IRMA

Centre d'information et de ressources pour les musiques actuelles

Connexion / inscription

Le panierVotre panier est vide

PUBLICITE
Accueil du site
Accueil du site > Centres d’information > CIMT > Ressources > Le marché des musiques traditionnelles et du monde en France Inventaire 2004 en perspective européenne
Version imprimable de cet article Version imprimable  
2005-02

Le marché des musiques traditionnelles et du monde en France
Inventaire 2004 en perspective européenne

Publié dans Planètes Musiques, février 2005 par François Bensignor

Ce panorama à été réalisé à la demande du Bureau Export de la Musique Française à l’été 2004, afin d’éclairer les producteurs et opérateurs professionnels européens sur les réalités du marché français des musiques traditionnelles et du monde. Il est reproduit dans ces pages avec son aimable autorisation

Avec le nouveau millénaire, les musiques traditionnelles et du monde sont parvenues à consolider leur place dans le paysage musical français. On estime actuellement que leur part de marché se situe dans une fourchette comprise entre 5% et 6%* sur le plan phonographique. Seule une dizaine d’artistes pouvaient prétendre à des ventes d’albums égales ou supérieures à 100• 000 exemplaires sur le territoire français durant la période 2000-2003. En revanche le nombre de 32• 000 à 33• 000* références annuelles publiées durant cette même période est tout à fait significatif quant à la multiplicité des productions et la diversité des esthétiques proposées.

Difficile d’avancer des chiffres concernant la diffusion du spectacle vivant, en l’absence d’outil d’observation spécifique au secteur. Mais si l’on considère la dynamique extrêmement porteuse au niveau de l’activité professionnelle sur les scènes françaises, on peut estimer sans craindre de se tromper que la part de marché des musiques traditionnelles et du monde dans le domaine du spectacle est supérieure à celle avérée dans le disque. On remarque également que l’implication des pouvoirs publics, notamment locaux et régionaux, est un important levier qui contribue au développement de la diffusion de spectacles pour ces musiques.

Bien que les deux domaines du spectacle et du disque fonctionnent sur des économies fragiles, il existe une véritable dynamique de réseau. Les entreprises indépendantes, qui l’ont initiée, jouent un rôle majeur pour le repérage des artistes et le développement de leurs carrières. Dans ce contexte, force est de constater l’indigence de la couverture médiatique réservée aux musiques traditionnelles et du monde. Le désintérêt affiché par les grands médias nationaux, télévisuels et radiophoniques, demeure une énigme dans un pays qui prône son exception culturelle et qui est souvent considéré de l’étranger comme une plaque tournante de ces musiques.

PUBLICS, ARTISTES ET POLITIQUES

Vue des autres pays d’Europe, la France apparaît comme l’un des marchés les plus dynamiques en matière de musiques traditionnelles et du monde. Pourtant, les opérateurs européens qui essayent d’y développer leurs productions et leurs artistes ont souvent l’impression de se heurter à un domaine fermé, difficile à pénétrer. À leurs yeux, les différents systèmes d’aide publique dont peuvent bénéficier les structures françaises constituent notamment un obstacle difficile à contourner. S’il est vrai que la concurrence peut être rude dans un secteur rassemblant de nombreux professionnels implantés pour certains depuis une ou deux décennies, on peut remarquer cependant que ces mêmes professionnels français contribuent activement au développement d’un travail en réseau avec leurs homologues européens. Les salons spécialisés Womex et Strictly Mundial ont été accueillis en France respectivement en 1997 et en 2002, ce qui confirme l’ouverture européenne du marché français.

Le territoire français a constitué, dès les années 1980, un lieu pionnier de découverte et de développement vers les marchés internationaux pour des artistes étrangers représentant des cultures à l’expression musicale particulièrement forte. Ce sont des artistes issus de l’Afrique francophone produits par des structures françaises qui ont jeté les bases de ce qui est devenu le marché de la « world music » pour les anglophones, des « musiques du monde » pour les francophones. Plusieurs raisons à cela• :

- • D’un point de vue sociologique, on peut remarquer d’abord la grande diversité culturelle de la population française. Cet élément favorise la diffusion de créations répondant à des formes stylistiques associées aux goûts et aux références culturelles de groupes sociaux qui en sont demandeurs.

