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Accueil du site > Documentation > Focus > LA RADIO, UN MÉDIA DE LA FIDÉLITÉ Radio : j’écoute…

Article mis à jour le jeudi 16 septembre 2010
Article créé le mardi 2 juin 2009

 
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Article

LA RADIO, UN MÉDIA DE LA FIDÉLITÉ
Radio : j’écoute…

La parution de l’ouvrage La radio et ses publics, Sociologie d’une fragmentation est l’occasion de proposer un focus sur le sujet et d’énoncer un certain nombre de constats sur la diffusion et les publics du média le plus populaire en France…

Cette première étude de fonds sur les publics de la radio peut être aussi conçue comme un moyen de mieux comprendre ces publics et la structuration de ce marché et ainsi d’envisager une meilleure appropriation de ce moyen de diffusion des œuvres. Connaître le paysage des radios, c’est connaître ses publics et ses pratiques d’écoute. Si l’écoute radiophonique présente une forte régularité des pratiques, « radio’s history is one of fragmentation » [1], que ce soit en termes de public, d’auditoire ou d’audience…
L’ouvrage s’appuie sur une étude rendue possible par une convention entre un laboratoire du CNRS (le CLERSE à Lille) et la Société Médiamétrie qui a mis à disposition pour la première fois la base de données de l’Enquête Panel Radio 2000-2001 sur 21 jours. Cette étude ne traite que des radios nationales, mais son aspect des plus complets permettra de faire des parallèles avec la plupart des radios associatives.

Un faisceau de convergence qui mène à la radio moderne…

Ces radios, dites périphériques car elles émettaient à la périphérie du territoire pour échapper au monopole, avaient sans doute une programmation musicale plus populaire, une stratégie de séduction du public et de conquête d’audience, comme on la connait encore aujourd’hui.

Rémi Bouton, journaliste indépendant.

On pourrait, à tort, croire que l’avènement de la nouvelle société de la radio [2] se fait suite à la reconnaissance des radios libres dans les années 80. "La France de l’avant-guerre connaît une situation beaucoup plus concurrentielle avec la coexistence d’une quinzaine de radios publiques et de treize stations privées. […] Jusqu’au milieu des années cinquante, l’univers de la radio est peu concurrentiel. Les postes privés se partagent le territoire (Monte-Carlo au sud est, Andorre au sud ouest, Luxembourg au nord). Le nombre de récepteurs radio augmente fortement : on passe de 8,5 millions en 1949 à 13 millions en 1961 […]. Non seulement, il y a croissance du nombre de récepteurs, mais la durée d’écoute augmente parallèlement. L’installation d’Europe n°1 [en 1955] bouleverse le jeu […]" [3]. Les stations de la RTF perdront entre 1955 et 1958 jusqu’à la moitié de leurs auditeurs pour certaines tranches, notamment à cause de la concurrence d’Europe 1.
« • A partir des années 1980 vont s’ajouter aux ex-radios dites périphériques et à celles du service public, un second ensemble constitué des radios issues de la libéralisation des ondes ou de ce qu’elle a permis (légalisation rétroactive de la publicité sur les radios locales privées en 1982, constitution de réseaux nationaux par rachat de plus petites stations en 1986) ; il s’agit des réseaux de radios musicales jeunes que sont devenus NRJ, RFM, Fun radio, Skyrock, Nostalgie• » [4].
Rémi Bouton, en parlant des radios libres rappelle que dans les années 80 : Il n’y avait pas de choix de programmateurs, mais des animateurs, ou le choix du public qui venait en studio en apportant ses propres disques. La volonté était de diffuser de tout, de tout expérimenter. Avec une recherche de plus grand eclectisme. 1984 entraîne un changement de conception de la radio• : « • partout en France, à la question "qui parle sur les radios libres", aux accents politiques et sociaux, se substitue celle de "qui écoute les radios locales privées" à la signification clairement intéressée. Déjà les rapprochements qui s’amorcent entre elles sont annonciateurs de la création des réseaux nationaux qui apparaissent d’ailleurs la même année avec le premier d’entre eux : NRJ. (…) NRJ devient vite la plus célèbre et la plus représentative des nouvelles radios FM. […]• » [5].
A partir des années 1990, d’autres radios nationales vont se créer sur la base d’un format générationnel et musical, à l’exemple de RTL 2 ou du Mouv’. Ces radios des "intermédiaires" et des "interstices" s’appuient sur la fragmentation de l’audience, en terme d’âge et de goûts musicaux principalement. Fait étonnant dans cette étude, le point commun des auditeurs de ces radios nationales est que l’âge est la dimension la plus structurante du paysage radiophonique.
Cependant, on ne peut concevoir le paysage radiophonique français sans évoquer la diversité de ses radios. Qu’elles soient nationales, commerciales, associatives, en ligne… La radio reste un média moderne et dynamique.

