Fermeture de Glaz’Art : communiqué du Prodiss et réaction de Christophe Girard

Le Prodiss s’interroge sur la politique publique menée en direction des lieux "intermédiaires" de musiques actuelles à Paris, la Mairie parle quant à elle de "chantage" et de "mauvaise foi"...

Le communiqué du Prodiss :

Paris, « capitale de culture » ?

Le PRODISS déplore l’absence d’une politique culturelle en faveur des lieux intermédiaires de diffusion de musiques actuelles à Paris.

"Au cours de ces dernières années, de nombreux lieux intermédiaires de diffusion de musiques actuelles de la capitale (La Guinguette Pirate, le Lavoir Moderne…) ont connu des difficultés : fermetures administratives, baisses des subventions etc. D’autres lieux,comme la Flèche d’Or, ont déjà fermé sous le nez de la nouvelle municipalité dans le plus grand silence politique. C’est aujourd’hui au tour de Glaz’art d’être menacé. Après 12 années d’une riche programmation, cette salle emblématique de la vie culturelle parisienne cessera toute activité de programmation-création artistique dans ses locaux (concerts, expositions, art vidéo) au 1er janvier 2005. Cette situation est notamment la conséquence de la diminution des aides de la DRAC et de la Ville en faveur de l’action artistique.

Spécificité parisienne, ces lieux intermédiaires de diffusion de musiques actuelles sont indispensables à la préservation de la diversité culturelle.

Avec des programmations risquées d’artistes en devenir, et cela tout au long de l’année,des salles comme Glaz’art sont des maillons fondamentaux au développement de nombreuses carrières artistiques. Pour bien des artistes, le passage par ces petites salles parisiennes constitue en effet le premier pas vers la professionnalisation. La disparition de ces lieux intermédiaires menace les perspectives de carrière des artistes en devenir et ainsi le renouvellement constant de l’offre culturelle qui fait la richesse de la capitale.

Parallèlement, la Mairie de Paris double ses crédits d’investissement dans le domaine culturel (1). Dans ce cadre, plusieurs millions d’euros (2) sont consacrés à la restauration et à la création de plusieurs lieux dédiés à la création artistique et notamment aux musiques actuelles : théâtre des Trois Baudets, Gaîté Lyrique, le 104 rue d’Aubervilliers, Fleury Goutte d’Or, projet quai d’Austerlitz… Ces initiatives sont bien entendu louables mais quelle est la cohérence d’une politique culturelle cherchant à développer la création musicale par l’instauration de nouvelles structures sans chercher à préserver des lieux déjà bien implantés ? Outre le manque de cohérence manifeste au sein même des équipes municipales, celles-ci n’ont pas jugé utile d’associer les professionnels (producteurs, salles, artistes…) à la réalisation de ces projets.

Le PRODISS, qui a pour objectif de veiller au respect et à la pérennité de la diversité culturelle, demande aux pouvoirs publics, en particulier à la DRAC d’Ile-de-France et à la Mairie de Paris, de prendre en compte les problématiques spécifiques des lieux intermédiaires de diffusion de musiques actuelles. La préservation de ces lieux intermédiaires doit être une priorité de la politique culturelle menée dans la capitale.

Le PRODISS, 17 novembre 2004.

(1) Les investissements prévus sont de l’ordre 380 M € pour la période 2002-2007 contre 180,7 M € sur la période 1996-2001, selon les informations délivrées par la Mairie de paris.

(2) Toujours d’après la Mairie de Paris, 110 M € doivent être consacrés à la Gaîté Lyrique, la Maison des Métallos et le 104 rue d’Aubervilliers mais il semblerait que les budgets prévisionnels aient d’ores et déjà été dépassés."

La déclaration à l’AFP de Christophe Girard, adjoint en charge de la culture :

" Christophe Girard, adjoint au maire de Paris chargé de la culture, s’est étonné vendredi de la "mauvaise foi" de la direction du Glaz’art, un lieu culturel parisien dont la fermeture vient d’être annoncée, et du "chantage" qu’elle essaie d’exercer sur la ville.

Dans une déclaration à l’AFP, M. Girard s’est dit "vraiment surpris de la mauvaise foi du Prodiss et de Stéphane Vatinel", directeur du Glaz’art dont la fermeture a été justifiée notamment par la "diminution de l’aide de la ville pour l’action artistique".

"Un directeur d’un lieu privé, aussi talentueux et sympathique soit-il, ne peut prétendre définir la politique culturelle d’une ville", souligne M. Girard, qui s’étonne d’avoir appris ce projet de fermeture "par la presse".

Il fait valoir que depuis l’arrivée de Bertrand Delanoà« en 2001 à la mairie de Paris "les crédits consacrés par la ville aux musiques actuelles ont augmenté de 93%, l’aide aux lieux de diffusion de musique actuelle comme le Glaz’art a progressé de 198%" : "la ville soutient plus de 50 lieux de culture de proximité pour une enveloppe d’environ 800.000 euros", a-t-il indiqué.

Selon M. Girard, le Glaz’art a bénéficié d’une aide particulière en 2002, qui n’a pas été reconduite, mais reçoit encore une subvention de 25.000 euros par an. "Je suis prêt à rediscuter ce montant sur la base de discussions qui ne soient pas du chantage, mais des discussions franches, loyales, fondées sur des données objectives", a dit M. Girard." (AFP, 19 novembre 2004)