De la vidéo sur Facebook : quel impact pour les ayants droit ?

Économie

Facebook est en train de rattraper YouTube sur son propre terrain : depuis fin octobre, il y a plus de vidéos uploadées et partagées directement sur Facebook que de vidéos partagées via un lien YouTube. Sauf que Facebook ne permet pas la monétisation des contenus…

C’est une étude de Social Bakers qui témoigne de l’évolution des chiffres de l’upload et du partage de vidéos sur Facebook et YouTube.

Depuis août 2014, Facebook surpasse YouTube en nombre total de vues depuis un ordinateur fixe aux US (Source : ComScore), alors que YouTube reste leader sur les vues depuis les terminaux mobiles et tablettes.

Précisons que pour expliquer cette tendance il faut prendre en compte le fait que Facebook comptabilise les vues en autoplay, fonction qui lance automatiquement la lecture de la vidéo dans les fils d’actualités et qui permet de gonfler allègrement le nombre de vues, alors que YouTube ne les comptabilise pas.

Quel impact pour les ayants droits ?

Quelques années après son lancement, le YouTube Content ID (système qui permet aux ayants droit de monétiser les vues sur leurs contenus) assure aux producteurs et aux artistes des revenus qui sont loin d’être négligeables (on parle de plus en plus de YouTube comme de la troisième source de revenus numériques pour les labels). La mise en place de ce système par YouTube a pris du temps, pour son développement, puis pour être adopté par les producteurs de contenus musicaux et audiovisuels.

Mark Zuckerberg le fondateur de Facebook ne cache pas ses ambitions pour les possibilités de monétisations offertes par la vidéo. Le récent rachat de LiveRail, startup spécialisée dans la publicité vidéo, et l’appel de Facebook aux créateurs de contenus pour rejoindre la plateforme sont des signes évidents de son ambition : dépasser YouTube. Mais pour l’instant la monétisation des contenus sur Facebook est impossible, et c’est là que le bât blesse.

L’émergence de Facebook comme géant de la vidéo n’échappe pas aux producteurs de cinéma ou d’émissions de divertissement qui voient se multiplier les vidéos pirates de leurs contenus sur la plateforme. Contrairement à YouTube, ils n’ont pas la possibilité de bloquer ou monétiser les contenus illicites, ce qui réduit leur audience et donc leurs revenus.

Pourtant un système de gestion des contenus, à l’image de celui de YouTube, a bien été mis en place afin de bloquer certains upload. Ainsi l’analyse des vidéos uploadées par les utilisateurs de Facebook est active depuis 2011 et a été renforcée en 2014. Mais ces blocages semblent pour le moment limités au catalogue des majors du disque et du cinéma.
Pour ce qui est des producteurs indépendants, qu’ils soient dans la musique ou la vidéo, ce système n’est pas accessible. Il n’y a donc aucun moyen de suivre la diffusion de son contenu sur Facebook, de la bloquer ou de le monétiser. Il est bien entendu possible de faire retirer une vidéo sur demande, mais charge à l’ayant droit d’identifier la vidéo en tombant dessus puis d’envoyer une demande de retrait dite « DMCA ».

Facebook serait donc en train d’assurer l’approvisionnement en contenus de ses utilisateurs mais sans payer le moindre centime, à l’instar de YouTube dans ses premières années. Combien de temps faudra-t-il pour que la situation soit régularisée ?
Vu le temps qu’il a fallu à YouTube pour se mettre en règle, et si l’on considère que Soundcloud s’abrite toujours derrière ses conditions d’utilisation pour ne pas payer de droits, la situation est inquiétante pour les ayants droit, qui risquent de voir s’amoindrir leurs revenus provenant de YouTube si la progression de Facebook sur le marché vidéo continue à prendre de l’ampleur.

Julien Philippe

Publié le 29 janvier 2015

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