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Publié le vendredi 17 décembre 2004
Contribution d’Eric Boistard
En juillet 2003, Eric Boistard, président de la Fédurok, a cosigné avec Michel Audureau, président de la Fédération des scènes de jazz et de musiques improvisées - FSJMI une à ?« Lettre ouverte au Ministre de la Culture à ? » qui a probablement été à l’origine de la relance du processus de concertation. Il explique sa démarche.
Voir en ligne : Le site de la Fédurok
Dès notre demande de concertation faite au ministre de la Culture, Jean-Jacques Aillagon, en juillet 2003, Michel Audureau et moi-même, co-signataires de cette lettre ouverte, avons souhaité ne pas seulement réfléchir sur les SMAC, mais élargir la concertation à l’ensemble du secteur du spectacle vivant musical.
Cette volonté procédait d’un constat :
une création artistique diverse (populaire et savante, mondialisée, locale, métissée, en mouvement continu de production et de renouvellement des pratiques, …)
une structuration économique variée et perméable (commerciale, industrielle, publique, non lucrative, …),
des porteurs de projets identifiés mais inégalement considérés (institutionnels publics, entrepreneurs d’initiative privée, collectivités publiques, artistes amateurs et professionnels, …),
des populations aux pratiques et attentes multiples (différentes générations, diversité des comportements sociaux et culturels, …)
des territoires aux histoires différentes
En ce qui concerne les lieux de diffusion et d’accompagnement, nous les considérons comme des lieux de croisements :
croisement entre artistes amateurs -qui veulent pratiquer ou se perfectionner pendant leurs loisirs- et professionnels -qui veulent des espaces de création et de diffusion de qualité optimum et disponibles-,
croisement entre associations militantes qui défendent des styles musicaux novateurs et demandent un accompagnement et un soutien logistique, technique, voire financier et producteurs entrepreneurs qui veulent organiser dans ces lieux des concerts qui participent de leur économie,
croisement entre éducation populaire (n’oublions pas que la majorité de nos publics sont dans une période de construction identitaire et veulent initier, créer, organiser) et éducation artistique,
croisement entre secteur marchand et puissance publique : notre pays dispose d’équipements subventionnés ce qui, sur le plan de l’intérêt général, tel qu’il est défini en France, conforte une pluralité d’initiatives culturelles et artistiques. Ces lieux constituent un degré d’expertise supplémentaire. Leur relation à l’émergence et au renouvellement des esthétiques leur confère un intérêt indéniable pour la vitalité de la création artistique. Ces qualités seraient absentes si ces lieux étaient inscrits dans une économie marchande. Il est par contre impératif de ne pas les intégrer à l’institution publique, afin de laisser leur développement s’effectuer selon l’évolution et les initiatives des acteurs du secteur.
Une autre problématique s’était faite jour, petit à petit, qui nous incitait aussi à opter pour une réflexion plus globale. Depuis 2001, nous assistions à une réorientation des objectifs que l’Etat fixait aux lieux labellisés SMAC :
création de la catégorie des « lieux structurants » avec une ambition affirmée de soutien à la création
recentrage des missions des lieux vers les artistes professionnels
remise en cause de certaines tâches et actions que les SMAC avaient, de fait et par absence, pris à leur compte : accompagnement de la répétition, voire enseignement pour voir ces activités intégrés dans les établissements d’enseignement spécialisé.
Par contre, les collectivités territoriales manifestaient une autre volonté, parfois contradictoire avec celle de l’Etat :
l’accompagnement des pratiques, notamment amateur (en pleine augmentation depuis 15 ans)
la diffusion de proximité, afin de palier à la disparition des petits lieux de diffusion,
des espaces de socialisation pour la jeunesse
Enfin, des problèmes généraux dont nous savions bien qu’ils ne pourraient être résolus par une seule entité :
l’emploi (fin du dispositif Nouveau Service Emploi Jeune)
décret bruit qui nécessite une révision
horaires d’ouverture…
D’où la nécessité de réfléchir en transversalité sur différents secteur : culture, travail, santé.
