Emploi, croissance, innovation : la culture, le remède anticrise pour la France ?

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Publié le vendredi 27 novembre 2015

Economie

Le cabinet EY et France Créative viennent de publier le 2e Panorama de l’économie de la culture et de la création en France. Les dix secteurs étudiés représentaient, en 2013, 84 milliards d’euros de revenus et 1,3 million d’emplois. La musique pèse quant à elle 8 milliards d’euros et 242 000 emplois.

84 milliards d’euros et 1,3 million d’emplois. Plus que la production automobile. C’est ce que représentent les industries culturelles et créatives en France, selon le deuxième Panorama qui leur est consacré par le cabinet EY et France créative. Les 10 secteurs étudiés (arts visuels, musique, spectacle vivant, cinéma, télévision, radio, jeu vidéo, livre, presse, création publicitaire) ont connu, entre 2011 et 2013, une croissance de 1,2%, supérieure à celle du reste de l’économie française (+0,9% sur la même période). Cette croissance se retrouve notamment dans la dynamique des festivals, du tourisme culturel et du design. Autres faits notables, les emplois générés, par nature non délocalisables, sont occupés à 47% par des moins de 40 ans (au dessus de la moyenne nationale à 44%), et 47% des professionnels de la culture sont des femmes.

Ces industries culturelles et créatives apportent de manière significative leur pierre à l’édifice du rayonnement de l’hexagone à l’international. Elles ont ainsi réalisé 2,7 milliards d’euros d’exportations (3,2% des revenus). Dans le même temps, 56 % des touristes perçoivent la France comme une destination « riche culturellement ». Les retombées économiques se ressentent ainsi sur le tourisme, avec une estimation à 2,3 milliards d’euros de retombées directes, et 32,5 milliards d’euros de retombées indirectes. Pour Marc Lhermitte, associé EY et auteur de l’étude, « les industries culturelles et créatives restent une force indéniable de l’économie française. Nos créateurs, producteurs, techniciens et entrepreneurs rayonnent à l’international et sont autant d’ambassadeurs de l’attractivité de la France ».


La musique : le 2e employeur culturel de France


L’étude réalisée par EY évalue le poids du secteur de la musique à 8 milliards d’euros de revenus soit une augmentation de 5,9% entre 2011 et 2013. Elle se place en 5e position, derrière les arts visuels, la publicité et la communication, la télévision et la presse, mais devant le spectacle vivant, le livre, le jeu vidéo et le cinéma.

Sur la même période, l’emploi a poursuivi sa croissance, augmentant de 3,3% pour atteindre presque 242 000 emplois, dont près de la moitié sont des emplois artistiques : auteurs, compositeurs et interprètes (+3,3% entre 2011 et 2013). Ce qui fait de la musique le deuxième employeur des secteurs de la culture et de la création, derrière les arts visuels et devant le spectacle. Et il faut bien ça pour répondre aux 99% des Français qui écoutent de la musique (3/4 déclarant même ne pas pouvoir s’en passer), aux 6 Français sur 10 qui se rendent à 1 concert ou 1 festival une fois par an, et alimenter les 2h56 d’écoute quotidienne moyenne de la radio par jour. Et la musique française s’exporte aussi très bien, son répertoire étant le plus écouté au monde après celui des Anglo-Saxons et des Américains.

Il faut noter que 2013 a été une année d’embellie pour la musique, avec une hausse des revenus des producteurs de disques inédite depuis 2002. La filière musicale française semble avoir pris le tournant numérique et des nouveaux besoins liés à l’évolution des comportements des consommateurs. En 2013, plus d’un quart du marché de la musique enregistrée était dématérialisée, représentant 170 millions d’euros dont 41% constitué des ventes de musique numérique en streaming.


Une économie en transformation


Les offres numériques, qui elles-mêmes explosent, sont loin de compenser la perte des revenus issus des circuits traditionnels. A titre d’exemple, l’augmentation des ventes et recettes numériques (e-books, streaming, téléchargements, recettes publicitaires en ligne, VoD), estimée à +214 millions d’euros entre 2011 et 2013, ne permet pas d’équilibrer les 716 millions d’euros de pertes enregistrées par les secteurs de la musique, de la presse, de l’audiovisuel et du livre sur les ventes de CDs, DVDs, livres papier et journaux et magazines.

Par ailleurs, le recul du soutien public, marqué par une baisse continue de la contribution de l’État à la Culture entre 2010 et 2013 (de 1,6% par an), peut remettre en question la place de la culture comme relais d’attractivité des territoires.

L’étude souligne enfin que l’enjeu principal reste la répartition de la valeur entre acteurs traditionnels, producteurs de contenu créatif et média numérique. France Créative rappelle ainsi que « la culture et la création sont une chance pour notre pays, pour tous les pays. Cette étude illustre la nécessité de soutenir nos secteurs pour confirmer et développer leur potentiel social et économique ».


Second Panorama de l’économie de la culture et de la création en France


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