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Publié le vendredi 17 décembre 2004

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Contribution de Fabrice Borie

Le Big Jama est né en 1999 à l’initiative de l’Admd 15 et de Love Mi Tendeur, association de terrain, dans le but de proposer une meilleure visibilité et une action de formation auprès des groupes du Cantal. Depuis, le dispositif s’est élargi à la région. Fabrice Borie nous explique son fonctionnement et le rôle qu’il y tient.

Voir en ligne : Le site du Big Jama

Dès 2001, les départements de la Haute-Loire et du Puy-de-Dôme rejoignent le dispositif par le biais de l’Addamc 43 et de l’Addmd 63. Le Centre Info Rock Auvergne est sollicité pour être associé au projet autour de deux axes :
- La structuration du dispositif sur le département du Puy-de-Dôme (proposition de structures de terrain et organisateurs, réflexion sur l’accompagnement pouvant être proposé aux artistes)
- La coordination régionale du projet par une harmonisation du dispositif sur les trois départements, une communication cohérente et régionale, une proposition adaptée en termes d’accompagnement, la réflexion autour de la mise en œuvre d’un prolongement régional pour les groupes.

À partir de 2002, Big Jama a trouvé une vraie cohérence avec une phase départementale et régionale. De nombreux partenaires sont associés au projet, lui conférant une légitimité tant sur le plan professionnel que sur le plan institutionnel.

Mon rôle au sein de ce projet consiste entre autres à recentrer les objectifs du dispositif autour d’une démarche pré professionnelle. Cela se traduit notamment par :
- Une mise en réseau avec le secteur professionnel régional (tourneurs, diffuseurs, professionnels du disque).
- Une réflexion autour de l’accompagnement proposé afin de répondre aux exigences du secteur : actions de sensibilisation et de formation autour de la réglementation du spectacle vivant, encadrement par des professionnels : ingénieurs du son, professeurs diplômés, professionnels du spectacle
- Un accompagnement personnalisé pour les 5 artistes sélectionnés sur la phase régionale avec des objectifs de développement : en fonction du stade d’avancement du projet de l’artiste, nous définissons ensemble des étapes à franchir et les moyens à mettre en œuvre pour y parvenir.
- La mise en œuvre d’une stratégie de promotion et de communication de nature à crédibiliser le dispositif auprès du secteur professionnel et de proposer un éclairage particulier sur les artistes y participant.
- Un suivi sous forme de conseils et d’évaluations permettant de valider le projet de l’artiste, de le réorienter, de proposer des pistes de travail.

L’intérêt du projet pour les groupes, pour le secteur, pour les collectivités :

Le dispositif Big Jama associe des structures de terrain de type organisateur, studios de répétitions, des partenaires institutionnels : Drac, Région, Conseil Généraux, des associations régionales et départementales : 3 Addm, le Ramdam 03, le CIRA, le Centre d’Art Polyphonique, des partenaires professionnels : La Coopérative de Mai, La Micheline : tourneur, la Sacem, …

L’inscription de l’accompagnement des pratiques dans une logique de « politique culturelle » portée par les collectivités est une notion intéressante dès lors qu’elle est en cohésion avec les besoins du secteur et des artistes eux-mêmes. Il s’agit probablement de la partie la plus délicate : faire coexister des logiques parfois différentes.

Cet aspect ne pose pas véritablement de problèmes dans le sens où le projet tel qu’il existe dans sa forme actuelle résulte d’une construction collective et s’appuie sur une évaluation plutôt qualitative.

Pour les artistes en démarrage, le dispositif est parfaitement assimilé comme étant un levier important pour être repéré et accompagné.

Il en est de même pour les programmateurs en région qui sont très sensibles aux artistes repérés par le BJ. Ceci traduit le travail effectué auprès de ces derniers qui suivent le projet de très près.

Les limites de l’intervention :

Ce dispositif qui est régional et multi partenarial fait ressortir des inégalités en termes de structuration à l’échelle du territoire. Ainsi, les départements les plus peuplés, qui sont également les plus structurés dans le domaine de MA ont un potentiel artistique plus fourni et plus en adéquation avec une pratique pré-professionnelle. Les artistes issus de ces départements (c’est encore plus vrai pour le cas de Clermont-Ferrand) ont été, pour la plupart, en relation avec les structures ressources et certains professionnels. S’ils ne parviennent pas à le formaliser, ils ont une idée sur les perspectives de développement pour un groupe. Les exemples autour d’eux ne manquent pas.

Pour les départements les moins dynamiques (43 et 15), la logique d’accompagnement se heurte à une réalité de terrain pénalisant les artistes. Ces derniers sont dans l’obligation de se rapprocher de structures éloignées de chez eux ou d’être totalement autonomes. Très peu y parviennent.

Après presque trois années d’expérience, il apparaît clairement que les artistes qui profitent le mieux du dispositif sont ceux qui ont mis en place une stratégie de développement en structurant leur environnement (technique et administratif) en s’adjoignant les services de professionnels du spectacle (tourneur, manager, attaché de presse). C’est le cas notamment pour des groupes comme Kafka, Kandid, Shaolin, Sam ou Kunamaka.

Ce dispositif constitue un bon test pour les artistes, dans le sens où il pose les limites de la pratique amateur. Dans une démarche pédagogique, tous les artistes sont salariés et informés sur la réglementation du spectacle vivant. Il est certain qu’une infime partie des musiciens qui participent au Big Jama sera un jour des professionnels.

L’inter-regionalité, le développement hors région :

Outre le BJ, il existe en région Auvergne plusieurs dispositifs de repérage destiné aux jeunes artistes. La Coopérative de Mai, en plus de son rôle d’Antenne pour le Printemps de Bourges propose une tournée régionale de 10 dates (Le 63 Tour) destinée à 3 artistes de la région ayant sorti un album sur l’année. Des collaborations existent entre les différents projets afin de répondre le mieux possible aux besoins des groupes.

Néanmoins, se pose la question du développement des artistes en dehors de la région. Les tourneurs associatifs, bien qu’associés sur certains dispositifs n’ont pas les moyens d’intégrer de nouveaux artistes. Lorsque c’est le cas, ils poursuivent généralement le travail accompli, sans financements publics et avec peu de perspectives de rentabilité.

Ces structures que l’on peut qualifier d’intermédiaires perdent leurs artistes lorsqu’ils ne peuvent plus répondre aux besoins de ces derniers et perdent de l’argent lorsqu’ils doivent intégrer des artistes en développement. Il me semble qu’il y a des choses à créer à ce niveau, afin de faciliter l’accompagnement des artistes repérés et aidés sur une période. Une deuxième forme d’accompagnement en quelque sorte.

Nous travaillons sur cette dimension, par une médiation avec les collectivités. Néanmoins, il est plus facile de « défendre » un projet structurant impliquant une multitude de partenaires avec une visibilité (concerts, promotion, supports…), qu’un accompagnement structurel basé sur du conseil, de la prospection….


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