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Article mis à jour le mardi 2 août 2011
Article créé le lundi 4 avril 2011

 
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Interviews

Ils ont (méta)donné leur avis

"Plusieurs millions de dollars dorment à la banque en attendant d’être redistribués à “Piste 6, artistes divers label inconnu”", un représentant de SoundExchange lors du dernier SXSW (source Billboard).

- Vincent Castaignet, co-fondateur/CEO de Musicovery, “pilote” du Groupe Musique de Cap Digital,
- François-Xavier Nuttall, consultant à la Cisac
- Michel Allain, directeur adjoint de la Sacem
- Jean-François Bert, dirigeant de Transparency
- Maÿlis Dupont
- Jean-François Dutertre, ont répondu à nos questions.

Vincent Castaignet

Cofondateur/CEO de Musicovery, une smart radio permettant d’écouter la musique par l’ambiance, et responsable Groupe Musique de Cap Digital.


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- Les métadonnées sont-elles un moyen de (re)valoriser la musique ?

Elles jouent un rôle clé dans la rencontre entre les artistes, leurs productions et le public. Les services musicaux en émergence enrichissent les expériences d’écoute de la musique, les manières de les contextualiser, les manières dont le public "s’approprie" le contenu, interagit avec les artistes, partage ses expériences…
Il y a plusieurs enjeux au niveau des données : l’identification des contenus (qui assure par exemple que l’artiste référencé dans une base est bien le même que celui référencé dans une autre (Beatles/the Beatles…), la mise en relation des contenus voisins (relier la photo d’un artiste, sa bio, sa discographie, ses tournées de concert, sa couverture médiatique (interviews, articles…), et l’accès à ces données (pour qu’un service puisse intégrer les contenus dont il a besoin).
Il y a aussi dans la continuité, les données de préférence, comportementales, de géolocalisation de l’utilisateur, qui permettent aux services de personnaliser/contextualiser les expériences proposées ; l’utilisateur voudra de plus en plus pouvoir contrôler ses données, les importer/exporter pour tester de nouveaux services, maximiser le rapport entre le bénéfice de la personnalisation et la mise à disposition de ses données personnelles.

- Que faut-il améliorer dans les métadonnées (en terme de qualité ou de quantité) pour répondre à la demande du public ?

L’ensemble de ces données, il ne s’agit donc pas seulement de ce que l’on appelle les métadonnées au sens strict (identifiants, genre…), sont aujourd’hui très sous et mal exploitées que ce soit sur le plan de l’identification, la mise en relation entre elles (entre celles du contenu et celles des utilisateurs), et l’accès à ces données/contenus.
Une amélioration des conditions d’exploitation de ces données (identification, mise en relation, accès, données personnelles), aura un impact direct considérable sur la valorisation et la monétisation des usages, ainsi qu’une répartition plus juste des revenus de la filière : au niveau du reporting des droits (identification strict des contenus, répartition sur la base des usages réels et non de sondages).


François-Xavier Nuttall

Consultant à la Cisac (Confédération internationale des sociétés d’auteurs et compositeurs).
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- Les métadonnées sont-elles un moyen de (re)valoriser la musique ?

Oui, l’investissement qui est réalisé sur les métadonnées va se retrouver dans chaîne musicale. C’est vrai pour l’utilisateur qui va enrichir son système de découverte et pour les professionnels avec l’optimisation des flux. A titre d’exemple, il y a dix ans, une société d’auteur type gérait annuellement environ 1 million de transactions. Aujourd’hui elle en gère 9 milliards soit près de 10.000 fois plus. Il faut réaliser un gain de productivité qui puisse absorber ce volume d’information, ce sont les métadonnées : elles permettent d’automatiser tous les processus en gardant la même précision.

- Que faut-il améliorer dans les métadonnées (en terme de qualité ou de quantité) pour répondre à la demande du public ? On a à peu près toutes les pièces du puzzle aujourd’hui en terme d’identification des œuvres (ISWC) des enregistrements (ISRC) et des contributeurs (ISNI). La nouveauté va venir de l’implémentation de ces identifiants et de l’interconnexion de tous ces éléments. Une fois que toutes ces informations seront interconnectées, on aboutira au web sémantique : un simple moteur de recherche pourra aller chercher la musique selon les critères que l’utilisateur aura défini. Ces recherches automatisées et précises ouvriront accès à beaucoup plus de contenus.


