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2003-02

Expériences DOM

Publié dans Planètes Musiques, février 2003 - François Bensignor

- Réunion
- Guyane


A des milliers de kilomètres de l’Hexagone, les départements d’Outre-Mer souffrent de leur isolement autant qu’ils jouissent de leur environnement géographique et culturel privilégié. Martinique et Guadeloupe font figure de pionniers dans l’émergence des musiques du monde. Sans remonter jusqu’aux années 1920, où la biguine faisait danser Paris, on se souvient de la déferlante zouk des années 1980. Depuis, ce style s’est imposé dans toute la Caraïbe, en Europe, en Afrique et dans les deux Amériques. Son succès a entraîné un regain d’estime et d’intérêt pour les musiques traditionnelles dont il s’est nourri, comme le bel air et le gwo ka.

Au début des années 1990, La Réunion, jalouse peut-être ou vexée que l’on assimile son séga de l’Océan indien aux musiques antillaises, a fait feu de tout bois afin de stimuler la création et la production musicale dans l’île. Le Conseil général lançait alors l’opération Contrats Emploi Solidarité Musique, offrant sur une période de trois ans des aides à 300 jeunes musiciens pour qu’ils pratiquent leur art en groupe. Dix ans plus tard, l’île cueille les fruits de l’extraordinaire émulation qui en a résulté• : 300 albums produits localement en 2002• ; la programmation du « focus Océan indien » du Womex 2002 confié à Alain Courbis, directeur du Pôle régional musiques actuelles de la Réunion et correspondant de l’Irma, qui établit un bilan avec nous.

Avec les années 2000, voici qu’émerge dans la lointaine Guyane française un nouveau gisement de richesses musicales, encore très mal connu et quasiment inexploité. C’est de l’Ouest de ce pays de forêt vierge, en provenance de Saint-Laurent du Maroni, que nous parviennent les signaux les plus prometteurs d’incroyables révélations artistiques. Comme le démontre le festival des Transamazoniennes, il y a là -bas un fabuleux potentiel de rythmes, de sons, d’artistes à découvrir. Infatigable promoteur des musiques de Guyane, Michaà« l Christophe, nouveau correspondant du CIMT, nous donne les clés d’un univers où des traditions musicales pluriséculaires sont en parfaites osmose avec la création contemporaine.

LA REUNION

Correspondant IRMA - Alain Courbis Directeur - Saint-Denis de la Réunion
Pôle Régional Musiques Actuelles - Réunion
www.runmusic.com

Pour son « focus » sur l’Océan indien, le Womex 2002 confiait la coordination dans l’hémisphère sud à notre correspondant de La Réunion, Alain Courbis. Venu avec une importante délégation, il présentait à l’appréciation des professionnels internationaux les showcases de M’Toro Chamou (Mayotte), René Lacaille et Salem Tradition (La Réunion), proposait une conférence sur l’histoire chaotique des festival dans le Sud-ouest de l’Océan indien et la projection du film de Thierry Hoarau « Danyel Waro - Proud to be a bastard » , en présence du réalisateur. Des circonstances particulièrement favorables pour évoquer avec lui le bilan de dix années d’un travail acharné au service des musiques réunionnaises et de l’Océan indien.

« • Nous venons au Womex pour la sixième fois et je crois que ces présences répétées ont pu guider le choix du focus 2002. Ce focus sur les musiques de l’Océan indien est pour nous en même temps une opportunité et une reconnaissance du travail d’accompagnement de ces musiques que nous menons le mieux possible. Depuis une vingtaine d’années, étant basé à la Réunion, je m’intéresse aux musiques de toutes les îles alentour• : Madagascar, Maurice, Mayotte, Comores, Seychelles…•  »

Les missions du Pôle régional Musiques actuelles

« • Je dirige le Pôle régional musiques actuelles de la Réunion depuis cinq ans avec quatre missions• : patrimoine, formation, information, exportation.•  »

Patrimoine

« • La mission sur le patrimoine nous a été confiée un peu par défaut de structure spécifique pour mener ce travail. La Réunion ne dispose pas, contrairement à la plupart des grandes régions françaises, d’une agence de musiques et danses traditionnelles. Nous effectuons cette mission patrimoniale avec des moyens très restreints par rapports aux besoins constatés, face à l’évolution très rapide dans ces îles, qui réclame que soit fixée la mémoire de traditions en train de disparaître. Nos trois autres missions sont plus axées sur la professionnalisation du secteur musical.•  »