Une radio a des publics et des pratiques d’écoute différentes

Comment définir les radios en France• ? La tâche est ardue, puisqu’une radio peut d’abord être définie par sa catégorie de service (service public, A, B, C, Det/ou E [6]) et par son format (généraliste, thématique, musical, notion inventée aux EUA dans les années 50), format qui comprend lui-même des "sous-formats" (Europe 1 et RMC sont généralistes de "talk" par exemple) et des "sous-cibles" (jeune, jeune-adulte, adulte, âge…).
Le croisement de ces deux dimensions de catégorie et de format va déterminer les conditions du recours au fond de soutien public ou à la publicité nationale et/ou locale, les obligations de programmation de chansons francophones, qu’une certaine identité sociale et musicale de la radio. En effet, le format sert au CSA pour viser une certaine diversité radiophonique sur les quelques 775 zones couvrant le territoire national.
A cela, il faut ajouter les régies publicitaires. Il y avait en 2001 trois grandes régies publicitaires radiophoniques en France, NRJ Régies, Lagardère Active Publicité et IP, et des régies individuelles : Skyrégie et RMC régie par exemple.
Il est possible de distinguer quelques grandes catégories musicales de radios : les radios de variétés françaises (et internationales) qui représentent la tendance majoritaire (France Bleue, Chérie FM, Nostalgie, Europe 1, France Inter, RTL, RTL2 par exemple), les radios de poprock international (Europe 2, Le Mouv’, Ouï FM), les radios mixtes des deux précédentes catégories (NRJ), les radios rap (Skyrock et Ado FM) et, enfin, les radios groove et dance (Fun radio, Voltage FM, Contact FM par exemple), auxquelles s’ajoutent les radios de musique classique (France Musique et Radio Classique par exemple), celles de jazz (TSF, Fréquence jazz, Swing FM) et toutes les radios de musiques nationales (radio latina, radio Soleil, etc.).
Parmi les radios du Panel étudié, trois grands groupes apparaissent : les radios au profil "variété" à dominante francophone, les radios au profil "pop-rock" à dominante internationale et les radios au profil "R&B" (dominante groove, dance et rap).
À propos de l’évolution des radios, Laurent Bouneau (Skyrock) rappelle qu’historiquement : A chacun sa musique. Une segmentation de l’offre musicale. Le premier réseau musicale à se segmenter est Skyrock en 1996 avec le rap et le r’n’b. Suivront Fun avec la dance et Virgin radio avec le rock.
En sachant que parallèlement à cela les radios 100 % musicales sont devenues à dominante musicale avec des talks le matin et le soir.
On a redonné une dimension parlée aux radios musicales.

Faut-il envisager la différence entre des radios par rapport à des choix de titres dans les playlist• ?
Le rapport 2003 de l’Observatoire de la musique sur La diversité musicale dans le paysage radiophonique construit un degré de mesure de la proportion de titres en commun dans les Top 40 des radios du Panel :
- les radios "jeune" ont en commun 11 titres sur 13,
- les radios "jeune-adulte" ont en commun 6 titres sur 9,
- les "adultes" ont en commun 1 titre sur 5,
- les radios "généralistes" ont en commun 1 titre sur 4.

