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Accueil du site > Documentation > Focus > La Caution, Arnaud Merlin et Bintou Simporé lauréats des Irmawards 2012

Article mis à jour le mercredi 8 février 2012
Article créé le mardi 7 février 2012

 
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Interviews

La Caution, Arnaud Merlin et Bintou Simporé lauréats des Irmawards 2012

En partenariat avec le salon Le Radio, Les centres infos spécialisés de l’Irma ont remis les Irmawards, récompensant les émissions de radio qui, sur l’année 2011, ont le plus fait pour la promotion du hip hop, du jazz et des musiques du monde. Et les lauréats sont :

- Catégorie musiques du monde, Bintou Simporé pour "Néo Géo" ;

- Catégorie jazz, Arnaud Merlin pour son émission "Le Matin des musiciens jazz" ;

- Catégorie hip hop, La Caution aka Hi-Tekk et Nikkfurie pour "Les Cautionneurs".

Rencontres avec ceux qui font la radio musicale.

Irmaward catégorie Musiques du Monde

Lauréate : Bintou Simporé, pour son émission Néo Géo sur Radio Nova

Bintou Simporé, qui produit et anime Néo Géo chaque dimanche sur Radio Nova, fêtera cette année les 20 ans de son émission. Parmi les premières émissions consacrées aux musiques du monde, elle a su garder le cap, portant son intérêt sur la musique ainsi que sur son contexte. Éclectique dans ses choix, à l’affût de l’actualité, elle a permis à un public de plus en plus large de découvrir les nouvelles tendances en temps réel. La qualité de ses programmes, la dynamique de leur découpage et la longévité de sa diffusion place Néo Géo au sommet, presque hors catégorie parmi les émissions de musiques du monde. C’est pourquoi nous avons souhaité lui décerner le tout premier Irmaward dans la catégorie Musiques du Monde. François Bensignor l’a rencontrée pour un entretien.

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Bintou Simporé


- À quand remonte la première émission de Néo-Géo ? Dans quel contexte et dans quel esprit ce programme a-t-il été conçu ? L’émission a-t-elle trouvé sa forme dès le début ou s’est-elle structurée progressivement ?

Bintou Simporé : Néo Géo est née en septembre 1992, une saison après la série de dimanches de rencontres “lives” réalisée durant La Guerre du Golfe intitulée “Aucun Océan ne nous sépare”. Cette émission était constituée de jams entre artistes de différents bords et origines. On y a entendu Jacques Higelin, Joao Bosco et Seigneur Tabu Ley Rochereau, Bonga, Reinette l’Oranaise, Manu Dibango, Angélique Kidjo et Branford Marsalis, Raul Barboza, Lili Boniche, Ray Lema, Brigitte Fontaine, Christian Escoudé, Princesse Erika et Ministère A.M.E.R., pour n’en citer que quelques uns !

Néo Géo a donc repris le flambeau en 1992, toujours avec des lives, ail en solo cette fois. J’ai accueilli des artistes comme Cesaria Evora, Khaled, Salif Keita, Kassav, Faiz Ali Faiz ou Femi Kuti dans le “Salon de musique”. Néo Géo est devenue une belle case d’1 à 2 heures de programmes, foyer du crépitement des cultures mondiales, saisies très subjectivement au gré des reportages du magazine Actuel, puis de Nova Magazine, grâce à des inconnus revenant du bout du monde avec des sons et des histoires (Madagascar), et à des virées radiophoniques en Haïti, au Japon, à la Nouvelle-Orléans ou à Johannesburg.

L’invité de la semaine, musicien, chanteuse, écrivain ou cinéaste a toujours la place d’honneur, pendant que les amis deejays ou spécialistes musicaux assurent, dans la pièce d’à côté la demi-heure musicale thématique, le worldmix, bref une maison bien remplie.

