J’ai toujours rêvé d’être un groupe de rock

Publié le lundi 6 juillet 2009

Article

Esprit rock, es-tu là  ?

Newsletter d’été, sujet décalé. À l’heure du revival rock, nous avons souhaité questionner l’esprit rock de quelques artistes et personnalités de la musique. "J’ai toujours rêvé d’être un groupe de rock", qu’est-ce que ça t’inspire ?

Le rock a suffisamment d’histoire pour avoir ses icônes décédées, ses multiples sous-genres, sa place au musée et s’offrir un revival sans jamais avoir disparu des garages, des ondes et des scènes de France et de Navarre.

Mais où en est l’esprit rock ? Est-il toujours sulfureux ? Sex, drogs & rock’n’roll for ever ? Le groupe et la bande de potes sont-ils toujours le socle identitaire du rockeur ?
L’esprit rock s’est-il attendri avec l’âge ? Policé avec le business ? S’est-il réfugié dans ses styles les plus hard et durs d’oreille ? Enfui chez ses lointains cousins du hip hop ou de l’électro ?
Ou est-il là comme au premier jour, comme une fulgurance énervée qui sautille et pogote sur des rifs qui crachent au monde l’envie de gueuler et de vivre ?

Alors que tous les festivals d’été battent leur plein, que Clermont-Ferrand et Bordeaux se disputeront le titre de ville la plus rock de France en juillet, nous avons remarqué comme d’autres l’apparition d’une campagne de street marketing "J’ai toujours rêvé d’être un groupe de rock" [1]. Poché au sol ou sur les murs, ce slogan publicitaire a fleuri sur les abords des salles de concerts parisiennes. Nous avons voulu le lire autrement, le détourner et le faire vivre dans la bouche de musiciens, d’auteurs, de journalistes et de programmateurs… rockeurs ou pas, jeunots ou moins jeunots.

Une seule question :

"J’AI TOUJOURS RÊVÉ D’ÊTRE UN GROUPE DE ROCK"
Qu’est-ce que ça t’inspire ?

Photo du pochoir "J’ai toujours rêvé d’être un groupe de rock" pris en mai 2009 rue des Panoyaux, 75020, Paris

Jean-Luc FONCK, chanteur de STTELLLA

J’ai toujours rêvé d’être un groupe de rock. C’est pour ça que lorsque je venais d’avoir dix-huit ans (on dirait Dalida), j’en ai créé un avec des copains, comme ça, pour rigoler… Parce qu’on croyait que les groupes de rock c’était rigolo. On se trompait, mais comme on ne le savait pas… on a bien rigolé. C’est dingue de commencer un truc sur la base d’un malentendu. C’est un peu comme si on faisait de la musique en braille pour les aveugles.
Tout dans STTELLLA est parti de malentendus. Je suis devenu chanteur. Pas parce que je savais chanter, mais parce que j’étais derrière un micro. C’est comme ça que ça marche : le chanteur, c’est celui qui est derrière un micro, le guitariste, c’est celui qui est derrière une guitare, et le batteur, c’est celui qui est assis. Après avoir compris ça, ou bien justement ne pas l’avoir compris, on s’est mis à faire des disques et des concerts, parce que tous les groupes font des disques et des concerts. C’est dingue de faire un disque ! C’est amusant ! Le public (parce qu’il faut un public, sinon il n’y a ni disque, ni concert) s’est amusé avec nous. Nous on faisait semblant d’être un groupe de rock et le public faisait semblant d’être notre public. à ?a fait maintenant presque trente-cinq ans que ça dure et ça fait presque trente-cinq ans que ça me plaît de plus en plus. J’ai toujours rêvé d’être un groupe de rock. J’espère ne jamais me réveiller.


