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Article mis à jour le vendredi 10 septembre 2010
Article créé le mardi 30 septembre 2008
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Forte personnalité du monde musical, Claude Guyot, directrice du Fair, nous a accordé un entretien où elle revient, entre autres, sur l’histoire et l’avenir du dispositif, le rôle des managers, la vitalité de la scène française actuelle… Pour accompagner ses propos, des artistes (Wax Tailor, X Makeena) et des managers (Julien Soulié/Alexis HK, Bruno Cariou/Amélie-les-crayons, Fred Bapt/EZ3kiel) passés par l’accompagnement du Fair témoignent de leur expérience.

En 20 ans de sélection Fair, comment le dispositif a-t-il évolué ?
Le Fair est une petite structure qui évolue doucement depuis le début, et nous ne sommes toujours que trois salariés à l’année. Au fil du temps, des choses se sont ajustées, certaines activités ont été développées comme la formation et surtout le conseil en management. D’autres ont été abandonnées comme le festival du Fair. Mais de manière générale, je ne suis pas pour qu’on invente des trucs tous les ans, comme faire des concerts en milieu carcéral une année, puis autre chose l’année suivante.
Au tout début, il s’agissait surtout d’une aide en promotion et, d’une certaine façon, cela permettait aux artistes d’engranger quelques fiches de paye supplémentaires. Au bout d’un an d’exercice, j’ai réuni les managers pour voir avec eux ce qui était à corriger ou à développer. Puis au fur et à mesure, on a mis l’accent sur le conseil en management et en gestion de carrière.
Quelle est la particularité du Fair ?
Il s’agit d’un accompagnement "lourd" et qui va bien au-delà de l’année et demie supposée être l’année du Fair. Au départ, les artistes sélectionnés bénéficient de la promotion du Fair de septembre à décembre de l’année suivante. Mais ensuite, tout ce qui touche au conseil se poursuit. Il y a des artistes qui continuent de m’appeler 10 ou 15 ans après pour me consulter. Et quand je n’ai pas la réponse à une de leurs questions, a priori, je sais qui appeler pour la trouver.
C’est un travail de l’ombre sur la durée, qui est rendu possible parce que les artistes nous font confiance. Mais on aime bien aussi quand les artistes se débrouillent de leur propre chef. Et s’ils m’appellent pour des histoires d’Assédic, je leur dis d’aller faire la queue eux-mêmes.
Vous fonctionnez à la manière d’une "super manageuse"…
Nous avons juste la position de management idéal. Parce que manager, c’est le métier le plus ingrat de la filière. Ce n’est jamais grâce à lui si le projet marche et c’est toujours de sa faute quand il ne marche pas. Nous, nous accompagnons les groupes en début de carrière, ils sont souvent très reconnaissants, et si certains commencent à "avoir le melon", on a encore le temps de les calmer. Et puis ce sont des artistes qui ont du talent. Je suis convaincu que le Fair ne fait qu’accélérer un processus qui aurait de toute façon abouti. On leur fait gagner du temps surtout, et si on peut leur éviter de faire quelques conneries…
Avez-vous un conseil particulier à l’égard des artistes ?
À mon sens, les artistes doivent veiller à rester patients, humbles… et pratiquer la "surveillance de grosse tête" lorsque le succès arrive. Le pire ennemi de l’artiste reste l’impatience. Elle leur fait signer n’importe quoi n’importe comment et, derrière, ils se retrouvent coincés. Les groupes se mettent parfois la pression parce qu’ils ont décidé que l’album devait sortir à telle date et la tournée commencer à telle autre date… Mais il vaut mieux repousser une tournée plutôt que d’avoir un disque en bac qui soit fait "à l’arrache" !
Sinon, il serait bon que les artistes apprennent à se rappeler de temps à autre du festival, de la radio ou des personnes qui les ont aidés au début…
Pour les artistes qui ne sont pas pris au Fair, qu’ils n’hésitent pas à postuler de nouveau l’année suivante.
Comment envisagez-vous l’avenir du Fair ?
Si je le savais… C’est de plus en plus compliqué aujourd’hui. D’un côté, les artistes sont encore plus demandeurs et nous sommes en équipe réduite, parfois proche de l’implosion. De l’autre, l’aide publique se réduit chaque année.