- Comment l’émission Néo-Géo se positionne-t-elle dans la programmation de Radio Nova ? A-t-il toujours été évident d’imposer sa pérennité durant ces 20 dernières années ?

Bintou Simporé : Néo Géo est une émission du week-end, comme la plupart des magazines hebdomadaires de l’antenne, qui s’inscrivent dans un temps où nous imaginons l’auditeur plus disponible, plus à l’écoute, prêt au jeu (Contrôle discal de Rémy Kolpa Kopoul), à la causerie publique / intime (le Pudding), au grand mix musical de Nova et aux sélections de Gilles Peterson (Worldwide).

Néo Géo, émission temporelle, voyage au cœur de l’actualité des artistes de musiques du monde, des créateurs fortement enracinés dans leurs cultures respectives. L’émission est aussi à l’affût des jeunes groupes émergeants, mixant toutes sortes d’influences, rencontrés en studio ou lors de festivals, spectacles et expos.

Néo Géo est un patchwork musical et culturel ouvert sur le monde, très orienté vers les musiques d’Afrique, des Caraïbes, de L’Océan Indien ou de l’Amérique latine. C’est que Paris reste la capitale incontournable pour de nombreux artistes d’Afrique et des pays d’outremer installés en France, aux côtés des artistes occitans, indiens ou finlandais de passage. On m’a quelquefois affublé de la casquette de “syndicaliste Black” mais je ne vis pas ce que je fait et programme de cette manière. De nombreux artistes africains ont une histoire ancienne avec la maison Nova et il faut bien remarquer que nous avons hérité de l’intérêt pour les musiques noires de notre taquin grand amateur de rumba et père fondateur Jean-François Bizot !

Néo Géo est apparu dans le sillage des programmes proposés depuis la création de Radio Nova en 1981 : “La Sono Mondiale”. L’antenne est grande ouverte à toutes les bonnes vibrations musicales d’hier et d’aujourd’hui, d’où quelles viennent. La convivialité règne dans les studios. On se cultive grâce aux témoignages des artistes et autres créateurs invités. On comprend la situation politique de ces personnalités connues ou de ces débutants talentueux, qui expriment leurs identités plurielles On suit avec engagement et curiosité les créolisations en marche, chères à Édouard Glissant, du jazz américain aux musiques traditionnelles d’Italie et au hip-hop rom.

Néo Géo ne se contente pas de jouer des CDs, elle a beaucoup pratiqué “le terrain” dès ses débuts, à travers des reportages divers, les grands concerts de stars de la world, que ce soit au Zénith de Paris, à l’Olympia ou dans les soirées communautaires organisées par de petites associations. Néo Géo s’est fait régulièrement l’écho des grands festivals de musiques actuelles, d’Essaouira au Festival d’été de Québec. Depuis l’année dernière sont organisés des Néo Géo “hors les murs”, récemment au Rocher de Palmer à Bordeaux avec Shantel et prochainement au festival de danses urbaines “Juste Debout Steez” à Bercy.

L’intérêt et la passion pour la découverte de créateurs du monde entier a permis la pérennité d’une émission qui a toujours été ouverte aux propositions de sujets, magazines et reportages faites par des collaborateurs de la galaxie Nova. J’ai toujours tenu à ce que chacun s’y sente tour à tour chez lui, sans exclusive, que Néo Géo soit le reflet de la richesse culturelle de nos sociétés, quitte à soutenir et valoriser ceux qui sont moins en vue et le méritent pourtant.

- Quel est le volume de propositions musicales (disques, événements) qui te parviennent chaque semaine (ou chaque mois) ? A-t-il beaucoup évolué en 20 ans ? Comment opères-tu tes choix de programmation ?

