"Le streaming est en train de transformer l’industrie musicale"

Interviews

Éditeurs, producteurs, artistes, institutionnels, journalistes, plateformes, avocats… 20 personnalités du secteur musical expliquent pourquoi, selon elles et eux, le streaming sera (ou pas !), le sujet phare de l’édition 2014 du Midem.


Laurence Franceschini

(DR)

Directrice générale des médias et des industries culturelles (DGMIC) au ministère de la Culture et de la Communication


- Le streaming sera-t-il, selon vous, le sujet de ce Midem ? Pour quelles raisons ?

Il est indéniable, au vu des chiffres du marché, que le streaming (audio et vidéo, gratuit et payant) est un usage qui se répand et qui enregistre de bien plus fortes progressions que le téléchargement (+ 32 % en 2012 par rapport à 2011, ce qui représente aujourd’hui près de 42 % des revenus numériques, alors que le téléchargement n’a enregistré une progression que de 12 % entre 2011 et 2012 et représente 63 M€, selon les chiffres du Snep).

Même si le chiffre d’affaires du secteur de la musique enregistrée reste encore majoritairement lié aux ventes physiques, le streaming est donc un mode d’exploitation sur lequel il convient de se pencher attentivement afin de veiller à ce que son essor soit bénéfique de manière équilibrée, en termes économiques, pour l’ensemble de la chaîne de valeur.

C’est pourquoi, à la lumière des propositions faites par le rapport Lescure et devant le constat d’un secteur de la musique en ligne en souffrance, la ministre de la Culture et de la Communication a confié à M. Christian Phéline la mission d’objectiver le partage de la valeur dans ce secteur.

S’appuyant sur une large consultation des professionnels concernés et sur une analyse des études disponibles, le rapport remis le 18 décembre dernier dresse un état des lieux des pratiques contractuelles entre plateformes et ayants droit, et entre producteurs et artistes. Puis il fait des propositions pour mieux réguler les relations économiques entre ces différents acteurs. Il explore aussi bien les voies relevant de la négociation collective que les mesures législatives susceptibles d’être inscrites dans le projet de loi sur la création.

La ministre a jugé ces propositions très prometteuses et pertinentes pour assurer une juste rémunération des artistes-interprètes dans l’univers numérique et pour soutenir la diversité de l’offre légale. Elle souhaite qu’un certain nombre de ces propositions intègrent le projet de loi sur la création artistique, sous réserve de leur expertise juridique, à laquelle nous travaillons actuellement.


Bruno Crolot

Directeur du Midem


- Le streaming sera-t-il, selon vous, le sujet de ce Midem ? Pour quelles raisons ?

Le streaming est un des sujets forts du prochain Midem, et les principales plateformes sont présentes : Spotify et Deezer sponsorisent le Midem Hack Day, Napster et Beats Music sont également partenaires…Mais plus que le streaming en tant que solution technique, LE sujet sera sans aucun doute celui du partage de la valeur entre les différents acteurs de la chaîne, en particulier la contribution des nouveaux entrants aux revenus de la filière et au retour à la croissance.

Le streaming n’a pas vocation à remplacer les revenus des ventes physiques et digitales, mais il est certain que les pays où les services d’abonnement sont les plus développés, comme la Suède, montrent des signes de croissance très encourageants. D’autre part, nous ne sommes qu’au début de la transition vers ce nouveau modèle, et de nombreux services sont en train de se lancer, adressant des genres, des territoires ou des comportements seulement partiellement servis par les plateformes existantes. Alors que de nombreux marchés sont encore dominés par les ventes physiques, la transition vers des modes de consommation entièrement dématérialisés constitue un enjeu majeur pour toute l’industrie. Je vous invite à suivre de près le débat que nous avons organisé sur ce sujet le prochain samedi 1er février dans le cadre des Midem Talks. Il sera retransmis en intégralité en streaming vidéo sur notre chaîne YouTube !