À une époque, le ministère nous a proposé d’augmenter notre budget et de prendre un plus grand nombre d’artistes par sélection. On avait refusé car je pense que le succès du Fair tient dans sa capacité à rester "petit", réactif et efficace. On fonctionne un peu comme un label ou un tourneur, qui décide de ne pas multiplier les artistes pour mieux travailler ceux qu’il a.
Quel regard portez-vous sur l’évolution du secteur musical depuis 20 ans ?
Une chose est évidente, en 20 ans, les artistes se sont largement professionnalisés, même si parfois on peut se demander si ce n’est pas au détriment de l’originalité. De manière générale, il n’y a cependant jamais eu une créativité aussi riche qu’actuellement, avec de nombreux artistes qui ont une vraie folie, mais il n’y a jamais eu autant de difficultés à les "faire sortir" vu ce qu’il se passe dans le disque et dans les médias.

Wax Tailor a fait partie de la sélection du Fair 2007, en quoi cet
accompagnement vous a servi ?
J’ai le sentiment que c’est arrivé au bon moment. Avant, de l’extérieur, je me disais que le Fair arrivait un peu tard pour les groupes, qu’on en avait déjà entendu parler et que ce n’était pas eux qui en avaient le plus besoin. En réalité, quand tu es un peu dedans, le fait d’être suivi par le Fair arrive au bon moment. Parce que lorsqu’il y a des mouvements autour de toi, avec des changements de structuration, tu te retrouves avec énormément de choses à faire. Pour le coup, je peux dire que si Claude Guyot n’avait pas été là , je ne sais vraiment pas comment j’aurais réussi à gérer. Elle m’a apporté ses conseils et son réseau, elle gérait mon planning en me prenant des rendez-vous. C’était le bon moment pour moi. Depuis, je n’ai pas de manager et je gère mes affaires tout seul. Pour plusieurs raisons, ça me convient très bien.
Le Fair a aussi permis aux artistes avec qui je joue sur scène, notamment la violoncelliste et les chanteuses, de profiter du volet formation. De manière générale, être lauréat Fair offre un coup de projecteur très utile.
L’aide apportée par le Fair correspondait-elle à ce que vous attendiez ?
Pas spécifiquement. Très honnêtement, nous postulions au départ pour bénéficier de la bourse. Je n’avais pas forcément appréhendé le côté accompagnement de cette façon-là , où la porte est ouverte pendant un an, et même après.
Que devient Wax Tailor depuis le Fair 2007 ?
J’ai tout arrêté ! Sans le Fair c’est trop dur… (rires). Non, en réalité, j’ai sorti le deuxième album en avril 2007. En France, 50 000 exemplaires ont été vendus et nous avons fait une tournée de 200 dates, ici et un peu partout, États-Unis, Amérique centrale, Amérique du Sud. Là , nous repartons en Asie. Tout va bien. Bientôt nous allons rentrer en studio pour préparer le prochain album.

X Makeena a fait partie de la sélection du Fair 2005, en quoi cet
accompagnement a-t-il servi au groupe ?
L’accompagnement proposé par le Fair est tombé pile au moment où le groupe avait besoin de passer un cap à plusieurs niveaux. La pré-production du disque sur lequel on travaillait (au Karma Studio près d’Angers) nous a permis d’apprendre beaucoup de choses en termes de technique studio, composition, arrangement des morceaux, etc. Les deux chanteurs du groupe ont assisté à des cours de chant très complets au Studio des Variétés, où ils ont acquis des techniques très intéressantes pour la suite. Nous avons également assisté tous ensemble à la formation manager de l’Irma, une mine d’infos sur les aides possibles concernant le disque et la tournée, sur le statut d’intermittent, les impôts, etc. Depuis, nous avons d’ailleurs obtenu une subvention de l’Adami.
Les fonds alloués par le Fair ont aidé le groupe à se professionnaliser plus rapidement, on a obtenu des dates intéressantes bien que pas assez rémunérées et on a profité du réseau du Fair pour inviter des professionnels du disque lors de nos concerts à Paris, ou pour obtenir des interviews et des articles découlant de la visibilité du Fair.
L’aide apportée par le Fair correspondait-elle à ce que vous attendiez ?