Bintou Simporé : Je reçois de 150 à 200 mails par jour, sorties de disques, concerts, tournées de promotion, sites web et infos diverses liées à Nova. On m’envoie une quinzaine de disques par semaine et autant de liens internet vers des sites d’artistes, clip, sons à télécharger. En 20 ans, j’ai vu les délais se rapprocher entre la sortie de nombreux disques du secteur “Musiques du monde” produits en Europe et leur distribution en France, j’ai vu les artistes rester moins longtemps à Paris lors de leurs tournées promo-disque concerts et l’envoi de disques définitifs avec livret se raréfier. On sent le rétrécissement des moyens ce qui n’empêche pas ces artistes d’occuper une belle part des concerts parisiens.

J’ai vu aussi des labels ou distributeurs indépendants se lancer à la fois dans les musiques actuelles, électro, hip hop et dans les musiques du monde, avec beaucoup de rééditions des années 70 et début 80, l’ère pré-digitale, ainsi que de nouveaux croisements — le label No Format, par exemple. Il faut donc suivre l’évolution du marché pour rester dans les fichiers de ces nouveaux distributeurs qui ne connaissent pas forcément les “historiques” comme moi. Je programme musiques et invités avec le souci de valoriser ceux qui me plaisent et en ont besoin, en pensant à jouer ou interviewer des artistes provenant de différentes traditions musicales (Europe, Afrique, Caraïbes, Asie, Balkans, Amérique Latine et Amérique du Nord, etc.)

Je pense aux anciens et aux derniers arrivés, pareil pour les auditeurs… Établir des liens entre des générations de ce pays, dans l’Hexagone et les pays d’Outremer, encore trop invisibles et pourtant acteurs essentiels d’une France en recomposition de ses symboliques.

- Tu fais partie du réseau de programmateurs d’émissions de musiques du monde qui établissent le classement mensuel des World Music Charts Europe. Quel est selon toi l’intérêt d’un tel réseau ? A-t-il une influence sur la notoriété de ces musiques ? Bintou Simporé : La participation au réseau européen mis en place par l’équipe allemande de l’ex-radio Multikulti à Berlin m’a permis de recevoir de nombreux disques en provenance du monde entier. Grâce à ma participation au World Music Charts Europe j’ai accès à de précieuses informations sur les artistes et la rediffusion de mon émission via Internet lui a offert un rayonnement international.

Ce réseau m’a fait connaître des animateurs et producteurs de toute l’Europe, dénicher des perles rares — Nitin Sawhney par exemple — bien avant que les maisons de disques en France ne s’y intéressent. Travailler avec l’équipe allemande à travers ce hit parade européen ainsi que, jusqu’à l’année dernière, les “World music nights” qui retransmettaient sur Internet chaque semaine les émissions de différents deejays d’Europe fut une bonne expérience. C’est ainsi que l’on apprend à se connaître, à repérer nos intérêts communs et à composer avec nos différences.

Le hit parade européen constitue un bel outil de communication et d’information et contribue à faire exister des artistes auprès de nouveaux publics. Hit parade européen + Womex + Womad + Festival d’Angoulême + Bab el Med Music et autres événements névralgiques ont permis à de nombreux artistes de sortir de l’incognito. Quant à la force de la radio, c’est de jouer la musique des artistes !

- Les producteurs et annonceurs ont-ils changé leur approche vis-à-vis d’une émission comme Néo-Géo en l’espace de 20 ans ? Estimes-tu que les émissions musicales jouent aujourd’hui un rôle prescripteur vis-à-vis du public ?

Bintou Simporé : Au fil des années, le passage des artistes de Néo Géo aux autres programmes de la station s’est fait de plus en plus facilement. Du trad’ aux variation ethno-électro, les chapelles ou ghettos se sont effrités au sein de Radio Nova. Les annonceurs ont compris que play-list ou pas, le public de Nova était une bonne "cible" pour leurs disques et concerts. Ca n’a rien changé pour l’émission si ce n’est qu’elle est l’un des espaces privilégiés du week-end pour les annonces relatives aux événements culturels ouverts aux cultures étrangères et leurs métissages.

