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Accueil du site > Documentation > Focus > ENTREPRENEURIAT CULTUREL, MUTATIONS ÉCONOMIQUES ET NOUVEAUX ACTEURS L’entrepreneur culturel est-il un entrepreneur comme les autres ?

Article mis à jour le jeudi 15 mai 2014
Article créé le mardi 13 mai 2014

 
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ENTREPRENEURIAT CULTUREL, MUTATIONS ÉCONOMIQUES ET NOUVEAUX ACTEURS
L’entrepreneur culturel est-il un entrepreneur comme les autres ?

On recense près de 200.000 entreprises culturelles en France, généralement de petite taille. Face à la méfiance des investisseurs, elles sont souvent exclues des financements traditionnels, bancaires notamment. D’autant que le secteur culturel lui-même se méfie de la figure de l’entrepreneur triomphant. Mais, comme le secteur, les choses évoluent. L’entrepreneuriat culturel fait désormais partie du paysage et ils sont nombreux à se pencher sur son avenir.

« Il n’est pas facile en France d’être un entrepreneur dans le secteur de la culture alors même que la création [artistique] a besoin de nous ! » C’est le constat posé par Steven Hearn, fondateur de l’agence d’ingénierie culturelle 3e Pôle. C’est d’ailleurs pour appréhender ces problématiques qu’Aurélie Filippetti, ministre de la Culture et de la Communication, et Fleur Pellerin, alors ministre déléguée chargée des petites et moyennes entreprises, de l’innovation et de l’économie numérique, lui ont confié en 2013 une mission de réflexion et de recommandation sur le développement de l’entrepreneuriat culturel. L’objectif : « identifier les freins au développement de ces entreprises qui accompagnent et facilitent la création, rendent possible sa diffusion, en imaginent la transformation ». Pendant plusieurs mois, accompagné d’Olivier Saby, il a rencontré une multitude d’acteurs : petites et moyennes entreprises, grands groupes, associations, structures d’accompagnement, acteurs financiers, institutionnels et experts. Avec la volonté, non pas de rendre un avis définitif, mais d’ouvrir le débat, son rapport devrait être rendu à la fin du mois de juin.

Entrepreneuriat culturel : notion récente, préoccupations anciennes

Le secteur culturel n’a pas attendu les années 2010 pour s’interroger sur ces questions. Nombre de PME y agissent depuis longtemps et assument parfaitement d’y constituer un "secteur marchand". Mais à l’heure du développement des partenariats public/privé et après l’affirmation (y compris éthique) d’un "tiers secteur" revendiquant des valeurs spécifiques, la question de l’entrepreneuriat se décline à tous les étages. Concilier défense des valeurs (« la culture n’est pas une marchandise ») et volonté d’innovation pour de nouvelles formes de production et d’organisation fait pleinement partie de l’équation.

Cette spécificité non plus ne date pas d’aujourd’hui. Steven Hearn assume d’ailleurs un héritage datant de 2001. À l’époque, dans son rapport 1 Friches, laboratoires, fabriques, squats, projets pluridisciplinaires… Une nouvelle époque de l’action culturelle, Fabrice Lextrait présentait des projets qui, installés dans des lieux réutilisant le patrimoine industriel ou faisant le choix de l’itinérance. Ces exemples « posent de manière originale et singulière la question des conditions de production et donc de réception de l’acte artistique. […] Face à la très grande diversité des approches, l’objectif de cette mission est d’appréhender et de rendre plus explicites les fondements communs de ces expériences singulières, leurs déterminants artistiques, économiques, éthiques et politiques, ainsi que leurs modes d’organisation. » pouvait-on déjà y lire.

