enfin volonté de l’État (ministère de la Culture et celui de l’Intérieur) de prendre ce dossier au sérieux.
Par la participation active à ces débats, le Pôle a ainsi également contribué à la mise en place de la plateforme nationale des cafés-cultures.
Quel rôle joue le Pôle, tant au niveau local que national ?
Notre rôle est la fois simple et complexe : assurer le secrétariat et l’animation de la plateforme de négociations nationales. Pour ce faire, il est nécessaire de disposer de différents paramètres, une vision d’ensemble et prospective des enjeux liés à ce dossier et la confiance de l’ensemble des partenaires. Secrétaire, animateur, médiateur, négociateur, technicien, il faut constamment faire comprendre aux partenaires les enjeux de chacun et proposer des solutions de sorties acceptables par tous.
Par ailleurs, au niveau des négociations locales, le pôle est présent en tant qu’appui aux réflexions. Il permet à la fois d’assurer la courroie de transmission entre les avancées nationales et les réflexions au sein des tables rondes de la Ville de Nantes.
Ces allers-retours permettent de nourrir les uns les autres. Un exemple peut venir étayer ceci : les effets de la licence d’entrepreneur sur la classification des établissements par les commission de sécurité. Sans cet aller-retour entre les responsables des commissions de sécurité, l’État, les patrons de cafés culture et l’UMIH, nous n’aurions pas trouver les effets de celle-ci.
Nous voulons répondre rapidement aux problèmes cafés-concerts pour sauver ceux qui survivent encore… tout en tenant compte de l’environnement dans lequel ils évoluent (amateurs et professionnels, gestion sonore).
Frédéric Vilcocq, conseiller régional d’Aquitaine délégué aux cultures émergentes et vice-Président du CSMA en tant que délégué ARF
Comment se structure la concertation sur les cafés-cultures en Aquitaine ?
La question des cafés-cultures s’est logiquement insérée dans les travaux de la Concertation territoriale des musiques actuelles en Aquitaine, lors de notre 8e conférence-débat qui s’est déroulée à Pau le 23 septembre dernier en présence de l’ensemble des partenaires de la plateforme nationale cafés-culture. Cette conférence avait pour thème les lieux musicaux musiques actuelles comme enjeux de développement des territoires et nous avions décidé de consacrer un atelier aux "cafés-cultures" et à leur rôle de soutien à l’émergence artistique.
De cette journée de travail, nous avons monté un groupe de travail technique regroupant les acteurs régionaux qui suivra l’avancée des propositions de la plate-forme nationale et nourrira par ailleurs les travaux de celle-ci par des préconisations concrètes.
La présence des acteurs privés du secteur des musiques actuelles au sein de cette concertation territoriale, et ce dès son lancement en 2005, est une des garanties de son succès et de la pertinence de nos propositions. Nous avons en effet dès l’origine intégré toute la filière dans cette logique de co-construction de politique publique de la culture en faveur de ce secteur.
Ainsi la présence des bars était normale, de par leur rôle essentiel dans le soutien à l’émergence artistique et à la place faite aux pratiques amateures. Une bonne politique culturelle ne peut que passer par une compréhension complète du secteur et de la multiplicité de ces acteurs.
Qu’attendez-vous des négociations "cafés-cultures" entamées au sein de la plateforme nationale ainsi qu’en Aquitaine ?
Cette négociation nationale est importante dans un contexte extrêmement défavorable aux cafés-cultures. Si nous n’agissons pas rapidement, nous assisterons impuissants à leur fermeture ou bien à l’arrêt des programmations au sein de ces établissements. Et pour moi, en tant qu’élu particulièrement impliqué envers ces musiques, c’était purement inconcevable et j’ai donc accepté de rejoindre l’action initiée en Pays de la Loire, notamment par ma collègue conseillère régionale Chloé Le Bail.
Je dois reconnaître que l’état d’esprit des membres de la plateforme nationale a permis en quelques réunions de bien circonscrire tant la problématique qu’une série de préconisations qui pourraient nous permettre d’élaborer un cadre juridique et artistique favorable à ces structures.
Nous devons ainsi en peu de temps mettre en oeuvre une politique concertée de soutien à :
l’emploi culturel et artistique dans les cafés cultures ;
l’élaboration d’un cadre de pratiques amateures en l’absence de loi ;
une réglementation adaptée (décret bruit, licence d’entrepreneur de spectacles, formation ERP).
Ce cadre de travail, certes contraint dans le temps, me semble efficace. La présence autour de la table de négociations de l’État, de collectivités locales, des acteurs du secteur musical et des professionnels de la restauration, cadre tripartite est un gage de réussite, c’est en tout cas la responsabilité qui est la nôtre.
Florent Teulé, directeur du Réseau aquitain des musiques actuelles (Rama)
Comment se structure la concertation sur les cafés-cultures en Aquitaine ?
Ce chantier sur les cafés-cultures est assez révélateur de la méthodologie générale de la Concertation territoriale des musiques actuelles en Aquitaine et, plus largement, des missions du Rama. Nous travaillons depuis plusieurs années sur la filière de diffusion et avons donc logiquement interpellé nos adhérents et partenaires suite aux excellentes Rencontres nationales des cafés-cultures.
Le travail effectué par la Région Pays de la Loire nous donnait en effet une belle opportunité. D’un côté, l’Aquitaine profite des avancées de Culture Bar-Bars, du Pôle et des différents interlocuteurs volontaires (l’UMIH, le Snam-CGT, conseil régional des Pays de la Loire, le ministère de la Culture et celui de l’Intérieur), de l’autre, nous offrons à la plateforme de négociation nationale un nouveau territoire d’expérimentation géré dans le cadre de la Concertation territoriale (qui est une innovation régionale du dialogue social validée par le CSMA).
Nous considérons donc la concertation comme un outil de partage d’expériences et de diffusion de l’innovation. Suite à la journée de concertation organisée sur ce thème à Pau en septembre dernier (110 participants), nous poursuivons les travaux en liant niveau national et niveau local. Le processus est un aller-retour permanent qui permet un feed-back intéressant.
Quel rôle joue le Rama dans ces discussions, tant au niveau local que national ?
Notre rôle se veut modeste : nous sommes des facilitateurs. Les principaux acteurs restent le collectif Culture Bar-Bars et ses partenaires (l’UMIH, le Snam-CGT, les collectivités territoriales et les différents ministères impliqués). Le Rama, en partenariat étroit avec le Pôle, assume la coordination et l’animation de la plateforme nationale de négociation. Au niveau régional, nous nous assurons que les différentes initiatives (au premier rang desquelles il faut noter le dynamisme du conseil régional) s’expriment dans le cadre des accords nationaux passés entre les protagonistes.
Ce système est au final d’une grande souplesse et d’une agréable fluidité. Les interfaces que sont les réseaux régionaux, comme le Rama ou le Pôle, permettent de lier l’exigence d’une cohérence nationale et les opportunités de l’échelon local. Il y a ainsi la construction d’un espace commun entre les réalités de terrain, la marge de manœuvre des collectivités territoriales et le respect du droit du travail.