En Pays de la Loire, les jeunes aiment le hip hop... mais pas le metal, et téléchargent

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Publié le mardi 21 avril 2015

Sociologie

Le Pôle Pays de la Loire vient de publier une enquête sur les jeunes et la musique à l’ère numérique, qui aborde les goûts musicaux, pratiques d’écoute, sorties et pratiques instrumentales des jeunes âgés de 12 à 19 ans, mais aussi leur perception des risques auditifs et l’impact du dispositif de prévention Peace&Lobe.

Les jeunes scolarisés de la 4e à la Terminale en Pays de la Loire ont des goûts bien tranchés. Ils aiment le hip-hop, la pop, le r’n’b, l’electro et le reggae, mais détestent le metal, le classique et le jazz. Malgré la percée du streaming (Youtube surtout), le téléchargement reste important. Et si l’origine sociale a très peu d’incidence sur les goûts musicaux des jeunes, l’influence de l’origine sociale est toujours considérable concernant la fréquentation des concerts et dans une moindre mesure la pratique instrumentale, qui impliquent toutes deux des coûts financiers et des habitudes culturelles qui ne sont pas partagées de façon homogène par l’ensemble des membres des différentes catégories sociales.

Ce sont quelques-uns des enseignements de l’enquête publiée par le Pôle sur les jeunes et la musique à l’ère numérique, réalisée à partir des réponses de 2 200 lycéens et collégiens. Réalisée par Claire Hannecart (Docteur en Sociologie, en charge de l’Observation pour le Pôle), avec la participation de Nicolas Crusson et d’Hélène Fourrage de l’association Mus’Azik, productrice du Spectacle Peace and Lobe en Pays de la Loire, cette enquête s’inscrit dans la continuité d’une première enquête réalisée en 2008 par Gérôme Guibert et Emmanuel Parent sur les comportements adolescents quant à la musique. Létude a été restituée le vendredi 13 mars 2015 dans l’hémicycle du Conseil Régional des Pays de la Loire et présentée à l’Université de Rennes le 9 avril 2015.

Des jeunes "omnivores"

Les jeunes sont nombreux à écouter de tout. En matière de musique, ils sont volontiers omnivores. Mais par rapport à l’étude de 2008, les goûts ont évolué. Là où le rock arrivait en tête, on trouve désormais le hip-hop, pourtant deuxième style le plus détesté il y a 6 ans ! Moins d’un jeune sur trois écoute du rock quand près d’un jeune sur deux écoute du hip-hop. Cette étude confirme l’intuition de professionnels et amateurs de musique : l’appréciation du hip-hop est devenue prégnante, elle s’est ancrée dans le temps et devance le rock qui renvoie aux goûts des générations précédentes. On note que le rejet du metal a encore augmenté : plus d’un jeune sur deux déclare détester le metal en 2014, alors que la région accueille chaque année à Clisson le plus grand festival de metal de l’hexagone. Le classique n’est pas en reste et un jeune sur deux déclare ne pas l’apprécier. Un jeune sur 3 déteste le jazz, un sur 4 le reggae, et près d’un jeune sur 5 déteste les musiques du monde (y compris traditionnelles) et le rock.

Au-delà, c’est l’éclectisme des goûts des jeunes qui est à relever : en moyenne, ils déclarent apprécier 4,6 genres musicaux différents. Et ce quelle que soit leur origine sociale. La présente enquête permet effectivement de se rendre compte que les jeunes déclarant aimer de nombreux styles musicaux, ayant donc des goûts omnivores, ne sont pas uniquement issus des catégories sociales supérieures : parmi les enfants d’agriculteurs, d’employés ou de cadres on retrouve les mêmes proportions de jeunes citant au moins 5 goûts musicaux (33%). Mais encore, on trouve autant d’enfants d’agriculteurs que d’enfants de cadres (24%) citant 1 à 2 styles seulement. De la même manière, concernant les styles musicaux, ils sont peu corrélés aux CSP des parents. L’origine sociale n’influence pas de façon significative les goûts musicaux des jeunes : on retrouve des proportions de goûts musicaux identiques chez les enfants des différentes catégories sociales.

