L’ENTREPRENEUR MUSICAL
L’économie culturelle : un chantier en (re)construction ?

Publié le mardi 31 mars 2009

Article

Contexte de crise(s) ! Le réaménagement des aides à la création (subventions, organismes pros…) est largement enclenché. En parallèle, de nouveaux dispositifs (autoentrepreneur, programmes en soutien à l’économie sociale et solidaire, fonds de garantie…) s’installent et s’orientent sur « l’économie d’entreprise » . La réalisation de projets et le développement de structures sont-ils de même nature ? À travers ces dispositifs, quelles sont les nouvelles méthodologies en train de se construire ? Comment suivre ? Et pourquoi ?

La fin des aides et subventions ?

Peut-être pas encore, mais on constate pourtant un net « ralentissement ». Le montant total des aides diminue, et cela affecte directement la création et les dispositifs mis en place pour aider à la création. La plupart des sociétés civiles réfléchissent en ce moment à la façon d’intervenir tout en restant fidèles à l’esprit de la loi de 1985, et en s’adaptant aux besoins de mutation de la filière.

La loi de 85 a permis le développement de la création en France
Article L. 321-9
Modifié par la loi n° 2000-719 du 1er août 2000 - art. 11 JORF 2 août 2000
Dans le titre II, à propos des sociétés de perception et de répartition des droits, il est stipulé : « Ces sociétés utilisent à des actions d’aide à la création, à la diffusion du spectacle vivant et à des actions de formation des artistes :
25% des sommes provenant de la rémunération pour copie privée ;
2° La totalité des sommes perçues en application des articles L. 122-10, L. 132-20-1, L. 214-1, L. 217-2 et L. 311-1 et qui n’ont pu être réparties soit en application des conventions internationales auxquelles la France est partie, soit parce que leurs destinataires n’ont pas pu être identifiés ou retrouvés avant l’expiration du délai prévu au dernier alinéa de l’article L. 321-1.

Preuves à l’appui…
Ainsi le FCM a réduit le montant affecté aux actions d’intérêt général, supprimé les subventions aux tournées (dates vendues) ainsi que le programme d’aides à la création de sites Internet [1], le Bureau export tire la sonnette d’alarme [2] avec une coupe dans ses budgets à hauteur de 185000 euros en deux ans.
Toutes les structures traditionnelles d’aides aux projets semblent atteintes mais de façon différentes… La Sacem a annoncé au Midem que le montant global des perceptions devrait diminuer de 0,4% en 2008, passant de 759 à 756 millions d’euros. Elle a en outre évalué que cette baisse allait s’amplifier pour 2009 (estimation : -2,8%) et qu’il s’agissait d’une "tendance baissière inquiétante pour les auteurs". La Sacem estime ainsi que les sommes qu’elle perçoit ont chuté de 31% depuis 2003. La SCPP enregistre une diminution de près de 5% des perceptions et une augmentation d’environ 7% des répartitions. La SPPF s’en sort mieux et prévoit une hausse de 15% des montants perçus en 2008.

Les nouvelles logiques : l’orientation économique
Pour autant, les aides à la musique ne sont pas l’apanage des sociétés civiles. D’aucuns réfléchissent aux aménagements des dispositifs :