Vincent LENORMANT, guitariste, accordéoniste et choeurs des VENDEURS D’ENCLUMES

J’ai toujours rêvé d’être un groupe de rock. Le passage de l’enfance à l’adolescence, c’est quand tu sais qu’il faut sortir mais tu ne veux surtout pas rester enfermé ; et puis tu voudrais crier très fort parce que t’es un gamin humilié en permanence. Tu rencontres des losers magnifiques comme Morrissey, des poètes maudits comme Robert Smith, des porte-voix comme Joe Strummer, et tu te dis qu’enfin il y a des gens qui comprennent ce que tu veux dire, alors il est temps de prendre une guitare électrique.
Et puis 10 ou 15 ans plus tard, rien n’a changé, tu te sens toujours aussi sali et humilié, tu voudrais toujours mettre ton poing dans la gueule de la vie, sauf que tes anciennes idoles viennent te voir en concert et elles aiment vachement ce que tu fais. Et toi tu t’en fous un peu, parce que t’as eu le temps de galérer assez et t’as assez vieilli pour que même ce petit monde soit désenchanté. Dès que t’as plus ta guitare, les filles te regardent plus. Tes nerfs sont bouffés à force d’osciller entre l’excitation des tournées et la grande solitude du retour de tournée. T’as eu ce que tu voulais, mais ça ressemble pas au bonheur. Tu fais partie d’une machine à vendre, t’arrives plus à écrire quoi que ce soit, t’as aucune perspective d’avenir, tu sais que fonder un foyer serait un suicide, tu n’as qu’une peur : que tout s’arrête et que tu passes le reste de ta vie à en regretter le début. Du coup tu baises à tout va, tu te mets de la coke plein le nez et tu profites, parce que c’est certainement la meilleure vie qu’on puisse rêver !


Louis CHRETIENNOT, guitariste de feu-ELECTRIC CALLAS, cofondateur du collectif de musiciens CANOPE, enseignant au département rock de l’école nationale de musique de Villeurbanne et auteur du livre Le Chant des moteurs : du bruit en musique

J’ai toujours rêvé d’être un groupe de rock ! C’est un rêve encore meilleur que celui de Dutronc avec l’hôtesse de l’air : t’es même pas obligé de rester poli avec la clientèle ! Inconvénient éventuel (mais éventuel seulement…) : tu rêves que tu planes au-dessus du public et tu te réveilles avec la gueule bien amochée qui traîne par terre, sur le dur d’une salle vide…


Jean-Daniel BEAUVALLET, directeur adjoint de la rédaction des INROCKUPTIBLES

Si j’avais rêvé d’être un groupe de rock, j’aurais appris inlassablement la guitare, le synthé (pas la basse ou la batterie, quand même). Mais voilà  : quand j’étais adolescent, Yves Adrien me faisait plus fantasmer que Bowie, la vie de Philippe Manoeuvre me semblait plus drôle et exaltante que celle des Stones. On est con à cet âge-là , et j’ai mis sur un piedestal ceux qui parlaient de la musique plutôt que ceux qui la faisaient.
Quand je me suis rendu compte à quel point ils étaient menteurs, mythos, parasites, inutiles, nuisibles et imbéciles, il était trop tard : j’étais devenu l’un d’eux.


Steff GOTKOVSKI, saxophoniste de feu-LES GARà ?ONS BOUCHERS, DJ STEFFGOT, directeur artistique de LA LUNE ROUSSE, chargé des programmations événementielles aux TROIS BAUDETS