- • Beaucoup d’artistes aux origines culturelles diverses résident sur le territoire français. D’autres y ont établi des liens durables avec des producteurs, qui les accompagnent dans leur développement de carrière sur scène ou sur disque, voire simultanément sur ces deux plans.

- • Les politiques d’accueil des populations d’origines culturelles diverses s’articulent autour des concepts d’« intégration » et de « mixité sociale » . Elles diffèrent ainsi de la conception anglo-saxonne qui privilégie l’approche communautaire, regroupant notamment des populations de mêmes origines culturelles dans des espaces urbains distincts. L’incidence de ces politiques sur l’intérêt porté par le public français aux musiques du monde ne doit pas être mésestimé. Toutefois, l’impact de l’identifiant culturel communautaire conserve toute sa pertinence sur le développement de carrière d’artistes, notamment pour des populations à l’importance démographique significative, comme celles originaires des Antilles françaises, du Maghreb, d’Afrique de l’Ouest ou de l’océan Indien.

La prise en compte de ces éléments conjugués permet de constituer une base minimum d’activités pour l’artiste. Schématiquement, on peut considérer parmi les éléments favorables le fait que sa carrière s’appuie d’abord sur sa communauté culturelle. Dans un second temps, grâce au dynamisme de l’équipe qui l’entoure, son public s’élargit au-delà de ce premier cercle restreint. Puis des structures professionnelles dans les domaines du spectacle et du disque lui permettent de s’affirmer sur les réseaux nationaux, européens et internationaux.

PLACE DES ARTISTES EUROPEENS

Le marché des musiques du monde est actuellement dominé par les artistes latino-américains et africains. Cette constante internationale se confirme en France. Il n’en demeure pas moins qu’une demande du public français concerne les grands courants stylistiques européens• : musiques celtiques, flamenco, fado, musiques tsiganes, etc.

Régions et affinités culturelles

Le fonctionnement du secteur musical français a toujours été et continue d’être centré sur la capitale. Même si l’on peut le regretter, objectivement Paris, où sont implantés la plupart des maisons de disques et les principaux médias de masse, est le passage obligé des tournées internationales. Or il est intéressant de constater qu’avec l’idée de l’Europe, la décentralisation a fait son chemin, y compris dans le domaine musical. Parce qu’elles se sont orientées vers une revalorisation de leurs propres cultures, certaines régions de France développent de grandes affinités avec d’autres régions ou pays d’Europe, dont elles se sentent proches par la langue, la manière de chanter, les instruments de musiques ou les rythmes à danser• : la Bretagne avec le Pays de Galles, l’Irlande, l’Écosse, la Galice• ; le Nord Pas de Calais avec la Flandre et la Wallonie, mais aussi avec la Pologne du fait de l’assimilation des anciens mineurs émigrés• ; la région Provence Alpes Côte d’Azur avec le Piémont et l’Italie du Nord• ; le Roussillon avec la Catalogne, etc. Cette ouverture favorise le développement de relations avec des artistes de différents pays européens, pour qui s’ouvrent des opportunités de se produire en France dans le cadre de résidences ou de créations croisées avec des artistes français. Ces relations culturelles interrégionales peuvent être mises à profit pour initier et consolider des partenariats entre opérateurs professionnels français et étrangers.