Dix ans plus tôt, en novembre 1990, Jacques Chabrillat, Béatrice Macé, Fazette Bordage et Josiane Nahon rendait à Jack Lang leur rapport, intitulé Les Nouveaux Lieux culturels. « L’idée était d’aller voir le fonctionnement de ces nouvelles formes qui n’étaient pas des scènes nationales et n’appartenaient pas aux réseaux culturels traditionnels. Nous avons étudié leurs projets artistiques, mais aussi leurs logiques économiques et organisationnelles, en essayant d’en tirer des enseignements » précisaient les auteurs.

Si ces précédents ne posaient pas directement la problématique de l’entrepreneuriat, les questions étaient déjà présentes en substance : conciliation économie/culture, adaptation du modèle de subvention publique, risques de normalisation par le marché, invention de modèles mixtes s’apparentant au "tiers secteur", besoins liés à une représentation des acteurs… Comme le rappelle Steven Hearn, « les entreprises culturelles ont toujours existé, il en existe toujours et il s’en crée chaque année. Prenons par exemple les labels de musique, les tourneurs, les galeristes, les salles de spectacles, certaines compagnies, et même des centres dramatiques qui sont sous statut SARL. Ce n’est pas quelque chose de nouveau. Culture et entreprise ne sont pas antinomiques et ne l’ont jamais été ».

La structuration du secteur culturel

La structuration du secteur culturel en France, pays de l’exception culturelle, bénéficie largement de la dynamique associative, plus facilement finançable par des fonds publics. Les politiques culturelles ont donc été élaborées selon la modalité de la subvention, non pas en direction des structures, mais sur une aide au projet. Ce qui, dans une logique d’intérêt général, de délégation de service public, basée sur une conception de la culture comme devant être protégée des mécanismes de marché, se justifie.

Mais on comprend alors la difficulté à faire rentrer dans ce schéma les modèles entrepreneuriaux classiques, basés sur une structuration en entreprises, dont l’économie, indépendante des fonds publics, repose sur la commercialisation de biens ou de services, et dont le besoin principal est le financement de l’investissement. Comme l’explique Sandrino Graceffa, dirigeant de Smart, coopérative de gestion de projets artistiques et culturels, « la France a un peu de retard sur cette question. Des résistances subsistent. Nous sommes le pays de l’exception culturelle, avec tout ce que cela a de bon, et qu’il faut préserver, mais cela entraîne de la retenue sur les nouvelles formes qui ne s’inscrivent pas dans la tradition de l’État providence ».

Cette mutation, au moins partielle, du paysage culturel, pose la question d’une adaptation de l’action publique, pour permettre un accompagnement de ces acteurs, pas si nouveaux, mais de plus en plus nombreux. « Ces nouvelles formes de structuration et d’emploi interrogent, de façon positive, l’action du ministère. Accompagner la structuration des entreprises, c’est quelque chose de nouveau pour le ministère de la Culture et de la Communication. Cela nécessite peut-être de repenser une partie de la philosophie de l’action publique. Nous réfléchissons actuellement à la façon la plus appropriée d’accompagner ces dynamiques », explique Philippe Tilly, chargé de mission au bureau du financement des industries culturelles à la DGMIC.

Mais les choses ne sont pas si tranchées. Entreprises et associations, secteur marchand et secteur associatif ne sont plus si cloisonnés. Aujourd’hui, d’un point de vue fiscal, économique et social, les distinctions ont tendance à se réduire. Les impôts sont les mêmes, les contraintes réglementaires sur l’emploi aussi, et les entreprises sont éligibles aux subventions. La seule chose qui change, c’est la redistribution ou non des bénéfices, quand il y en a. Pour Jacques Chabrillat, « ce qui est à creuser, pour distinguer association et entreprise, c’est la notion de responsabilité, qui permet de passer de l’entreprise à l’entrepreneur. Une association est une entreprise, mais un directeur d’association n’est pas forcément un entrepreneur ». Tout porteur de projet est un entrepreneur en puissance, ce sont les choix d’organisation et de développement qui feront pencher la balance.

L’entrepreneur culturel : un entrepreneur comme les autres ?

