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Accueil du site > Documentation > Focus > LES ENTREPRISES INNOVANTES DE LA MUSIQUE ET L’EMPLOI Geek’n Zic : les nouveaux métiers

Article mis à jour le mercredi 10 septembre 2014
Article créé le lundi 8 juillet 2013

 
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LES ENTREPRISES INNOVANTES DE LA MUSIQUE ET L’EMPLOI
Geek’n Zic : les nouveaux métiers

Le marché de l’emploi est en récession en France, et celui de la musique sort d’une longue crise qui a détruit de nombreux emplois dans la filière depuis dix ans. Dans ces conditions, est-ce bien raisonnable aujourd’hui d’envisager une carrière dans le secteur musical ?

On comprendrait qu’un jeune actif se pose la question à deux fois. Pourtant, à travers l’innovation et le numérique, le monde de la musique est en train de se réinventer, à la fois dans ses modèles économiques et dans l’organisation du travail. Des entreprises accompagnent cette mutation, se développent et embauchent. Des start-up lancent des projets et cherchent à constituer leur équipe. Un nouveau marché de l’emploi musical voit ainsi le jour…

Quelles sont ces entreprises ? Quelles sont les compétences recherchées ? Comment constituer son équipe autour d’un projet innovant ? Trois questions abordées le 14 juin dernier lors de la 5e live-conférence La Musique Demain au festival Futur en Seine.

LA MUSIQUE DEMAIN

Organisée par l’Irma et Paris Mix en partenariat avec Cap Digital, cette live-conférence a réuni de jeunes entrepreneurs et de futurs professionnels autour d’un parterre d’intervenants composé de :
-  Henri-Pierre Mousset, directeur du distributeur Wiseband et du label Yotanka
- Frédéric Neff, consultant marketing & digital music (Viva Musica) et community manager de la Sacem
- Marc Benaïche, président de Paris Mix (Citizen Box, Group’Emploi…)

D’autres intervenants, interviewés en amont de la rencontre, ont contribué au débat à travers des reportages vidéo diffusés tout au long des échanges :
- Anna Kowalska, DRH de Deezer
- Pascal Bittard, président d’Idol
- Éric Landouzy, directeur des opérations de Believe
- Gilles Castagnac, directeur de l’Irma et de la plateforme d’emplois et de stages Irm@work
- Émilie Murcy Guillaume et Élisabeth Racine, responsables du Club RH et du pôle musique de Cap Digital
- Paul Richardet, expert en structuration de communautés technologiques innovantes et cofondateur de La Cantine
Animation : Mathias Milliard, Irma

Retrouvez ici l’intégralité de la live-conférence en vidéo
et une synthèse écrite des échanges



UN MARCHÉ DE L’EMPLOI

Vidéo > 31’30

Des entreprises qui recrutent

Rien ne vaut la success strory de la plateforme de streaming Deezer pour appuyer le propos : "Nous étions 70 employés il y a un an et demi et nous sommes 250 aujourd’hui (…) avec encore une cinquantaine de postes ouverts en 2013".
Celle de Believe n’est pas en reste : le distributeur numérique compte 200 salariés après 8 ans d’existence et, bien qu’il ait atteint aujourd’hui "un certain stade de maturité", son développement en termes d’emploi "va se poursuivre au rythme d’à peu près 10% par an".

La stratégie de ces ex-start-up est passée par des partenariats et des levées de fond, ce qui n’est pas le cas d’une entreprise comme Idol, 15 salariés aujourd’hui, qui a choisi de se développer à sa mesure et enregistre une croissance progressive qui tend à s’accélérer : "On recruterait sur les 3 années qui viennent à peu près autant que ce qu’on a recruté sur les 7 dernières années".

En plateau, Henri-Pierre Mousset ne peux qu’approuver le constat fait par ses concurrents : "Je confirme qu’il y a du boulot. Il y a des postes dans la musique, dans le numérique, et à l’intersection des deux". Pour lui comme pour d’autres entrepreneurs, "les débuts ont été assez longs" avec Yozik, devenu depuis peu Wiseband ("On était deux, voire un parfois"), mais les choses s’accélèrent également : "L’année dernière on est passé de 4 à 12 (…), et je pense qu’on va doubler d’effectif d’ici la fin de l’année".