I have not a dream !
Je suis un groupe der rock à moi tout seul !
Benh oui
JE SUIS UN GROUPE DE ROCK À MOI TOUT SEUL !!!
Une espèce de Rémy Bricka en bi-nerf et 3 accords de muse !!
Tu m’crois pas ?? Zyva le keum !!
Écoute donc !!
Avec pied gauche, je martèle la grosse caisse comme un marteau et son Thor. J’ai raison non ?
Avec pied droit, je défonce le charlé, normal le charlé stone, c’est bien connu.
Avec main et bras gauches, je plaque les accords bien barrés sur ma Gibson Lespaul de Veau.
Avec main et bras droits, je riff tout de go. C’est pas du Stockhausen et Pete Townshend doit se retourner dans sa tombe.
Nonobstant, j’éructe, je hurle, je crache, je chante quoi !! Et me lâche et j’t’en balance des rouges et des bien mûrs.
Je crie l’espoir, la mort, l’amour, la haine… La beauté quoi !!!
Et je te parle pas de ce que je fais avec ma b….,
Et dans ma tête, tu vois pas, mais dans ma tête, c’est concentré en inspiration, transpiration, et expiration…
Alors, je veux qu’on m’enterre avec mon perfecto. Parce que je suis un vrai groupe de rock MOI !!


Jez MARTIN pour FANTE

J’ai toujours rêvé d’être un groupe de rock. Un groupe de rock comme le mien, ça tombe bien.
Pour les attributs. Pour le romanesque. Pour les cieux lourds. Pour les guitares. Accessoirement, pour les filles et le flouze.
Espoirs diversement comblés.
J’ai toujours rêvé d’être un groupe de rock qui dit non. Qui dit : "Allez vous faire foutre !", bien fort, bien droit. Un groupe de rock pour prendre position. Du bon côté de l’exigence esthétique. Du bon côté de la radicalité. À l’endroit pile où on a raison de dire non.
J’ai toujours rêvé d’être un groupe de rock, avec le cinéma, avec la littérature, qui braille et qui brille. Pour le flouze, et surtout, pour les filles.


Nicolas GUENIOT, guitariste-chanteur des SHOWDUS

J’aspire avant tout à la liberté.
Liberté d’expression, liberté de m’imaginer faire n’importe quoi dans un monde réellement formaté… Liberté de vivre à trois cents à l’heure. Je suis la liberté tout court. Je suis le rock’n’roll dans le sens le plus large du terme, je suis aussi ce frisson que procure la musique lorsqu’elle est puissante, envoûtante, presque indomptée : je suis PLUS qu’un groupe de rock ! Je suis "Les Showdus" et pour l’instant, c’est comme un rêve…


DJ ZEBRA, bootleger infatigable

Quand j’avais 3 ans, il parait que mon jeu préféré était de faire tourner des 45 tours autour de boites de médicaments rondes, en chantonnant n’importe quoi.
J’étais fasciné par ces bouts de plastique noir qui envoyaient de la musique. Il y avait aussi ce 33 tours de Pink Floyd "Wish you were here" que mes parents écoutaient, et j’adorais cette pochette. Du coup, j’ai grandi avec l’envie de faire mon propre disque, avec ma musique dessus. Un disque de mon groupe de rock, avec lequel je pourrais poser sur une pochette extravagante.
C’est trés narcissique, tout ça, mais c’est la faute de Pink Floyd !


MYD, TYLER, CHARLY, V.KAGO et JAY-C, membres de SEXUAL EARTHQUAKE IN KOBE

J’ai toujours rêvé d’être un groupe de rock mais lorsque je me suis réveillé à côté d’elle, je me suis dit : "merde". J’avais des morceaux de gaffer collés partout et une écharde de baguette de batterie enfoncée dans le gros orteil. Lorsque j’aurais mis dehors la fille et l’écharde, je pourrais passer un petit dimanche tranquille à faire des loops de gratte, manger un bucket de poulet et créer des beats de malade sur ma MPC pour mindfucker tout le monde. Si t’es mon pote, prend mon numéro.


Rodolphe SERAPHINE, batteur et choeur des SHAAMANS

Nous avons été un groupe de rock, sans doute dès l’instant où pour la première fois nous avions joué ensemble, mais cette phrase contient une dimension qui la rend vraiment dérangeante.
Il ne suffit pas d’être une formation émergeante pour se sentir groupe de rock ! La reconnaissance de ses pairs, le succès face à un public large sont les clés de ce sentiment d’appartenance à cette famille très prisée.
C’est un besoin sans fin pour un groupe de toucher de plus en plus de public, d’avoir sans cesse plus de reconnaissance. Un besoin d’ivresse, que dis-je, une drogue qui pousse le groupe tout entier à écumer les bars, parcourir les salles et festivals de France et de Navarre afin de pouvoir se dire après chaque concert, je suis un groupe de rock !