Yann Thebault

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(c) Carl Labrosse

Directeur général France, Spotify


- Le streaming sera-t-il, selon vous, le sujet de ce Midem ? Pour quelles raisons  ?

Je pense effectivement que le streaming sera l’un des sujets forts du Midem, d’ailleurs de nombreux panels sur le sujet cette année y sont consacrés. L’année 2013 a été une année très riche pour le streaming et pour Spotify. En un an nous sommes passés de 15 à 55 pays, nous avons reversé 500 millions de dollars aux ayants droit, nous avons lancé une offre mobile gratuite, l’industrie musicale a commencé à renouer enfin avec la croissance au global dont certains cas exceptionnels comme celui de la Suède (+ 14 % de croissance des revenus du marché de la musique en 2013 en grande partie grâce au streaming et à Spotify) et de nombreux nouveaux acteurs se sont lancés sur le secteur.

Je pense que le scepticisme sur le streaming qu’on a connu à nos débuts est de l’histoire ancienne, aujourd’hui beaucoup s’accordent à dire que le streaming est en train de transformer et de sauver l’industrie musicale, et les chiffres parlent pour nous. Le streaming reste un modèle jeune et relativement petit, qui a été l’objet de toutes les attentions et interrogations dans l’industrie musicale cette année, la programmation et les discussions autour du Midem en sont le parfait reflet.


Yves Riesel

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(c) Jean-Baptiste Millot

Directeur d’Abeille musique et de Qobuz


- Le streaming sera-t-il, selon vous, le sujet de ce Midem ? Pour quelles raisons ?

"LE" sujet ? Pourquoi "LE" sujet ? Ce n’est pas le streaming en tant que tel le sujet. C’est déjà passé de mode le streaming ! C’est la musique dans le cloud avec des droits qui y sont attachés selon ce qu’on consent à payer ou à ne pas payer qui est le sujet !

L’offre combinée Qobuz, "streaming + téléchargement" augure d’une nouvelle étape pour les services de musique en ligne, caractérisée par la disparition de la frontière telle qu’elle est vue actuellement entre les sites de téléchargement et les services de streaming.

La notion de "droits d’accès" (temporaires dans le cas de l’abonnement, ou permanents dans le cas du téléchargement) à travers le cloud autorise en ce qui concerne la musique en ligne la jonction d’usage dans un même service, à travers ses applications, de contenus aux droits hétérogènes.

Ainsi, un label ou un artiste seront disponibles sur Qobuz et non sur les autres services de streaming parce que Qobuz est aussi un service de téléchargement à l’acte. L’utilisateur abonné, si il acquiert les droits de téléchargement définitif d’un produit indisponible au streaming, peut si il le souhaite le télécharger et le stocker localement sans DRM - mais il peut aussi immédiatement le jouer en streaming sur les applications diverses que lui offre Qobuz ou celles de ses partenaires (Sonos, par exemple).


Xavier Filliol

Directeur des Éditions de l’Octet, président de la commission musique du Geste (Groupement des éditeurs de services en ligne)


- Le streaming sera-t-il, selon vous, le sujet de ce Midem ? Pour quelles raisons ?

Cette forme d’accès à la musique sur internet n’est pas nouvelle, mais elle semble prendre le pas sur d’autres formes, comme le téléchargement, auprès du public. Mais ce type d’accès est protéiforme : linéaire (radio, webradio), semi-interactif (smartradio), à la demande (podcast, écoute en différé, streaming à la demande). Malgré sa complexité, on note quelques lignes forces comme le passage de la propriété à l’accès, ce qui n’est pas neutre d’un point de vue utilisateur.

Sans être grand clerc, il semble que ce sujet devrait occuper une place importante dans les débats du Midem : le cycle commercial est plus long que pour les modèles d’achat au titre, car l’utilisateur ne possède jamais le titre. Cela vient bousculer les usages extrêmement court-termistes du secteur.

