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Article mis à jour le mercredi 8 février 2012
Article créé le lundi 9 janvier 2012

 
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Interview

Didier Selles : "Nous allons pouvoir faire des premières propositions au ministre vers la fin janvier."

Début 2012, la mission de préfiguration du Centre national de la musique doit remettre ses préconisations au ministre de la Culture et de la Communication. Il s’agit de " définir les modalités de mise en œuvre juridique, opérationnelles et budgétaires [du futur établissement], les conditions de sa gouvernance ainsi que les différents régimes d’aides [qu’il] administrera en concertation étroite avec l’ensemble des professionnels du secteur."

L’occasion de revenir sur ce projet, ses ambitions et les inquiétudes qu’il suscite avec celui qui conduit cette préfiguration, Didier Selles, conseiller-maître à la cour des comptes et co-auteur du rapport Création musicale et diversité à l’ère du numérique.


Énarque (promotion Fernand Braudel, 1987), diplômé de Sciences-Po Paris et de l’École centrale des arts et manufactures, Didier Selles est conseiller-maître à la Cour des comptes. De 1993 à 1996, il fût directeur des affaires financières de la Région Île-de-France. Il a été membre de l’audit externe de l’ONU-FAO de 1997 à 2000, puis administrateur général du Musée du Louvre de 2000 à 2009.

Il est co-auteur, avec Franck Riester, Marc Thonon, Daniel Colling et Alain Chamfort du rapport « Création musicale et diversité à l’ère du numérique ». Le 7 novembre 2011, il se voit confier la présidence de la mission de préfiguration du Centre national de la musique.


IrmACTU : A quoi doit servir le CNM ?

Didier Selles : La filière musicale est confrontée depuis des années à une crise très grave qui au-delà des aspects économiques affecte sa capacité créative. Excessivement divisée, elle ne bénéficie ni des soutiens, ni de l’expertise, ni même de toute l’attention qui devraient lui revenir au regard de son aspect majeur dans l’économie et l’influence culturelle de notre pays.

A l’instar du CNC qui joue un rôle exceptionnel pour le cinéma français, le CNM doit être un instrument public capable de fédérer la filière et de défendre ses intérêts communs aux plans national et international. En regroupant les forces, ce nouvel établissement doit permettre de mieux soutenir la création musicale, la diversité des acteurs et des esthétiques musicales, ainsi que le développement et la promotion des artistes français.

Ainsi, le CNM mettra en place des aides, nouvelles ou renforcées, aux créateurs, à la production de musique enregistrée et de spectacles vivants, des soutiens diversifiés à la diffusion, y compris numérique. Des actions d’intérêt général comme l’exportation, le développement des métadonnées, la mise en ligne de catalogues feront également partie de ses priorités.

Le CNM doit aussi être un pôle d’expertise commun à toute la filière : observatoire des évolutions économiques et sociales, veille technologique et juridique, conseil et information à l’ensemble des acteurs, évaluation de l’efficacité des régimes d’aide… En un mot, il sera un levier pour l’investissement public et privé dans la filière musicale, réactif aux évolutions et aux enjeux, et porté par une vision stratégique partagée. Telle est du moins son ambition, comme ceci a été exposé dans le rapport « Création musicale et diversité à l’ère numérique » remis au ministre de la Culture et de la Communication en septembre et qui lui-même faisait suite à différentes réflexions, comme celles de la “mission Zelnik” par exemple.

Le CNM interviendra en complémentarité avec l’action forte et diversifiée de l’Etat et sous la tutelle du ministère de la culture.

IrmACTU : Son budget proviendrait-il d’une nouvelle taxe ?

Didier Selles :Ses moyens doivent provenir, d’abord, de la filière elle-même qui ainsi marquera son engagement dans la création de cet outil commun. Cela sera possible par le regroupement des guichets existants. Actuellement, la filière bénéficie de 80M€, qui, à 90%, provient des aides directes versées par les sociétés civiles, de leurs subventions à divers organismes ainsi que de la taxe sur la billetterie des spectacles de variétés gérée par le CNV.

Au-delà, il s’agit également de permettre à la Musique de bénéficier de ressources nouvelles, sans augmentation de la pression fiscale : ces ressources proviendraient de la taxe sur les ressources des fournisseurs d’accès internet qui contribue pour partie aujourd’hui au financement du Cinéma. Ceci pourrait représenter un apport de l’ordre de 95M€ en année pleine afin que, comme l’a annoncé le président de la République à Avignon, les FAI « puissent contribuer à la création musicale ». Enfin, naturellement, l’Etat maintiendra ses propres subventions, soit environ 8M€.

IrmACTU : Le CNM a été fortement revendiqué par les producteurs de disques, les acteurs du spectacle vivant n’en seront-ils pas lésés ?

Didier Selles :Comme l’ont prouvé leurs prises de position, le CNM résulte d’une volonté commune des acteurs de la filière. Les entreprises de spectacles et les acteurs professionnels de ce secteur sont engagés dans ce processus et les ressources nouvelles dont bénéficiera le CNM permettront de doubler le montant des aides à ce secteur.

IrmACTU : Comme le CNC, le CNM affiche une vocation "industrielle", mais prend-t-il en considération les "petits” acteurs (TPE) et les aspects culturels ?

