L’UPFI appelle à un changement du mode de répartition des revenus sur le streaming

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Publié le mercredi 31 mai 2017

MUSIQUE ENREGISTRÉE

Lundi 29, les producteurs indépendants de l’UPFI ont présenté leurs objectifs "au lendemain des présidentielles" lors d’un déjeuner de presse. L’occasion pour son président, Vincent Frérebeau, de se féliciter de l’arrivée d’une entrepreneuse culturelle — « l’une d’entre nous » — rue de Valois.

Porteurs d’un programme pour « Renforcer la puissance et la diversité de la production indépendante », les dirigeants de l’UPFI estiment être « en passe de réussir [leur] transition numérique ». Deux raisons viennent nourrir cet optimiste. La progression de l’abonnement au streaming, d’une part, et l’accompagnement des entreprises par le crédit d’impôt dédié, d’autre part. « Il nous a permis de “résister” » expliquent-ils, en précisant que ceci a sauvegardé leurs capacités « d’embauche et de production » et, en leur conférant ainsi un meilleur positionnement par rapport aux autres pays européens (hors zone UK), a favorisé l’export.

Cependant, trois inquiétudes viennent pondérer le tableau : la fragilité des mesures (le crédit d’impôt n’est pas une mesure pérenne, pour l’instant reconduite jusqu’à fin 2018), les besoins de revaloriser la Rémunération équitable et d’adapter le régime de la Copie privée aux nouveaux usages, et la nécessité « d’une clarification et d’une évolution du modèle de répartition des revenus du streaming ». Ainsi, les producteurs appellent à faire écho à la proposition de Deezer pour développer un modèle “user centric” (cf communiqué ci-dessous).

Comme l’explique Stephan Bourdoiseau, patron de Wagram, les revenus sont pour l’instant répartis en fonction du volume global du streaming, ce qui fait qu’un abonné qui écoute beaucoup de choses différentes ne génère que peu de revenus pour chacun des artistes qu’il écoute. « Comme nous sommes dans un marché fermé, cela produit un phénomène d’aspiration » précise-t-il en indiquant que, du coup, les revenus se concentrent sur un petit nombre artistes. Les producteurs y voient donc un enjeu de diversité car le phénomène assèche le financement des productions les moins écoutées. Pour Vincent Frérebeau, la mise en œuvre d’une rémunération affectant les revenus à ce qui est réellement écouté par l’abonné serait plus respectueux du consommateur et de ses motivations. Pour autant, l’enjeu n’est pas forcément celui d’une redistribution des parts majors/indés. Même si les études d’impact restent rares et parcellaires, elles ne semblent pas, selon eux, modifier le prorata. Il s’agit plutôt d’un rééquilibrage de répertoire, Emmanuel de Buretel, patron de Because, y relevant « une accentuation au profit d’une “pop urbaine” américaine », phénomène entraînant lui-même un formatage de productions adaptées à cette logique.

L’UPFI souhaite donc poser un débat qui se situe au niveau mondial. Mais si le syndicat prévoit d’interpeller ses représentations européenne (Impala) et mondiale (Win), l’objectif est d’abord de pousser le test avec Deezer. Pour son directeur général, Jérôme Roger, il s’agit d’un enjeu de mutation économique adaptant la filière à ses nouveaux fonctionnements. « Nous souhaitons ardemment que notre demande soit partagée, notamment dans le cadre des discussions pour un meilleure partage de la valeur » indique-t-il à quelques jours du Midem.

Par ailleurs, le syndicat développe un ensemble de propositions, dont notamment un plaidoyer pour le crédit d’impôt (CCIP). Ainsi, en cumulant les recettes induites par ce soutien (TVA, cotisations sociales, recettes à l’export), il calcule « un gain net pour l’Etat de 17.404k€ » sur un bilan d’application de 2006 à 2015. Présentant également une analyse des revenus des entreprises, il constate « le passage d’un modèle mono-revenu à un modèle multi-revenus » sur la période 2002/2016, les droits voisins atteignant désormais 21% d’un CA global où les ventes physiques ne représentent plus que 46%, tandis que les ventes numériques ont quasiment doublé en cinq ans pour atteindre un volume de 30%.

Communiqué de l’UPFI :

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