De plus, le modèle économique du streaming oscille entre le gratuit (financé par la pub) et l’abonnement payant, contrairement à l’achat à l’acte dans le téléchargement. L’abandon d’un modèle de distribution vers un modèle média va aussi reconditionner les règles du secteur de la musique en ligne.


Gilles Vercken

Avocat au barreau de Paris, cabinet Gilles Vercken
Propriété intellectuelle ● Nouvelles technologies ● Informatique ● Médias


- Le streaming sera-t-il, selon vous, le sujet de ce Midem ? Pour quelles raisons ?

Le modèle économique actuel du streaming est LE sujet, en lui-même et en tant qu’aspirateur de la valeur économique des autres modèles de diffusion de la musique. Il cristallise aussi les tensions entre les différents intervenants dans la chaîne (notamment entre artistes et producteurs). Mais mentionnons aussi la problématique du marché d’occasion des biens numériques, qui doit être, sinon interdit, en tout cas encadré.

Pour le juriste, les catégories téléchargement ou streaming, en tant que différenciation de modes d’exploitation, ne sont pas nécessairement pertinentes, même si sur le plan commercial la distinction est établie. Cette distorsion est source d’incohérences dans les analyses et les conséquences à en tirer (sur les prérogatives de l’utilisateur, sur les DRM, sur le statut des copies, sur le périmètre de la licence légale, etc.). Une clarification ne serait pas inutile.

Le problème majeur est celui du financement du modèle actuel du streaming : la publicité génère pour les titulaires de droits des sources de revenus invérifiables et insuffisantes, et les sommes provenant de l’abonnement ne sont pas réparties de manière transparente. De plus et surtout, il est plus que temps de comprendre que Youtube, Google et les plateformes de distribution ne sont pas des prestataires techniques, mais des médias à part entière qui doivent donc être soumis aux obligations qui en découlent, notamment de partages des revenus au profit des titulaires de droits.


Thierry Voyer

Directeur des programmes, Radio Néo


- Le streaming sera-t-il, selon vous, le sujet de ce Midem ? Pour quelles raisons ?

C’est possible, mais c’est dommage ! Depuis maintenant de nombreuses années, le streaming est l’arbre qui cache la forêt : de la baisse d’exposition de la musique dans les médias, de l’extrême difficulté du développement d’artistes locaux émergents et de la recherche d’alternatives aux modèles (notamment économiques) précédents de l’industrie musicale, qui n’ont pas encore été réellement trouvées, pendant que le streaming tendait à faire passer des vessies pour des lanternes.

Des centaines de millions de dollars ont été investies dans ce qui paraissait pouvoir remplacer à la fois platines CD, disquaires et radios. En réalité il n’est qu’un nouveau mode de lecture de la musique, ce qui est déjà remarquable.

En revanche, en matière de monétisation et d’exposition, contrairement aux apparences, le streaming se révèle très peu adapté.


Éric Petrotto

Directeur de 6AM Prod, président de Cd1d


- Le streaming sera-t-il, selon vous, le sujet de ce Midem ? Pour quelles raisons ?

Nous rentrons inexorablement dans l’économie de la fonctionnalité et le streaming musical en est la parfaite illustration pour l’écosystème musical. Deezer, Spotify, Rdio, Google, Apple, Microsoft, Amazon, ont tous (ou travaillent tous) à avoir leur service de streaming musical. Puisque le Midem donne la température des mouvements de fonds des industriels du secteur alors OUI c’est LE sujet de ce Midem.

Nous espérons que le sujet sera plutôt : comment ces nouveaux écosystèmes trouvent vite un équilibre qui respecte toute la chaîne, en premier lieu ceux qui créent, et pas simplement quel est le nom du prochain jouet technologique de ceux qui travaillent la matière musicale mondiale en favorisant la politique de concentration des grosses firmes de l’entertainment. Nous essayons quant à nous (au travers de 1D touch) de trouver collectivement notre place, et des solutions innovantes, pour nos catalogues.