Formation

« • Dans le domaine de la formation, nous proposons tout au long de l’année, des stages et des master class dans le cadre des pratiques musicales. Sur l’environnement de ces pratiques, certains stages de perfectionnement s’adressent aux managers de groupes, aux techniciens du sons ou des éclairages. Nous proposons également des stages sur l’organisation de spectacle, sachant que la licence d’entrepreneur de spectacle est devenue obligatoire à La Réunion il y a seulement deux ans.•  »

Information

« • Dans le cadre de notre mission d’information, notre structure est le correspondant identifié des trois centres d’information regroupés par l’Irma. Nous diffusons les publications professionnelles. Nous avons mis en place un site Internet, qui reçoit aujourd’hui plus de vingt mille visiteurs uniques par mois, un nombre révélateur de l’intérêt croissant pour ces musiques qui nous encourage dans notre action. Un centre de documentation est à la disposition des artistes et des professionnels réunionnais, que nous mettons en contact avec les réseaux professionnels qui peuvent les intéresser.•  »

Exportation

« • Notre mission d’exportation des musiques locales découle du fait que les musiciens qui veulent vivre de leur art dans ces îles ne peuvent pas se satisfaire des marchés trop restreints de leurs îles respectives. Depuis quelques années, nous constatons une réelle progression et un certain désenclavement des musiques de l’Océan indien et notamment à la Réunion, même si l’on ne pourra jamais réduire la distance de 10• 000km qui sépare notre île, département français, de Paris, et que les débouchés pour nos musiques passent d’abord nécessairement par la capitale française.•  »

« • Nos artistes s’exportent très peu dans la zone Océan indien, car il faut bien comprendre qu’à part la Réunion, où l’on bénéficie des protections légales françaises avec un bureau de la Sacem très actif, toutes les autres îles sont gangrenées par le piratage. Il est très difficile pour un artiste de vendre des CD officiels à Madagascar, par exemple, où le prix d’un CD équivaut à environ un mois de salaire pour un ouvrier. Pour vivre de son art, un artiste doit donc passer par les réseaux européens, voire nord-américains. C’est pourquoi nous poursuivons un important travail de participation aux événements professionnels comme le Womex, le Stricktly Mundial, le Midem.•  »

« • Nous sommes également présents au sein de tous les réseaux qui œuvrent de manière significative au développement des musiques du monde. Ainsi avons-nous pu obtenir une certaine reconnaissance, même si nous sommes bien conscients du travail qui reste à faire pour que la diffusion des musiques de l’Océan indien soit moins confidentielle dans les circuits européens et nord-américains. Je crois cependant que grâce à l’originalité de nos musiques, nous avons beaucoup d’atouts pour développer cette percée que l’on peut sentir depuis une dizaine d’années.•  »

Les partenaires

« • Les principaux partenaires qui nous soutiennent dans ces actions de développement sont le Conseil Francophone de la Chanson (www.chanson.ca), l’European forum of worldwide music festivals (EFWMF, www.efwmf.org), et depuis quelques temps les structures culturelles de certains pays comme le Canada. Tout ce travail n’est possible que dans la mesure où l’on peut obtenir des aides publiques pour la prise en charge des transports aériens. Les programmateurs qui veulent bien prendre le risque artistique de programmer nos musiques ne peuvent pas se permettre le risque financier de billets d’avion à 1000• euros par musicien…•  »

« • A la Réunion, département français, nous avons la chance d’avoir ces aides publiques qui nous permettent d’atténuer le problème de l’éloignement. Mais nos collègues des autres îles comme Madagascar et les Comores, qui rencontrent de gros problèmes économiques n’ont pas cette chance. Nous essayons de les aider à notre niveau, mais nous ne disposons pas de suffisamment de moyen pour fédérer les professionnels de toutes ces îles pour créer une véritable dynamique. Étant basé à La Réunion, j’ai bien conscience du fait que si nous parvenons à déclencher un véritable courant musical, il sera représentatif de tout l’Océan indien et pas seulement d’une île en particulier.•  »

