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2005-02

Fichiers musicaux en ligne

Publié dans Planètes Musiques, février 2005

Entretien avec Marc Benaïche, Directeur de Mondomix, par François Bensignor

Alors que la dématérialisation des supports de diffusion de la musique, annoncée il y a dix ans, transforme durablement le domaine de la distribution, Marc Benaïche, fondateur de Mondomix, propose un point de vue éclairant sur les enjeux de cette petite révolution appliquée aux musiques traditionnelles et du monde.

La piraterie numérique menace-t-elle le secteur des musiques traditionnelles et du monde, comme certains propos alarmistes le laissent entendre• ?

Marc Benaïche• : Si l’on se déplace à travers les réseaux « peer to peer » (qui veut dire poste à poste), où des individus mettent à disposition leurs fichiers musicaux, on constate que les musiques traditionnelles sont très peu disponibles, pour ne pas dire quasiment absentes de ces réseaux pirates. On y trouve principalement de la pop et de la variété, des musiques très médiatisées. Il faut rappeler que l’échange de fichiers « peer to peer » ne fonctionne que si l’ordinateur est allumé. Si bien que plus un morceau est dupliqué sur des ordinateurs personnels, plus son fichier est accessible. En revanche, la collection de morceaux folk introuvables dupliquée, par exemple, sur l’ordinateur d’un amateur qui souhaite la faire découvrir sera beaucoup plus difficile d’accès. Elle ne sera disponible que lorsque l’ordinateur de cette personne est allumé, ce qui fait que sa bande passante est très réduite. L’incidence du piratage sur Internet est donc très faible concernant les musiques traditionnelles et du monde. L’émotion qu’elle suscite auprès de certains relève du fantasme comparé à la vraie piraterie qui lamine les marchés des pays d’où proviennent la plupart des artistes créateurs de ces musiques. La piraterie sur support cassette [qui est estimée à 80% voire 90% du marché africain par exemple] est beaucoup plus dommageable pour les artistes. Le principal acte de piraterie pour ces musiques demeure la copie d’un CD original sur un CD gravé. Ces craintes, ce fantasme sont le résultat de l’ignorance et du manque d’intérêt des producteurs de musique, qui ont longtemps considéré Internet comme une chose à part, un peu monstrueuse, ennuyeuse et sans intérêt. Ils n’ont pas réussi à maîtriser cet outil. Aujourd’hui, fin 2004, il paraît nécessaire de prendre le taureau par les cornes et de changer radicalement d’attitude en considérant qu’Internet est sans doute le moyen de distribution idéal des musiques traditionnelles.

Quel sont les principales difficultés auxquelles le marché de ces musiques se trouvent confrontées• ?

Marc Benaïche• : La première difficulté est que leur champ d’investigation, qui concerne le monde entier, est sans doute le plus vaste dans le domaine musical, alors que dans les logiques de ces musiques la notion d’artiste demeure faible. C’est ce qui rend difficile leur médiatisation, le média n’étant capable de médiatiser ni une musique, ni une tradition, ni une culture, mais seulement un artiste. C’est à mon sens ce qui explique que les musiques traditionnelles et du monde occupent si peu de place dans les médias de masse. Ce phénomène se répercute dans les espaces de vente. Environ 30% de la surface d’un magasin de disques type Fnac ou Virgin Mégastore est occupé par les mêmes produits représentés 5 ou 6 fois de manière différente.

Quel rôle peut jouer l’Internet à ce niveau et qu’est-ce que cela implique• ?

Marc Benaïche• : En termes de marché, Internet me semble être une formidable opportunité de rendre disponibles des catalogues difficilement accessibles sur supports physiques (K7, CD, etc.). Aujourd’hui, il me paraît fondamental que les producteurs mettent à disposition la musique en téléchargement. Cela demande une remise en question de leur part, une approche de leur catalogue par morceau qui va à l’encontre des habitudes. Depuis une trentaine d’années, les producteurs se sont focalisé sur la notion d’album en tant que produit éditorial• : choix des morceaux soigné, pochette, livret, graphisme, etc. Cette approche est déconstruite sur Internet et il faut construire autrement. Pour ce qui est de l’aspect marchand des choses, la logique sur Internet est à dimension encyclopédique, avec outil base de données. À mon sens, les sites de vente de musiques traditionnelles et du monde qui vont marcher sur Internet sont ceux qui vont prétendre à une forme d’exhaustivité avec un moteur de recherche puissant qui permettra à l’internaute d’aller jusqu’au bout de son désir de connaissance. Il s’agit en l’occurrence d’apporter toutes les informations éditoriales qui vont accompagner ce désir de connaissance. Plus un site sera fourni, plus l’internaute aura du plaisir à y retourner et y acheter sa musique. Il est consternant de constater qu’aujourd’hui l’opportunité de la distribution de la musique sur Internet est dominée à 99% par Microsoft et Apple, deux sociétés qui n’ont rien à voir avec la musique. Pour elles, le domaine musical est un enjeu essentiellement industriel. Pour Microsoft, il s’agit de vendre un système d’exploitation. Pour Apple, il s’agit de vendre l’Ipod, sorte d’appareil viral qui soutient l’entreprise comme la Play station en son temps avait renfloué les caisse de Sony. Ces sociétés n’ont aucune réflexion artistique dans ce domaine. Il me semble donc très important que les producteurs indépendants de musiques traditionnelles et du monde puissent se fédérer pour réaliser des sites de vente en ligne, ou en confier la responsabilité à des équipes capables de mutualiser leurs contenus et enrichir des bases de données satisfaisantes.