Néo Géo a du coup gardé sa vocation d’émission spécialisée, où l’on prend le temps de parler et le risque de jouer des univers très différents, quelquefois déroutants pour les monomaniaques de la musique, tout en choisissant des mélodies familières pour embarquer l’auditeur. Un voyage immobile avec de grandes oreilles.

Je pense que pour rester prescripteur, il faut rester authentique dans ses choix et pratiques, et savoir aujourd’hui relier, décloisonner, les différentes disciplines artistiques : musique, art, histoire, littérature… Il faut que l’auditeur perçoive le message et le différencie de la publicité, bref lui laisser le choix, suprême privilège par les temps qui courent.


Néo Géo :

Émission animée par Bintou Simporé, avec, au fil des années, Rémy Kolpa Kopoul, Yves Tibord, Rabah Mezouane et à la réalisation, Fadia Dimerdji, Isabelle Gornet et Marc Hlimi ainsi que toute l’équipe de Nova.

- Néo Géo le dimanche de 18h à 20h sur radio Nova et en podcast sur Novaplanet.com

• Événements spéciaux à venir :
- Samedi 11 février de 2Oh à minuit : “la Spéciale” en direct de la Jamaïque.
- Dimanche 11 mars de 18h à 20h : Néo Géo en direct du “Juste Debout Steez” au Palais Omnisports de Bercy.
- Samedi 17 mars à 17h 30 : Rencontre avec Mamani Keïta et Moriba Koïta à la Médiathèque Louise Michel, Paris 20e, nouvelle médiathèque qui est en train d’organiser un fonds “Sono mondiale”


Irmaward catégorie Jazz

Lauréat : Arnaud Merlin, pour son émission "Le matin des musiciens jazz" sur France Musique.

On entend souvent dire que le jazz est une musique intellectuelle, hermétique, élitiste, réservée à une caste d’amateurs initiés. C’est vrai que le jazz est une musique populaire et savante. Si, au départ, elle peut faire peur à beaucoup de personne qui préfèrent reconnaître que connaître, c’est toujours par méconnaissance de ses fondamentaux, son mode de fonctionnement et ses rites de transmission. Quand on prend le temps d’expliquer simplement, d’analyser, éclairer le style des plus grands créateurs de l’histoire du jazz avec le concours des meilleurs jazzmen français d’aujourd’hui, on donne le « sésame » pour découvrir tout un nouveau monde. C’est ce qu’a réussi Arnaud Merlin, depuis l’automne dernier, avec sa nouvelle émission, sa « leçon de jazz » du mardi matin sur France Musique. Exemples de programmation de son « Matin des musiciens jazz » : Gil Evans avec Laurent Cugny, Keith Jarrett avec Guillaume de Chassy, Thelonious Monk, avec Laurent de Wilde, Herbie Hancock avec Pierre de Bethmann, Charlie Parker avec Pierrick Pedron, Louis Armstrong, avec Patrice Caratini, Chet Baker avec Riccardo Del Fra, etc.

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Arnaud Merlin à l’antenne

- Vous avez commencé vos activités de journaliste dans la presse écrite, principalement Jazzman. Comment êtes-vous entré à France Musique pour animer une émission sur le jazz ? Quels sont, avant le "Matin des musiciens", vos meilleurs souvenirs de radio ?

Arnaud Merlin : J’avais déjà été invité sur l’antenne, très jeune, pour parler d’un travail de maîtrise qui concernait les rapports entre le jazz et la musique contemporaine. C’était en 1985, Lucien Malson, qui était aussi producteur à Radio France, avait assuré la présidence du jury en Sorbonne, et tout naturellement il m’avait convié dans son émission « Black and Blue » sur France Culture. Par la suite, j’ai appris le métier de la radio, le reportage, l’interview, le montage, le mixage, la réalisation, en collaborant régulièrement à l’émission « Avis aux amateurs » d’Alex Dutilh, sur France Musique, entre 1987 et 1992.

