Interview de Jean-François Dutertre

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Publié le lundi 3 janvier 2005

Que représentent pour vous ces 10 ans passés au sein de l’irma ?

J’avais déjà eu l’occasion de collaborer avec le CIR pour organiser les stages de formation que le CIMT proposait à l’époque où il était rattaché au Cenam. L’Irma s’est créé en fusionnant le CIR, le CIJ et le CIMT. Les structures étaient très différentes, ce qui représentait une gageure, mais sympathique. La sauce a pris très vite, sans soucis entre nous. Tous ceux rattachés aux centres d’informations ont été obligés d’apprendre à se connaître : fédérations de jazz, de rock, etc. Et aussi à travers les correspondants, par la suite.
Pour Pascal Anquetil, comme pour moi, nous étions seuls auparavant. J’avais créé une base de données sur les musiques traditionnelles, Je faisais aussi de la formation, de l’action professionnelle. Le CIR a amené une organisation dont nous ne disposions pas. Et l’irma a apporté un partage des tâches : la formation pour Bertrand Mougin par exemple.
Le gros chantier a été la base de données commune, il a fallu s’échanger les conceptions de l’information. Le CIR ne prenait pas en compte la pratique amateur, mais le CIMT si…
L’irma a eu un rôle fédérant et structurant pour mettre en avant ce concept Musiques Actuelles inventé par le Ministère de la culture et qui a pris corps à l’irma. Les gens du jazz, du rock ou des musiques traditionnelles avaient des intérêts communs, un facteur commun : les musiques populaires au sens noble du terme ; et une musique pas très bien traitée à un certain niveau. Avec donc son lot de revendications d’un secteur, fédéré par l’irma.

Votre avis sur la fusion ?

C’est arrivé à point nommé et a même été bénéfique pour les musiques traditionnelles. Mais cela ne s’est pas fait sans réticences de leur côté. Ces musiques considéraient que le CIMT était « leur » outil. A la création de l’irma, ils redoutaient que le CIMT soit « noyé ».
J’avais même eu des réactions de refus par rapport à l’outil Officiel de la Musique. Il a fallu se battre pour défendre des positions communes, leur faire comprendre qu’on rentrait dans une mouvance artistique et pour qu’un outil emblématique comme l’Officiel soit reconnu. J’ai trouvé ça très bien de voir qu’au même niveau dans le guide, on avait une star du rock et un musicien persan.

Et sur les enseignes CIJ CIR CIMT ?

Ce fût un débat très important en interne et Bruno Boutleux souhaitait que chaque centre ait son mode de fonctionnement par rapport à sa culture. Il a été dur au début de situer l’irma parmi ces enseignes. L’Officiel de la Musique, les formations, les stages, les opérations diverses que l’on a pu mener ont néanmoins permis d’imposer l’enseigne irma sans nuire aux centres infos. Et aujourd’hui, le secteur des musiques traditionnelles et du monde a réussi à intégrer le fait que l’irma soit partie prenante de ces musiques.

L’irma : une institution ? incontournable ?

Institution je n’en sais rien (qu’est-ce que ça veut dire ?), incontournable je ne sais pas, je dirais indispensable.
Tout le monde connaît l’irma ici à l’Adami. On utilise ses outils tous les jours et on apprécie le savoir-faire de l’irma en terme de base de données, d’information, d’Internet, de publication, etc.
L’irma doit demeurer iconoclaste. Une institution, c’est quelque chose de posé, d’académique. Je pense que l’irma doit demeurer agitateur. Quand on a une tutelle prégnante comme l’Etat, on ne peut pas faire n’importe quoi. Mais ce qui n’est pas assez su, c’est que l’irma est une structure autofinancée à 50%.
Le véritable enjeu de l’irma aujourd’hui, c’est le passage au numérique. La façon dont l’information évolue aujourd’hui.

L’irma dans 10 ans ?

A l’image du milieu… L’irma doit être en synergie avec les milieux des musiques actuelles. Sa grande force, et ce qu’elle doit garder, c’est qu’elle est issue du terrain et des préoccupations des professionnels. Ce qui est fondamental. C’est un outil du terrain et des professionnels dont ils se sont emparés. Il y a aussi tout le côté conseil qui est très important.

Une anecdote sur l’irma ?

Il y avait un séminaire du CIR tous les ans et c’était l’année où l’irma était en phase de « construction ». Donc nous sommes allés, pour en savoir plus, à ce séminaire avec Pascal Anquetil. Et mon souvenir, ce sont ces chaussons aux escargots que le cuisinier tenait pour sa spécialité et qui étaient très indigestes. Le lendemain matin, nous étions rassemblés et Bruno Boutleux arrive en disant : « c’est signé, c’est signé ». Ca y est, c’était parti.
Sinon les travaux de force comme le déchargement de L’Officiel dans les caves de la rue de Paradis, ce sont des souvenirs très marquants.


Propos recueillis par Jean-Noël Bigotti - crd


Jean-François Dutertre est décédé ce vendredi 10 mars 2017. L’Irma lui doit beaucoup. Vraiment. L’Adami lui dédie ses prochaines REA. La Sacem a salué "ce grand artisan de l’intérêt général". C’est une grande perte.