- en 2006, un crédit d’impôt pour les entreprises phonographiques a été mis en place (20% des dépenses éligibles dans la limite de 500 K € par entreprise et par an. Déductible de l’IS ou remboursable dans le cas où l’entreprise n’acquitte pas l’IS, son montant vient d’être augmenté…
- le FAIM, Fonds d’avances aux industries musicales, vient de voir sa capacité tripler grâce à la contribution de la Caisse des dépôts et consignations pour atteindre près de 9 M €. Il s’adresse aux petites et moyennes entreprises indépendantes établies en France répondant aux critères européens de la PME autonome et agissant principalement comme producteur, éditeur ou distributeur d’oeuvres musicales.
- et il n’y a pas si longtemps, le mécénat a été adapté pour que les entreprises de spectacles puissent aussi en profiter : « [Les entreprises] bénéficient de ces réductions d’impôt, notamment dans le cadre des dons versés à des organismes publics ou privés dont la gestion est désintéressée et qui ont pour activité principale la présentation au public d’oeuvres dramatiques, lyriques, musicales, chorégraphiques, cinématographiques et de cirque ou l’organisation d’expositions d’art contemporain, à la condition que les versement soient affectés à ladite activité. Elles peuvent donc soutenir des organisateurs de spectacles… ». Depuis le 1er janvier 2008 et le vote de la loi de finances rectificative (loi n° 2007-1824 du 25 décembre 2007, JO du 28 décembre 2007), les particuliers peuvent également soutenir des organisateurs de spectacles et bénéficier des mêmes réductions d’impôt (sous conditions).
- et les collectivités territoriales agissent aussi pour participer à la construction économique : Rhône-Alpes (Dispositif d’aide à la filière phonographique), Mila (Marché des labels indépendants du XVIIIe arrondissement de Paris), Aquitaine (Dispositif d’aide aux entreprises de production et d’édition phonographiques)…

Mais les réflexions sur ces dispositifs fusent : les conditions d’accès au crédit d’impôt sont difficilement applicables pour les toutes petites structures, le mécénat n’est pas vraiment implanté dans les usages… et le chemin va être encore long avant de réussir à convaincre entreprises et particuliers de soutenir la musique.

Quelle philosophie pour entreprendre dans la musique ?

Fondamentalement, créer sa structure en musique ou ailleurs repose sur un cheminement similaire.
Pour Joëlle Maccioni : […] on retrouve dans le champ culturel toutes les formes d’organisations du travail, qu’elles soient choisies ou non, structurelles ou circonstancielles. Pour Carine Adsuar : La structure est un des outils qui permet d’atteindre des objectifs. La création d’une structure n’est pas une finalité, mais seulement une étape dans le développement. Et la question des moyens « par exemple le capital initial à mobiliser - découle d’une analyse logique des besoins « matériels, logistique, compétences… - cohérents par rapport à l’ambition du projet et au positionnement de ses porteurs. Lire l’interview
Créer sa structure, c’est choisir un statut adapté à son projet. On analyse d’abord l’environnement préexistant, on définit ensuite son projet, on réfléchit aux développements possibles, et l’on cherche à mettre en adéquation une philosophie entrepreneuriale avec des capacités financières et des moyens humains.
Cependant, il ne faut pas oublier que bon nombre de structures dans le secteur culturel se sont créées autour d’un projet artistique, sans forcément réfléchir aux moyens de le faire exister. Ce qui fait du manque de projection une des spécificités de ce secteur…
On prendra l’exemple typique du groupe qui cherche à faire des factures facilement parce qu’il commence à tourner et qui monte une association. C’est facile, c’est pratique, c’est l’usage (même si c’est surtout « illégal » et, pire, ne construit pas l’avenir) jusqu’au jour où l’on fait un disque et l’on a beaucoup de ventes et l’on se pose alors des questions sur comment faire pour gérer une réussite phonographique avec un statut associatif pas forcément très adapté… Et là on rentre dans l’aspect bricolage.
Il manque souvent une réflexion autour de quelques principes fondamentaux, tels que : quelle est la définition du projet initial ? quels s(er)ont les problèmes rencontrés ?
Cette capacité d’analyse suppose la prise de conscience de l’environnement dans lequel la structure doit évoluer et ainsi de sortir d’une logique devenue obsolète.
L’analyse n’est pas nouvelle, mais reste complexe à mettre en œuvre dans le secteur culturel [3].

