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Article mis à jour le mardi 20 novembre 2012
Article créé le mercredi 7 novembre 2012

 
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Interview

LE CLUSTER VU DE L’INTÉRIEUR

Des responsables de grappes et d’entreprises qui en sont membres témoignent de leurs expériences et de leurs réflexions. La Datar également…

MARC BÉNAÏCHE - Président de Paris Mix et directeur de Mondomix

KATIA BOUFERRACHE - Coordinatrice du Damier

FRÉDÉRIC NEFF - Président du Mila

ALEXANDRE ROCHON - Label manager de Kütu Folk Records et président du Damier

MAGGIE DOHERTY - Directrice de Music Development Company (MDC)

JOACHIM QUEYRAS - Responsable du pôle "innovation et clusters" de la Datar

WILLIAM BLOCH - Directeur d’Avant-Mardi - Réseau musiques actuelles en Midi-Pyrénées

ALEXANDRE TINSEAU - Directeur de la Fraca-MA - Fédération régionale des acteurs et associatifs des musiques actuelles en Région Centre

ANNE LOUSSOUARN - Coordinatrice du Pôle régional des musiques actuelles de Poitou-Charentes (PRMA)


MARC BÉNAÏCHE
Président de Paris Mix et directeur de Mondomix

De la mise en réseau à la création du cluster Paris Mix sous forme de système productif local (SPL), comment cela s’est-il déroulé ?
La question est venue du politique. La mairie de Paris m’a invité à intervenir sur un séminaire et m’a demandé de voir ce que les musiques du monde pouvaient apporter au quartier de la Goutte d’Or à Paris. J’avais rédigé une note de trois pages en expliquant comment les acteurs de ces musiques pouvaient s’emparer du numérique et faire de la Goutte d’Or une sorte de mix entre quelque chose de très traditionnel et d’actuel. Nous avions entre autres un projet qui consistait à ce que les commerçants de la Goutte d’Or, notamment les vendeurs de cassettes et de CD/DVD, puissent éventuellement s’impliquer dans la distribution numérique en proposant des bornes de téléchargement. Mais à cette époque, vers 2005/2006, l’iPhone n’était pas encore omniprésent et faut bien avouer que c’est mieux que toutes les bornes ! Nous avions aussi l’idée de créer une chaîne de TV locale sur Internet avec toute une série d’actions…
Bref, le point de départ était que les acteurs des musiques du monde dispersés sur le territoire francilien s’emparent du numérique et le mettent au cœur de la Goutte d’Or, ce qui supposait de mettre en place des moyens. C’est à partir de là que le cabinet de Christian Sautter et de Martine Durlach m’a répondu : "pourquoi ne pas créer ensemble un SPL de la diversité musicale à Paris ?". Je me rappelle encore cette petite note de Christian Sautter. J’ai relu quatre fois le terme "système productif local" en ne comprenant rien à ce qu’il me disait…
Finalement, je me suis rapproché d’eux et nous avons travaillé à l’élaboration de ce projet avec la DPVI (Direction de la politique de la ville et de l’intégration) et la D3ES (Direction du développement économique, à l’emploi et à la solidarité). Avec mon entreprise privée Mondomix, j’avais déjà une certaine proximité avec le fonctionnement institutionnel et politique, mais pas tant que ça et cela a été extrêmement enrichissant de travailler avec eux dans ce partenariat public/privé.

Par rapport à la mise en réseau, il se trouve que, à travers Mondomix.com, cela faisait déjà 10 ans que j’accompagnais l’ensemble des acteurs des musiques du monde dans leur politique de mise en place du numérique. Je me rendais compte qu’il y avait toute une série de carences et de besoins avec une incapacité pour eux et pour moi - parce que nous sommes des petites entreprises - à pouvoir passer et surfer sur la vague du numérique sans que ce soit un raz de marée. Assez rapidement, on s’est aperçu de la nécessité de mettre des savoirs et des moyens en commun. Du coup, on a mis en place des formations, des tables rondes, de la veille technologique, etc. Ensuite, il s’agissait de mettre en commun des moyens humains à travers le groupement d’employeur (GE), puis des moyens techniques à travers la Mix Box.
Aujourd’hui, on est toujours dans ce processus d’accompagnement des acteurs des musiques du monde afin qu’ils s’emparent du numérique, mais en même temps, dès 2010, on s’est rendu compte que la thématique "musique du monde" nous freinait dans l’élargissement à d’autres acteurs de la musique et donc à de plus grands moyens de mutualisation. Alors, on a inclu cette thématique dans un projet plus large, et Paris Mix est devenu une grappe d’entreprises "de la musique, de l’innovation et de la diversité".

Comment le projet a-t-il été perçu par les futurs adhérents ?
Au début, j’ai envie de dire qu’ils m’ont cru sur parole. Ils ont rejoint le bateau en sentant qu’il y avait quelque chose, mais sans bien en distinguer les contours. D’ailleurs, le niveau d’appropriation des membres est assez inégal par rapport au projet Paris Mix, et ce encore aujourd’hui après quatre années d’existence. "Musique, numérique et diversité", ça reste encore assez abstrait pour certains. Les questions de mutualisation, de partenariat public/privé, d’aménagement du territoire, etc., ce sont des questions complexes et qui sont parfois loin des préoccupations au quotidien d’un acteur privé. On a fait un travail de médiation avec les protagonistes, car travailler l’intérêt collectif avec les pouvoirs publics tout en le mettant en résonance avec ses intérêts particuliers est un exercice difficile.
Grace à nos actions concrètes, j’ai quand même le sentiment que le niveau d’appropriation des membres augmente… Tout le travail qu’on fait sur l’animation du réseau est d’ailleurs fait pour renforcer cette appropriation. Mais l’appropriation se joue des deux côtés. Les acteurs du territoire que sont la Ville, la Région ou l’État doivent également se l’approprier et faire des choses avec.
C’est cette double appropriation qui met du temps à se faire. Après 4 ans d’existence, on continue à la construire et, aujourd’hui, nous sommes peut-être au milieu du guet.

L’appropriation n’est-elle pas facilitée quand les membres sont regroupés géographiquement au sein d’un pôle ?
Dès le départ, nous n’avions pas de projet d’incubation ni de partage de foncier. D’une part parce ce que ça existait avec le Mila dont nous souhaitions déjà nous rapprocher, ensuite parce qu’il y a aussi des relations fortes qui peuvent se créer entre deux partenaires qui sont à 100 km de différence. À mon sens, la proximité physique n’est pas un critère nécessaire pour faire fonctionner le réseau.

Sur quelles logiques et à travers quels services le cluster s’est-il construit ?
Nous ne sommes pas dans une logique de prestation de services, ni dans une logique associative où Paris Mix serait un guichet de services pour les adhérents. Un cluster, c’est très différent. On y définit les projets ensemble, et finalement chacun y retire ce qu’il apporte.
On s’est concentré sur des besoins très précis. Le premier d’entre eux était de saisir les opportunités du numérique qu’on ne maîtrise pas assez car nous n’en avons pas les ressources ni les compétences en interne. Or ces ressources et ces compétences sont chères… Donc, après les formations, on a mis en place le groupement d’employeurs.. On est dans un secteur de TPE et d’associations où 3/4 des personnes font plusieurs boulots en même temps. Ils sont dans la polyvalence totale et n’ont pas forcément d’affinité avec les technologies. Technologies qui par ailleurs changent tous les 6 mois… À ce rythme, on est vite dépassé.
On a créé le GE avec la complicité de la Région Ile-de-France et avec l’idée de salarier des "webmarketeur", des webmasters, des community managers, etc., et de partager ces compétences à plusieurs. Aujourd’hui, le GE emploie deux CDI à temps plein qui sont à la disposition de 11 des 46 entreprises du cluster, et c’est Paris Mix qui gère le planning des emplois partagés.
En l’espace de 3 ans, la connaissance et l’expertise acquises sur le domaine du numérique par ces 11 entreprises sont très importantes. Quand je vois ceux qui ont participé au GE et ceux qui n’y ont pas participé, la différence est d’ailleurs visible, notamment dans leur façon de gérer leurs réseaux sociaux, leur newsletter, leur communication numérique…