La logique de la programmation musicale radiophonique veut que si l’homogénéité musicale caractérise les radios jeunes musicales et l’hétérogénéité les "généralistes", ces dernières sont alors notablement plus segmentées. Si les radios jeunes partagent un même univers de références, ce n’est pas le cas des radios adultes et généralistes.
Voilà le paradoxe : l’ensemble des radios adultes et généralistes est beaucoup plus segmenté ou diversifié que celui des radios jeunes.
La modification récente de la loi sur les quotas de chansons françaises a entériné la structuration par format. La précédente loi du 1er février 1994 sur les quotas de chansons d’expression française imposait à la grande majorité des radios la diffusion, aux heures d’écoute significative, d’un minimum de 40 % de chansons d’expression française, dont la moitié au moins provenant de nouveaux talents ou de nouvelles productions. La loi du 1er août 2000 a proposé aux radios musicales la possibilité de choisir l’une des deux options dérogatoires à la règle unique :
- soit, pour les radios spécialisées dans la mise en valeur du patrimoine musical, 60 % de titres francophones, dont un pourcentage de "nouvelles productions" pouvant aller jusqu’à 10 % du total, avec au minimum un titre par heure en moyenne. Un format exigeant sur les francophones et peu sur les "nouveaux talents".
- soit, pour les radios spécialisées dans la promotion de "jeunes talents", 35 % de titres francophones, dont 25 % au moins du total provenant de "nouveaux talents" [7]. Un format exigeant sur les "nouveaux talents" et peu sur les francophones.
Pourtant, d’aucuns, à l’instar d’Eric Hauville, interrogent la politique des quotas : Les quotas sont un bienfait sur le principe, mais ils ne devraient pas être les mêmes pour tout le monde… imposer 40 % de chansons françaises à des radios comme latina ou FG, c’est absurde… A l’opposé, beaucoup de productions françaises en langue anglaise ont du mal à trouver leur place sur les radios françaises.
Sur les 21 opérateurs contrôlés mensuellement par le CSA (soit 95 % de l’audience des radios musicales), 11 ont choisi de diffuser 35 % de chansons d’expression française et 25 % de nouveaux talents (le public jeune étant visé), trois ont opté pour 60 % de chansons d’expression française et 10 % de nouvelles productions (cible• : public adulte).
Ce changement des "formats CSA" confirme l’évolution actuelle des radios musicales dont le programme, conçu au début des années 1990 comme généraliste pour toucher la cible la plus large, tend vers une segmentation croissante en fonction du public visé et du genre musical mis en valeur.
La raison en est tout à fait compréhensible, elle repose sur la nécessaire relation à l’audimat qui conditionne le coût des campagnes de publicité pour les investisseurs…
Le tableau ci-dessous montre le nombre de fréquences FM et les populations desservies :


Extrait de La Radio et ses publics

Comment dans ce contexte chercher à se différencier quand on est radio ?
Il y a eu une époque où les radios ont cherché à se différencier… mais plus maintenant, à cause d’un public ciblé similaire, hormis quelques radios très marquées (Sky avec son public urbain…).

Eric Hauville, PDG de Pschent Music.

Le problème est le même pour les télés qui passent des titres. L’impression que l’on en retire est celle d’un conformisme ambiant où la ligne de démarcation est très floue.
" Le monde radiophonique français pourrait au premier abord se représenter à travers un jeu à quatre positions articulant représentations de l’auditoire d’un côté ("pour tous" versus "cibles" ou "média de l’offre" vs "média de la demande") et "texte" ("généraliste" vs "spécialisé") de l’autre.
Les radios locales ou communautaires vont indexer leur auditoire au territoire tandis que les radios nationales du service public vont viser l’auditoire le plus large possible. Les radios de "format" ou "thématiques" se définissent et sont définies par leur contenu. Rires et Chansons se constitue socialement comme radio de sketches et de musique pop-rock ; France Culture se définit comme objet social et culturel par son contenu culturel : un auditeur de cette antenne est défini comme un auditeur de ce type de programme (dire "je suis auditeur de France Culture", c’est dire au minimum "je suis auditeur de ce genre de programme" et non pas "je suis un auditeur de musique tsigane"). France Inter, France Info, Le Mouv’ et France Bleu vendent des cibles comme les radios privées. Radio France Publicité vend, en 2004, France Inter comme "la radio des CSPI+ et des auditeurs adultes".
Les radios publiques ont un "block format", c’est-à -dire une succession de plages plus ou moins spécialisées dans leur contenu (une émission sur rock suit une émission de jazz, etc.) et avec un auditoire qui change d’une émission à l’autre• ; se concentrant alors sur un genre de programmation (un format), top 40, musiques et informations, rock… A côté des radios de grille ("block format" des radios généralistes et de nombreuses radios associatives), il y a l’ensemble des radios de format qui vont se donner comme collectifs des "cibles" et des "cœurs de cible", selon l’âge, le sexe, la catégorie sociale ou le territoire. Et finalement, ces anciennes radios du monopople qui n’étaient que la voix de la France, aux ordre du ministère de l’Information, sont devenues, trente cinq ans plus tard, des espaces de liberté car libérés des contraintes financières, grâce aux pouvoirs publics, et des contraintes politiques, grâce aux radios privées (Rémi Bouton).