La communauté métropolitaine

« • Les artistes réunionnais ne bénéficient pas d’un soutien de la part de leur communauté métropolitaine comparable à celui que reçoivent les artistes antillais. Il est vrai que l’émigration réunionnaise date des années 1960-1970 et qu’une grande partie de cette diaspora a un peu perdu ses repères par rapport à la Réunion. Peu de gens dans cette communauté ont suivi l’évolution musicale, qui a été phénoménale dans l’île, ces dix dernières années.•  »

« • Les Réunionnais de la métropole en sont resté à une musique à connotation un peu folklorique et nous avons du mal à trouver des interlocuteurs suffisamment motivés et structurés pour défendre les nouveaux courants musicaux qui fusent actuellement. Pour mesurer l’évolution du marché de la musiques à la Réunion, ont rappellera qu’environ 80 albums ont été produits en 1999, 130 en 2000, 230 en 2001 et pas loin de 300 en 2002. On peut parler d’une véritable explosion musicale avec une nouvelle génération de musiciens qui cherchent dans toutes les directions, souvent sans oublier leurs traditions et en continuant le métissage d’où sont nées ces traditions.•  »

« • La communauté réunionnaise en métropole compte environ 150• 000 personnes, ce qui peut constituer un marché non négligeable pour les productions musicales de nos artistes sur scène ou sur disque. On a sans doute de bons contacts avec certaines associations, radios communautaires et émissions spécialisées sur des radios locales et régionales. Mais même s’il est bien entendu que l’on ne veut pas s’adresser à la seule communauté réunionnaise, on aurait envie de la voir s’impliquer un peu plus dans le soutien au développement européen des artistes.•  »

Impact artistique des musiques de l’Océan indien sur les créateurs occidentaux

« • Les musiques de l’Océan indien exercent une certaine attirance sur les créateurs occidentaux. Beaucoup d’artistes circulent dans notre région et le développement des moyens de communication comme Internet accentue l’intérêt qui leur est porté. Ce qui fascine surtout les artistes de l’extérieur, c’est cette polyrythmie faite d’un mélange de rythmes ternaire et binaire commune à toutes les îles. Cette structure rythmique qu’il n’est pas évident de saisir même pour un musiciens expérimenté est un atout.•  »

« • L’exemple du guitariste et musicologue américain Bob Brozman, qui a eu le coup de foudre pour les rythmiques du séga et du maloya de la Réunion, est assez significatif. Sa résidence d’un mois à la Réunion avec René Lacaille a débouché sur un très bel album, Dig Dig (World Music Network, 2002), dans lequel il s’est véritablement mis au service de la musique réunionnaise. Et il a eu cette très belle phrase• : « Aujourd’hui que je suis allé à la Réunion et que j’ai compris comment jouer ces musiques, je pense que je peux aller dans n’importe quelle région du monde et jouer n’importe quelle musique. » Ce témoignage m’a beaucoup touché.•  »

« • Nous organisons de plus en plus d’échanges de ce type, des résidences d’artistes, des rencontres, des créations… Récemment Danyel Waro, notre grand musicien traditionnel, a mené un travail d’un mois avec le quartet de jazz d’Olivier Ker Ourio, harmoniciste d’origine réunionnaise, qui donnera lieu à un album en avril 2003. Nous continuons dans cette voie, qui est dans la logique de notre histoire et de notre peuplement métissé.•  »

GUYANE

Michaà« l Christophe - Correspondant IRMA - Directeur
Centre Culturel de Rencontre de Saint-Laurent du Maroni - Festival Transamazoniennes

La troisième édition du festival Transamazoniennes -• du 8 au 10 novembre 2002• - a rassemblé musiciens et médias du monde entier à Saint-Laurent du Maroni, ville du nord-ouest de la Guyane, sur la rive droite du fleuve Maroni, frontière avec le Suriname. Michaà« l Christophe, son directeur, et son équipe ont contribué à révéler le fort potentiel de la musique en faveur de l’épanouissement et du désenclavement des populations de l’Ouest guyanais, riches de leurs différences. Ce faisant, ils ont ouvert la voie à la réhabilitation de l’ancien bagne et sont aujourd’hui parmi les principaux acteurs du futur Centre Culturel de Rencontres, qui s’y installe en 2003.