L’innovation est partout

À la vue de ces exemples, faut-il croire que les futures opportunités de postes dans la musique se situent nécessairement dans la production et dans la distribution numérique ?
Pas uniquement précise Gilles Castagnac qui observe les tendances du marché de l’emploi musical à partir de la plateforme d’emplois et de stages des professionnels de la musique et de la culture Irm@work : "Les entreprises qui recrutent, c’est tout azimut. Il y a des distributeurs comme Believe, mais il y a également des smacs, des festivals, des collectivités, etc. (…) Peut-être que la bascule s’est faite plus rapidement dans le monde de la musique enregistrée, mais l’innovation est bien évidemment aussi du côté du spectacle vivant, des médias et surtout des services".

Pour s’en persuader, il suffit de citer quelques start-up qui ont lancé leur projet ces dernières années : Plemi (précommande de billetterie) ou Songkick (agenda concert et outil de synchronisation) pour le spectacle vivant ; Wannazik (éditeur et mise en relation entre artistes et marques) ou Transparency Right Management (tiers de confiance) dans la gestion de droits ; DBTH dans le consulting sur les stratégies numériques ; Sounderbox et son système de playlist participative pour les soirées ; etc.

Emplois précaires

Les exemples de success stories de start-up devenus multinationales peuvent faire croire à un eldorado.
Faut-il rappeler l’échec récent d’une plateforme comme Beezik pourtant adoubée par les professionnels ? Ou se demander ce que serait Deezer aujourd’hui sans son partenariat avec Orange ?

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Deezer/Orange : un partenariat stratégique

"Ce que je constate au quotidien, ce sont plutôt des destructions d’emploi et des difficultés face à l’émergence du numérique" tempère Marc Benaïche, président du cluster Paris Mix qui regroupe des TPE ayant une activité de booking comme Mad Minute ou des labels comme No Format avec de gros indépendants et des institutions comme le Théâtre de la ville ou la Gaîté lyrique : "Beaucoup de labels et de producteurs disparaissent, et même la distribution souffre : la liquidation judiciaire de Virgin Megastore en est un exemple retentissant".

Côté salarié ou freelance, un son de cloche fait écho, celui de Frédéric Neff, consultant indépendant en marketing & digital. À travers son parcours et ses difficultés, il témoigne d’une autre réalité, plus complexe : après une expérience comme salarié chez Abeille Musique, il devient freelance car ses clients préfèrent recevoir des factures plutôt que d’embaucher. Il crée sa structure, d’abord en portage salarial ("un statut peu compatible avec mon business") puis en entreprise individuelle ("un format qui demande de la trésorerie") et enfin en autoentrepreneur. Depuis un mois, il est à nouveau employé en tant que community manager de la Sacem et apprécie le retour au salariat et son contrat en CDI.
Avec du recul, il analyse son expérience : "C’est super excitant d’avoir sa propre activité et de ne devoir rien à personne, d’être le seul maître à bord. Mais ça vous met un stress incroyable car c’est d’une précarité monstrueuse… et ça m’a fait générer 10 000 euros de dettes."

Alors du travail, oui, il y a en a, "mais c’est vrai que ce sont des boulots comme ça" consent le directeur de Wiseband qui ajoute avec franchise : "C’est une chance de pouvoir allier un goût personnel pour la musique avec des compétences techniques et un job (…), mais vu les conditions un peu précaires, peut-être qu’il faut être jeune, et que ça ne peut pas durer éternellement".

COMPÉTENCES ET PROFILS RECHERCHÉS

31’30 > 58’05

De quels métiers parle-t-on ?

Chez Deezer, Believe, Idol et Wiseband, l’organisation du travail est peu ou prou identique avec d’un côté les métiers techniques et de l’autre ceux du marketing.
Le premier pôle est constitué de développeurs informatiques et de ce que Believe appelle des content managers, à savoir ceux "qui vont s’assurer que le contenu livré par un producteur [les albums et les titres] soit parfaitement revu en terme de qualité, notamment vis-à-vis des métadonnées", étape essentielle pour pouvoir commercialiser ce contenu sur Internet.
Les équipes marketing sont constituées de profils plus commerciaux qui "vont être en contact avec les labels et des plateformes pour préparer le lancement d’un album, discuter de la stratégie, du prix, des exclusivités, des avant-premières, etc." explique Pascal Bittard pour Idol.

Les appellations et les caractéristiques de ces postes peuvent varier d’une entreprise à l’autre, notamment en fonction de la taille des effectifs. Chez Believe existent ainsi des postes de trade marketing ("ils jouent en quelque sorte le rôle de chef de produit") et de label manager "qu’on appelle aussi des directeurs artistiques" précise Éric Landouzy "car ils ont une casquette commerciale où ils proposent nos services au producteur, et une autre où ils accompagnent le label pour l’aider à optimiser sa diffusion digitale". La déclinaison de ce poste pour les contenus vidéo fait également l’objet d’un intitulé particulier, le channel manager, qu’on peut typiquement considérer comme un de ces nouveaux métiers de la musique issus du numérique.
Chez certaines plateformes comme Qobuz ou Deezer, quelques postes liés au service d’éditorialisation existent aussi, "et nous avons surtout les ressources liées au marketing et à l’éditorial à l’étranger" précise Anna Kowalska, la DRH de Deezer dont un tiers de l’effectif est basé hors France.

