Flamefy, pour l’audience over-the-top

Publié le mardi 3 octobre 2017

Starting Blocks

#média #OTT #data #audience

Le 18 juillet dernier, Flamefy annonçait avoir été sélectionnée pour être le partenaire vidéo et data de Qwest TV, la nouvelle plateforme sVOD dédiée au jazz fondée par Reza Ackbaraly et Quincy Jones. L’occasion toute trouvée de revenir sur l’histoire de la startup, et d’échanger avec son cofondateur, Cédric Monnier, sur cette nouvelle collaboration.

À mi-mois, on lève la tête du guidon et on s’intéresse à l’innovation. Starting Blocks c’est des entreprises, des activités innovantes, et celles et ceux qui les font ! Et tout ça, dans la musique !




Depuis quelques années, la consommation de contenus en streaming « on-demand » s’impose, y compris s’agissant de contenus vidéo. Répondant à ces nouveaux usages, des pure players, Netflix en tête, émergent pour diffuser directement leurs créations sur le web, sans passer par l’intermédiaire des diffuseurs historiques comme les chaines de TV ou les cablôpérateurs. Ces derniers se retrouvent depuis la fin des années 2000 concurrencés par ces nouveaux diffuseurs, guidés par une logique de désintermédiation baptisée « over-the-top » (« OTT ») par ceux qui anticipaient leur rapide montée en puissance.


Les services OTT, nouveaux broadcasters du web


L’audience migrant sur le web, son engagement et sa fidélisation allait nécessiter des outils d’un genre nouveau pour répondre aux besoins des nouvelles plateformes de diffusion et des broadcasters traditionnels, selon Cédric Monnier, ancien manager chez Canal+ Technologies : « Les grands médias avaient un problème qui n’arrêtait pas de s’amplifier : la perte d’audience. Les gens passaient plus de temps sur Youtube, ce qui a entrainé une grosse érosion des audiences, avec en parallèle un coût des contenus qui augmentait, tandis que leur qualité n’était pas toujours au rendez-vous ». Même constat du côté de Jessica Xu, son associée, dans le secteur des jeux vidéos : « Jessica travaillait chez Ubisoft à l’époque où tout le monde basculait sur les téléphones mobiles et délaissait sa console, avec l’avènement d’autres acteurs ».

Comment survivre à ce grand changement amené par le digital ? Début 2013, Flamefy est créée dans l’idée d’aider les fournisseurs de contenus à retrouver ou du moins à trouver la bonne audience, en leur proposant une solution de compréhension et de gestion de l’audience, qu’elle soit sur mobile ou non, et même en mode déconnecté et capable d’analyser de grands volumes de données.


Une expertise de la data dans l’univers de l’image de la vidéo


Après un an d’incubation au Labo de l’édition, la première version de Flamefy est assez mûre pour arriver sur le marché. À l’époque, ses clients ne sont pas encore des professionnels de la musique, mais plutôt des médias, des agences et des producteurs de contenus TV, web et cinéma tels que France Télévisions, Canal+ ou encore l’INA : « notre expertise, originellement, se situe dans l’univers vidéo, ayant une culture de l’image ». Désireuse de s’internationaliser, Flamefy se lance en parallèle sur le marché chinois et ouvre des bureaux à Pékin et Shanghai. Quant à l’outil, dont la sophistication n’a cessé de progresser depuis son lancement, il remplit toujours trois fonctions essentielles : « Dans un premier temps, on comprend l’intérêt d’une audience pour un certain type de contenu, ensuite on croise cette information avec les contenus audiovisuels de nos clients, enfin on fait une recommandation dynamique entre la bonne personne et le contenu qui lui est le plus approprié ».

Techniquement, leur base de données s’abreuve à de multiples sources, ce qui permet d’élaborer une analyse fine des contenus : « On analyse en profondeur le langage cinématographique, les images, combien de plans et de changements de plans contient une vidéo, ce qui nous permet de comprendre ce qu’il y a à l’intérieur. Ensuite on croise ces informations avec les données des réseaux sociaux, du web, que l’on télescope avec celles de nos clients et potentiellement selon les cas avec des données de référence : du CNC pour le cinéma, de l’INPI, ce qui nous permet d’établir des comparaisons avec des référents indiscutables puisque institutionnels, et à partir de ce gisement-là on parvient à déterminer la meilleure connexion ».