Quelles sont les autres actions que Paris Mix porte ?
Pour être présent sur le numérique, il faut qu’une vidéo de l’artiste tourne sur YouTube et Facebook. Mais bien souvent ces vidéos sont de piètre qualité. Alors, quand Universal fait un EPK à plus de 10 000 €, avec un réalisateur et tout ce qu’il faut, forcément ça donne quelque chose de léché et les grands médias en parlent. Mais nous, les indépendants, nous avions souvent des images de mauvaise qualité faute de moyens. Il y a 4 ans, on a donc créé la Mix Box, un véritable outil professionnel « full HD », avec des capacités de retransmission sur Internet et disponible à moins de 3000 € pour 4 caméras et un réalisateur.
Autrement, on continue de travailler sur l’appropriation du numérique à travers un cycle de formation "musique et Internet" mis en place avec l’Irma, et on a deux projets liés au territoire prévus en 2013 : un chantier-école qui va permettre de mettre à contribution les adhérents de la grappe sur l’insertion, et le développement d’un espace de coworking qui va utiliser la Mix Box en journée.
Parallèlement, il y a toute une série d’actions invisibles qui sont liées aux mises en réseau, aux interconnexions, aux opportunités de business sur des appels à projet, etc. Par exemple, grâce à l’intermédiation que nous faisons avec la Ville de Paris, le label Accords croisés a pu accéder à du foncier avantageux dans la Goutte d’Or et est en train de construire une salle de spectacles et des bureaux sur 1 000 m2. On réalise aussi un travail de fond auprès de la Caisse des dépôts et consignations pour la reconnaissance de nos métiers, un travail de fertilisation croisé avec des acteurs comme Silicon Sentier, on est aussi sur des projets avec d’autres grappes d’entreprises culturelles comme La Fontaine aux livres, etc. Voilà, on travaille en réseau et il y a un maillage qui se fait. Lorsqu’on est une entreprise isolée, c’est vrai qu’on n’est pas forcément associé aux stratégies de développement politique et économique. Les collectivités veulent en face d’elles des collectifs organisés, dont la gouvernance est claire et ne sert pas que des intérêts particuliers.

Est-il possible de mesurer l’impact économique de ces actions pour les adhérents ?
La notion d’impact économique ne peut se mesurer que si, au préalable, on a mis en place une comptabilité analytique. Or l’évaluation économique de nos structures est faite de manière totalement anthropique. Parmi les petites structures avec lesquelles je travaille, j’ai rarement rencontré des structures avec une comptabilité analytique fonctionnelle, une connaissance parfaite de la composition de leur marge nette, etc. Elles fonctionnent toutes en marge brute avec des évaluations assez imprécises. La notion de contrôle de gestion, de gestion des risques économiques, de tableau de bord de gestion… n’est pas encore dans nos pratiques Je n’ai donc pas d’outils qui remontent des adhérents pour évaluer ça.

Les financeurs publics ne demandent-ils pas de retour sur cette évaluation économique ?
Avant que les pouvoirs publics ne s’en emparent, j’aimerais qu’on arrive à mutualiser des postes de direction financière, des postes de recherche de sponsors, des postes de marketing. Sur le marketing ou la recherche de sponsors, il est question de produire des documents qui sont très normés, et dans nos métiers, on le fait encore "à l’arrach’". Idem pour la question de la direction financière qui n’est pas encore bien maîtrisée.

Aujourd’hui, quelles sont les sources de financement de Paris Mix ?
En terme de volume, c’est peu. On est à moins de 100 000 € de financement public en fonctionnement pour un budget d’équilibre qui est à 300 000 € mais qu’on n’atteint pas encore.
Ces fonds publics viennent de la Ville de Paris, plus précisément de la direction de la politique de la ville et de l’intégration et de la direction du développement économique, à l’emploi et à la solidarité. Nous avions également le soutien de la Région Ile-de-France sur un programme qui vient d’être arrêté et l’aide au démarrage de la Datar qui nous a reconnus en tant que grappe d’entreprises.
Aujourd’hui, notre budget de fonctionnement est en partie couvert par les subventions de la Ville de Paris et on a substitué nos aides en fonctionnement de la Région et de l’État sur des aides en investissement sur des projets. Donc ça nous met dans des contraintes financières fortes. On augmente dans le même temps les fonds propres, ce qui nous permet de ne pas être complètement dépendants des fonds publics.

Pour finir, la musique est-elle "clusterisable" selon vous ?
J’ai envie de dire qu’on ne pourra passer la mutation que nous sommes en train de vivre que par des actions de solidarité. Si le cluster est un élément de solidarité qui permet d’apprendre à travailler en collectif, alors oui.
Je trouve que la grande différence avec l’étranger, c’est que la France est un pays extrêmement doté et gâté. On a été chéri et choyé pendant des décennies et, de fait, on a mal appris à travailler en collectivité et en temps de pénurie. Et comme la pénurie pousse à la solidarité, je pense que le cluster arrive plus par nécessité que par envie.


KATIA BOUFERRACHE
Coordinatrice du Damier

Qu’est-ce que Le Damier  ?
Le Damier est une grappe d’entreprises qui a pour mission de fédérer, promouvoir et développer les acteurs de la Région Auvergne œuvrant dans les champs de la musique et de l’audiovisuel (labels, éditeurs, tourneurs, diffuseurs, producteurs audiovisuels, prestataires techniques, ingénierie culturelle, formations).

Comment Le Damier s’est-il créé  ?
Le Damier est né du constat d’un fort dynamisme régional, de la création et la professionnalisation de nombreuses entreprises du secteur et de la présence d’équipements structurants à rayonnement national et international (La Coopérative de mai, Sauve qui peut le court-métrage…). C’est un outil de coopération et de développement pour des structures qui connaissent des mutations économiques et technologiques sur leur secteur et qui ont la volonté d’innover et de se développer par la collaboration et la mise en commun de leurs compétences.
En tant que tête de réseau local, Le Damier a vocation à permettre à ses adhérents de créer des projets collaboratifs en interne mais également avec d’autres acteurs externes : TIC, secteur bancaire… C’est également une réflexion économique globale qui est menée, afin de définir un nouveau modèle économique pour la filière visant à pérenniser les activités et les emplois sur le territoire régional et à créer des passerelles avec d’autres secteurs et territoires.

Quels sont les axes de développement de la filière régionale impulsés par Le Damier ?
L’activité du Damier doit trouver son propre modèle économique à l’horizon 2014, en permettant à ses adhérents d’investir de nouveaux marchés par des projets et des pratiques innovantes. Pour cela, cet outil doit permettre à terme aux entreprises de mieux se connaître et de développer des pratiques collaboratives, d’avoir des pratiques de gestion exemplaires sur les volets promotion, juridique et financier, de consolider et valoriser leurs compétences auprès des acteurs de l’interprofession (collectivités, sociétés civiles, fédérations…), de développer des projets innovants par la mise en place de passerelles avec d’autres secteurs, notamment en matière technologique et commerciale (numérisation de contenus, distribution, retransmission en direct…). Ces axes de développement constituent les grands domaines d’évolution que nous souhaitons impulser au sein de la filière régionale.