Des langues et des langages

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Henri-Pierre Mousset au bureau

Quand on demande à Henri-Pierre Mousset s’il est nécessaire d’être bilingue pour travailler chez Wiseband, la réponse est sans équivoque : "Même trilingue si possible (…) Si les candidats ne sont pas bilingues, on ne les reçoit même pas. C’est devenu une absolue nécessité." Sur les postes liés au développement dans un pays donné, Believe ne recrute que des candidats venant de ce pays et qui seront ainsi en relation avec les producteurs et les plateformes locales, connaissant à la fois leur langue et leur culture.

Autre compétence requise : une connaissance du secteur musical et du numérique, voire une double passion pour la musique et les nouvelles technologies. Chez Believe, on ne recrute aux postes techniques que des personnes qui ont elles-mêmes des projets personnels de "dèv’". Chez Idol, "quelqu’un qui ne comprend pas les labels, la musique, les artistes, ne peut pas travailler chez nous, même aux métiers techniques". Frédéric Neff confirme, constatant que "sur le marché du travail, (s)a valeur est d’être complètement adaptable, parlant à la fois le langage des musiques spécialisées et le langage du numérique".

Quid des formations ?

En revanche, le cursus de formation des candidats ne semble pas un critère déterminant.
"On n’est pas toujours très à cheval sur la formation" admet Pascal Bittard, et le fondateur de Wiseband d’enfoncer le clou : "La technologie avance très vite, donc les formations d’il y a 5 ou 10 ans ne sont plus forcément adaptées aujourd’hui. C’est surtout sur la curiosité, l’envie d’apprendre, la flexibilité… qu’on juge un candidat, mais la formation non, même carrément non !"

Pour anticiper une éventuelle déficience de formation chez les candidats, Deezer développe une politique de partenariat avec des écoles de commerce, et Paris Mix et l’Irma proposent des formations professionnelles Musique et Internet. Marc Benaïche observe à travers ces formations "une véritable évolution dans la connaissance du numérique et de ses bonnes pratiques" par les acteurs.
Le défi consiste également à ce que les personnels en place soient à jour sur les évolutions, notamment technologiques. Car dans ces métiers, "la fiche de poste évolue tous les deux mois" précise le community manager de la Sacem.

Les stages comme pied à l’étrier

Quant aux stratégies de recrutement, le stage est la porte d’entrée privilégiée pour être embauché par ces entreprises. La plupart des contrats signés par la suite sont des CDI et, plus la structure grandit, moins elle externalise certaines tâches vers des freelances. Le schéma est somme toute classique mais, comme cela a été dit lors de la séance de questions avec le public, l’entrée en profession pour ceux qui ne sont pas en mesure de disposer de convention de stage s’avère complexe.

LES ALTERNATIVES AUX FORMES CLASSIQUES DU TRAVAIL

58’05 > 1’19’18

Coworking et mutualisation

C’est par un "pas de côté" que la conférence s’est conclue. D’abord pour évoquer la situation des nombreuses TPE du secteur musical qui ont du mal à embaucher faute de moyens et qui peuvent s’orienter vers un groupement d’employeurs (GE).
Les GE permettent de mutualiser un salarié entre plusieurs structures comme le fait Paris Mix qui embauche deux CDI (un community manager et un webmaster) que se partagent 4 ou 5 employeurs.

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Coworking à La Cantine

Ensuite pour aborder les autres façons de travailler, notamment dans les espaces de coworking comme La Cantine et la Citizen Box où se côtoient "freelance, autoentrepreneurs et travailleurs salariés" indique Marc Benaïche qui précise que "beaucoup d’entreprises louent des postes de travail en coworking pour leurs télétravailleurs parce ce qu’il s’y développe des phénomènes de stimulation et de rencontres qui cassent le côté clanique de l’entreprise".

Entreprendre

Pour les innovateurs en démarrage de projet, ces espaces permettant les échanges sont essentiels. Les idées germent à travers des barcamps à La Cantine, et parfois se concrétisent au Music Hack Day organisé en France par Deezer. Les développeurs viennent y présenter leur projet "qui sont souvent intégrés à notre API" se réjouit la DRH de Deezer qui y repère également les jeunes pousses : "Le Music Hack Day réunit des développeurs, des programmateurs et des designers qui ont des compétences intéressantes pour nous, et on profite parfois de cette occasion pour recruter également".