Michel Allain

Directeur adjoint de la Sacem en charge de la Direction de l’organisation et des systèmes d’information et des technologies.
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- Les métadonnées sont-elles un moyen de (re)valoriser la musique ?

C’est un élément clé qui permet de mettre en avant la musique. Deux questions majeures ont été oubliées avec le numérique ces dernières années : la qualité sonore et les métadonnées. Il est évident que celles-ci permettent de valoriser la musique et les créateurs.

-  Que faut-il améliorer dans les métadonnées (en terme de qualité ou de quantité) pour répondre à la demande du public ?

A la Sacem, nous avons ouvert notre base de catalogue en ligne, disponible sur Internet, Iphone et Android. Cet outil, qui permet d’obtenir les noms des auteurs et compositeurs de plus de 4 millions de chansons a reçu un excellent accueil. La prochaine étape sera de permettre à nos données d’être liées à d’autres contenus. Nous y travaillons avec la mise en œuvre d’un service ou d’un widget que les diffuseurs pourront utiliser afin d’intégrer facilement nos données associées dans leur plateforme musicale. En ce qui concerne une base plus large, reliant les œuvres et les enregistrements, elle n’existe pas encore. La mise en place de la « Global Repertoire Database » permettra de créer la passerelle entre ISWC et ISRC, mais cela va prendre du temps.


Jean-François Bert

Dirigeant de Transparency, tiers de confiance spécialisé dans la gestion des droits dans l’univers du numérique. Il a auparavant dirigé Tokata, travaillé en major et à la Sacem.
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- Quelles sont les améliorations qualitatives et quantitatives possibles pour les métadonnées ?

Les métadonnées sont l’alphabet du numérique : s’il manque des lettres, on ne peut pas écrire tous les mots, on ne peut pas développer toutes ses idées. Il est nécessaire de développer un langage commun pour la musique : quelles informations, sous quel format doivent-elles être présentes dans les fichiers pour que les applications les utilisent facilement.

Au XXe siècle, il y avait une barrière entre les autoproductions, enregistrées sur 4 pistes et qui ne pouvaient pas passer dans les médias, et les enregistrements professionnels onéreux qui avaient une qualité sonore suffisante. Demain, la différence pour la diffusion sur internet se fera par la richesse des métadonnées : si votre enregistrement n’est pas reconnu par l’application “star” du moment, il ne sera pas utilisé ou mal.

Mon métier est de gérer les droits d’auteur et les droits voisins dans l’univers numérique. Actuellement, les systèmes d’information des sites, des sociétés de gestion collective, des labels, des éditeurs n’utilisent pas les mêmes métadonnées : cela a comme conséquence une grande opacité dans la gestion des droits, et génère beaucoup de retard, d’erreurs et même d’omissions dans les reversements aux ayants droit. Cette situation est déjà inconfortable pour de nombreux artistes et créateurs, mais qu’en sera-t-il lorsque la consommation de musique sera majoritairement numérique ? Il est urgent que tous les acteurs de la filière intègrent des règles communes mondiales (DDEX ?) au niveau des métadonnées et de leurs échanges. C’est aussi au pouvoir politique, au niveau européen et français, d’imposer la transparence dans la gestion des droits afin de protéger les plus faibles.

- Est-ce un moyen de revaloriser la musique ?

Non. C’est un moyen pour que les œuvres, les enregistrements existent dans le monde numérique ! Le monde numérique est un monde d’applications, la musique est un contenu comme les autres utilisé par ces applications : si les métadonnées sont incomplètes, certaines recherches n’aboutissent pas et l’enregistrement, l’œuvre ne sont pas utilisés et deviennent invisibles. La qualité des métadonnées présentes sur un fichier est un facteur hautement discriminant de sa visibilité numérique. Mettre sa musique sur le net sans métadonnées, c’est comme distribuer des flyers pour un concert sans indiquer le nom de la salle.


Maÿlis Dupont

Chargée de cours à Sciences-Po Paris, fondatrice de CommOnEcoute, développement d’interfaces innovantes d’écoute de musique en ligne.
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- Les métadonnées et les mots-clés : même combat ?