Parallèlement, André Francis et quelques autres m’avaient fait confiance pour quelques séries d’émissions encore isolées, ou des remplacements sur la grille d’été de la chaine. Tout s’est concrétisé en 1996 lorsque Jean-Pierre Rousseau, le directeur de France Musique, m’a proposé de succéder à Lucien Malson qui partait en retraite. L’idée était d’adapter pour le jazz le « petit vocabulaire » que Martine Kaufmann proposait aux auditeurs dans le domaine de la musique baroque. J’ai donc joué le jeu de l’abécédaire sur une première saison « test », à l’issue de laquelle j’ai proposé de retracer l’histoire d’un standard, de ses premières manifestations dans la comédie musicale américaine, jusqu’aux versions les plus récentes.

L’émission, hebdomadaire, est ensuite devenue quotidienne, elle a gagné en longueur, d’une demi-heure à une heure, et le succès ne s’est pas démenti pendant cinq saisons – j’ai élaboré 577 « Suivez le thème » ! A tel point que j’ai voulu ensuite, de mon propre chef, changer de concept, à la surprise de Pierre Bouteiller, qui dirigeait alors France Musique et qui m’aurait bien vu continuer la même émission jusqu’à ce que mort s’ensuive… Et puis sont venus ensuite « Jazz Poursuite », « Frais et dispos », « Par ici les sorties », « Les Lundis de la Contemporaine », et enfin ce « Matin des musiciens » jazz, depuis septembre dernier.

Quant à mes meilleurs souvenirs de radio, je crois que c’est surtout lié à des concerts, ou à des manifestations extérieures, lorsque la chaîne se déplace en bande, lors de grands événements comme la Folle Journée de Nantes, ou pendant l’été, où l’on va de festival en festival. Lorsque toutes les pièces du puzzle sont réunies - un cadre magnifique, une équipe technique motivée, des musiciens inspirés, une équipe de production en tension jusqu’au dernier moment avant le direct, et des auditeurs attentifs, évidemment -, lorsque tout peut arriver, la radio est vraiment le plus beau métier du monde…

- Quelle satisfaction vous apporte le fait de travailler sur une chaîne de radio du service public comme France Musique ?

Arnaud Merlin : le plaisir, bien sûr, de pouvoir prendre le temps de préparer des émissions sur des sujets qui ne passionneraient pas forcément les foules selon des critères strictement commerciaux. Le plaisir de travailler dans une maison qui aime la radio, qui aime la prise de son de qualité, qui respecte ses auditeurs en ne les prenant jamais pour des ânes, qui continue à croire à la musique vivante, et qui prouve chaque jour sur l’ensemble de ses antennes que la diversité musicale est aujourd’hui plus enthousiasmante que jamais, de la musique médiévale à l’électro, en passant par les musiques du monde, le jazz, la chanson ou les avant-gardes contemporaines.

Et aussi, l’immense satisfaction d’appartenir à un cercle vertueux : j’ai tellement appris en écoutant France Musique que j’essaie de transmettre quelques clés à mon tour aux auditeurs d’aujourd’hui.

- Chaque mardi à 11h, votre émission "le matin des musiciens" est consacrée à un musicien important dans l’histoire du jazz. Comment choisissez-vous votre sujet et le musicien invité qui parlera de son œuvre ? Une telle émission qui a pour ambition de donner des clefs d’entrée pour découvrir l’œuvre et le talent d’un grand jazzman exige-t-elle beaucoup de préparation ? Comment définiriez-vous l’originalité et la nécessité d’une telle émission à vocation "pédagogique" ?