Les filles vont plus aux concerts, les enfants de cadres aussi

Près de 2/3 des 12 à 19 ans se rendent au moins à un concert par an. Ils s’y rendent souvent avec leurs amis et de façon occasionnelle en famille ou avec l’école. Sans surprise, la fréquentation des plus jeunes (12-15 ans) est encore relativement faible : seul 1 collégien sur 10 sort régulièrement en concert (3 fois et +/an) quand c’est le cas d’1 lycéen sur 4. Avec l’avancée en âge, la fréquentation des concerts s’affirme plus distinctement, ce qui s’explique à la fois par des facteurs économiques et sociaux, liés à une quête d’autonomie et aux possibilités d’indépendance. Les garçons sont plus nombreux que les filles à ne jamais sortir en concert (40% des garçons contre 30% des filles déclarent ne jamais sortir en concert).

Les enfants d’ouvriers et d’agriculteurs sont ceux qui sortent le moins en concerts : 41% n’y vont jamais, quand 75% des enfants de cadres se rendent en concerts. Sur les types de lieux fréquentés, les grandes salles de type Zénith arrivent en tête (67%), suivies des festivals (62%), des cafés (58%) puis des salles spécialisées (type Smac) et des maisons de quartier/MJC (43%).

Les jeunes utilisent leur smartphone, Youtube… et téléchargent !

Illustrant la pénétration forte des smartphones dans la vie quotidienne des jeunes, 93% d’entre eux s’en servent pour écouter de la musique et ils sont 70% à le faire plusieurs fois par jour. L’écoute de musique sur ordinateur et tablette concerne quant à elle 95% des jeunes. Par contre, à l’inverse du discours actuel qui vante le doublement du downlaod par le streaming, 86% des jeunes des Pays de la Loire téléchargent de la musique. Les filles téléchargent autant que les garçons et les jeunes issus des catégories sociales moins favorisées téléchargent autant que ceux issus de catégories favorisées. Les plus jeunes téléchargent autant que leurs aînés. En comparaison, en 2008, 75% des jeunes téléchargeaient de la musique (la précision payante/libre n’était pas précisée), ce qui correspond à une augmentation notable en 6 ans. Seul 1 jeune sur 10 environ télécharge de la musique payante (12 %) quand près de 9 jeunes sur 10 (86%) téléchargent de la musique libre (légalement et illégalement). Près de la moitié des jeunes (47%) n’achète jamais de Cd, seuls 17% achètent plus de 2 Cd/an.

Si le téléchargement reste important, le streaming n’en est pas moins devenu incontournable. Avec Youtube (98%) en champion des plateformes utilisées par les jeunes pour écouter de la musique.

Volume sonore et prévention : toujours plus fort

En 2008 les jeunes étaient 9% à déclarer apprécier la musique à un volume sonore très fort, ils sont 15% à l’affirmer en 2014. Seuls 3% des jeunes écoutent la musique à un niveau sonore faible en 2014, ils étaient 10% en 2008. Les extrêmes ont changé : les jeunes sont moins nombreux à déclarer écouter la musique à un niveau faible et plus nombreux à l’écouter à un niveau très fort. Dans le même temps, ils sont 58% a avoir déjà ressenti des acouphènes.

L’enquête permet également d’apprécier l’impact de l’opération Peace&Lobe, spectacle de sensibilisation aux risques auditifs. Un spectacle d’ailleurs très apprécié (83% déclarent l’avoir « beaucoup » ou « bien aimé »). 60% des garçons pensent que le spectacle influencera leur comportement, quand c’est le cas de 75% des filles. L’ensemble des résultats de cette étude atteste de l’efficacité du dispositif de prévention des risques auditifs Peace&Lobe. Sa réception très positive s’allie à une prise de conscience réelle.


Lire l’étude complète :

Rapport des jeunes à la musique à l’ère numérique