Quelles sont les actions mutualisées et impulsées par Le Damier ?
Nous avons commencé par quelque chose de très simple : un service d’accompagnement mutualisé sur les salons et les festivals où l’on apporte un ticket modérateur pour peu que les adhérents veulent bien voyager et être hébergés ensemble. Le service est à moindre coût et leur assure une visibilité sur place grâce aux opérations montées par Le Damier sur le stand.
Nous avons également mis en place un service mutualisé de conseil juridique et financier où, pour 500 € à l’année, un adhérent va pouvoir prendre plusieurs rendez-vous individualisés avec un avocat ou un expert-comptable. L’économie d’échelle est possible dans ce cas car le prestataire va toucher plusieurs entreprises d’un coup.
Mais tous ces services ne marchent que parce que ce sont les adhérents qui choisissent ce qu’ils veulent mutualiser.

Comment coopèrent les milieux de la musique et de l’image au sein du Damier ?
Les éditeurs musicaux se sont demandés comment envisager des collaborations avec le monde de l’audiovisuel, notamment en matière de synchronisation, et de là est né le projet de playlist. Les éditeurs musicaux membres du Damier ont souhaité donner une visibilité à leur catalogue et mettre en commun leur musique sur une playlist à destination des réalisateurs et des producteurs audiovisuels. Sur cet exemple, l’idée est de se servir de la caution et de la notoriété du festival de court-métrage pour qu’il soutienne et recommande la playlist à leur réseau professionnel. Derrière, pour appuyer et prolonger cette médiation, le Damier organise le 27 novembre à Paris une rencontre-débat sur la synchronisation et met en place un partenariat avec Auvergne TIC, un autre cluster de la Région, avec l’idée d’aller chercher des fonds pour développer une plateforme de distribution de musique à l’image.

Y’a-t-il d’autres actions prévues, notamment sur le live ?
Nous réfléchissons à un projet de retransmission en direct des concerts en direction des populations qui n’ont pas une accessibilité aisée aux spectacles. Nous pensons dans un premier temps aux maisons de retraite, mais pour le moment, nous sommes en train de calculer combien cela coûterait et qui serait intéressé. Nous réfléchissons également à outiller des cinémas qui pourraient retransmettre en direct un spectacle.
Avec le festival Europavox et la Coopérative de mai, nous partageons également le projet de monter l’Europa club qui serait un réseau de salles au niveau européen dont l’objectif pourrait être de partager des bonnes pratiques et ses réseaux. Cela se couple avec la création d’un outil de captation qui pourrait être utilisé d’une manière complètement différente dans ce projet-là.

Coopération versus concurrence, comment cela se passe-t-il pour les adhérents du Damier ?
En un an, nous sommes passés par différentes phases sur ces sujets-là. Ce qui est drôle, c’est que la question se pose comme ça au départ, puis elle s’inverse complètement. Au final, cela reste facile à évacuer comme question car ce n’est pas le propos du cluster.
L’objectif n’est cependant pas toujours d’annihiler la concurrence entre eux. Sur certains appels à projets, c’est même le Damier qui va les mettre en concurrence en captant des propositions émanant de plusieurs adhérents. Nous ne sommes pas là pour bousculer le marché mais plutôt pour le rééquilibrer, par exemple en permettant à des PME/TPE de pouvoir postuler à des marchés auxquels elles n’auraient pas eu accès en étant toutes seules.

Arrivez-vous à évaluer l’impact économique de ces actions pour les membres ?
Mesurer cet impact est difficile en raison de la diversité des actions et des adhérents du Damier. Sur une action donnée, nous aurons des résultats à très court terme, et sur d’autres, les résultats ne se verront que dans 5 ou 10 ans. Et puis nous n’avons pas d’outil pour mesurer ces effets. Au bout d’un an, nous sommes encore en train de chercher les actions que nous voulons prioritairement conduire et pérenniser. Donc nous sommes en train de nous chercher aussi, et c’est dur de s’évaluer pour l’instant. Peut-être un peu prématuré.

Quelles sont les ressources financières du Damier ?
Via une convention triennale, la Datar finance le Damier à hauteur de 200 000 € par an. La Région et Clermont communauté suivent à part égale pour 90 000 € chacune et nous sommes en attente de réponse d’une demande au Fonds européen de développement régional (Feder). Par ailleurs, nous sommes allés chercher du mécénat et lorsque nous sommes apporteurs d’affaire, nous prenons une commission. D’ici 2014, nous espérons être entre 35 et 45% de ressources propres, prestations et mécénat inclus.
Concernant le mécénat, nous nous rapprochons du secteur bancaire. Nous travaillons par exemple sur des cartes postales de téléchargement que notre banque mécène distribue ensuite à ses clients pour les vœux. De cette manière, nous enregistrons une rentrée d’argent et la banque peut promouvoir la musique localement. Pour aller plus loin sur le fond, avec le Transfo, nous mettons en place des formations mutuelles entre les chargés de clientèle professionnelle et les directeurs de label afin qu’ils puissent mieux appréhender ces métiers-là.


FRÉDÉRIC NEFF
Président du Mila

Peut-on définir le Mila comme un cluster ? Quelles sont les actions mises en place par le Mila à destination de ses membres ?
Le projet Mila est un projet unique, qui ressemble à la fois à une pépinière et à un cluster. L’originalité du Mila repose sur la mise à disposition de locaux à loyers modérés pour les labels et les entreprises musicales. On a 10 bureaux à disposition au sein d’un pôle pour des périodes d’un an renouvelable, et 15 "boutiques" pour des périodes de deux ans en bail dérogatoire qui peuvent ensuite, sous validation du Mila, passer en bail commercial.
On a donc une double mission d’accompagnement : une action quotidienne auprès des entreprises hébergées au pôle, mission assimilable à celle d’une pépinière ; une seconde sur le long terme, avec un développement durable dans un écosystème dédié à la musique, mission assimilable à un cluster.

La proximité géographique des structures du pôle et des structures en boutiques apporte un dynamisme et une effervescence permanente. Échange de données et de compétences, mutualisation ou collaboration entre les membres, nous assistons de plus en plus à une mutualisation et une mise en réseau des membres du Mila. Sans être à proprement parler à un cluster, nous apportons à nos membres une synergie et des conditions idéales pour leur développement. Favoriser les échanges entre les structures est fondamental pour le Mila.
Enfin, le Mila est aussi force de proposition en créant des rendez-vous professionnels réguliers, les "clubs Mila", permettant de rencontrer des professionnels et des entreprises extérieures et d’aborder des problématiques qui correspondent à leurs besoins et métiers.

Globalement, la mission première du Mila était d’aider les labels en difficulté tout en redonnant vie à un quartier en perte d’activité économique du 18e arrondissement. C’était il y a 10 ans ! Aujourd’hui, cette mission est accomplie mais les besoins des structures de production ont évolué. Notre enjeu pour l’année 2013 est d’évoluer en proposant plus de services et une aide plus pertinente aux entreprises culturelles musicales.

Depuis sa création, quelles sont les grandes évolutions du Mila ?
Le projet Mila est en constante évolution, et ses financements le sont aussi. Le Mila est né d’une volonté locale, dans le 18e arrondissement parisien, fruit de rencontre entre les professionnels de la musique et la mairie. L’émergence du projet s’est fait avec le soutien du FCM et de la région Ile-de-France. Aujourd’hui, le projet est autofinancé à 60% et bénéficie toujours d’une subvention annuelle de la mairie de Paris. Ce seul soutien n’est cependant pas suffisant pour pérenniser la structure dans le long terme. Cette équation rend fragile le Mila qui fédère plus de 30 entreprises générant ensemble plus de 10 millions d’euros de chiffre d’affaires par an.
En 10 ans, les profils des membres ont évolué aussi. Nous avons de nouveaux types de structures avec de nouvelles compétences dans l’édition, le management ou le live, tout en gardant bien sûr une part de production phonographique dans leurs activités. Enfin, nous avons fait le pari de nous ouvrir à des entreprises innovantes. Ce fut le cas avec notamment l’agrégateur Idol et aujourd’hui avec le site Noomiz.