Les chaos de l’Histoire

L’image que nous avons de la Guyane est encore entachée de son statut de terre de déportation aux bagnes insalubres. Devenue depuis peu la vitrine de la technologie aérospatiale franco-européenne, ce département d’Outre Mer en Amérique du Sud offre un visage nouveau, singulièrement attractif par la richesse et la diversité des cultures qui s’y sont implantées au cours des siècles.

« • Quand les bagnes ont été fermés en 1949, une administration communale ordinaire s’est substituée à l’administration pénitentiaire qui gérait jusqu’alors la ville de Saint-Laurent du Maroni, explique Michaà« l Christophe. Dans les années 1950, l’ancien camp de la transportation a servi pour un temps de logement provisoire aux familles démunies. Dans les années 1980, la commune avait le projet de raser le bagne, à cause de son image très négative aux yeux de la population locale. Mais on a dû y installer les réfugiés de la guerre civile au Suriname (1986-91), et une fois ceux-ci relogés, l’idée de raser le bagne est réapparue.•  »

« • Mais les décideurs ont finalement opté pour un plan de réhabilitation. Petit à petit, notre association a investi le site avec des expositions, des concerts, le festival Transamazoniennes. Et aujourd’hui, elle est partie prenante du projet de Centre Culturel de Rencontres qui va s’y installer. Au-delà de la musique, il concerne les arts plastiques, la danse, le conte, etc., et une médiathèque intercommunale y sera implantée. L’initiative fait partie de la politique de « pari culturel » lancé par Léon Bertrand, maire de la ville, nommé secrétaire d’État au Tourisme en 2002.•  »

L’énergie de la passion

« • À l’origine, avec un groupe d’amis réunis dans l’association Magua, nous avons ouvert un petit lieu de diffusion dans le cadre du Centre nautique municipal, le Job Arts Café, qui bénéficiait du label café-musiques. L’action de Magua s’inscrivait à la suite de celle entreprise par l’association Unity, réunie autour d’un des groupes pionniers du reggae à Saint-Laurent du Maroni. Magua a commencé par recenser une cinquantaine de groupes de musique. Puis, parallèlement à la diffusion, l’association a développé un travail dans la sphère sociale• : accompagnement des artistes, information sur les questions de propriété intellectuelle, de législation autour de l’action culturelle, des contrats, etc.•  »

Musique dans l’Ouest guyanais

L’intérêt porté aux musiques vivantes de la Guyane n’a commencé à se manifester en métropole que vers le début des années 1990. À l’époque, Pascal Letellier écrivait dans sa courte étude suivie d’un répertoire d’artistes• : « • La musique a toujours occupé une grande place dans la vie sociale et elle est traditionnellement revendiquée comme manifestation d’une « identité guyanaise » • : carnaval, « temps » , bals, « mayouris » (travaux d’intérêt collectif), cérémonies et fêtes patronales sont autant d’occasions offertes à la population de se retrouver autour d’orchestres de toutes sortes.•  »

Dans cette partie Ouest de la Guyane où les ethnies cohabitent souvent sans se rencontrer, il apparaît que la pratique de la musique et de la danse est susceptible de constituer le lien social qui fait défaut entre les différentes communautés• : Aloukou, Saramaka, Paramaca, Djuka… Ces sociétés de Noirs marrons installées sur les deux rives du Maroni depuis plusieurs siècles ont développé des pratiques musicales très fortes et très vivantes, sur les bases de leurs racines culturelles africaines.

« • Sur le fleuve, la musique est conçue comme un mode de vie, précise Michaà« l Christophe. Le travail de Magua a permis de montrer l’incroyable savoir-faire des artistes locaux. Toutefois, nous sommes confrontés au problème de la nationalité des artistes. Ce sont des sociétés homogènes qui vivent sur les deux rives du fleuve Maroni, frontière naturelle entre la Guyane et le Suriname. Et de ce fait, beaucoup de groupes sont constitués de Français et de Surinamiens. Nous nous sommes rendu compte que la mise en place d’un système structuré pour la diffusion de concerts, avec établissement de fiches de paye etc., avait des effets pervers sur le milieu musical. Au lieu d’amener une dynamique, elle entraînait la séparation de certains groupes. Afin de les rassembler, nous avons eu l’idée d’un festival qui permettrait d’entreprendre un travail de fond tout en intéressant les médias.•  »