D’une certaine manière, oui, même combat, le principe étant de part et d’autre de ne pas livrer un fichier sec, mais de pouvoir l’augmenter d’un certain nombre d’infos, que les uns et les autres (players, dispositifs) sauront décoder et utiliser à des fins et dans un environnement propres à chacun.

Je vois plusieurs distinctions possibles ou opérantes sur cette question :

— les métadonnées d’ordre textuel attachées à un fichier, du type : titre, artiste, genre, album, voire même bref descriptif / texte de pres’ / pochette, … (données qui généralement décrivent la globalité d’un fichier / on pourrait imaginer des données plus locales / décrivant un bout du fichier - "thème", "variation", "reprise", …)

— les métadonnées non textuelles attachées à un fichier, du type chapitrage ou données relevant de l’analyse du signal (la forme d’ondes calculée du fichier, ne pourrait-on pas l’avoir directement calculée / attachée au fichier, plutôt que de relancer des calculs chacun, depuis son site / avec ses algo, par exemple ?)

Pour l’un ou l’autre type de métadonnées (descripteurs sémantiques / descripteurs "acoustiques"), il y a énormément de travail à faire, de standards à trouver et d’énergies à cumuler ou articuler, pour enrichir les données attachées et exploitables à partir d’un fichier (audio ou vidéo)

La deuxième distinction opérante est la suivante :

— les métadonnées (dont mots-clés) fournies ou calculées de manière automatique ou centralisée.

— les métadonnées (ou mots clés) construites / enrichies de manière collaborative.

On est essentiellement aujourd’hui sur un modèle centralisateur / vertical, qui ne s’enrichit pas, ne tire aucun profit des données, de l’expertise, du travail (de repérage, d’analyse, de "tagage") que peuvent assurer des centaines, milliers ou plus d’utilisateurs.

Ne pourrait-on imaginer un système de métadonnées (d’ordre sémantique, dans ce cas) qui s’enrichissent des tags, du repérage, etc., de dizaine de milliers d’utilisateurs ?

- Comment exploiter les métadonnées dans le domaine du spectacle vivant ?

En faisant des concerts on line !! On retrouve la problématique (précédente) des données associées à des fichiers streamés (sauf qu’il peut s’agir de diffusion en direct). Il y a aussi la possibilité via un flashcode de retrouver de l’info on line, durant un concert, donc d’avoir accès à des métadonnées (info supplémentaire sur l’artiste, les autres dates de sa tournée, etc.). Ou, dans l’autre sens, de donner accès à de l’information sur les prochains concerts / prochaines dates / etc. pour chaque fichier écouté par les internautes on line (pour renvoyer tout ce monde là dans les salles… les forcer à quitter leur monde virtuel !!).


Jean-François Dutertre

Délégué général de l’Adami
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- Les métadonnées sont-elles un bon moyen de (re)valoriser la musique ?

Les conditions de circulation des œuvres dans l’univers numérique rendent indispensable l’insertion de métadonnées contenant toutes les informations nécessaires à leur identification et celle de tous leurs ayants droits : auteurs, éditeurs, producteurs, artistes-interprètes. Ces informations permettent de suivre l’exploitation des œuvres et donc de permettre la remontée, le partage et la répartition des redevances. Elles sont donc un élément clé du développement de la musique à l’ère numérique. Force est de constater que les artistes-interprètes sont malheureusement souvent oubliés par les instances en charge de la mise en place et de la normalisation des mesures techniques de protection ou du marquage des œuvres.

- Que faut-il améliorer pour que le système fonctionne ?

Il faut mettre en place une norme unique et universelle d’identification des œuvres numériques et de leurs ayants droits qui serait composée de la combinaison des différents codes d’identification internationaux qui existent déjà. L’apposition d’un marquage unique et universel sur chaque œuvre doit être systématique et obligatoire pour permettre une plus grande efficacité des opérations d’identification et de répartition effectuée par les différentes sociétés de gestion collective représentatives de chaque catégorie d’ayant droit. Ces sociétés diminueraient d’autant les frais de gestion supportés par les ayants droits du fait des carences techniques, législatives et règlementaires. De son côté, le public serait assuré que chaque dépense consentie est bien redistribuée aux bons ayants droits, et notamment aux artistes.

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