Quel est le contexte technique pour la mise en vente de fichiers musicaux en ligne• ?

Marc Benaïche• : Grosso modo, mettre un fichier en vente revient à mettre à disposition un master numérique• : le morceau de musique. Il est mis à disposition dans un certain format de fichier. Il existe des formats de fichiers non protégés et des formats dits « protégés » ou « cryptés » . Le sigle pour désigner ces formats est DRM, c’est à dire Digital Right Management, qui permettent la gestion des droits numériques. Ces droits ne doivent pas être confondus avec les droits des ayants droit (auteurs, compositeurs, interprètes, etc.). Par exemple le format mp3, le plus connu en musique, est un format non protégé. Lorsque j’achète un morceau en format mp3, les droits des ayants droits sont versés. Le DRM est là pour contrôler la façon dont le fichier va évoluer dans le temps par rapport au consommateur. Le DRM va déterminer par exemple que le morceau pourra être téléchargé 3 fois, être gravé 4 fois, être transféré sur un lecteur audionumérique 5 fois, que s’il est gravé, il ne pourra être lu que sur le type de machine avec laquelle il a été gravé, etc. Le DRM est en fait une sorte de licence d’utilisation d’un fichier pour des appareils et dans un cadre d’utilisation spécifiques. Ce type de spécification de fichier est tout à fait nouveau dans la démarche d’appropriation d’un bien culturel. Un livre ou un CD m’appartiennent une fois que je les ai achetés et j’ai en gros l’usufruit illimité de l’objet que j’ai acquis, et pour lequel j’ai payé un droit de copie privée. Avec le fichier numérique, les producteurs et les marchands veulent limiter cette possibilité d’appropriation de l’objet. La musique se distribuant sur des supports dématérialisés, celui qui la vend en profite pour en limiter l’utilisation. Et l’argument principal utilisé pour justifier l’existence de ces limitations est celui de piraterie. Là ou cela pose problème, c’est qu’aujourd’hui, la notion de DRM est contrôlée dans la musique quasiment à 100% par la société Microsoft. Cela veut dire que lorsque j’achète de la musique en téléchargement, une fois que le fichier est sur mon ordinateur, le seul contact que je suis obligé de garder pour faire exister ce fichier et pouvoir le réentendre, c’est celui que j’ai avec le détenteur de ma licence d’utilisation. C’est à dire ni la licence que je pourrais avoir avec l’artiste, avec le producteur ou avec le label, mais avec Microsoft. Au final, c’est Microsoft qui récupère la relation client avec l’ensemble des personnes qui achètent des fichiers DRM. L’enjeu est purement économique et industriel et il est dangereux de laisser à cette société tout pouvoir sur les biens culturels.

Qu’en est-il de la question des formats de fichiers• ?

Marc Benaïche• : Aujourd’hui, il existe globalement quatre formats de fichiers audio. Le mp3 non protégé à différentes vitesses (96, 128 ou 258 kilobits/secondes) qui correspondent à différentes qualités, sachant que plus on délivre d’informations à la seconde, plus le fichier musical est riche et meilleure est sa qualité. Trois formats de fichiers cryptés. Le Windows Media Audio (WMA), format dominant est celui de Microsoft. Le format AAC est celui d’Apple. Le format atrac3, format de compression du MiniDisc, est celui de Sony. Ces trois formats de fichiers cryptés sont absolument incompatibles les uns avec les autres. Les labels indépendants de musiques traditionnelles et du monde doivent prendre garde à ne pas se laisser enfermer dans une technologie de cryptologie numérique, qui va à l’encontre de leurs propres intérêts et qui est à l’opposé de l’esprit d’exploration, de curiosité et de découverte qu’ils ont mis en œuvre dans leurs volonté de faire connaître ces musiques. À mon sens, il n’y a pas de danger à ce qu’ils mettent à disposition des fichiers mp3 non protégés. Il est peu probable, dans le domaine de ces musiques, que les internautes qui auront acheté ces fichiers aillent les mettre à disposition sur les réseaux peer to peer. Il faut savoir faire confiance à l’internaute qui consomme ce genre de musique. Je pense qu’il est conscient de la notion de droit d’auteur et l’on n’a pas besoin de lui limiter l’accès à son fichier. En revanche, il me semble que les producteurs indépendants seraient bien inspirés de veiller à limiter la pénétration de sociétés comme Microsoft dans le domaine des biens culturels. Et un bon moyen de le faire, c’est de continuer à proposer ces musiques de manière payante, mais dans un format universel et non crypté.

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