Mobilité des cultures sur le territoire européen

En tout état de cause, les dynamiques de partenariats, qu’ils soient trans-régionaux ou d’une autre nature, figurent parmi les moyens les plus appropriés lorsqu’un artiste européen souhaite aborder le marché français. Les logiques commerciales de territoires suivies par les majors privilégient la concurrence entre filiales nationales. Les productions répondant aux critères esthétiques « main stream » anglo-saxonnes sont mises en avant à l’international, au détriment notamment des esthétiques relevant de cultures spécifiques de pays ou régions d’Europe. Il est symptomatique de constater que la plupart des grandes vedettes allemandes, scandinaves, italiennes ou espagnoles sont quasiment inconnues par le grand public français. Dans le domaine des musiques traditionnelles et du monde, c’est en prenant le contre-pied de cette démarche que les producteurs indépendants sont parvenus à établir un marché de niche autonome et dynamique. La notion de territoire s’applique seulement au niveau du contrat de licence ou de distribution. En revanche, et c’est le plus important, il n’y a plus de corrélation systématique entre esthétique et territoire. Par exemple, le Taraf de Haïdouks, l’une des plus belles réussites de ces dernières années, est un orchestre tsigane ignoré dans son pays, la Roumanie, découvert, produit et développé par un label indépendant belge (Crammed World) et dont le succès paneuropéen n’est en rien l’apanage d’un territoire national particulier. Autre exemple, les polyphonies bulgares ont été promues par un label suisse… Ainsi la place des artistes européens sur le marché français n’est-elle en rien soumise à un seul et même déterminisme. Les styles les plus divers s’y côtoient.

Grands styles européens bien implantés en France

Les musiques celtiques

Elles ont trouvé leur public depuis longtemps et disposent de leurs propres réseaux, particulièrement dynamiques et créatifs. Importées par le courant folk, ces musiques dites « celtiques » (terme contesté par les spécialistes) sont implantées depuis les années 1970 dans l’imaginaire culturel français. Après une désaffection passagère, le courant celte a recouvré une santé resplendissante dans la seconde moitié des années 1990. Le public n’a cessé de se renouveler et de se rajeunir parallèlement à l’extraordinaire bouillonnement culturel qui s’est emparé de la Bretagne.
La musique irlandaise, particulièrement appréciée, est pratiquée dans toutes les régions de France grâce à un maillage d’associations qui organisent leurs soirées clubs concerts, stages de musique et de danse, bals… Il existe des sites et des chats sur Internet. Des festivals drainent le grand public. Le plus ancien (35e édition en 2005), le plus emblématique et le plus gigantesque de tous les festivals d’été en France par sa fréquentation n’est autre que le Festival Interceltique de Lorient• : 600• 000 spectateurs en 10 jours, 14 lieux de spectacles, plusieurs milliers d’artistes… Les carrières françaises de nombreux artistes des pays de langue celtique, comme le Galicien Carlos Nuà±ez, ont pu se bâtir et se consolider à partir de Lorient.

Flamenco, fado, musiques tsiganes

Le flamenco et le fado ont aussi leurs circuits bien établis. L’engouement pour le premier, qui n’est pas récent en France, n’a fait que se renforcer ces dernières années, avec une demande croissante pour les cours de guitare et de danse flamenca. Des artistes de flamenco se produisent régulièrement sur les scènes françaises et d’excellentes collections discographiques continuent de promouvoir un flamenco de qualité (Enrique Morente, Moraito, Diego El Cigala, Miguel Poveda, etc.). Et le public français reste à l’affût des nouveaux artistes et nouvelles expériences. Le fado, quant à lui, a pris une ampleur particulière sur la scène française grâce au talent des chanteuses de la nouvelle génération (Katia Guerreiro, Cristina Branco, Mariza, etc.), promues avec goût et efficacité par des relais professionnels français. L’ouverture de l’ancien bloc de l’Est a permis au meilleur des musiques tsigane en provenance des Balkans de s’installer durablement sur le marché français. On remarquera que les artistes les plus intéressants dans ce domaine sont produits par des structures européennes allemandes, belges ou néerlandaises, qui ont su parfaitement jouer leur carte sur le marché français.

Musiques européennes à découvrir

En dehors de ces grands courants musicaux déjà bien appréciés en France, d’autres esthétiques au fort potentiel y sont moins bien représentées. Les musiques scandinaves, malgré les tentatives de percée d’artistes comme Kimmo Pohjonen ou Và¤rttinà¤, restent encore peu diffusées et mal connues. Les nouvelles scènes hongroise et polonaise ont aussi toutes leurs chances avec des groupes comme BeshodroM et Warsaw Village Band. Quant aux musiques grecques, elles pourraient profiter de l’attrait du public français envers les musiques des îles méditerranéennes pour mieux se faire connaître… Quoi qu’il en soit, les musiques de tous les pays d’Europe trouvent leur place dans les rayonnages ou les catalogues des magasins de disques physiques ou virtuels.