Axel Bauer

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(c) Philippe Quaisse (Polydor)

Artiste, président de la Gam


- Le streaming sera-t-il, selon vous, le sujet de ce Midem ? Pour quelles raisons ?

Le streaming, tel que proposé par Deezer, Spotify ou Youtube est prometteur et très attractif pour le public que nous sommes, mais ne génère pas un revenu qui permet d’enregistrer nos créations de manière optimum pour le public. L’immédiateté de l’offre est son point fort pour tous, mais la valeur financière importante est perçue par des acteurs qui ne participent pas à la dite création. Le modèle économique est donc stagnant aujourd’hui. Les investissements financiers demandés pour la production d’une œuvre sont plus importants que les gains générés par le streaming. Ce ne peut donc pas être un modèle économique viable aujourd’hui.


Jérôme Giachino

Gérant de Starzik


- Le streaming sera-t-il, selon vous, le sujet de ce Midem ? Pour quelles raisons ?

Non, car il est trop restrictif en termes de part de marché et d’accès au plus grand nombre. En effet, le sujet majeur reste le marché du numérique en général et les offres proposées en fonction du comportement, des attentes, et des moyens financiers des consommateurs.

Il est aujourd’hui mis en avant car il participe à la progression du marché du numérique, mais ce développement est soutenu par les opérateurs télécoms qui participent grandement à son expansion et son financement. Dès lors que vous devez payer 120 € par an alors que le budget moyen par Français pour la musique est de 20 € par an, la captation du marché de masse est loin d’être acquise et donc obligatoirement complétée par le téléchargement à la carte où vous gérez le budget musique à votre guise et selon vos moyens. C’est la raison pour laquelle le sujet majeur reste, pour ma part, le marché du numérique et sa mutation : les usages qui changent, une offre en perpétuelle mutation comme le cloud ou l’offre multiculturelle (jeux, livre, BD) de Starzik.com, l’interopérabilité plutôt que l’écosystème fermé qui nuit au développement et à la concurrence, la gestion de sa discothèque, la découverte et la recommandation musicale, la standardisation des métadonnées, le big data… Ces sujets seront au centre de la réflexion et du développement des plateformes de téléchargement de musique dans les prochaines années pour améliorer l’accès et l’expérience client de demain.


Gilles Bressand

Délégué général du syndicat des Éditeurs de services de musique en ligne (ESML)


- Le streaming sera-t-il, selon vous, le sujet de ce Midem ? Pour quelles raisons ?

Régularité de l’exercice, chaque Midem donne l’occasion aux acteurs de la filière musicale d’établir un bilan, d’annoncer ses objectifs puis de dessiner les futurs d’un marché en pleine mutation…

À l’évidence, l’ensemble de ces projections se heurte à la réalité des offres et demandes qui voient cohabiter le physique et les différents modèles de services de musique en ligne.

Les investissements considérables mobilisés en 2013 par les éditeurs de services de streaming nous poussent légitimement à considérer qu’il s’agira d’un mode d’accès majeurs à la musique enregistrée, mais nous aurions tort de négliger tant la vente à l’acte par téléchargement que l’ensemble des nouveaux services (smartradios, live, vidéo, etc.) développés par les jeunes éditeurs représentés notamment au sein de l’ESML.


Vincent Castaignet

Fondateur et dirigeant de Musicovery


- Le streaming sera-t-il, selon vous, le sujet de ce Midem ? Pour quelles raisons ?