Oui et bien plus encore ! Quand nous avons postulé pour obtenir le Fair, nous n’avions jamais essayé de demander d’aide extérieure, le groupe étant encore trop jeune pour accéder aux subventions de la Sacem ou l’Adami. Le Fair a vraiment eu ce côté "rampe de lancement" qui est arrivé au bon moment pour le groupe.
Par rapport à d’autres groupes suivis par le Fair, nous n’avons pas décroché de contrat avec des maisons de disques ou des labels plus importants, probablement à cause du style musical un peu trop bourrin et à cheval entre plein de styles. Mais après quelque temps, aucun regret ! Nous sommes grâce à cela de plus en plus autonomes et indépendants dans la production de nos disques.
Que devient X Makeena depuis le Fair 2005 ?
Depuis le Fair 2005, nous avons agrandi l’équipe avec un manager multicasquette qui travaille à la fois sur la production des disques, sur notre association Mekkis qui encadre l’activité du groupe, et il est également présent sur la route comme stage manager pour accompagner l’aspect visuel du show (décors, costumes, lumières). Nous allons encore nous agrandir pour la prochaine tournée en ajoutant à l’équipe un merchandiser !
Nous avons sorti notre deuxième album en 2007, en coproduction Mekkis / Foutadawa et une distribution chez Pias. Nous avons changé de tourneur en travaillant avec Yapucca à Rennes, ce qui a considérablement augmenté la fréquence de nos concerts (une centaine en un an et demi). Sur cette tournée, nous avons aussi fait des passages multiples en Belgique, Suisse, Hollande et de très belles tournées au Québec, en Inde, en Asie du Sud-Est et sur l’Ile de la Réunion. Nous terminons d’ailleurs cette tournée dans quelques jours pour reprendre une année de composition, création visuelle et scénographie, pour un prochain disque en septembre 2009 si tout se passe bien.

Alexis HK a fait partie de la sélection du Fair 2003, en quoi cet accompagnement a-t-il servi à l’artiste• ?
Nous avions choisi d’utiliser les fonds pour du tour support, et la visibilité et le crédit du Fair ont énormément aidé. Quand on regarde la liste des lauréats de chaque année, c’est impressionnant ! Beaucoup d’artistes qui font la musique française d’aujourd’hui sont passés par le Fair. C’est un signe de qualité et ça permet d’asseoir le projet une fois qu’on est lauréat.
Claude Guyot est aussi quelqu’un qui te défend bec et ongle, et parfois, surtout au début, ça fait du bien de ne pas se sentir tout seul. Elle connaît très bien le business et le métier. Sa porte est toujours ouverte pour aider les groupes qui sont passés par sa structure.
L’aide apportée par le Fair correspondait-elle à ce que vous attendiez• ?
Tout à fait. Le dispositif et ses aides sont vraiment adaptés au démarrage des projets, le rôle de l’attaché de presse et le travail de suivi sont ensuite un vrai plus. Nous avons également eu de la chance car, en 2003, Alexis HK était un peu le coup de coeur de la sélection. Quand on parlait du Fair cette année-là , on parlait beaucoup d’Alexis HK.
Que devient Alexis HK depuis le Fair 2006• ?
Il a sorti son deuxième album chez Labels à l’époque, L’Homme du moment. Maintenant, on prépare en coproduction avec Alexis et ma structure La Familia le prochain album qui sortira en mars 2009, avec une tournée qui est gérée par Auguri et qui commencera le 13 mars. Il y aura un duo avec Renan Luce car ils sont amis. Alexis HK a fait une trentaine de premières parties de la tournée de Renan Luce, dans les Zéniths et des salles de plus de 2 000 places. Le nom d’Alexis HK a ainsi pu être "réactivé", après qu’il y ait eu des soucis avec l’ancien producteur qui nous a empêché de sortir le 3e album plus tôt. Finalement tout est bien qui finit bien, et on avance.

Amélie-les-crayons a fait partie de la sélection du Fair 2006, en
quoi cet accompagnement a-t-il servi au groupe ?