LA SCENE

Le spectacle est une dimension essentielle au développement des artistes de musiques traditionnelles et du monde en France. D’évidence, la plupart de ceux qui sont aujourd’hui reconnus par le public ont forgé leur notoriété à force de présence sur scène. Les succès discographiques sont souvent étroitement liés à l’exposition des artistes en concert, les festivals bien repérés jouant un rôle de tremplin pour l’élaboration de tournées.

Entrepreneurs de spectacle

La base de données de l’Irma recense 260 agents et entrepreneurs de spectacles qui travaillent dans le domaine des musiques traditionnelles et du monde. Si certains ont une activité restreinte ou se concentrent sur la carrière d’un seul artiste, plus d’une dizaine d’entre eux sont à l’écoute de la création européenne et travaillent au développement d’artistes établis dans d’autres pays d’Europe. Ces professionnels ont des profils différents correspondant généralement à leurs goûts artistiques. Le coup de foudre pour une voix, une prestation de scène, une forme de spectacle, détermine généralement leur volonté de défendre et de faire connaître les artistes avec lesquels ils s’engagent. C’est en tout cas l’élément déclencheur pour Geneviève Girard et Bernard Batzen, qui jouent depuis plus de dix ans un rôle essentiel de défricheurs de talents européens et continuent de le faire avec leur société Azimuth. D’autres agents pionniers des musiques du monde européen s’appuient sur les réseaux qu’ils ont patiemment bâti à force de flair en matière de découverte et de passion à transmettre. Parmi eux, on peut citer Tempo Si piloté par Odile Meynadier, qui développa en France notamment les polyphonies génoises de La Saquadra et fit connaître la beauté des musique sardes. Quant à José Renato de Zenial Productions, après avoir fait tourner les grands du flamenco, dont Camaron, il ouvrit la voie au nouveau fado, introduisant tour à tour Misia, Cristina Branco, puis Katia Gerreiro au public français. Si des spécialités se dégagent des catalogues des tourneurs en fonctions de leurs goûts musicaux, la plupart d’entre eux tendent vers une forme d’éclectisme qui leur permet de diversifier leur offre artistique.

Festivals

Il existe une abondante diversité de festivals présentant des musiques traditionnelles et du monde en France. La période de juin à septembre concentre environ les 3/5 des festivals organisés en une année. Sur les 557 festivals répertoriés dans la base de données de l’Irma comme programmant des musiques traditionnelles et du monde, seuls 186, c’est à dire un peu moins d’un tiers, s’en tiennent à ce seul domaine esthétique. Environ deux tiers (368 exactement), programment aussi du rock et de la chanson. Et un peu plus de la moitié (255 exactement) programment aussi du jazz. Cela illustre bien à quel point les musiques traditionnelles et du monde sont aujourd’hui intégrées aux programmations de festivals plus généralistes. Il est également intéressant de signaler que, dans les renseignements fournis par ces festivals pour décrire le type de musiques qu’ils présentent, seuls 31 d’entre eux revendiquent le terme « Europe » parmi les déterminants de leur programmation. Dans le domaine tant apprécié des musiques du monde, la notion « européenne » s’efface souvent derrière l’identité d’une culture en particulier. De ce point de vue, ne serait-il pas intéressant de mettre en avant cette diversité culturelle qui constitue l’Europe• ?

Ces dernières années, les programmes de musiques traditionnelles et du monde ont particulièrement séduit les collectivités territoriales• : villes, départements, régions. Elles trouvent dans ce type de programmations des éléments permettant de valoriser certains aspects positifs de leurs politiques culturelles, tout en offrant des moments festifs à leurs administrés. Le fait qu’elles aient expérimenté l’impact de ce type de manifestation dans les domaines touristique, patrimonial, mais aussi social a permis à de nombreux festivals de pérenniser leurs activités, voire de prolonger des actions axées autour de la musique en amont et en aval du moment du festival. On peut noter les actions très intéressantes menées avec les artistes et les publics dans des festivals bien implantés, comme Banlieues Bleues à l’Est de Paris, Musiques Métisses à Angoulême, le Festival des Hauts de Garonne à Bordeaux, Ida Y Vuelta à Perpignan, Les Temps Chauds en Bourgogne, Nuits Métis à Marseille, Les Suds à Arles, Les Nuits Atypiques de Langon, Les Escales de Saint-Nazaire, Les Méditerranéennes d’Argelès-sur-Mer, la Fiesta des Suds à Marseille, Nancy Jazz Pulsations, Africolor en Seine-Saint-Denis, et bien d’autres encore. Fidélisant leurs publics grâce à des programmations pointues et renouvelées, ces festivals constituent des « vitrines » , où les programmateurs viennent repérer les artistes qu’ils seront amenés à programmer. Sept d’entre eux font partie de l’European Forum of Worldwide Music Festivals et constituent de ce fait d’excellents relais en France pour les opérateurs européens.