Marc PERRENOUD, bassiste et contrebassiste, sociologue à l’Université de Lausanne, auteur du livre Les Musicos, enquête sur des musiciens ordinaires

Quand, adolescent, on monte un groupe avec ses meilleurs potes, on rêve ensemble, on apprend à jouer ensemble pour faire sonner un truc, mais on apprend surtout à jouer ensemble à "être un groupe de rock", presque comme quand on jouait aux cow-boys mais à balles réelles cette fois. Sex, drugs and wokenwol ! De la bière, des joints, des répés à couteaux tirés, des histoires de filles… comme les vrais, quoi.
Et puis quand on se rend compte qu’on n’est pas plus Kirk Hammett que Buffallo Bill, on splitte, on se range et on reprend la vieille ballade d’un chanteur disparu (sic) qui rêvait d’être un groupe de rock : "Je suis une bande de jeunes à moi tout seul… Je suis une bande de jeunes, j’me fends la gueule"…


Seb CASAERT, Ronan LENOIR, Tim MARTY, Emilie CASAERT, Ed PREVOST pour THE BILBOCKS

J’ai toujours rêvé d’être un groupe de rock… Ah ! Non ! C’est un peu court ! On pourrait dire… Oh ! Dieu !… bien des choses en somme… En variant le ton, par exemple, tenez :
- Collectif : « Le groupe de rock c’est surtout l’occasion de passer un chouette moment avec mes potes. »
- Idéaliste : « J’ai quelque chose à crier, et je vais le crier sur tous les toits. »
- Descriptif : « Je suis sûr que la Gibson SG sera du plus bel effet sur mon perfecto, mes wayfarer et mes converses. »
- Curieux : « Ma guitare émet un drôle de miaulement. Je crois que ce miaulement s’accorderait avec les sons secs d’une batterie et le grondement d’une basse. »
- Revanchard : « Alice ne me regarde pas, personne ne me regarde, je vais leur prouver que je peux faire quelque chose de grand qui m’apportera la gloire. »
- Imitateur : « Les Stooges remplissent ma vie, suis-je capable de remplir la vie d’un autre ? »
- Pécuniaire : « Un CD vaux 10 euros, un concert vaut 150 euros, une guitare vaut 500 euros. à ?a plus ça moins l’âge du capitaine, il y a moyen de rentabiliser tout ça. »
- Persévérant : « Je dois écrire la chanson de l’année, l’album de la décennie et la mélodie du siècle. »


DOM KIRIS, animateur-programmateur à OUI FM

Pour m’évader d’une banlieue moche
J’écoutais Radio Free Europe
J’ai même bossé à La Thomson
Pour m’acheter une Gibson qui sonne
Je me suis mis au rock report
À l’époque des Enfants du rock

Je trimballe toujours mes play lists
Sur une radio rock dans Paris
Je ne changerai pas de line up
Ni l’abonnement à Rock’n’folk
Mais puisque je vous dit que « j’ai toujours
Rêvé d’être un groupe de rock »


Cyril BILBEAUD, ex-batteur de SLOY et de THÉO HAKOLA, membre de multiples projets/groupes dont FRUITKEY, VERSARI, SCRAPE et ZONE LIBRE, fondateur du label T-REC