L’open innovation chez TF1, un terrain de jeu de co-création et d’expérimentation


Fin 2015 la startup intègre le programme d’incubation élaboré par Paris&Co en partenariat avec TF1, qui souhaite collaborer avec des jeunes entreprises innovantes afin de répondre aux enjeux de la transformation numérique. Au sein de ce nouvel écosystème, Flamefy teste ses modèles d’analyse big data et boucle une levée de fonds de 700 000€, rappelle son fondateur : « On a travaillé sur différents projets avec TF1, ce qui nous a permis de tester certains de nos modèles, de valider notre technologie, de mieux comprendre certains segments d’audience et in fine d’en savoir plus sur le fonctionnement d’un très grand groupe ». Un parfait terrain de jeu de « co-création et d’expérimentation, qui leur a servi à eux pour creuser certains sujets sur la data, et nous pour approfondir notre connaissance des segments d’une audience généraliste ».


Une brique SaaS pour engager les audiences sur les plateformes OTT


Flamefy accélère début 2017 avec le rachat d’une startup française spécialisée dans la création de plateforme OTT et la monétisation de contenus, OKAST, créée par Simon Le Déaut, ancien de France Télévisions. « Initialement nos clients avaient déjà leur plateforme de diffusion, rappelle Cédric. France Télévisions, TF1, tous ces professionnels de l’audiovisuel, c’était leur métier de base. Là où ils avaient besoin de renforts c’était sur la compréhension de la data, et c’est pour cela qu’on a créé Flamefy. Seulement, on a rencontré de plus en plus de gens qui occupaient des niveaux différents dans la chaine de valeur, des distributeurs, des studios, qui nous ont dit : grâce à votre outil de compréhension de la data, j’arrive à faire des choses intéressantes, mais j’ai toujours ce dernier kilomètre ardu à franchir, qui est d’arriver à l’utilisateur final ». Les startupers proposent alors une solution idoine : offrir la possibilité de créer des plateformes de diffusion en marque blanche, intégrée en SaaS avec leur outil big data : « À ce stade, on a décidé d’étendre notre périmètre en intégrant à notre outil une offre OTT ». Le rachat d’OKAST est acté : « on savait que leurs fondateurs étaient des anciens de France Télévisions, et que leur idée était de s’adresser directement aux gens qui fabriquent le contenu […] en se disant qu’avec cette technologie chacun peut être son propre diffuseur et parler directement au consommateur final, sans rentrer dans cette logique ou il faut passer par des chaines de TV ».


QwestTV, la case study


Le projet de plateforme dédiée au jazz Qwest TV, lancée récemment par Reza Ackbaraly et Quincy Jones s’inscrit dans cette nouvelle logique, selon Cédric Monnier : « les grandes plateformes comme Netflix sont assez généralistes, globalement elles proposent en grande majorité des séries, tout étant calculé, dans leur achat comme dans leur production, pour avoir la plus large audience ». Mieux, cette nouvelle donne favorise selon lui ceux qui mettent en avant des contenus plus spécialisés : « On assiste de plus en plus à l’émergence de marchés de niches, destinés à un public de passionnés […] des gens très légitimes dans leur milieu comme Quincy Jones viennent nous voir en nous disant : "J’y arriverai parce que Netflix ne propose qu’un documentaire sur le jazz alors que j’en ai des heures et des heures" ». D’autant si la mobilisation de leur fanbase est facilitée par la reconnaissance dont ils bénéficient dans leur milieu. Pour Qwest TV, analyse Cédric Monnier, « leur communauté de fans est extrêmement forte, en recherche d’un endroit légitime, avec du contenu de bonne qualité, bien éditorialisé, qui apporte en plus la facilité d’utilisation ». La campagne de crowdfunding en cours Kickstarter atteint plus de 40 k sur le total de 75 k€ attendu le 10 Octobre.

En cas de réussite, la startup prévoit ainsi pour sa nouvelle collaboration avec Qwest TV de développer un outil d’analyse du spectre audio afin d’offrir aux utilisateurs de la plateforme un outil performant de recommandation : « Avant, on réalisait de l’analyse audio spectrale, mais qui se concentrait uniquement sur les dialogues : là, il s’agirait d’un véritable langage musical à analyser, ce qui est complètement différent. À partir de l’instant où l’on parvient à déterminer les bonnes variables pour le traduire, on essaiera de trouver un partenaire qui a une bonne expertise pour qu’il puisse nous aider à prendre un fichier audio et à le transformer en un langage sémantique musical ». À bon entendeur…

La rentrée s’annonce donc pleine de promesses pour Flamefy. « Sur les 3 mois qui viennent, il va y avoir énormément d’annonces. On travaille également sur des futurs partenariats techniques avec très grosses universités musicales aux US ». De quoi donner des ailes à Flamefy et à ses fondateurs !