une radio, des publics et des pratiques d’écoute différentes

Les connaissances que nous avons du public de Skyrock se font à travers d’études d’audience que nous recevons tous les 3 mois via Médiamétrie qui nous indiquent le sexe, l’âge, le niveau d’instruction, la profession, la taille du foyer et le lieu d’habitation.

Laurent Bouneau, Directeur général des programmes de Skyrock.

Comment définir une radio en fonction de ses publics alors ?
Soit l’on désignera la surreprésentation d’une catégorie dans son auditoire, soit l’on pointera la force dans l’absolu de sa propension à l’écouter. D’un côté, on qualifie des individus, des groupes sociaux, au mieux des dispositions, de l’autre des objets (des identités, des images, des représentations qui leur sont attachés). De surcroît, la propension sociale d’une catégorie de personnes à faire partie d’un public signale d’une pratique autre chose que sa composition sociale. Ainsi les retraités peuvent-ils représenter la catégorie la plus forte dans l’auditoire d’une radio de musique classique comme France Musique, sans que leur propension à l’écouter ne soit la plus forte parmi les catégories composant cet auditoire.

Extrait de La Radio et ses publics

Ainsi, Michel Pinet et Hervé Glevarec parviennent à certaines affirmations concernant les comportements des auditeurs• :
-  les pré-adolescents se focalisent sur deux ou trois radios privilégiées,
-  les 20-24 ans ont un zapping élevé.,
-  les 30-60 ans tendent à écouter deux ou trois radios,
-  les catégories supérieures et individus diplômés écoutent davantage de radios,
-  les personnes de plus de 60 ans se portent sur une seule radio,
-  l’appartenance à une famille nombreuse s’accompagne d’un accroissement du nombre de radios écoutées,
-  les catégories jeunes se portent vers les radios musicales dites "jeunes", NRJ, Fun radio, Skyrock,
-  les plus âgés pour les radios dites "généralistes", Europe 1, France Inter et RTL, mais aussi pour France Culture, France Info.
Pour Romain Aparicio, à propos du public étudiant des Radios Campus : Nous nous apercevons par exemple que sur la population étudiante, une moitié suit le "mainstream" et écoute avant tout NRJ ou Skyrock,…. L’autre moité, plus curieuse, privilégie la découverte, l’apprentissage et se regroupent sur des médias privilégiant la profondeur du contenu au simple accompagnement. Le critère de la durée d’écoute permet de déterminer le niveau d’investissement des auditeurs d’une radio. L’audience cumulée nous dit quelque chose des membres d’une catégorie (60 % des 15-19 ans écoutent NRJ), la durée d’écoute nous dit quelque chose sur ses auditeurs (les 15-19 ans écoutent Skyrock plus longtemps que NRJ).
La radio la plus longtemps écoutée par les auditeurs de 11 à 19 ans est Skyrock. Les 20-24 écoutent longuement NRJ. La radio qui ensuite recueille l’écoute moyenne la plus longue est RTL et Europe 1 auprès des 75 ans et plus. On note l’investissement des auditeurs élèves et étudiants vers Skyrock.

Et comment définir un auditoire en fonction des radios ?
La composition générationnelle des auditoires différencie fortement les radios en quatre "types" très disjoints : radios d’adolescents et jeunes adultes, radios de trentenaires, radios des âges intermédiaires (35-45) et radios des plus de 45 ans. Les radios généralistes (RTL, France Inter, Europe 1 et RMC) ne sont "généralistes" que de contenu, certainement pas de public. Elles sont tout autant media de niches que NRJ ou Skyrock. Et si FIP est la radio la plus "généraliste" musicalement parlant, France Bleue est le réseau le plus "généraliste" quant à la composition de son auditoire.
NRJ a un auditoire plus transgénérationnel que Skyrock qui apparaît véritablement la radio des adolescents.
Il y a ensuite un second ensemble de radios, comprenant MFM, Chérie FM, Europe 2, Nostalgie, RFM et RTL 2 ; ce sont des radios où les jeunes adultes et une partie des quarantenaires sont surreprésentés. Les locales de France Bleu, Sud radio, RTL, France Info et RMC, qui forment un troisième ensemble, ont des auditoires relativement proches du point de vue de la composition générationnelle, comprenant une surreprésentation des 35-55 ans.
Le quatrième grand ensemble de radios dont les auditoires ont des profils semblables comprend des radios généralistes et/ou de service public : Europe 1, France Inter, France Musique et France Culture. Ces radios possèdent une surreprésentation des individus âgés de plus de 45 ans, davantage encore des plus de 65 ans, et une sous-représentation forte des catégories jeunes.