Quelles sont les évolutions à venir ?
On a assisté en quelques années à une évolution des structures présentes. Pour mieux comprendre ces éléments, nous avons réalisé en 2011 une enquête sur les labels en Ile-de-France pour définir les besoins nouveaux des structures. En interrogeant 500 labels, il y a 500 cas particuliers pour 500 besoins différents de mutualisation et services. Chaque label est un cas unique avec des besoins propres.
Ce que nous a révélé notre enquête est que les acteurs qui investissent et produisent du contenu sont en pleine mutation. En mutation au niveau de leurs structures, au niveau de leurs missions et au niveau de leurs relations avec leurs partenaires. Les nouvelles missions du Mila se doivent d’intégrer ces données. Un cluster musical ne peut pas juste être une boîte à services mutualisés, il doit s’inscrire dans les nouveaux besoins des acteurs. Une évolution incontournable pour la survie et l’existence du dispositif. Les besoins des labels et des entreprises d’accompagnement d’artistes sont trop spécifiques pour mettre en place une mutualisation transversale. Cette évolution permanente doit aussi, dans le cas du Mila, s’ouvrir aux entreprises autres que celles hébergées par le dispositif, sur un périmètre au moins régional.


ALEXANDRE ROCHON
Label manager de Kütu Folk Records et président du Damier

Que recherchiez-vous dans le fait de devenir membre du Damier ?
C’est toujours intéressant de voir comment un intérêt collectif peut se dégager d’une structure comme celle-ci. Au départ, tous les adhérents se posaient la même question : comment va-t-on réussir à un trouver un intérêt commun à ce cluster ? Nous avions deux possibilités, soit d’avoir une position en retrait, soit d’être actif et de faire en sorte que les projets nous correspondent.

Comment êtes-vous devenu président du Damier ?
La création du Damier a été portée par le Transfo, l’agence culturelle régionale, et aussi par le festival international du court métrage de Clermont-Ferrand. De mon côté, j’ai participé aux premières rencontres avec les entreprises, puis à l’assemblée générale de création. Il se trouvait que, pour des questions d’impartialité par rapport à l’ensemble de ces adhérents qui avaient déjà un vécu ensemble, j’étais peut-être plus neutre et c’est pour cette raison que je suis devenu président du Damier.

Quelles sont les actions mises en place par le Damier dont le label a pu profiter ?
Déjà, être adhérent du Damier nous permet d’avoir une vision plus globale sur les acteurs économiques et du territoire. Mieux les connaître nous permet déjà de pouvoir travailler avec eux.
Ensuite, il y a des services qui ont été mis en place. Le premier a été de mutualiser les frais de déplacement sur les salons et les festivals. C’est une aide à la fois simple à mettre en place et très pratique pour nous. Le Damier effectue aussi un travail de veille et du coup on est au courant de certaines aides du ministère de la Culture ou autre qu’on ne connaissait pas forcément avant. Le Transfo effectue également ce travail de veille et le fait que ça se cumule n’est pas un mal.
On s’est également rapproché des acteurs audiovisuels de la région. C’est intéressant car nous les sollicitons dans le cadre de la production d’une vidéo ou d’un clip, et eux peuvent nous solliciter pour mettre des musiques sur leurs images. Du coup, nous sommes dans l’échange et des interactions se créent.
D’autres services commencent aussi à se mettre en place concernant du conseil à la promotion et du conseil juridique et financier. Par exemple, on bénéficie de réduction sur les services d’attaché de presse et c’est quelque chose qui nous est vraiment très utile.

Entre adhérents, comment la coopération prend-elle le dessus sur la concurrence ?
Cela dépend des secteurs. Au Damier, il y a des labels, des studios, des salles de spectacles, des boîtes de production audiovisuelle, des prestataires techniques, etc., et il y a des secteurs plus concurrentiels que d’autres. Si je prends l’exemple des prestataires techniques, on fonctionne avec des appels à projets, donc là il peut y avoir plus de tension et de concurrence. C’est pareil pour les studios d’enregistrement. Comme il y en a peu dans la région, dès qu’il y en a un nouveau qui se crée et adhère, ça peut être un peu plus tendu entre guillemets, mais le Damier essaye de jouer un rôle de régulation dans ces cas-là. En revanche, pour les labels, comme les esthétiques travaillées sont complètement différentes entre nous, il n’y a pas de concurrence directe. Pour les salles de spectacles, j’ai l’impression que chacun a également son domaine de prédilection.
Dans l’ensemble, chacun trouve plus facilement l’envie de se mettre autour d’une table et de discuter plutôt que de laisser un partenaire à l’écart ou d’avoir des pratiques qui pourraient être anticoncurrentielles ou désagréables. Le Damier facilite les choses sur ce point car il offre un cadre aux adhérents pour discuter.

Y’a-t-il de nouvelles actions que vous souhaiteriez voir portées par le Damier à l’avenir ?
Oui, mais ce sont des projets qui demandent plus de temps et de cohésion. Par exemple, pour créer des outils commun à rayonnement national ou international. Je pense à la création d’une plateforme numérique, ou de s’associer à des projets de très grande ampleur, ou encore à la question de l’export de la musique auvergnate et à celle de l’innovation… Pour l’instant, on en est vraiment au niveau des prémices sur ces sujets.

Pas de projet concernant le partage de bureaux et d’espaces de travail ?
Je pense que 70 % des adhérents viennent de Clermont-Ferrand et il n’y a pas de pépinière ou d’aide à la location de bureau qui soient prévues. En revanche, il y a des dispositifs indépendants du Damier sur le fonctionnement d’espace en coworking où les entreprises peuvent se regrouper pour travailler ensemble. La Coopérative de mai a mis en place la Pépinière de mai où des bureaux sont loués à tarif préférentiel par la Ville. Cela doit concerner 5 ou 6 structures, dont la plupart sont adhérentes au Damier. Du coup, le cluster et la pépinière sont vraiment des dispositifs complémentaires.

Êtes-vous capable de mesurer l’impact économique apporté par l’adhésion au cluster ?
C’est économiquement intéressant car on avait des habitudes de fonctionnement qui nous coûtaient plus cher, par exemple de se déplacer sur des festivals ou d’avoir des attachés de presse. Avec les réductions qu’on obtient sur ces services, c’est sûr que ça nous permet de prétendre à une croissance un peu plus importante.
Mais il m’est difficile de répondre avec précision à cette question car il se trouve que, cette année, notre label était en reconstruction/restructuration, autrement dit dans une période peu propice au diagnostic. D’ailleurs, je ressens comme une espèce de frustration de ne pas avoir pleinement utilisé les services du Damier en cette année un peu particulière où on a eu moins d’activité.


MAGGIE DOHERTY
Directrice de Music Development Company (MDC)

En quoi consiste l’activité de MDC ?
Je suis consultante en France pour des labels étrangers, et même pour des labels français maintenant. En anglais, mon métier s’appelle project management, mais il n’y a pas vraiment de terme équivalent en français. Grosso modo, si un label veut lancer un artiste en France, je les conseille sur les stratégies à mettre en place et les partenaires à contacter. Personnellement, je viens du disque et aujourd’hui je travaille avec deux distributeurs français que sont Harmonia Mundi et Pias. Ils m’ont fait un contrat comme si j’étais un label parce qu’ils me connaissent et ont confiance dans mon expertise, ce qui leur évite aussi de signer des contrats avec des petits labels ou des artistes seuls. Du coup, je fais de l’accompagnement d’artistes vers le disque sous forme de prestation et j’ai besoin d’un réseau pour pouvoir faire mon travail.