Salles de spectacles

Selon les informations collectées par l’Irma, un circuit de près de 500 salles de spectacles accueille des concerts de musiques traditionnelles et du monde sur le territoire français. Environ la moitié ont une capacité de moins de 400 places, et 160 ont une capacité comprise entre 400 et 1200 places. Près de 350 associations y programment des concerts. On observe même actuellement un phénomène de spécialisation ouvertement affiché par certains lieux en dehors des grandes villes, comme l’Espace Prévert « Scène du Monde » de Savigny le Temple près de Paris et Le Nouveau Pavillon « Scène de musiques traditionnelles » à Bouguenais près de Nantes.

LE DISQUE

Sur le plan phonographique, les musiques traditionnelles et du monde représentaient en 2003 environ 5,6% du marché en valeur*. Elles se plaçaient ainsi devant les musiques classiques (environ 5%) et surpassaient un peu plus largement le domaine du jazz/blues (environ 4%). Cette tendance haussière, qui s’est affirmée progressivement sur une période de dix ans, est à mettre en relation avec l’implication croissante des majors compagnies. En appliquant à des artistes relevant des musiques du monde les mêmes stratégies de développement et de marketing que pour des artistes pop/rock, elles leur ont donné une visibilité identique à celle des vedettes internationales. Elles ont notamment joué sur le phénomène de « block-busters » dans un marché qui n’en avait connu que de rares exemples jusqu’au milieu des années 1990. En cas de succès, les indépendants peuvent être relayés par des majors. Mais on peut remarquer que les labels spécialisés créés au sein des majors affichent rarement une vocation pour la découverte, ni pour le développement d’artistes sur le long terme.

Les majors

L’euphorie qui a pu entourer la vitalité du secteur des musiques du monde est aujourd’hui battue en brèche dans le contexte général de la crise du disque ressentie de plein fouet par les majors. Si quelques artistes de stature internationale ont encore un potentiel de vente dépassant les 100• 000 exemplaires, ceux dont les disques s’écoulaient à 20• 000 ont aujourd’hui du mal à atteindre la moitié de ces ventes. Autrefois contractualisé, le tour supports à été l’une des premières victimes des réductions budgétaires chez les majors. Actuellement, les artistes sont confrontés à d’importantes difficultés dans le renouvellement de leurs contrats, quand ils ne leur sont pas tout simplement rendus. Pour les artistes en développement, les majors ne pouvaient guère envisager en 2004 qu’une mise en place nationale d’environ 4000 disques, c’est-à -dire la moitié ou le tiers par rapport aux chiffres de 2002. De ce point de vue, le travail des labels « world » des majors s’apparente de plus en plus à celui des labels indépendants.

Jusqu’à l’été 2004, dans trois des majors françaises, BMG, Universal et Warner, les labels jazz se sont occupé d’une partie des productions de musiques du monde, sans d’ailleurs en avoir l’exclusivité. Chez Sony, elles sont également réparties entre plusieurs labels, Saint George étant le plus spécialisé. En revanche chez EMI, le secteur des musiques du monde est confié au seul service Virgin France Collective qui prend en charge, en plus de son catalogue national, les produits des différents labels spécialisés du groupe• : Real World, Yerba Buena, Luaka Bop, Narada, EMI Arabia, etc.