En 2006, le projet Amélie-les-crayons était en plein essor mais
restait très fragile, il s’agissait de défendre le premier album et un spectacle complexe avec décor et scénographie. Le Fair y a apporté un regard professionnel et des conseils par le biais de formations
dans différents domaines (édition, production, droits, mais également technique vocale ou développement média), et a apporté un soutien
financier ponctuel et ciblé (sur la tournée, la création ou l’achat de
matériel). Sur une période d’un an, le projet Amélie-les-crayons a donc pu
solidifier ses assises et avancer à son rythme tout en s’amplifiant
rapidement. Ce qui est appréciable également, c’est que l’équipe du Fair a toujours été disponible et à l’écoute, en proposant sans jamais imposer, assurant ainsi un rôle de "boîte à idées" particulièrement utile sur un début de carrière, notamment pour un groupe indépendant sans soutien financier
pharaonique.
L’aide apportée par le Fair correspondait-elle à ce que vous attendiez ?
Elle aura été beaucoup plus large que son image ne le laissait paraître. Au
départ, nous voyions essentiellement le Fair comme une structure de support à la tournée. Il s’avère qu’il opère sur un champ beaucoup plus vaste,
qui relie toutes les étapes d’un développement : des maquettes aux
répétitions, en passant par la création, la production, la diffusion et bien
sûr, la scène. Qui plus est, si le soutien du Fair est officiel sur une
période d’un an, il dépasse de loin cette limite par un suivi très sérieux
sur la durée.
Que devient Amélie-les-crayons depuis le Fair 2006 ?
Après sa tournée marathon de 2006 et le succès de l’album (40 000 ex.), Amélie s’est octroyée une courte pause avant de se remettre à la création d’un nouveau spectacle/album, alliant encore une fois théâtre et chanson : "La Porte Plume" qui a reçu le Grand Prix de l’Académie Charles Cros, les 4 clés Télérama (ffff) et un Cœur Chorus à sa sortie en octobre 2007, marquant également le démarrage d’une nouvelle tournée qui s’étendra jusqu’à fin 2009. Grâce à
la fidélité de son public, au travail des salles sur le terrain et à une
très belle réputation liée au premier spectacle, les salles sont pleines et
l’album prend le chemin du précédent. Les budgets de production du spectacle
et du disque ont été environ deux fois supérieurs à ceux du premier, le projet
étant encore plus ambitieux (scéniquement et musicalement). Mais
l’investissement en valait la peine lorsque l’on voit aujourd’hui la qualité
du rendu, les retours du public et des professionnels. Nous avons une
équipe de huit personnes sur la route, tous en pleine forme, et tout un tas
d’idées en chantier. Un nouvel artiste a rejoint le label : Maloh, plus dans
une couleur folk acoustique, et qui se trouve être sélection Fair 2009 !

EZ3kiel a fait partie de la sélection du Fair 2001, en quoi cet
accompagnement a-t-il servi au groupe ?
Dans un premier temps, la bourse du Fair nous a permis
d’acheter un des deux vidéoprojecteurs que nous avions sur scène pour la
tournée Handle With Care, un vrai bol d’air dans un budget déjà très lourd
pour un groupe à l’époque en développement. Ensuite, les propositions de
stages ont permis aux EZ3kiel de passer trois jours de complète métamorphose
en coaching scène avec Claudia Philips au Studio des variétés. Les journées
d’enregistrement avec Védrane Peternel ont aidé à comprendre la valeur d’un
travail de pré-production et, pour finir, les conseils avisés de Claude Guyot
m’aident encore quelquefois à ce jour.
Que devient EZ3kiel depuis le Fair 2001 ?
Depuis le Fair 2001, EZ3kiel a donné plus de 400 concerts à travers toutes
la France, avec quelques dates à l’étranger également. Trois albums sont sortis, Handle with
care (2001), Barb4ry (2003) et Battlefield (2008), 1 CD/DVD Live Versus Tour (2005) et un CD-Cdrom Naphtaline (2007), tous sur le label
lyonnais Jarring Effects (Naphtaline a donné lieu à une installation multimédia "Les
Mécaniques poétiques d’EZ3kiel"). Chaque disque s’est vendu entre 13 000 et 15 000
exemplaires. Depuis 2008, le trio (Yann Nguema, Joan Guillon et Matthieu Fays) est
devenu un quatuor (Stéphane Badiaud), et un nouveau spectacle est en préparation
pour fin 2009.