Qu’est-ce qui vous a amené à vous inscrire dans les réseaux Mila et Paris Mix ?
Avant, je travaillais en entreprise et quand j’ai monté ma boîte, une des premières choses que je me suis dite est que je ne travaillerai pas de chez moi. J’aime travailler en équipe et je trouve ça plus riche de partager des idées, de discuter avec des collègues sur les approches de chacun, les problèmes que l’on rencontre, etc. Je voulais un bureau et si possible un bureau partagé avec deux ou trois personnes qui sont dans le même milieu. Être membre du Mila et de Paris Mix est la continuation de cette idée-là.

Comment se passe la coopération entre les adhérents du Mila ?
Bien, et le meilleur exemple est la personne avec qui je partage mon bureau qui est attaché de presse. Nous avons choisi de partager le bureau parce que nous faisons affaire ensemble, mais nous avons deux structures séparées et cela signifie que je ne suis pas obligée de le prendre comme attaché de presse et qu’il n’est pas obligé de me recommander comme label manager. Plus globalement, je ne peux pas dire que je contacte en premier un membre du Mila quand je cherche un partenaire, mais les gens du Mila font partie de mes contacts et de mon réseau.

De quelle manière utilisez-vous le groupement d’employeur de Paris Mix ?
Un jour, Paris Mix qui est venu nous poser une question : si on pouvait embaucher un employé, quel serait cet emploi ? Beaucoup de gens ont répondu qu’ils avaient besoin de quelqu’un pour s’occuper de leur communication web, mais aucune des structures n’avait assez de travail et assez de finance pour avoir un employé à plein temps.
Suite à cela, j’ai demandé à partager cet emploi, d’autant que c’est une personne qui a une connaissance technique web mais qui a aussi des compétences en communication lui permettant de faire un peu la promotion des artistes sur le web et les blogs.
Dans ce système, chaque employeur prend plusieurs jours par mois et on aboutit à un calendrier qui équivaut à un temps plein. Cela a tellement bien marché qu’un ou deux ans plus tard, nous avons embauché une autre personne et on a séparé les deux profils, l’un étant plus technique et l’autre sur la communication.

Quelles sont les facilités apportées par le fait d’embaucher à travers le GE ?
Quand j’ai partagé mon bureau avec Simon Veyssière au Mila, nous avons commencé à nous partager un stagiaire à qui nous avons proposé un emploi d’assistant que chacune de nos structures embaucherait à mi-temps. C’était intéressant mais ce qu’on y a gagné ne compensait pas la lourdeur des tâches administratives. L’intérêt d’un cluster et d’un GE, c’est justement que quelqu’un s’occupe de l’administration.

Arrivez-vous à évaluer l’impact économique procuré par l’adhésion à ces deux réseaux ?
C’est difficile à évaluer. Pour Simon, en étant attaché de presse, je pense que ça doit lui permettre d’obtenir plus de contrats. Là où je peux mesurer en ce qui me concerne, c’est que mon loyer est moins cher qu’auparavant. Et puis, il y a les effets indirects, du fait d’être dans un réseau. Quand on reste chez soi et que l’on ne partage pas, on peut stagner. Je pense qu’il y a un apport un peu nébuleux qui repose sur le fait de rencontrer des gens tout le temps. Je pense d’ailleurs que Paris Mix et le Mila ne sont pas assez utilisés par les entreprises.


JOACHIM QUEYRAS
Responsable du pôle "innovation et clusters" de la Datar (Délégation interministérielle à l’aménagement du territoire et à l’attractivité régionale)

Comment la culture - et plus particulièrement la musique - s’empare du clustering ?
Cela reste marginal par rapport à l’ensemble des dynamiques de cluster en France. Mais un des enseignements de l’appel à projet "grappe d’entreprises" est qu’il y avait un certain nombre de clusters qui se sont manifestés dans le domaine de la création artistique.
On s’y attendait un peu parce que l’on avait déjà discuté en amont avec Paris Mix. Ils travaillaient déjà sur le sujet et c’est ce qui nous a mis la puce à l’oreille. Du coup, on a précisé dans l’appel à projets que cela pouvait concerner l’ensemble des activités dont les industries créatives et culturelles. C’était important pour nous et cohérent par rapport à un positionnement de la France pour qui la création artistique est quelque chose d’important.

Pour la musique, ça correspond aussi à une conjoncture de pénurie…
Oui, bien sûr. Disons que la constitution et le développement des clusters est une réponse à un enjeu à la fois défensif pour résister à la crise et à ses effets, mais aussi offensif parce que cela permet d’innover et d’explorer de nouveaux marchés que les entreprises, au niveau individuel, seraient incapables de s’approprier. L’aspect collectif est très important pour amener les entreprises à l’innovation et aux nouveaux marchés. C’est le propre des grappes d’entreprises de travailler davantage sur des innovations "tirées par le marché" (marketpool), ou en tout cas avec des innovations qui sont centrées et tirées par l’opportunité de nouveaux marchés et de nouveaux usages, plus que sur des innovations de R&D qui sont plus technologiques (technopush) et traitées au sein des pôles de compétitivité. La complémentarité entre ces approches est importante également. Par exemple, le lien entre Paris Mix et Cap Digital est un lien qui nous intéresse beaucoup parce qu’il montre bien la complémentarité qu’il y a entre les pôles et les grappes. Cette complémentarité est à valoriser parce qu’elle permet de rapprocher les entreprises d’un certain nombre de dispositifs qui sont mis à leur disposition aujourd’hui.

Il paraît que les appels à projets Datar sur les clusters et les grappes d’entreprises auraient plus ou moins vécu ?
Je vous confirme qu’il n’y aura plus d’appel à projets "grappes d’entreprise", surtout vu le contexte actuel lié à la décentralisation.
Mais, dès le départ, notre objectif était de soutenir les initiatives exemplaires sur une courte durée (3 ans) et de valoriser un certain type de cluster, notamment en complémentarité des pôles de compétitivité. L’idée était de sélectionner les meilleurs d’entre elles pour leur donner plus de lisibilité et leur permettre de développer de nouvelles actions qui n’étaient pas envisageables sans le soutien de la Datar au titre de l’appel à projet. Il s’agissait d’un plan de financement dégressif sur 3 ans car il n’est pas du rôle de l’État de maintenir ce dispositif dans la continuité. En cela, le dispositif a été bien perçu et a atteint ses objectifs. Cela a permis de revaloriser ce type de cluster, et la notion de grappe d’entreprises est rentrée dans le langage courant.