Une fois posés tous ces préalables historiques, la question est : un entrepreneur culturel est-il un entrepreneur comme les autres ? Aujourd’hui, les choses ont tout de même évolué. La reconnaissance de la dimension économique de la culture est désormais largement partagée. On parle d’industries créatives et culturelles, et on mesure leur impact en termes d’emplois en se félicitant de leur attractivité. Pour Géraldine Dallaire, fondatrice de l’Adecc, à l’origine des Journées de l’entrepreneuriat culturel et créatif, c’est une évidence : « tous les entrepreneurs, qu’ils soient culturels ou non, et quel que soit leur domaine d’activités, partagent au début la même logique de création d’activité. Ils réfléchissent à l’adéquation homme-projet, à la forme juridique, à la structure du financement ». Chaque entrepreneur agit dans un environnement spécifique, qui comporte ses usages, ses règles, ses spécificités. La culture en est un, au même titre que l’agroalimentaire, ou l’automobile.

Si les choses changent, des blocages persistent. Quand on entreprend dans le secteur culturel, pas toujours facile d’être pris, sinon au sérieux, du moins comme un acteur économique à part entière, comme en témoigne Steven Hearn : « le groupe Scintillo, que je dirige, représente un chiffre d’affaires combiné de 24 millions d’euros, et presque 170 salariés. Pourtant, parmi les premiers fonds d’investissement que j’ai contactés, l’un m’a gentiment éconduit en me qualifiant de saltimbanque ! Quant aux banques, il est très difficile de les convaincre. Bref, que ce soit pour de l’amorçage ou pour du développement, les choses ne sont pas simples financièrement, ce qui oblige à avoir une vision à court terme, projet par projet, et limite la capacité à se projeter ».

Pour cela, encore faut-il que les entrepreneurs culturels s’affirment comme tels ! Il y a encore des réticences, parmi les acteurs eux-mêmes, à endosser pleinement le costume de l’entrepreneur. Ils ne se mettent donc pas toujours dans la posture, dans l’attitude, ce qui a pour effet de faire encore plus douter les acteurs économiques classiques.

Démarrage et développement : l’impossible financement

Les difficultés engendrées par cette position particulière de la culture se font plus présentes lorsqu’il s’agit de financement. Comment amorcer et développer une entreprise quand les subventions publiques ne financent pas l’investissement, et qu’il est très compliqué d’accéder au prêt bancaire ? La question est d’autant plus cruciale pour les start-up du numérique qui ont des besoins importants en matière d’investissement. Pour Steven Hearn, trois axes doivent être développés, permettant d’adapter les outils existants plutôt que d’en créer de nouveaux. En effet, l’époque est plutôt à la réduction drastique des dépenses publiques, avec pour mot d’ordre "50 milliards d’économies", qu’à la création de nouvelles lignes budgétaires…

Tout d’abord, les entreprises culturelles devraient être insérées pleinement dans les programmes classiques de l’entrepreneuriat, ainsi que dans ceux dédiés à l’innovation. On l’aura compris, cela nécessite des adaptations des critères desdits programmes pour que les entreprises culturelles puissent y émarger.

Pour ce qui est de l’innovation l’enjeu est double. Au-delà de permettre d’émarger sur des lignes de financement nouvelles, il s’agit de reconnaître de nouveau à la culture sa capacité d’innovation. L’époque a en effet tendance à réduire le progrès et l’innovation à la seule dimension technologique, pour ne pas dire la seule dimension numérique. Comme l’explique Philippe Tilly, « la culture est porteuse d’innovation, mais pas uniquement au sens technologique du terme. Elle porte des innovations sociales, de services, d’usages… Les aides aujourd’hui sont souvent liées à la notion d’innovation technologique (…) Les choses évoluent. Par exemple, la bourse French Tech de Bpifrance prend désormais en compte l’innovation non technologique. Insérer les entreprises du secteur culturel dans les programmes dédiés à l’innovation nécessite quelques aménagements ».