Performances 2000-2003 musiques du monde (source Snep)

Disque d’Or 100• 000 exemplaires Double Or 200• 000 exemplaires Triple Platine 750• 000 exemplaires Diamant 1 million d’exemplaires 2003

Cesaria Evora, « Miss Perfumado » en 10 ans et 6 mois, et « Best of » en 4 ans et 3 mois Manu Chao, « Proxima Estacion » en 2 ans et 3 mois

2002 – I Muvrini, « Umani » en 2 mois

– Gotan Project, « La Revanche del Tango » en 12 mois

– Susheela Raman, « Salt Rain » en 19 mois

– Manu Chao, « Radio Bemba Sound System » en 3 mois – I Muvrini, « Leia » en 51 mois

2001 – Cesaria Evora, « Sao Viente di Longe » en 4 mois• ; « Cabo Verde » en 47 mois

– I Muvrini, « A strada » en 8 mois

– Kassav, « Dife, soupape » en 71 mois

– Compay Segundo, « Las Flores de la Vida » en 8 mois

– Bebel Gilberto, « Tanto Tempo » en 9 mois – Cesaria Evora, « Cafe Atlantico » en 20 mois

– Lhasa de Sela, « La Llonora » en 42 mois

– Youssou N’Dour, « The Guide » en 84 mois

– Manu Chao, « Clandestino » en 38 mois 2000 Idir, « Identité » en 4 mois

Les Indépendants

Les labels indépendants constituent les forces vives du marché des musiques traditionnelles et du monde. C’est à eux en priorité que l’on doit le travail de défrichage dans un genre musical, de repérage des artistes, de construction de carrière, de prise de risque sur des projets de création, etc. De plus ils n’ont pas les contraintes des majors, qui doivent investir beaucoup d’argent en marketing pour des mises en place de plus en plus réduites. Toutefois, les réussites de certains labels, comme Lusafrica, ne doivent pas masquer la réalité d’un secteur où une majorité de petites maisons fonctionne sur un équilibre économique précaire.

Avec près de 200 labels produisant des musiques traditionnelles et du monde recensés dans la base de données de l’Irma, le secteur présente une grande diversité de configurations• :

- Certaines sociétés allient les activités de production (avec différents labels à leur actif) et de distribution• : Harmonia Mundi (World Village, Le Chant du Monde, etc.), Night & Day, Coop Breizh, Keltia Musique, Nocturne, etc.

- D’autres font partie des pionniers qui ont contribué à asseoir la renommé de la production française en matière de musiques du monde. Ils possèdent aujourd’hui d’importants fonds de catalogues et continuent de produire• : Buda Musique, Lusafrica, Ocora Radio France, Arion, Inédit, Créon Music, Iris Musique, Label Bleu, etc.

- Des labels plus jeunes s’attachent à exceller par leur différence, en développant des concepts artistiques originaux• : Accords Croisés, Cinq Planètes, Long Distance, Nord Sud, etc.

- Certains labels se concentrent sur une culture en particulier• : Gafaiti (Afrique du Nord), Oceania Records (Océan Pacifique), l’Oz Production (Bretagne), Ricordu (Corse), etc.

- D’autres, comme Cobalt, Daqui, Marabi et Rue Bleue sont liés à des festivals ou à des entreprises de spectacle, d’autres encore, comme Nova Records, à des médias.

Dynamiques sur leurs propres niches de marché, certains labels indépendants ont compris très tôt l’intérêt qu’ils avaient à diversifier leurs partenariats commerciaux. Ainsi peuvent -ils traiter directement avec des opérateurs spécifiques (musées, instituts culturels, grossistes spécialisés, etc.). À défaut d’opération marketing, ils peuvent développer des stratégies de communication afin de susciter l’intérêt des revendeurs en magasin. En démarrant la promotion longtemps en amont de la sortie d’un disque, ils s’efforcent de créer un « buz » et de le faire relayer par un partenaire média à la sortie de l’album.

L’incidence des concerts sur les ventes de disques est énorme. Pour Gilles Fruchaux de Buda Musique• : « • C’est le meilleur marketing et le meilleur moyen de pénétrer les régions de France en dehors de Paris, si l’on travaille avec un tourneur efficace.•  » Or ce sont les ventes en région qui font la différence. Des ventes de 20• 000 à 30• 000 exemplaires sur le territoire français représentent un bon score pour un label indépendant. Mais certains disques ne s’écoulent pas à plus de 300 exemplaires. Un phénomène assez peu étonnant si l’on considère la masse des références publiées chaque mois.