Le fait qu’aujourd’hui certains réseaux du secteur musical se posent la question du clustering fait donc partie des effets souhaités ?
C’était l’effet souhaité. Mais l’idée est aussi de montrer qu’il y a certaines Régions qui se sont structurées et ont structuré leur propre politique de cluster. C’est le cas en Paca, en Rhône-Alpes, en Ile-de-France dans une moindre mesure avec les politiques de filière. Il s’agissait aussi de montrer que c’était une opportunité pour un certain nombre de Régions de mettre en place ce type de dispositif.
Maintenant, les financements auront surtout lieu au niveau local, ce qui fait sens avec les orientations de la décentralisation. Il faut bien comprendre le positionnement de l’État par rapport à ces dynamiques. Je pense que ce positionnement va majoritairement se focaliser sur les filières dites stratégiques au niveau national. Sur la R&D par exemple parce que la R&D est risquée et demande des investissements importants que les entreprises ou les collectivités ne peuvent pas porter seules. Compte tenu du contexte budgétaire et des orientations de la décentralisation, l’État devrait logiquement plus concentrer son action sur ce type de dynamique.
Quand on parle de grappe d’entreprises, on est sur des problématiques qui sont beaucoup plus proches du marché. Ce sont des clusters qui réunissent essentiellement des PME/TPE et qui réfléchissent davantage aux questions de marché, de formation, de gestion prévisionnelle des emplois et compétences. Ces questions sont aujourd’hui davantage gérées au niveau de la Région qu’au niveau de l’État, et il est logique que ce type de dynamique soit soutenu par les collectivités.
Il y a une autre réflexion qui est conduite en ce moment par la Caisse des dépôts en lien avec la Région Rhône-Alpes sur la gouvernance. Ce travail montre qu’il est intéressant pour les Régions de maintenir une diversité de filières sur le territoire afin de créer un potentiel de fertilisation croisée entre ces filières et faire émerger des filières nouvelles et d’avenir. Car c’est de la diversité des filières qu’on fait émerger des filières nouvelles. Dans ce cadre-là, les rôles État/Région/Europe se répartissent en fonction du cycle de l’émergence de ces filières, les Régions étant plutôt en amont sur la diversité et donc sur le potentiel de fertilisation croisée et sur la mise en relation des acteurs sur le territoire. Ensuite, pour renforcer ces filières, il faut travailler sur de la R&D et sur des problématiques de long terme. Là, l’État peut avoir un rôle à jouer, et l’Europe intervient ensuite sur la spécialisation intelligente et sur certaines de ces filières qui sont considérées comme stratégiques et de long terme.
Donc, logiquement, pour les grappes d’entreprises, le soutien et l’accompagnement doivent plutôt être réalisés au niveau local, dans un souci de rationalisation. Les choses ne sont pas aussi carrées, mais c’est vrai qu’on aura des difficultés à intervenir sur les grappes d’entreprise tant pour des questions budgétaires que de contexte lié à la décentralisation.


WILLIAM BLOCH
Directeur d’Avant-Mardi – Réseau musiques actuelles en Midi-Pyrénées

Comment est née la volonté de monter le cluster Ma Sphère sur Toulouse ?
En 2008, pendant un séminaire de formation Avant-Mardi, on a constaté l’éclatement des petites structures de développement d’artistes sur le territoire et leur environnement assez précaire. Soit ils avaient un bureau minuscule, soit ils travaillaient de chez eux. Quand ils avaient un rendez-vous, ils allaient au café du coin. Pas de salle de réunion, pas de salle d’accueil, etc.
Ensemble, nous nous sommes dit que nous pourrions au moins mutualiser le minimum, notamment une salle de réunion, une salle de dépôt pour les archives et le stockage des affiches par exemple. On s’est retrouvé à une dizaine de structures intéressées par l’histoire et on a rédigé un projet de pépinière musiques actuelles sur Toulouse en 2009. Ce sont des structures qui ne gèrent que des bureaux, pas des structures de diffusion qui gèrent déjà un lieu fixe. Ces structures ont des permanents et ont besoin de bureau, d’espace pour travailler. C’est comme cela que l’on est parti sur un projet de pépinière avec l’idée de bénéficier d’un espace bâti.
Puis petit à petit le projet c’est étoffé avec un véritable projet dynamique, d’expérimentation, de développement et d’innovation…
La Ville de Toulouse a ensuite commandité une étude pour structurer une politique municipale en faveur des musiques actuelles et a préconisé la création d’une nouvelle salle, celle de Borderouge qui s’appelle dorénavant Metronum qui est actuellement en construction, et qu’il serait intéressant d’adosser la pépinière à la salle. Pendant que la mairie validait le projet, on s’est aperçu de notre côté que l’idée de pépinière ne nous correspondait pas autant que celle de cluster musiques actuelles car nous n’étions pas vraiment des jeunes structures en démarrage.

Où en est ce projet aujourd’hui ?
On a créé l’association Ma Sphère et on a stabilisé les membres adhérents. Nous sommes 14 adhérents d’un cluster musiques actuelles censé investir un jour du bâti pour intensifier nos partenariats, un lieu où on veut s’installer avec des espaces de travail adaptés à ce que l’on fait, un lieu d’échanges et de dynamique collective…
Normalement, nous aurions dû être dans le lieu à Borderouge suite à l’étude, où on devait investir un 3e étage de 1 000 m2. C’était le minimum que l’on demandait pour que les 14 structures puissent y travailler correctement. Des problèmes sont survenus lors de l’instruction du dossier par les services de la ville et par le programmiste. De plus, le budget étant incompressible (6 millions d’euros), impossible de faire un troisième étage aussi important. Nous disposerions aujourd’hui seulement de 200m² pour le projet de cluster musiques actuelles dans le Métronum. Comme la création de ce cluster a déjà été annoncé (Mairie de Toulouse, A Toulouse, n°19, novembre 2011 pp 46-50), la Mairie recherche un espace à proximité dans le quartier, pour que le cluster soit toujours à coté de la salle. Seulement aujourd’hui sur le quartier il ne reste plus beaucoup de bâti disponible. Nous sommes toujours en attente d’une solution alternative.

De plus, il y a une histoire de compétence entre la ville et la communauté d’agglomération sur ces questions. Alors que le Métronum est un projet municipal, la ville souhaiterait que l’agglomération s’empare du projet, car la métropole a la compétence économique. Nous sommes donc en cours de discussion. La dernière nouveauté est que la Mairie a commandité une nouvelle étude, cette fois-ci sur le mode de gestion et de fonctionnement de Metronum en lien avec un Pôle Musiques Actuelles au sein des services de la Ville. Parce que pour l’instant, il n’y a pas encore de projet culturel et artistique bien défini pour ce nouveau lieu… Donc on est sur ce temps institutionnel où on a validé ton projet, mais il ne se met pas en œuvre techniquement…
Aujourd’hui, on est en stand by. Ma Sphère existe juridiquement mais c’est tout. On continue quand même, à notre rythme. On travaille sur un nouveau dossier, notamment pour obtenir un financement FSE afin de pouvoir créer un poste de coordinateur et enclencher une dynamique de travail.

En quoi consistait concrètement l’aide de la collectivité dans le projet initialement validé ?
L’idée était vraiment de mettre à disposition un espace bâti aménagé. On demandait une aide en investissement, et la ville était plutôt d’accord pour faire l’investissement de départ sur l’aménagement du lieu, la mise aux normes, etc.

Quelles sont les actions envisagées par le cluster ?
Nous, on est un mix de plusieurs choses. J’ai visité le Mila à Paris et j’ai bien aimé le concept des boutiques dispersées sur la rue. Cela donne une dynamique d’échange qui nous intéresse aussi. Et puis on s’est inspiré de la Mix Box de Paris Mix aussi. Dans le projet du cluster, on a intégré dans le bâti un lieu de travail non destiné à la diffusion mais un outil de travail mutualisé lieu de showcase, de résidences, de formations techniques et de captations audiovisuelles, avec une jauge de 80 places comme la Mix Box. Les adhérents du cluster auraient évidemment été les usagers privilégiés… Le projet a tellement plu qu’il a directement été intégré dans le projet de salle à Borderouge. Donc, il y aura une Mix Box au Métronum.
L’idée d’être adossé à la salle, est aussi de donner vie à ce lieu, surtout avec la diversité de nos structures (développeurs d’artistes, agences de presse, Groupement d’Employeurs, organisateurs, la fédération des labels, festivals…). Pour Avant-Mardi, cela nous permettrait de monter en puissance sur nos actions culturelles, les formations professionnelles techniques et artistiques, la ressource. Bref, tout ça a une vraie cohérence avec la salle à proximité.
On souhaite donc que Ma Sphère soit un véritable lieu d’échanges, de dynamique collaborative, un ensemble de services mutualisés et d’outils partagés, un laboratoire de recherche, d’innovation… On souhaite également créer un événement professionnel de type salon des Musiques Actuelles…