Arnaud Merlin : là encore, c’est l’envie qui prime. J’ai bien sûr des désirs, des goûts, des idées. Mais je privilégie les sujets que les musiciens ont envie de défendre, tout simplement parce qu’ils ont travaillé eux-mêmes, souvent pendant des centaines d’heures, sur l’œuvre de leurs aînés. Un musicien qui a relevé les improvisations d’un grand jazzman s’est pénétré d’un langage, d’un univers, d’une démarche – mon rôle consiste alors à l’aider à faire passer ce qu’il a retenu de cette expérience de transmission, afin d’y associer les auditeurs. La difficulté, dans le domaine musical, réside dans le niveau de langage technique : il faut éviter de multiplier les termes de jargon, savoir rythmer une émission, toujours montrer par l’exemple, par la musique, quitte à multiplier les petits extraits qui sont souvent plus parlants que de longues explications.

Les moyens de studio et de prise de son de Radio France, et l’implication des ingénieurs du son, nous permettent aussi de pouvoir insérer des petites séquences jouées à l’instrument par l’invité lui-même – nous avons un studio de production hebdomadaire de sept heures, le mardi après-midi entre 14h et 21h, car tout ceci ne peut se concevoir en direct ! Tout cela demande évidemment plusieurs dizaines d’heures de préparation pour chaque émission, pour le musicien invité comme pour moi, sans parler de l’attaché de production, Yannick Fage, qui m’aide à réunir la documentation écrite et sonore, et sans compter la post-production !

Car il faut aussi souligner l’importance de la réalisation de Christine Amado, qui ajoute considérablement à la fluidité de l’émission, en « nettoyant » les hésitations de la parole et en soignant les enchaînements entre l’entretien et la musique : là encore, le travail se chiffre en dizaines d’heures pour une seule émission d’une heure et demie.

- La radio est-elle, pour faire connaître et comprendre la musique de jazz, un vecteur privilégié et un média prescripteur ?

Arnaud Merlin : pour avoir beaucoup œuvré dans la presse, pendant de nombreuses années, je suis particulièrement heureux aujourd’hui à la radio, tout simplement parce que ce média permet d’illustrer immédiatement le sujet dont il est question, en évitant les périphrases ! Le statut particulier de France Musique, chaîne nationale de service public, permet aussi de toucher toutes sortes d’auditeurs, jeunes ou vieux, ruraux ou urbains, néophytes ou déjà passionnés, et de faire tomber quelques cloisons entre les genres musicaux.

Rien ne me fait plus plaisir qu’un message d’un auditeur jusqu’ici versé dans la musique romantique ou dans le répertoire baroque, et qui s’enthousiasme à la découverte des chefs-d’œuvre de Charles Mingus ou de Sarah Vaughan !

Propos recueillis par Pascal Anquetil


« Le Matin des musiciens jazz », tous les mardis de 11h à12h 30, émission produite et animée par Arnaud Merlin sur France Musique.


Irmaward catégorie Hip Hop

Lauréats : Hi-Tekk et Nikkfurie, pour leur émission "Les Cautionneurs", sur Le Mouv’.

"Les Cautionneurs", émission animée par Hi-Tekk et Nikkfurie. Les deux membres du groupe La Caution pratiquent le grand écart musical dans un esprit hip hop (mixes, collage et culture musicale) en ouvrant leur discothèque. Chaque samedi et dimanche de 22h à minuit sur le Mouv’, ils développent la sensibilité musicale de leurs auditeurs. Quand l’éclectisme devient valeur du bon son.

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Hi-Tekk et Nikkfurie, les "cautionneurs" du hip hop

- Vous êtes également artistes et producteurs de hip hop, comment êtes-vous entrés au Mouv’ pour animer une émission sur le hip hop ?

Il y a maintenant 4 ans, l’ancien directeur de Couleur 3 (Radio Suisse Romande) Hervé Riesen a été nommé à la tête du Mouv’. Il appréciait notre musique et à force de se croiser autour de discussions musicales régulières nous avions entretenu un lien amical et musical fort. Il nous a donc naturellement proposé de partager notre vision de la culture Hip-Hop sur l’antenne du Mouv’ au travers d’une émission : Les Cautionneurs sur Le Mouv’.