Une limite avouée en France : les jeunes entrepreneurs peuvent difficilement compter sur l’appui d’investisseurs leur permettant de lancer leur produit. Le président de Paris Mix analyse avec tristesse ce constat : "Le monde bancaire aime bien financer de l’investissement et pas du fonctionnement (…), et comme la musique est de la matière grise, et que l’investissement est sur de l’humain, les investisseurs sont assez timorés". En dehors d’aide comme celle de l’Ifcic, c’est donc par soi-même qu’il faut créer son business comme l’ont fait Wiseband, Idol et d’autres.

Recruter

Pour finir, le débat fait ressortir une autre difficulté pour les employeurs et ceux qui cherchent à constituer une équipe autour d’un projet. Recruter n’est pas facile !
D’une part car les salaires relativement bas proposés dans le secteur musical correspondent assez peu aux compétences haut de gamme demandées. Ensuite parce qu’un écart générationnel s’est creusé autour des technologies, et les managers n’ont pas toujours la compétence pour évaluer les candidats et les salariés sur leur objet de travail. "Nos générations peinent à comprendre et à appréhender la mutation du numérique" avoue Marc Benaïche.

La formation continue des managers est au cœur de cet enjeu, et il existe des structures comme Cap Digital pour accompagner les start-up dans leur développement et la constitution de leur équipe.
Mais c’est à travers l’autoformation et "en FAISANT" que les acteurs présents en tribune ont appris et apprennent encore. "Six ans dans le numérique, c’est l’équivalent du jurassique" lance Frédéric Neff, "on est sur des métiers qui évoluent très vite, avec plein de compétences à acquérir. Au jour le jour, on invente soi-même son métier".

Mathias Milliard

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INTERVENANTS


HENRI-PIERRE MOUSSET

Directeur du distributeur Wiseband et du label Yotanka

« Je confirme qu’il y a du boulot »

« C’est difficile de recruter. On se rend compte de nos contraintes et de nos impératifs »


FRÉDÉRIC NEFF

Consultant marketing & digital music (Viva Musica) et community manager de la Sacem

« Six ans dans le numérique, c’est l’équivalent du jurassique »

« Je parle à la fois le langage des musiques spécialisées et le langage du numérique »


MARC BENAÏCHE

Président de Paris Mix (Citizen Box, Group’Emploi…)

« Ce que je constate au quotidien, ce sont plutôt des destructions d’emploi »

« Nos générations peinent à comprendre et à appréhender la mutation du numérique »


ANNA KOWALSKA

DRH de Deezer

« Nous étions 70 employés il y a un an et demi et nous sommes 250 aujourd’hui »

« Le Music Hack Day réunit des développeurs, des programmateurs et des designers qui ont des compétences intéressantes pour nous, et on profite parfois de cette occasion pour recruter également »


ÉRIC LANDOUZY

Directeur des opérations de Believe

« Notre recrutement va se poursuivre au rythme d’à peu près 10% par an »

« Le content manager va s’assurer que le contenu livré par un producteur est parfaitement revu en termes de qualité, notamment vis-à-vis des métadonnées »


PASCAL BITTARD

Président fondateur d’IDOL

« On recruterait sur les 3 années qui viennent à peu près autant que ce qu’on a recruté sur les 7 dernières années »

« Quelqu’un qui ne comprend pas les labels, la musique, les artistes, il ne peut pas travailler chez nous, même aux métiers techniques »


GILLES CASTAGNAC

Directeur de l’Irma et de la plateforme d’emplois et de stages Irm@work

« Les entreprises qui recrutent, c’est tout azimut »

« L’innovation est bien évidemment aussi du côté du spectacle vivant, des médias et surtout des services »


ÉMILIE MURCY GUILLAUME et ÉLISABETH RACINE

Responsables du Club RH et du pôle musique de Cap Digital

« La majorité des adhérents de Cap Digital sont des start-up »

« Comment faire, quand je suis une petite entreprise, pour recruter ? »


PAUL RICHARDET

Expert en structuration de communautés technologiques innovantes et cofondateur de La Cantine

« Le barcamp est un événement auto-organisé où il n’y a pas d’ordres du jour, ce sont les gens qui animent »

« On mélange trois classifications : les briques technologiques, l’usage et les filières métiers »



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La plateforme d’emplois et de stages des professionnels de la musique et de la culture


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