Comment se positionne la Région Midi-Pyrénées là-dessus ?
Elle ne se positionne pas encore, elle observe mais elle est intéressée, le dialogue est en cours, notamment avec le service du développement économique, notre entrée est sur le soutien à l’économie sociale et solidaire qui est une priorité pour la région Midi-Pyrénées.
Pour l’instant, dans le service de la DCAV (Direction de la Culture et de l’Audiovisuel) il n’y a pas de prise en compte de l’aspect économique de la musique. Même s’il existe au sein du service Culture, un service des industries culturelles où on retrouve d’ailleurs le livre, l’image (cinéma et audiovisuelle) ainsi que la radio. Mais pas la musique…


ALEXANDRE TINSEAU
Directeur de la Fraca-MA (Fédération régionale des acteurs et associatifs des musiques actuelles en Région Centre)

Existe-t-il une réflexion sur les possibilités de clustering du secteur musical en Région Centre ?
Nous sommes en train de travailler sur un niveau cluster dans une dynamique plus locale que régionale pour l’instant. On constate même qu’on y travaille depuis au moins trois ans et c’est un peu comme si la grappe d’entreprises existait déjà de fait.
Nous arrivons aujourd’hui à mettre en commun des besoins que l’on n’avait pas identifiés jusqu’alors. Du coup, nous travaillons sur une forme d’organisation en collectif qui permette la mise en commun les compétences dont disposent les différentes structures du territoire, que ce soit à la Fraca-MA, au Labomédia, à la CAE Artefact, à l’Astrolabe, etc. L’idée, c’est vraiment d’aller chercher les compétences les uns chez les autres.

N’y a-t-il pas nécessairement une dimension régionale à cette démarche ?
Jusqu’à présent, nous n’étions pas dans une dynamique qui répondait aux besoins de l’ensemble des structures sur le territoire régional. On s’est appuyé surtout sur des besoins bilatéraux entre deux structures. Maintenant, c’est à nous de mettre en place un projet plus global et de le faire entrer dans une logique plus politique de création de cluster… Enfin, le nom de cluster est plutôt tendance et nous permet surtout de pousser nos partenaires à réfléchir autrement, notamment sous l’angle de l’économie créative.

Sur quelles formes de coopération travaillez-vous ?
Depuis 3 ans, nous travaillons sur la logique de GPEC (Gestion prévisionnel des emplois et des compétences) au sein du secteur des musiques actuelles. Cela nous a directement amené à réfléchir aux questions d’emploi, de compétences et de formations et, indirectement, à repenser l’approche systémique de la filière.
En ce moment, on travaille sur l’évolution et la mise en place de ce que l’on n’appelle pas encore cluster mais "plateforme de mutualisation d’emplois, de compétences et d’expériences" et qui a pour objet d’identifier des besoins en compétences sur le territoire et de les rationaliser, de les organiser. Par exemple, beaucoup de structures ont besoin d’un emploi sur l’administratif mais pas à temps plein, donc il faut le fractionner pour que chacun l’utilise. Nous sommes là dans une logique de groupement d’employeurs avec la volonté de créer des outils de service. Autre exemple, cela se traduit concrètement par la création de compétences qui vont monter en puissance sur le développement durable et qui vont accompagner les autres structures sur la mise en place des réponses aux problématiques de développement durable pour leur événement. Plutôt que d’avoir des demi-postes précaires partout, on préfère fonctionner avec un seul poste plus pérenne de cette manière-là.
Grosso modo, sur un territoire, plutôt que d’avoir 10 emplois qui ne fonctionnent pas et mettent en péril l’économie des structures, il est préférable d’en avoir moins mais qui soient solides et servent l’ensemble des structures. Si je vais plus loin dans le raisonnement, ce qui nous intéresse est de retravailler sur les modèles économiques des projets culturels et artistiques en déconstruisant le modèle classique qui veut qu’un projet artistique soit monté par une équipe et supporté par une structure administrative. Avec la mutualisation, l’objectif est de dépasser l’approche descendante du triptyque "un projet/une équipe/une structure". Un projet doit pouvoir se monter avec une équipe qui peut être modifiée au fur et à mesure, donc qui n’impose pas d’être en fixe sur la durée et surtout qui ne soit plus liée à une structure. Pour porter des projets, il faut assouplir la possibilité de travailler les uns avec les autres, et il faut pourvoir dissocier le notion de structure en la remplaçant par des services d’appui portés par une CAE culturelle, une pépinière, un GE où l’on retrouve des compétences telles que l’administratif, la gestion ou le développement de projet qui sont de vrais métiers. Du coup, les équipes ne sont plus coûte que coûte dans l’obligation de chercher à l’année leur complément d’emploi aidé et de s’embarquer dans des histoires pas possibles pour y arriver.

Comment réagissent les collectivités ? Sont-elles réceptives ?
Oui, elles le sont. Ce que nous souhaitons est que cette plateforme permette de compléter le dispositif CapAsso - qui équivaut aux emplois tremplins dans les autres Régions – car le problème des emplois aidés est lié à l’accompagnement de ces emplois aidés, à leur formation, etc. Il s’agit de voir comment on peut travailler davantage sur les questions de l’emploi culturel et de l’emploi artistique en pensant les choses autrement. Ce que l’on peut économiser d’un côté en rationalisant les emplois, on peut le rebasculer sur des postes d’accompagnement et dans l’emploi artistique.
Ceci est un chantier d’expérimentation qui a pour principal point de départ l’impossibilité de continuer sur le modèle associatif "financement public + recette propre + bénévolat". Ce modèle économique est aujourd’hui de moins en moins possible et valable, d’une part à cause des contraintes budgétaires que l’on vit depuis 2007, mais aussi parce que le nombre de salariés s’est multiplié au cours des 20 dernières années et l’effet de seuil a été dépassé depuis longtemps. Nous ne pouvons plus tenir ces emplois sur la durée et ça devient une vraie problématique de filière. Du coup, tu travailles sur le modèle global et sur l’approche du système, car si tu touches à un point, tu es obligé d’en rectifier un autre. C’est vraiment une logique d’écosystème. Il faut recomposer des modes de financement, des modes de gestion, des modèles économiques, etc., et ceci n’est pas un vœu pieu ! Cela ne nous fait pas plaisir, mais globalement, ce n’est plus tenable… Encore la semaine dernière, j’ai discuté avec 6 structures du réseau Fraca-MA qui sont dans une phase de grands dangers. Forcément, tu te demandes d’où viennent les problèmes… Plus tu fais l’analyse des choses, plus tu t’aperçois que la problématique est liée au système et pas de l’incompétence de untel ou untel. La notion de grappe s’approche d’une logique qui permet de réfléchir ensemble aux solutions et aux modèles. Il s’agit ensuite de voir comment mutualiser et sous quelle forme, etc. C’est de cette manière que, demain, il existera encore une diversité de projets culturels.

Allez-vous formaliser cette démarche à travers un cluster ?
Encore aujourd’hui, je ne suis pas sûr de connaître la définition du cluster. Disons que je m’en sers plutôt comme d’un outil marketing pour parler aux élus. Ce qui est important est d’établir des relations de partage entre les structures, de chercher les entre-deux, de construire les interstices. Si le cluster permet d’y arriver, tant mieux, mais ce n’est pas l’appellation qui est importante.