Qu’est ce que ça m’inspire ? À l’heure où le rock ne veut plus vraiment dire grand chose (et surtout pas dans les rayons en voie de disparition de la Fnac), et où la notion de groupe fout complètement le camp au profit d’artistes accompagnés de formations inter(jetables)changeables… Je ne sais pas. Tout ce que ça m’évoque :
Certains en rêvent, ça leur passera.
Certains pensent l’être parce qu’ils ont une guitare à la main et rêvent aussi, pourvu que ça leur passent, ils nous fatiguent.
D’autres le sont sans se poser de question, mais ils ne sont plus légions. Rock on l’est ou on l’est pas. Rock on l’était, on l’est de moins en moins. Comme on était beatnik, punk, etc. Comme on était en rébellion. Heureusement que certains le restent. Ce sont eux qui nous font du bien, pas les campagnes de street marketing qui disent "J’ai toujours rêvé d’être un groupe de rock". Groupe de rock à moi tout seul ? Apologie du clonage ? Rock academy ? Néo libéralisme musical ? On y vient, on y va… Elle est belle la rébellion, surtout quand elle rapporte du pognon !


Elise, batteuse de LEMON CURSE

Cette bonne vieille odeur de clope froide imprégnée dans la moquette des murs d’un sous-sol insalubre servant de lieu de repet’ hebdomadaire. On installe le matos, réglages, merde fait gaffe avec tes larsens ! Tu me tue les tympans. Je mets mes bouchons d’oreilles ou pas avant d’être sourd ? 1, 2, 3, 4, c’est parti. Putain, mais il est pas carré là ! Il a tout décalé d’un temps le con, il va me faire foirer le morceau… Ouf on s’est remis en place. à ?a commence à sonner là . Du bon "tatapoum" comme on aime !
Ah ouais, t’as calé un concert ? Cool.. ! Quel bar ? Connais pas… Quoi ? Que deux bières chacun ? Quel radin ! Mais bon, du moment qu’on joue… Faut qu’on fasse de la scène pour se roder. Au moins les potes sont là , même si c’est toujours les même qui viennent. On commence, ça va on n’a qu’une heure de retard pour une fois. Fais péter le solo Kiki ! Cool, ça envoie du bois ! Je crois qu’on s’en sort bien, le public est dedans. Rock n’roll stars for a night !
Jusqu’à la prochaine fois…


Eric LA BLANCHE, chanteur et auteur

J’ai toujours rêvé d’être un groupe de rock. Mais en 1965, ou alors jamais. Parce qu’aujourd’hui, non, ça n’a plus de sens. à ?tre un groupe de rock en 2009, c’est quoi ? Faire de la musique déjà faite ? Avoir le look téléguidé des magazines de mode ? Porter des Converse et les cheveux longs ? Revendiquer la liberté sexuelle qu’on a déjà  ? Fumer des pétards ? Avoir un gros ampli ? Porter un déguisement ?
Non, être rock, pour moi, c’est une attitude : c’est être révolté, être contre le système : écolo jusqu’au bout des ongles, démocrate jusqu’à la prison, informé jusqu’au fond des choses, c’est être anti-mode, anti-pub, anti-conso, anti-multinationales, anti-toutes ces merdes qu’on nous fait croire à longueur de journée. à ?tre radical. Les vrais punks ne portent plus de crête depuis longtemps. Ils militent, critiquent, réfléchissent. Ils votent. C’est moins rigolo, c’est sûr, mais bien plus provocateur.
Et la musique dans tout ça ? Franchement, on s’en fout. Tant qu’elle vient du cœur…


