European Lab - La gestion des situations de crise dans les festivals

Publié le lundi 13 mai 2013

Spectacle

Un incident sur un festival peut vite devenir une catastrophe. Qu’il soit lié à des intempéries météorologiques, à la sécurité des équipements ou à la circulation de la foule, la manière dont une équipe gère ces moments est capitale. Le 9 mai, lors d’une table ronde organisée par European Lab à Lyon, plusieurs responsables de festivals sont revenus sur des événements tragiques et sur les enseignements qu’ils en ont tirés.

Modérée par Pascal Viot du Paleo Festival, cette table ronde réunissait des représentants de festivals français (Eurockéennes de Belfort, Vieilles Charrues), anglais (Bloc Festival) et slovaque (Prohoda) ayant affronté des situations de crise.

Michal Kascak, directeur du Prohoda, un des plus importants festivals de Slovaquie (30 000 personnes par jour), s’est replongé sur un 3e jour de festival funeste lors de l’édition 2009. Un orage violent s’est déclenché ce jour-là en plein après-midi et un chapiteau s’est écroulé : 2 morts et 39 blessés à l’hôpital, certains ayant subi des séquelles graves. L’annulation du festival est automatiquement décidée, ce qui suppose de faire évacuer le public. L’enquête criminelle débute le soir même mais, depuis, le procès n’a pas pour autant commencé. Michal Kascak ne comprend toujours pas comment l’entreprise allemande qui avait lui avait loué et installé le chapiteau, avec le directeur de la structure présent sur les lieux, avait autant pu manquer de vigilance : manque d’accroche au sol et de parois latérales. Avec le temps, il s’est également rendu compte que ce chapiteau n’était pas placé au bon endroit, sans doute positionné dans un endroit du site un peu trop à la merci du vent. L’annulation a également eu un coût financier, d’autant qu’il a fallu louer des transports pour évacuer le public et monter un centre d’appel pour répondre aux demandes d’informations extérieures.
Depuis, le festival Prohoda a renforcé ses équipes de sécurité et de maintenance, et les autorités lui demandent de garantir le bon fonctionnement de l’événement. "Mais, même quand on fait des démarches pour améliorer la prévention et la sécurité, on n’est pas à l’abri d’une catastrophe, notamment avec la météo" avoue le directeur du festival.

Un violent orage s’était également abattu sur les Eurockéennes en 2001, et Jean-Paul Roland, son directeur, avait décidé de l’évacuation du site avant même que les premières gouttes ne tombent… ce qui lui a valu une réputation de "froussard" (sic) pendant quelques heures… avant que le froussard ne se transforme en héros lorsqu’on appris que ce même orage avait provoqué la mort de plusieurs personnes lors d’une fête de village à quelques kilomètres de là. "Jusqu’où faut-il aller avec le principe de précaution ? La prévention va-t-elle, un jour, nous empêcher de faire le festival ?" se demande-t-il, estimant qu’il y avait peu de chance que les autorités donnent leur aval pour un festival sur une presqu’île si les Eurockéennes était créées maintenant.
S’il ne regrette pas l’évacuation effectuée cette année-là, le directeur des Eurockéennes s’interroge également sur l’encadrement de ces évacuations par les pouvoirs publics, une fois la foule hors du site du festival : "Évacuer, oui, mais les gens sont-ils en sécurité s’ils sont évacués dans la nature ?"

L’exemple du Bloc Festival à Londres suit une autre problématique : en 2012, le festival a été annulé dès le premier soir car l’équipe n’a pas su gérer sa billetterie et les flux de la foule. 15 000 billets vendus pour une jauge de moitié moins, les organisateurs ayant dû changer de lieu en catastrophe 15 jours avant l’événement. Quelques heures après l’ouverture des portes, tout était comble, les gens ne pouvaient plus circuler, et la file des personnes à l’entrée s’allongeait… Si bien que la foule est passée sur les grilles délimitant le site et que les autorités locales ont annulé l’ensemble du festival. La faute semble complexe mais ne peut qu’être imputée aux organisateurs qui ont dû gérer l’évacuation de 15 000 personnes en 2 heures et un bilan financier catastrophique.

Les Vieilles Charrues se sont retrouvées face à une tout autre situation en 2006, un cadavre ayant été découvert au camping au petit matin le dernier jour du festival. Le procureur prend immédiatement la direction des opérations et on parle alors d’une "mort inexpliquée". Autrement dit, les 30 000 personnes présentes au camping sont des suspects potentiels et personne ne doit quitter l’enceinte du camping. Les 30 000 campeurs devaient rester sur place, sans possibilités d’accéder à de la nourriture et à de l’eau (que les organisateurs ont distribué finalement). Ce n’est qu’en fin de matinée qu’un légiste est venu constater une mort par suicide, permettant par ricochet la libération des campeurs. En attendant, les médias avaient parlé toute la matinée d’une mort suspecte, les parents des festivaliers commençaient à appeler de toute part, et la gestion de la communication, dans cette situation de crise, a porté préjudice à un festival qui n’y était pas pour grand-chose.
Jérôme Trehorel et Yann Rivoal, respectivement nouveau et ancien directeur du festival, conviennent qu’ils n’ont pas su gérer la relation aux médias ce jour-là, et qu’au-delà d’avoir créé un poste de sécurité centralisé en 2009, ils sont plus conscients aujourd’hui qu’en cas de crise, un plan de communication doit être prévu à la fois en interne, auprès des publics sur site et de la presse.

De ces expériences, tous ont convenu que la mise en place d’exercices cadrés permettant de se préparer à différentes situations de crise étaient une voie à suivre. De la même manière, ils pointent le nécessaire partenariat qui doit être mis en place avec les autorités locales (préfet, mairie, etc.) afin qu’une relation de confiance s’engage entre ceux qui se retrouvent nez à nez lors de ces gestions de crise.
Mais ils expliquent néanmoins que tout ne peut être prévu pour autant, ce que résuma ainsi Pascal Viot du Paleo Festival : "Gérer la crise, ce n’est pas seulement gérer les procédures. C’est gérer l’instant de la crise. Et quelle que soit la prévention mise en place, l’incertitude reste".

Lire la présentation de la table ronde sur le site de l’European Lab


Le site de l’European Lab

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