ANNE LOUSSOUARN
Coordinatrice du Pôle régional des musiques actuelles de Poitou-Charentes (PRMA)

Envisagez-vous la création d’un cluster musique en Poitou-Charentes ?
On y réfléchit car le pôle régional est déjà un réseau de structures où nous partageons une culture de la coopération. Du coup, on s’interroge et on cherche à savoir dans quelle mesure le PRMA est aujourd’hui en capacité ou non de se rapprocher d’une organisation type cluster, de s’ouvrir à d’autres projets et d’autres acteurs de notre territoire.
Ce n’est pas tant une question d’outil que de positionnement. L’idée est de sortir de la seule entrée culturelle au niveau des partenaires et d’aller chercher un peu de transversalité. C’est lié au contexte actuel qui n’est facile pour personne… Après, on peut presque dire que les musiques actuelles ont un avantage par rapport à ça… Car, à part la frange des Smac qui sont labélisées, on est encore très peu dans l’institution. Quelque part, on est préparé aux mutations de l’économie de la culture qui sont en train de se profiler, car on a déjà mis en place des solutions de solidarité. Si tu travailles en réseau, c’est que tu sais bien qu’individuellement ce n’est pas possible. C’est par la force du groupe et la mutualisation des savoir-faire et des outils que tu peux t’en sortir. Alors, on a un peu d’avance parce qu’on fonctionne déjà quasiment comme un cluster, mais après il faut interroger ce qu’on entend par coopération, par économie…
Chez nous, pour mesurer cette coopération, on a fait une enquête de terrain. On est allé regarder comment les structures membres du réseau travaillaient ensemble, tant en termes de communication que de partenariat. On s’est alors aperçu que la mise en réseau facilitait de manière très marquante le travail entre les structures, ce qui constitue la valeur ajoutée du réseau PRMA. On a constaté aussi que le réseau avait déjà des logiques de partenariat avec 85 structures comme des entreprises culturelles, des collectivités, des fournisseurs, etc. On a ainsi un ancrage de terrain qui est déjà assez fort, avec une confiance qui s’est développée petit à petit entre les membres… Finalement, c’est ça qui est au fondement de la logique de cluster.
Même si nous n’en sommes pas encore là, il y a un autre point qui serait intéressant de mesurer : l’impact économique des coopérations. Du fait de travailler dans le cadre du réseau PRMA, quelle richesse économique cela produit-il pour chacun ?

Quid de ceux qui ne sont pas au PRMA ?
Si tu parles uniquement en terme d’adhésion, il y a une vingtaine de structures membres. On s’ouvre progressivement car on reste très attaché à l’implication des membres et à leur adhésion aux démarches collectives. D’un autre côté, on revendique aussi un réseau étendu. Être adhérent au PRMA n’exclut pas de travailler avec d’autres partenaires. Il y a de nombreux projets qui se font entre adhérents où, de manière ponctuelle et à géométrie variable, tu retrouves des partenaires qui ne sont pas forcément adhérents au pôle.

Pensez-vous prochainement formaliser le réseau sous forme de grappe d’entreprises ?
Nous n’en sommes pas là. Les questions liées à la structuration et la forme juridique que cela peut prendre viendront plus tard, c’est un travail de long terme. Cette année, on a commencé à en discuter entre nous. On a parlé aux adhérents de la dimension économique de leur projet, de leur positionnement comme acteurs économiques au sein d’une filière, etc.

Comment réagissent les adhérents face à ce positionnement ?
Globalement, cette réflexion est partagée par la grande majorité des adhérents. Simplement, le PRMA a aussi la particularité de fédérer des musiciens, c’est-à-dire des individus qui, assez logiquement, s’interrogent sur leur place dans un réseau d’entreprises.
Ce qui est important, c’est qu’il ne faut pas y perdre notre identité. Il faut garder la conscience de ce qu’on produit. On ne produit pas des frigos mais des œuvres de l’esprit, on travaille les projets sur des territoires, avec des gens… Il y a tout un tas de choses dans nos métiers qui font que l’on n’est pas de purs acteurs économiques et commerciaux. En revanche, il faut avoir conscience qu’on est malgré tout sur un marché, que l’on produit des richesses économiques et des emplois.
L’idée est aussi d’exister comme filière au sein des politiques publiques, d’aller chercher la transversalité à tous les niveaux, que ce soit des partenariats avec des laboratoires de recherche ou des projets avec d’autres filières qui ne sont pas du tout les nôtres. C’est dans ce type de coopération hybride que l’on va créer des choses vraiment intéressantes, notamment en termes d’innovation. Et puis, de toute façon, on n’a pas le choix aujourd’hui. On voit bien l’état des politiques publiques de la culture. Il faut essayer d’inventer des modèles.

Comment les collectivités locales se positionnent-elles sur le sujet ?
Il faut aller à la rencontre les partenaires publics, les sensibiliser et les accrocher au projet…
On a commencé à travailler avec des structures comme la Chambre régionale de l’économie sociale et solidaire ou avec d’autres clusters de Poitou-Charentes. Mais il faut qu’on développe un maximum de partenariats et qu’on brasse dans tous les sens. Après, des outils pourront se mettre en place, comme un fonds de dotation pour du mécénat collectif par exemple. Une fois encore, si le cluster existe un jour, il faut le préparer, prendre son bâton de pèlerin et décloisonner au maximum.
Avec les pouvoirs publics, on a entamé ce processus et on va l’intensifier car c’est primordial de co-construire cette dynamique avec eux. La Région Poitou-Charentes est d’ores et déjà très à l’écoute car elle encourage la rénovation des modèles dans le secteur culturel. Son document d’orientation budgétaire 2013 fait par exemple valoir son soutien aux nouveaux modèles d’organisation, dont les logiques de cluster

Quels sont vos moyens pour faire avancer cette réflexion ?
On vient d’embaucher une chargée de mission dans le cadre d’un financement européen qui va nous accompagner dans cette démarche. À titre indicatif, le projet s’intitule "Appui à une dynamique de cluster dans la filière musiques actuelles en Poitou-Charentes". L’idée serait alors de mutualiser à terme un poste de chargé de développement au profit des adhérents, en majorité des petites structures à l’économie précaire, qui n’ont pas les moyens de sortir le nez du guidon pour prospecter de nouveaux partenariats.
Maintenant, il faut être prêt à saisir les appels à projets qui nous permettront de pérenniser cette stratégie de développement. Les appels à projets de la Datar sont une opportunité, mais il s’agit aussi de suivre la dynamique qui se met en place dans le champ de l’économie sociale et solidaire, notamment autour des pôles territoriaux de coopération économique (PTCE), peut-être plus proches de nos valeurs et de la singularité de notre filière.


Propos recueillis par Mathias MILLIARD
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LA MUSIQUE EST-ELLE "CLUSTERISABLE" ?

Grappes d’entreprises musicales : l’engouement pragmatique

Quel est le point commun entre Harmonia Mundi, Warp France et Record Makers ? N’allez pas chercher dans leur catalogue une hypothétique référence commune, car la réponse est ailleurs… : ce sont des entreprises membres d’un cluster !

Ces dispositifs, plus communément appelés "grappes d’entreprises", prennent pied depuis quelques années dans le secteur musical à travers certaines expériences. Développées sur des territoires riches en projets, inscrites dans les politiques locales et dans des objectifs de développement économique durable, ces initiatives ont le vent en poupe et ouvrent peut-être la voie à d’autres…

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RENCONTRE NATIONALE

Clusters et grappes d’entreprises : des dispositifs d’avenir pour l’écosystème de la musique ?

Vendredi 30 novembre
de 14h à 18h30
aux Trois Baudets - 64 Boulevard de Clichy, 75018 Paris
PAF : 5 €

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