Le parangon de chaque classe radiophonique est l’auditeur le plus représentatif (un parmi d’autres possibles) du cœur de la classe.
Ci dessous quelques exemples• :
Profil d’écoute du parangon de la Classe 1 "NRJ et Autres radios"
Radio(s) dominante(s) : NRJ-Autres
Sexe : Homme
Age : 25-29 Ans
Niveau instruction : Technique Prof.
CSP de l’individu : Ouvrier
CSP du chef de ménage : Ouvrier
Taille de la commune de résidence : Agglo 100 à 200 000
Région d’habitation : AUVERGNE
Nb de pers. du foyer : Foyer de 4 Personnes
Nb d’enfants de moins de 15 ans : 2

Profil d’écoute du parangon de la Classe 2 "Fun radio et Skyrock"
Radio(s) dominante(s) : Fun Skyrock
Sexe : Homme
Age : 15-19 ans
Niveau instruction : Technique Prof.
CSP de l’individu : Etudiant
CSP du chef de ménage : Ouvrier
Taille de la commune de résidence : < 20 000 hab.
Région d’habitation : Picardie
Nb de pers. du foyer : 5 et plus
Nb d’enfants de moins de 15 ans : 2

Une nécessaire adaptation des radios à un changement d’environnement ?

Internet, téléphonie et radio numérique continueront à révolutionner rapidement les usages. L’auditeur est désormais attiré ou "capté" par le contenu plutôt que par l’accompagnement proposé par la radio.

Romain Aparicio, Délégué général de Iastar.

Les radios périphériques ont été historiquement les radios dominantes en termes d’audience, en effectifs, en durée d’écoute, en exclusivité et en polarisation, mais si l’on en croît les mesures d’audience, les auditeurs exclusifs ont diminué.
L’idée de "cible" amène, elle, à reconnaître explicitement qu’il y a des radios pour chaque public, que la "société" des auditeurs est segmentée et que les radios réussissent dans leur "rencontre" avec les "groupes sociaux cibles". Or il s’avère que les auditoires de chaque radio sont multipolaires, partagés ET spécifiques, à l’exception de France Culture, France Musique et RFM [8], même si chaque radio a cependant un auditoire privilégié. Ainsi, France Musique et France Culture sont des radios dont plusieurs auditoires sont partagés à plus de 50 % avec une ou d’autres radios : France Musique avec France Inter et France Info ; France Culture avec France Inter, France Info et Europe 1.
Skyrock, MFM, Fun radio et Europe 2 partagent plus de 50 % de leurs auditeurs avec NRJ, RMC avec RTL. RTL 2, France Inter, Chérie FM, Nostalgie, RFM, Europe 1, France Info, France Bleu et NRJ forment un ensemble de radios qui partagent avec une ou deux radios entre 40 et 50 % de leurs auditeurs. RTL et Sud radio sont les deux seules radios qui partagent moins de 40 % de leur auditoire global avec chacune des radios.