OUI. Car cet usage représente le principal relais de croissance pour l’industrie musicale, et que la répartition de sa valeur fait l’objet de tensions fortes. De plus, les principaux acteurs dominants de la technologie ont maintenant une offre de streaming, même Apple, et s’affrontent avec des moyens financiers qui ont été décuplés en l’espace de quelques années. Cela devrait conduire à des évolutions dans les rapports de force sur toute la chaîne de valeur, des mouvements de concentration, d’innovation et de différenciation des offres. La dernière initiative de Spotify, rendant gratuite son application mobile pour des lectures en mode aléatoire, en est une bonne illustration. De tout cela, le Midem 2014 sera le témoin.


Stanislas Hintzy

Enseignant en distribution numérique, consultant et directeur de la stratégie de Moozar


- Le streaming sera-t-il, selon vous, le sujet de ce Midem ? Pour quelles raisons ?

J’espère bien. Si j’ai bien compté, quatre conférences touchent à ce sujet au prochain Midem. Ma première expérience dans ce marché fut en 2004 lorsque, à OD2, nous avons sorti la première offre de streaming à l’unité (1 cent) puis en illimité. Il aura fallu attendre 9 ans pour que cet usage devienne mainstream en Europe. En tant qu’enseignant à de jeunes professionnels de l’industrie, j’observe chaque année l’évolution des usages chez eux. Pour moi, la bataille du streaming et du téléchargement est close et le streaming a gagné.

Aujourd’hui, les jeunes vivent dans un monde connecté 24/24, où l’information, la musique, les vidéos, la presse, les jeux…. sont toujours disponibles. Ils n’ont jamais conservé de fichiers et n’en voient pas l’intérêt. L’avenir est l’application du streaming à de nouveaux types de services, au-delà des webradios et de la musique à la demande ainsi qu’à l’extension du streaming dans de nouveaux environnements tels que la chaîne hi-fi connectée et la voiture.

Dans l’histoire millénaire de la musique, il est bien possible que la période où la musique a été capturée sur du plastique ne soit qu’une parenthèse de 200 ans (1877, dépôt du brevet du phonographe par Thomas Edison – 2077 pressage du dernier disque ?) ; et que le téléchargement permanent ne soit qu’une phase de transition vers un monde 100% streaming.


Emmanuel Legrand

Journaliste et consultant


- Le streaming sera-t-il, selon vous, le sujet de ce Midem ? Pour quelles raisons ?

C’est sans doute un sujet important, mais pas le seul. Le Midem se déroulera une semaine après le lancement (aux États-Unis pour commencer) de la nouvelle plateforme Beats, et dans la foulée de redéploiement de Rdio, et de la décision de Spotify de partager ses données avec les artistes. Si la thématique du streaming s’impose c’est que nous voyons dans de plus en plus de territoires (États-Unis, Grande Bretagne, Suède, Pays-Bas, France…) un basculement du téléchargement payant (ou illicite) vers le streaming, le plus souvent non payant. Ce qui ouvre la porte à beaucoup de questions dont celle des revenus provenant du streaming et du partage de ces revenus. Il y a aussi la question de la conversion des utilisateurs gratuits vers l’abonnement payant, enjeu crucial pour la filière. Mais d’autres sujets seront aussi au cœur du Midem : Comment faciliter la licence des œuvres à l’ère numérique ? Comment faire que YouTube, qui dégage désormais des bénéfices, contribue davantage au financement du secteur ? Et puis on reparlera sans doute encore du CNM (Centre national de la musique) et des besoins de la filière en France.


Cécile Rap Veber

Directrice des licences de la Sacem


- Le streaming sera-t-il, selon vous, le sujet de ce Midem ? Pour quelles raisons  ?

Oui, le streaming, tant audio que vidéo, sera sans nul doute, LE sujet du Midem de par l’extension sur de nouveaux territoires d’acteurs majeurs tels que Deezer et Spotify, l’arrivée probable prochaine en Europe d’acteurs américains tels que Beats ou Netflix, ou encore le lancement de radios web semi-interactives, tels que iTunes Radio ou le service mobile de Spotify, qui vont se généraliser auprès d’autres plateformes.