L’intérêt avoué était d’avoir cette expertise de 2 Hip-Hopers sur le rap, bien sur, mais aussi sur toutes ces musiques autour desquelles le Hip-Hop a pu graviter ; toutes ces musiques que les modes de productions Hip-Hop ont pu influencer, révolutionner.

- Quels sont vos meilleurs souvenirs de radio, avant d’officier derrière un micro ?

Paradoxalement, nous sommes "tellement" La Caution que le fait d’être animateurs radio n’a pas pris le pas sur notre amour du freestyle en radio. D’ailleurs, il n’est pas rare de nous entendre nous glisser lyricalement, à l’improviste, sur la fin d’un titre que l’on passe dans l’émission.

On prend énormément de plaisir à partager notre kif du gros son mais je pense que nos meilleurs souvenirs radio restent ces freestyles empreints d’adrénaline du début de notre carrière et notamment notre première invitation à freestyler en live sur 106.3 à l’époque où l’on avait gagné la "spéciale auditeurs" en freestylant au téléphone de la cabine de notre quartier à Noisy-Le-Sec.

- Quelle satisfaction vous apporte le fait de travailler sur une chaîne de radio du service public comme Le Mouv’ ?

Nous avons toujours ressenti un besoin de transmission de notre art. Ce que le "Fais le toi même" du Hip Hop nous a procuré, cette énergie créative de dingue, nous aimons la transmettre au travers notamment de nombreux ateliers avec des jeunes etc. Ainsi, le fait de travailler sur une chaîne de radio du service public est pour nous exactement dans la lignée de notre désir de partage de la culture Hip-Hop trop peu représentée, justement sur le service public car trop souvent assimilée à de la "gaminerie" en ce qui concerne les radios.

- Comment établissez-vous votre programme, sur quels critères ? Comment définiriez-vous le concept de votre émission ?

Nous n’avons pas de critères particuliers pour la préparation de nos émissions, seul le feeling et l’oreille font s’enchaîner des titres sans vraiment de concept. Ainsi un Run DMC peut succéder à un Lil Wayne avant d’envoyer un Antipop Consortium…ou même un Bob Dylan ! A l’instar d’un Eazy-E qui était un Hip-Hoper qui ne passait que de la soul/funk à son émission de radio sur KKBT à l’époque.

Le concept c’est d’être une émission Hip Hop généraliste qui projette un regard Hip Hop sur la musique en général car jusque là, la plupart des émissions radios sont animées par des gens issus d’autres genres et qui "passotent" les quelques titres de Hip Hop "sympathiques" du moment.

- La radio est-elle pour faire connaître, comprendre et aimer le hip hop un vecteur privilégié et un média prescripteur ?

Le média radio a toujours été au centre de la "problématique Hip Hop" . De Radio Nova à Skyrock en France, ou de Red Alert sur Kiss FM à Hot 97 aux Etats-Unis. Radio Nova, par exemple, est indissociable de l’histoire de la culture Hip Hop en France.

Mais l’adaptation des acteurs du Hip Hop au format radio de grande écoute a été dévastateur pour tout ce qui est Culture Hip Hop au profit du…rap !!! Heureusement, de nombreux acteurs de ce mouvement font perdurer les bonnes vibes à travers de nombreuses émissions sur des radios associatives ou sur des webradios.

On essaye, avec notre émission sur Le Mouv’, de participer à notre manière à cette dynamique et la renommée grandissante d’année en année des Cautionneurs sur Le Mouv’ nous laisse à penser que beaucoup de gens en France ont toujours une belle paire d’oreilles !


www.facebook.com/lacaution www.myspace.com/lacaution


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Irmaward jazz : Par Pascal Anquetil

La radio, c’est une évidence, est depuis les années 1950 le média le plus "chaud", le plus direct et immédiat pour découvrir les richesses et les surprises du jazz. Combien d’auditeurs, aujourd’hui chenus, ont-ils été contaminés à vie au virus du swing en écoutant de 1955 à 1968 "Pour ceux qui aiment le jazz", l’émission mythique de Frank Ténot et Daniel Filipacchi sur Europe N°1 ?