Steven Hearn tient également à intégrer un autre aspect : la volonté de rapprocher culture et économie sociale et solidaire (ESS), là aussi pour encourager les entrepreneurs culturels à solliciter les programmes de financement et de soutien dédiés. Au-delà de ce seul aspect, les modèles de l’ESS, ainsi que les développements et réflexions liées à la notion d’entrepreneuriat social peuvent jouer un rôle d’inspiration. L’ESS ayant imaginé des structurations permettant de répondre à la double volonté de s’inscrire dans l’économie, donc d’être dans le marché, tout en portant des valeurs et en incarnant d’autres façons d’entreprendre, il y aurait sûrement matière à réflexion, estime-t-il.

Mais sa principale préconisation devrait porter sur la création d’un outil d’amorçage piloté par la BPI. Si cette piste venait à se concrétiser, cela pourrait vouloir dire un peu plus qu’un simple nouvel outil. Une telle approche pourrait poser la dimension du "droit à l’expérimentation" dans les politiques publiques…

La nécessité d’un accompagnement et d’une structuration adaptés

Si l’aide à la création d’entreprise s’est beaucoup développée, les particularités du secteur culturel nécessitent un accompagnement adapté, permettant de convertir les projets en entreprise. C’est ce que font au quotidien des structures comme la CAE Clara ou encore Smart. La réalité des créateurs a beaucoup évolué ces dernières décennies. Aujourd’hui, l’artiste n’est plus uniquement centré sur son art, mais devient de plus en plus un développeur de son propre projet, un entrepreneur comme les autres. Un groupe de musique est d’ailleurs de ce point de vue un exemple d’entreprise : il faut créer, mais aussi gérer sa communication, trouver des partenaires, être capable de présenter et défendre son projet, trouver des financements… La multiactivité est de mise. Comme l’explique Myriam Faivre, « le rôle de la CAE, c’est de permettre à des professionnels du secteur culturel et des artistes de développer leur multiactivité dans les meilleures conditions possibles. L’idée est de pouvoir concilier une activité artistique relevant du régime de l’intermittence ou de la maison des artistes avec le fait d’être entrepreneur ».

L’accompagnement et la structuration peuvent également se faire à un niveau plus macroéconomique, en créant des écosystèmes favorables. L’outil cluster est un moyen d’y parvenir (Pour une analyse en profondeur des dispositifs de cluster, cf Focus : La musique est-elle clusterisable ?). Car le renouvellement de l’approche entrepreneuriale incarné par les acteurs culturels, du numérique et de l’innovation, c’est aussi un nouveau mode de rapport à la concurrence. À mi-chemin des alliances stratégiques des entreprises du pur business et des dynamiques de mutualisation des acteurs de l’ESS, se formalisent des logiques de « coopétition ». Pour Sandrino Graceffa, « il faut encourager ces regroupements d’acteurs économiques qui sont mieux à même d’accompagner ces nouvelles initiatives. Et puis, aujourd’hui, beaucoup de projets intéressants sont portés par des gens qui n’ont pas une vision entrepreneuriale au sens classique du terme. On a affaire, surtout dans les nouvelles technologies, à des gens qui veulent développer des projets. Ce qui est différent de vouloir développer des entreprises. Il faut donc créer des systèmes d’incubation, qui rendent possible le développement, sans être systématiquement liés à des structurations entrepreneuriales classiques ».