Le streaming va occuper une place de plus en plus importante dans le mode de consommation de la musique et de l’audiovisuel auprès du public et, de ce fait, il va beaucoup occuper les esprits et les échanges au Midem, avec pour corollaire la mise en place d’accords contractuels de plus en plus complexes couvrant un maximum de répertoires.

Mais d’autres sujets importants vont aussi occuper les participants au Midem. Sans nul doute, les hubs licensing, guichets uniques de délivrance de licences pour les plateformes online au niveau paneuropéen. La Sacem est justement l’un des initiateurs importants, avec d’autres sociétés européennes, de la structure Armonia qui regroupe les répertoires de la Sacem (France), la Siae (Italie), la Sgae (Espagne), la Spa (Portugal), la Sabam (Belgique), Artisjus (Hongrie), Umpi (catalogue anglo-américain et latino d’Universal Music Publishing) et Sony ATV latino. Certaines annonces devraient être faites à cet égard durant le Midem.


Angélique Dascier

Déléguée générale de la Chambre syndicale de l’édition musicale (CSDEM)


- Le streaming sera-t-il, selon vous, le sujet de ce Midem ? Pour quelles raisons  ?

Le streaming est sans doute le sujet qui fait l’actualité (Beats, rapport Phéline, métadonnées…). Les attentes sont fortes sur les différentes stratégies développées par les services de streaming et sur l’avènement à plus ou moins long terme d’un business model pérenne. De manière plus prospective, le Midem pourrait être l’occasion de l’ouverture du débat sur les nouveaux potentiels de valorisation qui se créent autour des œuvres et de la manière pour les industries culturelles et pour l’industrie musicale en particulier d’en tirer le meilleur parti.


Bruno Boutleux

Directeur général de l’Adami


- Le streaming sera-t-il, selon vous, le sujet de ce Midem ? Pour quelles raisons ?

Je l’espère vivement, car même si le sujet semble à première vue dépassé, le streaming n’étant plus une question mais une réalité bien ancrée dans le marché numérique, il est au contraire en plein bouleversement. Les nouvelles versions de Deezer et Spotify, les arrivées prochaines d’iTunes Radio ou Beats Music annoncent des changements fondamentaux.

Le point commun entre ces nouvelles versions est l’éditorialisation. Nous passons d’un streaming de l’extrême abondance, celui où l’utilisateur en quête de repères se retrouvait finalement à écouter les Pink Floyd ou Jacques Brel, à un streaming de recommandation. En fait les plateformes de streaming sont tout simplement en train d’inventer… la radio ! Pourtant, malgré cette similitude, il y a une différence de taille : là où le partage des revenus entre producteurs et artistes est de 50/50 pour la radio, il n’est que de 92/8 environ pour le streaming nouvelle version. Et comme l’a souligné Christian Phéline dans son rapport, rien ne justifie cette différence.


Christophe Vix-Gras

Chargé de mission, Technopol


- Le streaming sera-t-il, selon vous, le sujet de ce Midem ? Pour quelles raisons ?

Cela semble évident ! Les acteurs du streaming représentent une part notable des revenus numériques et des revenus de l’exploitation de la musique.

Même si les chiffres transmis par les diffuseurs et les détenteurs des catalogues ne sont peut-être pas assez clairs, le streaming semble être la règle pour la consommation de la musique de nos jours.

Cependant, nous sommes bien d’accord avec la Gam (Guilde des artistes de la musique) sur un point : cela ne profite pas aux artistes, mais aux investisseurs. Ce n’est pas un problème en soi, il faut un peu plus de transparence dans les relations contractuelles entre les parties, afin que personne ne soit lésé et que le revenu soit moins dérisoire pour les ayants droit. La "long tail" signifie parfois la misère pour les artistes. Certes, plus d’artistes s’expriment, mais très peu vivent de leur musique.


Publié le 29 janvier 2014

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