La force des indépendants réside dans leur souplesse d’action, dans leur capacité d’adaptation rapide et dans leur faculté de prendre des risques sur le plan commercial, comme ils le font déjà sur le plan artistique.

Distribution et Magasins

Le marché français des musiques traditionnelles et du monde est devenu tellement riche, qu’il paraît aujourd’hui particulièrement embouteillé par le flot ininterrompu de références qui sortent chaque mois, chaque semaine. Si l’on trouve de nombreuses références en import au catalogue des distributeurs indépendants, le nombres de disques disponibles physiquement sur le territoire français pour chaque référence ne dépasse souvent pas les 50 exemplaires…

En 2003-2004, les distributeurs indépendants ont repris des parts de marché sur les majors en crise. Les opérations marketing des majors sont très coûteuses alors que les mises en place de disques en magasin sont de plus en plus réduites. Toutefois, l’apparente résistance des indépendants relève de l’effet d’échelle• : la baisse est proportionnellement équivalente, mais les volumes financiers en jeu ne sont pas comparables. Et le fait que les distributeurs français soient généralistes ne favorise pas l’exposition des productions indépendantes. Les labels ont récemment beaucoup pâti des mouvements de concentration dans la distribution indépendante et des licenciements qui en ont résulté, rencontrant parfois des difficultés à se faire payer.

Qu’ils soient indépendants ou départements de majors, tous les labels sont confrontés aux politiques de mise en place à flux tendus instaurées par les grandes chaînes de magasins de disques. Certes les espaces consacrés aux musiques traditionnelles et du monde y proposent une très grande diversité de produits et ont conservé de bonnes surfaces d’exposition comparé avec la diminution effectuée pour d’autres genres musicaux. Mais la durée d’exposition des nouveautés est aujourd’hui restreinte à trois semaines, avec des mises en place réduites, et les disques qui se vendent peu sont retournés au producteur dans les deux mois suivant leur parution. Cette situation incite l’ensemble des opérateurs, à commencer par les indépendants, à réfléchir sur des procédures et des outils mieux adaptés à leurs besoins en matière de distribution. François Bensignor

PUBLICITÉ

Les derniers articles des ressources

Babel Med Music
2ème Forum des Musiques du Monde

Dans le contexte, d’une part de l’adoption par l’Unesco de la Convention sur la sauvegarde du Patrimoine immatériel, et d’autre part des débats en France autour de la â ? ?licence globaleâ ? , qu’en est-il de la question des droits sur l’échange et la vente de fichiers musicaux en ligne dans le champ spécifique des musiques traditionnelles et du monde.

Expériences DOM

Tour d’Europe

Le reseau européen des musiques et danses traditionnelles

Philippe Fanise : Directeur artistique de la Mission des musiques et danses traditionnelles de l’Arcade (Provence-Alpes-Cote d’Azur), Philippe Fanise est également l’un des coordinateurs fondateurs du Réseau Européen des Musiques et Danses Traditionnelles

Charte du reseau européen des musiques et danses traditionnelles

Le marché des musiques traditionnelles et du monde en France
Inventaire 2004 en perspective européenne

Ce panorama à été réalisé à la demande du Bureau Export de la Musique Française à l’été 2004, afin d’éclairer les producteurs et opérateurs professionnels européens sur les réalités du marché français des musiques traditionnelles et du monde. Il est reproduit dans ces pages avec son aimable autorisation

Fichiers musicaux en ligne

Entretien avec Marc Benaïche, Directeur de Mondomix, par François Bensignor

La production discographique en Europe

Etienne Bours : Conseiller à la Médiathèque de la communauté française de Belgique. Journaliste pour Répertoire et Trad Magazine. Il participe également à la programmation, à la préparation et à la présentation de divers concerts

Le monde est à nous

Musiques du Monde : phénomène ou épiphénomène ?

IRMA : Centre d'information et de ressources pour les musiques actuellesInformations légalesRégie publicitaireNous contacterPlan du siteRSS 2.0