Nous avions déjà , avec la FSJMI, travaillé avec d’autres organisations professionnelles du secteur : Création de Agi-Son, de l’Ufisc, du Groupement d’Entreprise des musiques Actuelles et Populaires (GEMAP).
Après l’Assemblée Générale de la Fédurok, où la DMDTS avait dévoilé l’objectif de réduire de moitié les lieux soutenus par l’Etat, la Fédurok et la FSJMI, réseaux majoritaires dans les SMAC ont envoyé un courrier afin de protester contre une politique qui menait à terme à un renforcement d’une politique administrée et une réduction de la diversité artistique, avec une emprise plus forte des industries culturelles.
Dans cette lettre, nous avons demandé une concertation qui fixait bien les enjeux et l’environnement que je viens de décrire. Une concertation sur :
les objectifs et cahier des charges du dispositif SMAC ;
sa consolidation financière et sa pérennisation ;
les cadres administratifs et réglementaires de développement des lieux en général et de l’accompagnement des pratiques artistiques (pratiques amateurs et professionnelles) ;
l’inscription de ces pratiques artistiques et culturelles dans les politiques de décentralisation et de planification définies entre l’Etat et les collectivités territoriales.
Nous avons souhaité que soient présents autour de la table l’ensemble des acteurs et partenaires du spectacle vivant musical : l’Etat, les collectivités territoriales, les réseaux, les syndicats d’employeurs et de salariés, les outils du secteur (information avec l’IRMA, soutien au développement du secteur avec le CNV).
En effet, nous n’entrevoyions un développement de ces musiques et de ce secteur que par une réflexion et la création d’un texte (ou schéma ou plan), concerté et validé par le plus grand nombre, qui permette à chacun d’affirmer ses objectifs, ses moyens, tout en s’inscrivant dans l’intérêt général.
Cette idée, devait s’inscrire dans un soucis de coopération entre les acteurs, les collectivités territoriales et l’Etat avec un objectif pluriannuel de développement. Nous l’avons ensuite déclinée selon les axes principaux suivants :
Développer un schéma qui permette sur un territoire donné (région, département, pays, agglomération) de faire :
L’analyse des ressources disponibles : Artistiques (individuelles, collectives, amateurs, professionnelles), Culturelles (consommation, sensibilisation, éducation, expression, identitaire), Economiques (entreprise, emploi, redistribution, régulation, …).
L’identification des territoires possibles à couvrir : l’analyse ne doit pas se faire exclusivement au regard des seuls découpages administratifs, mais recouvrir d’autres notions et réalités (« bassin de vie », de relations sociales, de comportements culturels, d’économie, zone de développement de projets (mutualisation, coopération…). Cette entrée doit exister au même titre que les autres, pour Ne pas « oublier » certains territoires, adapter au mieux les dispositifs à la réalité locale, harmoniser ou homogénéiser la réponse publique, permettre les initiatives
L’analyse des outils possibles de réalisation, existants ou à créer : lieux, les écoles associatives et administrées, les collectifs artistiques, les centres régionaux et pôles, les producteurs, les tourneurs, les festivals, …
Enfin, après avoir effectuer ceci, nous pourrons alors enclencher une réflexion sur les lieux eux-mêmes, définir un positionnement variable de l’action des lieux et des autres acteurs intervenant sur le secteur. On pourra aussi définir synergies et coopérations dans un cadre de « cahier des charges » en privilégiant :
Une approche ne reproduisant pas les schémas effectifs sur d’autres champs (théâtre) et qui intègre une notion participative et de responsabilité.
Les fonctions premières et secondaires, générales et spécifiques
Une préoccupation d’exigence artistique et culturelle permettant aux populations d’avoir accès à une plus-value de qualité et de diversité.
Une régulation entre les différentes valeurs qui traversent le secteur.
La détermination des outils d’observation et d’évaluation
L’installation des outils de gestion collective (COREPS, Etat/collectivités territoriales, …).
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