L’économie de la musique a changé.

repenser l’organisation du travail, la structurer et la redéployer, est ressenti comme un vecteur de développement culturel, rendu nécessaire et voire même urgent par l’ensemble même des secteurs culturels. Joà« lle Maccioni

Les notions de diversité, d’émergence et plus globalement la partie "recherche et développement" de notre filière ont depuis longtemps été placé sous la responsabilité des pouvoirs publics (politiques culturelles, infrastructures, aides publiques…) Romain Aparicio (lire l’interview).
[…] Les intermédiaires disparaissent au profil d’une relation presque tactile entre artistes et publics par le biais du web. Au-delà des clichés souvent détournés de l’économie sociale et solidaire, c’est bien un nouveau système de valeurs qui est en train de se dessiner, dans lequel les publics et les artistes reprennent la place qu’ils méritent en tant qu’acteurs principaux du système. Reste à la charge des acteurs culturels d’être capable de suivre ces mouvements sociaux et de réagir suffisamment rapidement en fonction. Il va être de plus en plus compliqué de proposer des modèles et actuellement, il est déjà difficile d’arriver à les suivre. Les équipes qui développent des projets musicaux se retrouvent aux croisements de flux. Qu’ils soient sociaux, esthétiques, économiques, promotionnels, juridiques… un bain d’information dans lequel nous devons accepter de baigner tout en essayant de ne pas nous noyer. Carine Adsuar Lire l’interview

Premier point : on doit apprendre à tout faire
Les grosses structures diversifient de plus en plus leurs activités et se rapprochent ainsi d’un mode de fonctionnement artisanal (mais avec plus de moyens et à plus grande échelle) qui était jusque-là l’apanage des artistes autoproduits et des petits indépendants : je fais des disques, je trouve des dates de concerts, je cherche une distribution (quand je ne me distribue pas moi-même), je fais la promo de mes disques et spectacles, je vends mes tee-shirts… On parle du 360° de l’industrie musicale, mais en fait, il a toujours existé ; et il est toujours surprenant de voir que d’aucuns redécouvrent l’artisanat… Les artistes savent que pour s’en sortir, ils doivent désormais multiplier les sources de revenus (cachets, droits d’auteurs, royautés, …) Fabrice Borie lire l’interview.
Selon Christian Tubeuf : tout se passe comme si des structures, souvent de petite taille du secteur culturel, se considéraient tout à coup et de manière nouvelle comme une entreprise normale (à intégrer sur un territoire et dans un contexte concurrentiel). Elle nous demande alors un rattrapage de connaissances sur ce qu’est une entreprise qui a la particularité de produire des richesses de nature artistique ou culturelle. Quelles sont, nous demandent-elles, les stratégies pour avoir accès à toutes les ressources disponibles ? lire l’interview
On a une opposition entre SARL ou SA et association. Plutôt qu’opposition, peut-être faut-il parler de pragmatisme dans le choix de sa structure de production : l’association a des avantages, la SARL en a d’autres… mais au final, un projet associatif qui marche a de fortes chances de chercher à se transformer en SARL. Tout simplement pour des raisons de gestion de droits (on monte une boîte d’édition en SARL), de propriété des masters, d’accès à des dispositifs d’aides, pour protéger ses investissements, chercher à faciliter sa fiscalité, etc.