L’initiative du collectif Merci va dans ce sens. Initié en 2010 par plusieurs structures franciliennes d’accompagnement à l’entrepreneuriat culturel (CAE Clara, Irma, Mila, Fontaine aux livres…), il a d’abord fonctionné comme un espace d’échange. Après un événement collectif en 2011, qui a rassemblé une quarantaine de structures, le collectif a continué de se réunir. Et l’idée d’un site Internet ressource est née. La DGMIC a alors soutenu le projet et encouragé à lui donner une ampleur nationale. Le site, entreprendre-culture.fr (en cours de construction), sera présenté dans le cadre de Silicon Valois. Les porteurs de projet pourront y trouver tous les acteurs de l’accompagnement à l’entrepreneuriat culturel proches de chez eux. Y seront détaillés le type d’accompagnement proposé (conseil, formation, accompagnement, hébergement, financement…) et le champ disciplinaire couvert. L’alimentation du site sera participative. Chaque structure pourra renseigner une fiche de présentation. Dans un second temps, d’autres contenus viendront s’ajouter, comme des fiches pratiques, pour les porteurs de projet comme pour les structures, via un intranet. Comme l’explique Myriam Faivre, « l’idée est aussi d’offrir un outil, une plateforme pour faciliter la dynamique d’échange d’information entre les acteurs ».

Communication et représentation

Comme pour tout secteur, le meilleur moyen de faire reconnaître ses spécificités, tout en renforçant un mouvement de "banalisation positive", c’est de communiquer et de se structurer. Faire connaître l’entrepreneuriat culturel, certains acteurs s’y emploient depuis plusieurs années, comme l’Adecc (Association pour le développement de l’entrepreneuriat culturel et créatif), structure lyonnaise créée en 2007. En organisant les Journées de l’entrepreneuriat culturel et créatif, rendez-vous annuel de rencontre, Géraldine Dallaire, sa fondatrice, entend participer pleinement à la mise en lumière de ce pan, de plus en plus important, de l’entrepreneuriat. « De la rencontre avec Sophie Duboux, la directrice de Solid’Arté, une structure lyonnaise qui fait de l’accompagnement de porteurs de projet culturels, est née l’idée des Journées de l’entrepreneuriat culturel et créatif (…) La première journée s’est tenue en 2009, sur la question de la pertinence de parler d’entrepreneuriat dans les secteurs culturel et créatifs, et si oui, l’entrepreneur culturel est-il un entrepreneur comme les autres ? Dés le début, nous avons souhaité mixer les approches, en confrontant chercheurs, professionnels et experts, pour décloisonner la réflexion », explique-t-elle. Si l’édition 2013 ne s’est pas tenue, c’est pour pouvoir repenser la formule de ce rendez-vous, pour ouvrir les perspectives sur l’international. La prochaine édition devrait avoir lieu début 2015.

Communiquer et valoriser, c’est aussi un effet attendu de la remise du rapport de Steven Hearn, ainsi que de l’événement Silicon Valois, qui mettra la lumière sur le rapprochement entre culture et innovation, dans une perspective entrepreneuriale. Dans ce cadre, le 19 mai, est organisée une journée nationale des dispositifs d’accompagnement, pendant laquelle le site entreprendre-culture.fr sera présenté aux contributeurs. Le lendemain, le 20 mai, trois ateliers ouverts au public sont proposés : un premier sur les dispositifs d’accompagnement, un second sur les questions de financement, ainsi qu’une rencontre-débat avec Steven Hearn.

L’effort de communication ne doit pas s’arrêter là, et s’intéresser à "tous les étages de la fusée", à commencer par la formation des porteurs de projets, actuels et futurs. De la même manière que l’entrepreneuriat social a fait son entrée, il y a quelques années, dans l’enseignement supérieur, les écoles de commerce et universités, l’enseignement de l’entrepreneuriat culturel gagnerait à être organisé et développé, pour continuer d’augmenter le niveau de professionnalisation des acteurs. « Le besoin de communication est réel. Je suis actuellement en train de mener une étude auprès des universités pour imaginer et développer des programmes spécifiques à l’entrepreneuriat culturel. Il faut battre en brèche la vision old school de l’entrepreneur. Comme il existe par exemple à HEC une chaire d’entrepreneuriat social, on peut imaginer une chaire d’entrepreneuriat culturel, ou intégrer la notion aux programmes des universités », insiste Géraldine Dallaire.