Est-ce que les nouveaux médias radiophoniques tuent les anciens ?
L’apparition d’internet, ses effets sur la disponibilité de la musique pour les jeunes générations, tend à infléchir les politiques de programmation des radios musicales jeunes dans un mouvement double, contrasté, d’une part de formatage musical accru, à savoir de spécialisation des radios dans un genre, et d’autre part, de dé-formatage structurel, l’ouverture des play-lists et la réduction des taux de rotation (entre 2003 et 2006). Cette évolution semble signaler une perte du monopole des fonctions de prescription des intermédiaires culturels que sont les radios musicales. Traduit plus pragmatiquement, : Les résultats d’audience sont analysés par des régies qui ont trop souvent la main sur les programmations : le directeur des programmes est incité à suivre l’avis du commercial… Et c’est pire dans les radios musicales.
Ce n’est pas un hasard si on trouve beaucoup plus de fraicheur dans la programmation sur le service public : il n’y a pas cette pression régulière liée au chiffre d’affaires.
(Eric Hauville)
La multiplicité des webradios sur les sites des principaux groupes de musique accentuent ce phénomène de spécialisation musicale. Pour autant, les données les plus récentes n’indiquent pas de transfert massif de l’audience vers les nouveaux supports que sont le streaming, l’écoute en différé, la télévision ou le téléphone.

Vers un nouveau type de radio musicale
Le numérique, entendu au sens large des contenus et des modes de diffusion, vient concurrencer les radios musicales sur ses trois principales fonctions• : l’identification, la programmation et la nouveauté. Dans le nouvel environnement numérique (internet et fichiers électroniques), les fonctions de la radio musicale sont concurrencées• :
- sur la fonction d’identification, par tout media générationnel susceptible de fournir un espace d’identification et de communauté. C’est le cas dès qu’un support offre un pôle d’identification comme une plate-forme de blogs ou des webradios en adéquation avec une génération ou un sous-groupe qui s’y reconnaît.
- sur la fonction de programmation, par toutes les possibilités de construction autonome et personnelle d’une liste de titres d’une part, et les possibilités de partage de listes entre internautes. Le fichier de musique électronique, mp3 notamment, et les baladeurs numériques représentent ici une nette accentuation des possibilités d’autonomisation et d’individualisation ouvertes anciennement par le walkman et la cassette audio [9]. Ce point de vue est d’ailleurs largement défendu par Romain Aparicio : Les "sources" se sont multipliées pour les auditeurs et les jeunes butinent d’un média à l’autre. C’est une vraie chance pour nous, car nous avons investi l’internet depuis longtemps et qu’il complète de superbe manière les possibilités du "mass média" radio originel.
Aussi, nous conservons les qualités et les avantages de ce dernier et de la "marque", tout en permettant à nos auditeurs le podcast, l’interaction, l’image, la vidéo, la diffusion en direct d’un évènement, les réseaux sociaux… […] Pour conserver son auditoire, ce média doit lui garantir l’appartenance à un groupe social.

- sur la fonction de découverte, par toutes les sources d’information ou de mise en contact musicales hors de l’écoute radiophonique. Ici Internet représente dorénavant une source d’information et de découverte nouvelle en termes de spécialisation et de pluralisme des genres. Avis partagé par Rémi Bouton : Aujourd’hui, il faut être un peu fou pour être accro à une FM musicale. Le net permet plus de diversité, plus de liberté, plus d’interactivité. La radio musicale est sans doute un média en voie de disparition.

Ainsi, les nouvelles radios numériques peuvent-elles chercher, elles-mêmes, à concurrencer la radio hertzienne traditionnelle sur les trois pôles à la fois, en offrant par exemple des radios ciblées, avant-gardistes et fortement identifiées ("segmentantes", disent les gens de radio). Les programmateurs de telles radios numériques, libérés des contraintes de quotas nationaux de genres musicaux, peuvent tenter de réduire le temps qui sépare l’apparition d’un titre et son succès, en surveillant les sites internet spécialisés, étrangers notamment, d’une part, et en offrant la possibilité d’une radio à la carte, bâtie à partir de leur programmation, qui corresponde mieux aux goûts de l’auditeur, d’autre part. La radio passerait d’une position d’autorité à une position de partenaire• : la relation radio-auditeur quitterait le plan vertical de la prescription pour le plan horizontal de la co-production et de l’interaction. Et peut-être reviendrait-on à une situation plus proche de celle des années Radios libres où L’auditeur surfait sur la FM à la recherche de nouvelles stations, il scannait la bande plusieurs fois par jour à la recherche de nouvelles émissions. (Rémi Bouton)
Dans le champ des sites d’écoute de musique à la carte comme Deezer, LastFM proposent à la fois la possibilité de constituer des listes de titres et des "radios" spécialisées (Nouvelle scène, Jazz vocal, etc.). Entre les deux, certaines de ces plate-formes proposent le modèle nouveau de la liste musicale affinitaire proposée à partir des goûts initiaux de l’internaute.
Le mouvement de fragmentation des audiences qui se donne à voir dans les années 2000 trouvera-t-il un prolongement dans la concurrence et la pluralisation introduite par la diffusion numérique à venir• ? L’existence d’internet et des supports électroniques effaceront-ils la radio institutionnelle au profit d’une radio à la carte• ?