Promouvoir la musique sur tous les fronts

« • À l’époque, les collectivités locales tenaient plus au travail de proximité mené à partir du café-musiques qu’à l’aspect événementiel d’un festival. La première édition des Transamazoniennes a donc été montée « à l’énergie » , dans le but de mettre en avant la qualité artistique des musiciens locaux. C’était en 1997, dans l’enceinte du camp de la transportation. Pour la première fois, musiques et danses des diverses ethnies du fleuve se sont trouvées réunies sur la même scène. Le camp était plein, malgré l’absence de tête d’affiche.•  »

« • Dès cette première édition, nous avons eu l’idée d’enregistrer les groupes sur scène dans l’intention d’éditer une compilation. C’est ce que nous avons fait lors de la deuxième édition des Transamazoniennes en novembre 1998. Nous voulions que ce disque soit représentatif de l’ensemble des musiques du fleuve, que nous voulions présenter hors des frontières guyanaises et nous avons trouvé un distributeur en métropole•  »

« • A cause du déficit de la deuxième édition, le café-musiques a dû fermer et l’association a été confrontée à de lourds problèmes financiers. Nous nous sommes retrouvés un peu perdus, privés de ce lieu de rencontre vers lequel convergeaient tous les acteurs de la musique. Je me suis alors impliqué plus directement dans les politiques locales en entrant dans le Contrat de ville. J’étais chargé de mettre en place un programme structurant avec tous les partenaires impliqués et susceptible de l’être dans cette dynamique musicale et sociale. Je l’ai fait pendant trois ans. La restructuration des activités autrefois pilotées par Magua s’est faite dans le cadre du Contrat de ville. Une nouvelle association a été créée, Association d’exportation de la musique (AEM), qui a récupéré l’ancien local de Magua et obtenu le label Scène de musiques actuelles (Smac).•  »

Échanges avec l’Europe

« • Ces dernières années, nous avons mis en place des échanges musicaux avec l’Europe, grâce au programme européen Youth, qui s’adresse aux jeunes de 15 à 25 ans. Plusieurs groupes guyanais de haut niveau en ont bénéficié, dont Spoity Boys, qui a travaillé sur une création commune avec le groupe hongrois Suttyomba. Il s’avère qu’une des danses traditionnelles interprétées par les jeunes Hongrois correspond précisément au rythme kawina traditionnellement joué par les Saramaka du fleuve Maroni. Au XVIIe siècle, les Saramaka sont parmi les premiers Noirs marrons qui se sont installées sur le fleuve. Ils venaient du Brésil. Leurs rythmes sont très différents de ceux des autres Noirs marrons d’origine africaine, dont l’installation sur les rives du fleuve est postérieure. Le répertoire des Spoity Boys étant constitué de chants et de percussions saramaka, celui de Suttyomba de chants et de cordes, il nous a semblé intéressant de mettre en valeur les ressemblances entre ces deux répertoires.•  »

« • L’expérience a commencé en Guyane avec l’accueil de Suttyomba pendant un mois à l’automne 2001. Ils ont travaillé quinze jours sur le fleuve (autrement dit la « jungle » ) et quinze jours à Saint-Laurent du Maroni (autrement dit la « ville » ). Pendant l’année, les musiciens ont continué à s’échanger des fichiers musicaux par Internet. Et à l’été 2002, les Spoity Boys ont rejoint le groupe hongrois à Budapest. Leur travail commun s’est concrétisé sur la scène du festival Tsigets et dans un studio hongrois. Et leur spectacle commun a eu un grand succès au programme des Transamazoniennes 2002.•  »

Exporter la musique

« • Les objectifs d’AEM sont clairement contenus dans son nom et symbolisent l’avancée considérable opérée entre 1997 et 2002. En 1997, les collectivités locales ne pouvaient pas envisager que l’on puisse dépenser de l’argent pour présenter un groupe guyanais à l’extérieur. La politique était entièrement tournée vers le développement au niveau local. Aujourd’hui, tous les politiques s’accordent à considérer que c’est à travers l’exportation de nos cultures locales que l’on a une chance et de faire vivre nos traditions et d’entrer dans un marché potentiellement porteur.•  »

Propos recueillis par François Bensignor

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