Second point : la connaissance de son environnement est primordiale
Alors que traditionnellement on cherchait à développer des projets d’artistes cohérents en termes d’offre artistique permettant de faciliter la recherche des partenaires nécessaires à la professionnalisation (éditeur, manager, maison de disques, tourneur, etc.), on s’aperçoit que désormais, l’enjeu des centres de ressources, des lieux de formation et d’information est de former les artistes à connaître tous les rouages de l’industrie et au moins (et j’insiste) avoir une vision la plus réaliste du secteur dans lequel ils souhaitent faire évoluer leur projet. De la même manière, les créateurs de structures qui durent dans le temps, sont ceux qui ont eu une vision réaliste de leurs capacités, de leurs moyens de financement de projets, une propension à progresser de manière sensée, du flair pour trouver des partenaires, un réseau développé et de la trésorerie pour pallier les coups durs et surtout se développer. Bref, de l’expérience… Et celle-ci a un coût ; comme l’information elle nécessite de l’investissement ! De plus, la création d’une structure permet une acquisition de compétences diverses qui participent à la formation des porteurs de projet. Ces compétences, mises en oeuvre dans un premier projet, ne seront pas nécessairement « rentables » mais pourront être réinvesties plus tard (et pas nécessairement dans le secteur musical). Ainsi, il est nécessaire que les porteurs puissent valoriser leur projet et leur parcours avec des critères pas uniquement économiques. Guillaume Mangier lire l’interview
Pour l’anecdote, j’attire votre attention sur le fait qu’en discutant avec des créateurs de TPE ou de PME (quel que soit leur secteur d’activités) vous retrouverez des discours communs concernant leur capacité à gérer les contrats avec les fournisseurs, faire de la promotion, du marketing, prendre des risques mesurés, et subir l’augmentation permanente des coûts d’investissement « informatique » juste pour continuer à être un simple « usager » , etc.
De toutes façons, il faut s’entourer d’experts pour monter son projet, la recherche d’un modèle économique rentable doit prédominer sur un savoir faire ou une passion. Les experts sont là pour recadrer les préoccupations !, dixit Elizabeth Vinay.
On s’éloigne de plus en plus de la vision idyllique du monde de la musique pour se heurter à une réalité bien plus concrète : ce ne sont pas forcément les meilleurs et les plus beaux projets qui perdurent, mais ceux qui ont réussi à s’entourer de la meilleure équipe pour les finaliser.
Et gérer la croissance devient l’enjeu de tout projet : la chance se présente rarement deux fois et l’enjeu pour n’importe quel groupe sera par exemple d’avoir déjà l’infrastructure et les capacités de pouvoir passer à l’étape suivante dans la progression de leur carrière… Absorber au préalable l’incertitude en connaissant déjà les demandes et prérequis de l’étape suivante.

Troisième point : trouver une alternative aux partenariats « habituels »
Gilles Castagnac lors du colloque « Artistes et Financiers, La Rencontre… » qui s’est déroulé les 9, 10, 11 juillet 2008 à la Cité de la Musique à Marseille :
Le secteur culturel se caractérise par « une économie de projet » où la formalisation entrepreneuriale reste aléatoire. Chaque initiative est un nouveau projet, et chaque projet prétend créer sa propre économie, rentable ou non (la plupart du temps non rentable).
On a donc affaire à un empilement (notamment associatif) qui permet la dynamique mais fragilise beaucoup l’écosystème.
Au final les projets se succèdent… aboutissent ou n’aboutissent pas… mais, surtout, contribuent assez peu à l’installation d’une infrastructure durable.
Chaque projet reste un exploit et il faut souvent repartir de zéro pour entamer le suivant.
On manque de capitalisation et de fonds propres… et, face à cette pénurie, la recherche de l’équilibre implique de faire l’impasse sur l’investissement dans la durée.
C’est une sorte de cercle infernal qui, encore une fois, privilégie l’initiative, mais globalement provoque de nombreux déséquilibres.
Les projets « externalisent » la prise de risque :
- cela peut conduire le porteur de projet lui-même (l’artiste) à hypothéquer son avenir, sa propre rémunération, sa sécurité…
- cela peut conduire à rechercher des opérateurs privés et commerciaux « de grande envergure » auprès desquels le porteur de projet ne peut se placer qu’en totale dépendance (en termes de relations contractuelles, et en termes de rémunérations, notamment dérivées)…
- cela conduit surtout à renforcer les besoins de financement auprès des pouvoirs publics, hyper sollicités et de plus en plus réticents face à l’accroissement de la demande et qui, du coup, mettent en place des systèmes de choix de plus en plus « politiques » (et se substituent en cela à l’infrastructure privée nécessaire).