FRANEK, chanteur-guitariste, membre de SKWEEZE ME

Je suis totalement passé à côté d’une carrière dans la musique classique, c’est peu dire, et même très loin d’une pratique acceptable de cette musique, aux alentours de 12 ans, virage essentiel.
J’ai laissé tomber la musique pour le foot… Mais j’ai quand même écouté la radio, et j’ai entendu « Let’s dance », « Billie Jean » et « When Doves cry »… à ?a m’a secoué. Puis j’ai entendu Cure, Joy Division et Jesus and Mary Chain. On m’a prêté une guitare, je savais pas jouer mais je connaissais les notes, c’etait plutôt facile à reproduire, surtout qu’il y avait de la disto sur l’ampli et de la reverb, ça m’a … happé ! J’ai voulu être un groupe de rock très vite après cette révélation, pour rajouter la batterie, la basse, faire plus de bruit, être plusieurs à le faire, pour se marrer, parler de musique et du reste, s’exprimer, aller sur scène, être vu, séduire, s’occuper, boire des bières, remplir l’espace sonore et aussi mes journées, mes nuits, ma vie. Pour écrire aussi, trouver des mélodies, des rythmes, des ambiances qui correspondent à des trucs qu’on ressent mais qu’on ne sait pas dire ou qu’on n’arrive pas à vivre.
Pour vivre aussi l’avant, le pendant et l’après concert. Pour enregistrer, mixer, être insatisfait - mais un peu content quand même - se dire qu’on fera mieux la prochaine fois, trouver une autre direction, se remettre en question, changer. Je ne sais pas si je change d’ailleurs, ma musique peut être un peu au fil du temps. « Je joue dans un groupe de rock », ça peut avoir un côté dérisoire en certaines circonstances, mais en fin de compte, ça en jette quand même.


Cathy VIALE, co-fondatrice et rédactrice d’ABUS DANGEREUX

Je suis passée mardi devant ce pochoir et ai pensé immédiatement au film "J’ai toujours rêvé d’être un gangster", vu quelques semaines plus tôt avec Bashung vs Arno qui jouait un bel enfoiré : un bon souvenir ! Je suis en retard, mais je reviens sur mes pas pour prendre une photo du pochoir. Ca fera un bon fond d’écran pour mon ordi.
J’arrive à mon rendez-vous avec une attachée de presse, qui s’occupe d’un groupe de… labels rock, dont j’aime la plupart des artistes. Nous sortons déjeuner et sur quoi roule la conversation ? Je vous le donne en mille : les groupes rock ! On parle de ceux qu’on vient de voir en concert : The Fleshtones pour moi, The Dead Weather pour elle. Ceux avec lesquels on est fières de travailler : Sonic Youth pour elle, The Bellrays pour moi. On refait la liste des groupes qu’on admire : re-Sonic Youth pour elle, Giant Sand pour moi. Ceux pour qui on a fait des kilomètres : re-Giant Sand pour moi, The Times pour elle. Ceux qu’on regrette qu’ils aient pris trop de… (on sait pas vraiment quoi, mais ça leur a pas fait du bien) comme les TV Personnalities. Ceux qui se sont fait manger par la britpop comme les Pale Fountains. Ceux qui sont devenus des copains… Mais ça je vous dirai pas qui, des fois qu’ils me proposent enfin de faire partie de leur groupe !


Antonin, claviériste et choeurs de PONY PONY RUN RUN

"J’ai toujours rêvé d’être un groupe de rock, de mettre un blouson en cuir, de faire un fuck à mes parents…" On dirait une pub, comme un cliché du groupe de rock. Comme une envie d’avoir cinq bras aussi. à ?tre un groupe de rock à soi-même, ça paraît un peu grandiose !
À quinze ans, tu te dis que t’as envie de faire ça, mais il faut se donner les moyens. On en rêve encore d’ailleurs, parce qu’on n’est pas encore arrivé à avoir toute la vie dissolue que ça représente… Et de toute façon, on ne l’aura pas parce qu’on est trop des gentils. Nous, on a surtout rêvé d’être un groupe de pop !


Fonzie de ROKEN IS DODELIJK

Le téléchargement illégal de brosses à cheveux et de miroirs a tué le marché du karaoké.


R.WAN, chanteur de JAVA

J’ai toujours rocké d’être un rêve de groupe…


Propos recueillis par Mathias Milliard

[1] Campagne de street marketing affichée sous forme de pochoir pour la sortie du prochain album de Tétard