Didier Selles :Oui, bien sûr, la mise en valeur de la diversité musicale, d’artistes nouveaux ou émergents, sont des objectifs explicites du CNM.. Le soutien à la diversité des esthétiques musicales et à celle des acteurs — notamment des plus petits d’entre eux — est donc un facteur commun à l’ensemble des propositions de la mission. Ainsi, les aides à la musique enregistrée seront plus importantes pour les indépendants que pour les majors, tandis que les TPE et associations — qui constituent le maillage le plus fin de la création et de la diversité — bénéficieront d’une enveloppe réservée pour des aides sélectives et, parce que cela est nécessaire, d’aides à la structure. Les projets d’enregistrement de musique classique, contemporaine, de jazz ou de musiques du monde bénéficieront de taux de subvention plus élevés.

Et c’est le même esprit qui prévaut pour le soutien aux entreprises de spectacles ou encore aux éditeurs de musique en ligne.

IrmACTU : Un certain nombre d’organismes (dont l’Irma) pourraient être regroupés au sein du CNM, pourquoi ?

Didier Selles :Le CNM devrait regrouper sept entités existantes (FCM, CNV, Irma, Burex, Francophonie Diffusion, MFA, Observatoire de la musique) ainsi que l’intégralité de leurs salariés. Ces organismes ont des caractéristiques communes : une expertise reconnue, des financements multiples mais globalement limités, et des champs d’intervention partiels par rapport aux besoins de la filière. Leur regroupement — auquel ils apportent une contribution très active au sein des travaux préparatoires en cours — permettra donc de renforcer leurs moyens et leurs compétences, d’étendre leur action à tout le périmètre de la filière et de les rendre moins dépendants de tels ou tels financeurs extérieurs. Il doit permettre également à l’ensemble des équipes qui formeront le futur établissement de développer une vision plus transversale de la filière et de ses enjeux et d’assurer une meilleure prise en compte de ceux-ci.

IrmACTU : Comment éviter les effets "d’institutionnalisation" de ces opérateurs au risque de les couper de la proximité des acteurs ?

Didier Selles :Cette question est à la fois importante et sensible. Le CNM doit être très réactif et privilégier, comme c’est le cas aujourd’hui, la proximité des acteurs de toute la filière. Le fait que ce soient les équipes des opérateurs d’aujourd’hui qui construisent et, demain, animent le CNM en est un gage capital. On peut même penser que leur réactivité puisse en être améliorée.

IrmACTU : La création d’un tel organisme ne se construit-elle pas au détriment de l’action du ministère de la Culture ?

Didier Selles :Non, au contraire. Le ministère a une action déterminante dans le domaine de la musique, qu’il s’agisse du soutien aux grands opérateurs publics (Opéra, Cité de la musique,…) du soutien à la création, principalement dans les domaines de la musique savante, mais aussi par la labellisation et le soutien aux salles de musiques actuelles, la formation, etc. Plus de 300M€ sont directement consacrés à ces fins par le ministère.

Le CNM agira en complément de ces actions et dans une articulation étroite avec ses acteurs, tant au niveau national que territorial. Par ailleurs, il doit permettre de construire une action publique sur des domaines (édition musicale, artistes-producteurs, musique enregistrée, spectacles vivants de musique actuelles, distribution physique, éditeurs de musique en ligne,…) où elle était encore très peu dotée en moyens, émiettée entre différents guichets ou balbutiante.

IrmACTU : Les parlementaires viennent de réduire à 500k€ (au lieu de 2,5M€) le budget dégagé pour la préfiguration du CNM, cela remet-il en cause le projet ?

Didier Selles :En aucune manière. Ces 2,5M€ constituaient une simple amorce. Comme le précise la lettre de mission du ministre, c’est en fonction d’arbitrages qui doivent avoir lieu dans les premières semaines de cette année que l’on pourra mieux apprécier les moyens nécessaires.

IrmACTU : Pouvez vous dire quand tout cela pourra se mettre en place ?

Didier Selles :Le ministre de la Culture a indiqué sa volonté d’aller vite. Cela correspond à la situation d’urgence dans laquelle se trouvent nombre d’acteurs de la filière. Le CNM doit donc être créé avant la fin 2012.

Avec Franck Riester, Alain Chamfort, Daniel Colling et Marc Thonon, nous avons auditionné plus d’une centaine de personnes et d’organisations et notre rapport a été rendu disponible fin septembre. Le rapport était déjà dans le concret. Toute la filière s’est mobilisée et cela prouve l’intérêt qu’elle porte à ce projet. Au vu de son ambition et de son urgence, on n’imagine pas qu’il ait pu en être autrement.

Depuis la mi novembre, date de la mise en place de la mission de préfiguration, plusieurs groupes de travail se réunissent régulièrement. Ils associent les syndicats et les organismes concernés, que ce soit pour affiner la configuration des aides, définir les besoins de fonctionnement de l’établissement, garantir ses financements,… Nous allons pouvoir faire des premières propositions au ministre vers la fin janvier. Mais la préfiguration du CNM est évidemment un travail continu qui se poursuivra méthodiquement au-delà.

D’une part, la mise en place du CNM induit évidemment des montages complexes, notamment sur un plan administratif, mais c’est justement sur ces questions là que la mission et les directions du ministère, sans lesquelles elle ne peut rien, travaillent actuellement et dans les semaines qui viennent. Enfin, il convient de se rappeler qu’aucun dispositif d’aides ne peut se mettre en place sans l’accord des autorités européennes.

D’autre part, car il y a un énorme travail d’appropriation et d’écoute à réaliser avec de multiples interlocuteurs.

Le temps pris aujourd’hui est nécessaire pour réussir le CNM.

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