Pendant près de cinquante ans, innombrables furent aussi les amateurs à découvrir en version "live" les anciens et nouveaux maîtres du jazz grâce à tous les concerts enregistrés par André Francis pour la RTF, puis France Musique et France Inter. Grâce à sa passion et son obstination, l’Ina regorge aujourd’hui de trésors inestimables. Dans les années 76-84, Claude Carrière sur France Musique, à 12h30, une semaine par mois, dans son émission « Tout Duke » a pu déployer dans son intégralité toute l’œuvre ellingtonienne et la révéler, par la magie des ondes, à une nouvelle génération d’amateurs. On pourrait prolonger sans fin la liste des émissions qui ont su provoquer le désir de jazz et permettre, dans tous les coins les plus reculés de France, à une foultitude d’anonymes de vivre en direct un concert dans un club de jazz parisien. On pense bien sûr au « Jazz Club », émission diffusée tous les vendredis soir sur France Musique, créée en1982 par Claude Carrière et Jean Delmas et aujourd’hui continuée par Yvan Amar.

Qu’en est-t-il aujourd’hui dans le paysage radiophonique jazzistique ?

L’appel à candidature lancé par le salon Le radio et l’Irma était ainsi libellé : "Toute radio située sur le territoire français peut concourir aux Irmawards si sa programmation inclus une ou des émissions clairement dédiées au rap et/ou au jazz et/ou aux musiques du monde pour la période allant du 1er janvier 2011 au 31 décembre 2011 et ayant une fréquence de diffusion au moins hebdomadaire".

Résultat : pour ce qui concerne le jazz, une quinzaine d’émissions ont joué le jeu et accepté de concourir.

Le choix du jury a été difficile parce que toutes ces émissions ne participent pas à la même catégorie de radio.

1) Il y a d’abord les deux seules radios 100% jazz du réseau FM. A savoir TSF Jazz et Jazz Radio qui a concouru pour la nouvelle émission animée par China Moses.

2) Il y a ensuite les chaines généralistes privées. Une seule et unique chaine de ce réseau propose aujourd’hui une émission hebdomadaire de jazz. C’est RTL avec « L’heure du jazz » animée par Jean-Yves Chaperon et diffusée tous les dimanches soir à 11h. Le jury des Irmawards Jazz tient particulièrement à féliciter Jean-Yves Chaperon pour sa passion, son enthousiasme et son talent.

3) Il y a aussi toutes les émissions proposées par les radios locales privées. Elles sont très nombreuses et animées par des animateurs toujours passionnés et en grande majorité bénévoles. Parmi toutes les candidatures, nous tenons à donner des mentions spéciales à trois émissions : 1) « Jazz Attittude » sur Fréquence K animé par Sir Ali, grande homme de radio (ex Radio Nova), tant par sa voix rocailleuse que par sa passion communicative. 2) « Jazz à part » animé par Pierre Lemarchand sur HDR (Haute Normandie). 3) « Opus Jazzis » animé par Jean-Philippe Doret sur Vallée FM (77)

4) Il ya enfin les émissions du service public, à savoir Radio France. Il n’y a que trois chaines où le jazz est l’honneur : FIP avec « Le Club Jazz à FIP », France Inter avec « Summertime » animée tous les dimanches soir par Elsa Boublil, et surtout France Musique avec de multiples émissions, dont celle, quotidienne, dévouée à l’actualité sans frontières, « Open Jazz » d’Alex Dutilh. « Open par cque c’est du jazz. Jazz parce que c’est Open. »