Dossier réalisé par Jean-Noà« l Bigotti à partir de l’ouvrage La radio et ses publics, Sociologie d’une fragmentation de Hervé Glevarec et Michel Pinet (une coédition Mélanie Séteun-Irma).

[1] BARNES K., « Top 40 Radio : A Fragment of the Imagination », in FRITH S. (Ed.) Facing the Music, New York, Pantheon, 1988, p. 8-50, p. 10.

[2] clin d’œil à Debord

[3] MEADEL C., « Du développement des mesures d’audience radiophoniques », in EVENO P. et J. MARSEILLE (Eds.), Histoire des industries culturelles en France, ADHE, 2002, p. 407-17, p. 410 ; 14-5.

[4] CHEVAL J.-J., Les radios en France. Histoire, état et enjeux, Rennes, Editions Apogée, 1997, p. 82.

[5] CHEVAL J.-J., « Le public des radios locales privées : évolution nationale et exemples aquitains », in DE BUSSIERE M., et al. (Eds.), Histoire des publics à la radio et à la télévision. Actes de la journée du 20 mars 1992, Paris, Comité d’Histoire de la Radio, Comité d’Histoire de la Télévision et GEHRA, 1994, p. 145-55, p. 148-9.

[6] voir la colonne de droite pour les définitions

[7] La notion de "nouveau talent" désigne tout artiste ou groupe d’artistes qui n’a pas obtenu, précédant son nouvel enregistrement, deux albums disques d’or (100 000 albums vendus), et qui a publié son premier disque à partir de 1974 (année d’instauration des certifications or, double or, platine et diamant).

[8] bien que partagés ils ne sont jamais "dominés" par une autre radio en terme de durée d’écoute

[9] DU GAY P., S. HALL, L. JANES, H. MACKAY et K. NEGUS (Eds.), Doing Cultural Studies : Story of the Sony Walkman, Sage, 1996.

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Interviews

Plusieurs personnalités de la radio s’expriment sur l’évolution de ce média et de son public. Quelques questions au journaliste Rémi Bouton, au délégué général de Iastar Romain Aparicio, au Directeur général des programmes de Skyrock Laurent Bouneau, et à Eric Hauville, DG du label Pschent, fondateur de Maxximum et ancien membre du réseau normand RVS.
LIRE LES INTERVIEWS

« On a redonné une dimension parlée aux radios musicales »
Laurent Bouneau, DG de Skyrock

« Tendance lourde depuis 10 ans : la concentration de la programmation musicale »
Romain Aparicio, DG de Iastar

« Les régies ont pris le pouvoir avec l’arrivée de la pub »
Eric Hauville, DG du label Pschent, fondateur de Maxximum et ancien membre du réseau normand RVS

Lire les interviews


Quelques définitions :

Catégories de service :
A : radios associatives de proximité ou communautaires, éligibles au fonds de soutien à l’expression radiophonique
B : stations locales indépendantes et commerciales
C : stations locales ou régionales affiliées ou abonnées à des réseaux nationaux. Il s’agit pour l’essentiel de radios musicales dont les deux cibles principales sont les 15/25 ans et les 25/49 ans
D : stations qui reprennent le signal des réseaux thématiques nationaux (radios de décrochages locaux)
E : les trois radios généralistes nationales, Europe 1, RTL et RMC Info.

Radios périphériques :
Radios émettant en France dont l’émetteur ne se trouvait pas sur le sol français pour des raisons de monopole d’Etat (RTL au Luxembourg, Europe 1 dans la région de la Sarre en Allemagne, Sud Radio en Andorre, Radio Andorre en Andorre, RMC à Monaco). Le siège social pouvant cependant être en France.

Auditoire :
L’auditoire radiophonique est le groupe social défini par sa ou ses radios. Un auditoire a donc une définition minimale qui est d’ordre logique, c’est l’ensemble de tous les auditeurs ayant eu un contact avec telle radio.

Audience : l’audience" est un agrégat d’auditeurs.


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