Donc, le choix de construire un projet doit se faire en ayant anticipé les développements possibles et en se dotant des moyens nécessaires (y compris la « place » dédiée à l’accueil de cette « anticipation » afin de pouvoir la faire fructifier). C’est amusant, ça ressemble étrangement à ce que l’on appelle la stratégie. Elle ne doit pas se substituer à l’envie et à la passion, mais la conjugaison de tous ces aspects est nécessaire pour la réussite des projets.

Quatrième point : la matière première ne manque pas, mais les capacités d’encadrement, oui…

Fabrice Borie : qui aider ? L’artiste lui-même ? Son encadrement professionnel ?

Pourquoi, dans un marché saturé de propositions artistiques, on ne cherche pas plutôt à faciliter le travail de ceux qui aident à l’émergence de nouveaux talents (que ce soit par le biais de pépinières ou de structures d’accompagnement et de développement plutôt que de permettre absolument à des artistes de trouver un accès au marché, eux qui de toute façon se débrouilleront pour faire exister une proposition artistique, avec ou sans subventions de création.
La crainte de voir disparaître l’intermittence en tant que régime d’assurance chômage privilégiant la création et d’aboutir à ce qui ressemble beaucoup plus à une logique internationale d’artistes entrepreneurs semble n’avoir qu’un seul avantage : favoriser la création de métiers d’encadrants et de conseillers. Chose que faisaient traditionnellement les producteurs de disques, les éditeurs, les entrepreneurs de spectacles et autres agents…
Alors, à l’heure où l’Adami publie une étude sur l’Artiste producteur, on constate de toute façon que le rôle entrepreneurial repose de plus en plus sur l’artiste qui va devoir aller chercher des compétences. Mano Solo le rappelle dans une interview à Lalibre : […] je suis capable de faire un album tout seul. Venant du graphisme, de la peinture, de la presse, j’ai grandi dans un milieu qui me permet de contrôler tout ce qui se passe : je peux penser marketing, édition, etc. Mais un musicien lambda, qui a passé sa vie à étudier la musique, n’est pas compétent pour faire de la maquette, du graphisme, et il n’a pas forcément ma tchatche pour se vendre.
En outre, le développement de l’emploi passe à l’heure actuelle beaucoup plus par un redéploiement local de structures d’accompagnement et de facilitation. Chose pour laquelle, la ressource et son réseau a un rôle important à jouer.

Cinquième point : les outils d’aide doivent évoluer

Jean-Louis Sautreau : ces outils peuvent s’inscrire dans le contexte des enjeux liés aux "industries créatives", en réflexion au sein de différentes instances au sein de l’Union européenne, porteuses d’innovation et de nouveaux "modèles économiques et sociaux".

Puisque la manne financière provenant des circuits traditionnels de l’industrie du disque se tarit, puisqu’il y a surabondance de créations, il convient de faire porter la logique de l’aide sur d’autres domaines, plus rentables et bien plus structurants.
Quels sont les besoins avérés ? Prenons un exemple : les artistes se retrouvent plongés dans la nébuleuse du 360°. Comment les aider pour comprendre les contrats qu’on leur propose ?
La plupart des artistes ou des producteurs n’ont pas besoin d’un bureau en permanence pour la gestion de leurs projets. Par contre à certains moments, ils auront besoin d’avoir des capacités techniques mises à disposition telle une pépinière qui permette de trouver des outils utiles lorsque l’on prépare une tournée : fax, ordinateurs avec imprimantes, aide pour réaliser un emailing, etc. Bref un certain nombre d’outils qui vont faciliter le travail. La notion de nomadisme et d’outils adaptés à ce mode de fonctionnement est primordiale pour comprendre les nouvelles logiques d’organisation de ces entrepreneurs.
Reste à identifier les besoins de ces professionnels ou futurs professionnels. Et surtout de chercher s’il n’existe pas des dispositifs existants dans chaque région qu’il suffirait de faire évoluer pour les adapter à la logique culturelle : Cigales (Club d’investisseurs pour une gestion alternative et locale de l’épargne solidaire), Aides au conseil pour les études (financières Géode : subvention visant à inciter les PME à recourir à des outils d’analyse financière et de gestion prévisionnelle) et les audits (subvention pour faciliter l’accès aux conseils par les PME, dans les domaines technique, commercial, d’organisation, d’ingénierie financière… en vue de la création, du maintien ou du développement d’activités).