S’organiser, se structurer, c’est aussi formaliser, par une représentation collective, une force de négociation, une capacité de lobbying, pour accélérer cette reconnaissance et infléchir les politiques publiques liées. Cela peut prendre différentes formes : syndicale, en créant une entité ou une branche à l’intérieur des syndicats de dirigeants existants (Medef et CGPME), ou une forme plus souple. Quoi qu’il en soit, l’enjeu est aussi d’identifier des interlocuteurs pour les pouvoirs publics. Jacques Chabrillat explique ainsi : « cela s’est vu, par exemple, sur le débat sur l’intermittence (…) dans la logique de paritarisme française, quand il y a des négociations, ce pourrait être bien que les entrepreneurs culturels ne soient pas représentés par un membre de la branche sidérurgie du Medef… Nous avons besoin d’un véritable patronat culturel ! »

De l’exception culturelle : l’entreprise comme modèle ?

La place plus importante qu’occupent désormais les entreprises culturelles, et le questionnement des politiques publiques liées doivent-ils conduire à un changement de paradigme ? La transition des modèles doit-elle voir disparaître l’association du XXe siècle au profit de l’entreprise du XXIe siècle ? Rien n’est moins sûr. Les modèles entrepreneuriaux correspondent à des besoins, mais toutes les associations, tous les projets, n’ont pas vocation à s’y inscrire.

Plutôt que d’opposer les acteurs, il s’agirait plutôt de faire cohabiter des structures, des projets et des logiques différentes. Il y a de la place pour les entrepreneurs culturels, qui conçoivent, fabriquent et vendent des biens et des services et pour les acteurs culturels qui agissent sur des territoires, en servant l’intérêt général et la diversité. Comme l’explique Jacques Chabrillat, « les deux visions sont cohérentes et peuvent coexister. Si la notion d’entrepreneuriat culturel est un cheval de Troie sémantique pour faire voler en éclat la notion d’exception culturelle, cela devient un problème ». Le risque est en effet une privatisation larvée de la culture, dont se défend Stevan Hearn : « l’idée de ce rapport n’est pas de privatiser la culture, ni de transformer tout le monde en entrepreneur et d’en finir avec le soutien public à la création ou au patrimoine. Il s’agit de mieux prendre en compte ces entreprises, pour leur permettre de se développer ».


Dossier réalisé par Romain Bigay


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Pour aller plus loin :

- Les Nouveaux Lieux culturels, de Jacques Chabrillat, Béatrice Macé, Fazette Bordage et Josiane Nahon

- Friches, laboratoires, fabriques, squats, projets pluridisciplinaires… Une nouvelle époque de l’action culturelle, de Fabrice Lextrait.

- Entreprendre dans les industries culturelles : le guide des dispositifs nationaux de soutien à la création et au développement des entreprises, DGMIC.

- "Quelles approches pour stimuler l’entrepreneuriat culturel et créatif ? Les politiques de financement de l’entrepreneuriat culturel et créatif : l’exemple de la région Wallonie et Bruxelles-Capitale", dans le cadre de la Journée AEI-AIREPME, Aix-Marseille, le 22 mai 2014, par Géraldine Dallaire.

- Leadbeater, C., & Oakley, K. (1999). The Independents : Britain’s new cultural entrepreneurs. Demos. London

- L’ENTREPRENEUR MUSICAL - L’économie culturelle : un chantier en (re)construction ?, focus Irma, avril 2009


SILICON VALOIS : PRÉSENTATION DU SITE ENTREPRENDRE DANS LA CULTURE

Le collectif Merci, réseau d’opérateurs culturels dont fait partie l’Irma, a été invité par le ministère de la Culture a présenter le site Entreprendre dans la culture dans le cadre de l’opération Silicon Valois et d’une journée dédiée à l’entrepreneuriat culturel le 20 mai.

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