Au final…
À ce sujet, il est intéressant de noter que les dispositifs d’aide économique ne se penchent pas ou peu sur les spécificités entrepreneuriales de la culture et ont énormément de mal à appréhender les besoins de ces entrepreneurs culturels : je vous recommande de parler de Scop ou d’association à la chambre de commerce et d’industrie, vous m’en direz des nouvelles… [4] : les aides économiques s’appliquent aux entreprises, donc aussi aux entreprises culturelles. Reste que l’on ne parle pas le même langage…
Il s’avère donc de plus en plus nécessaire de sensibiliser l’ensemble du secteur autour d’aides économiques adaptées aux spécificités culturelles, de promouvoir une meilleure compréhension des mécanismes culturels auprès des possibles structures de financement. Les structures culturelles sont tentées d’inventer des voies nouvelles pour mieux gérer l’emploi fréquemment à temps partiel et atomisé. Réjane Sourisseau et Luc De Larminat, chargés de mission pour le Cnar Culture (lire l’interview).
Si on s’étonne d’une telle tendance (notamment en n’y voyant qu’une stratégie de « désengagement » de l’État), peut-être faut-il alors rappeler qu’il n’y a rien de surprenant à voir les musiques populaires assumer leur composante économique (la musique amplifiée peut se targuer d’avoir une industrie dédiée à son activité, et le mouvement alternatif avait à son époque réussi à passer de l’étape autoproduction à celle du développement d’artistes grâce à des labels).
Au contraire, ce serait bien plus d’entériner une cassure définitive entre un secteur purement « marchand » et un autre purement « public » qui en renierait la nature.
Reste donc à bien saisir ce « potentiel d’économie » et à aider des aventures (généralement fragiles, mais riches de sens) à s’y confronter fructueusement. Il ne s’agit pas là simplement de « faire de l’argent », mais tout bonnement de participer à la construction d’une infrastructure qui, justement, rend les projets possibles. Il s’agit de faire en sorte que les initiatives accumulent de l’expérience, que les nouveaux entrants puissent bénéficier de celles des « anciens » , que des savoir-faire se transmettent, qu’ils s’enrichissent et s’adaptent, voire se placent en alternative sérieuse aux logiques de court terme et de récession industrielle.

Dossier réalisé par Jean-Noël Bigotti.


Remerciements à l’équipe du Transfo qui a initié la rédaction de ce focus grâce à leur invitation à la journée pro du 4 mars 2009 http://www.letransfo.fr/Information-Ressource/Economie-de-la-culture/Journee-professionelle-du-4-mars-2009-Je-cree-ma-structure

[1] Lire l’édito du FCM : Jamais depuis sa création, le FCM n’a eu à travailler dans un contexte aussi changeant. La révolution numérique que nous connaissons aujourd’hui, les modes de consommation de la musique sans cesse en évolution, la baisse des rémunérations que perçoivent les artistes, auteurs, compositeurs, éditeurs et producteurs, génèrent une profonde mutation et une fragilisation de nos métiers. Jamais la musique n’a été autant écoutée, jamais elle n’a été aussi durement attaquée dans ses fondements économiques, du droit d’auteur et des droits voisins.

[2] titre de l’article paru dans Musique Info n°504 de mars 2009

[3] cette « tendance » n’est pas nouvelle et dans les années 80, le ministère de la Culture s’était doté d’outils comme la direction du développement culturel, avait lancé l’Ifcic, etc. et même essayé un Plan labels, dont la mise en œuvre avait démontré que les savoir-faire d’ingénierie culturelle n’étaient pas encore là 

[4] vous aurez l’impression de faire du moonwalk