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Article mis à jour le vendredi 23 mars 2012
Article créé le mercredi 7 mars 2012

 
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Interviews

Ce n’est qu’un début, continuons le… débat !

Vingt-six acteurs du jazz en France réagissent au Rapport d’étape

Pour nourrir le débat provoqué par la "révolution du jazzmin" et ses suites, nous avons demandé à vingt six acteurs du jazz en France (musiciens, membres de fédération, directeurs de festival ou de scène de jazz, journalistes, producteurs phonographiques, agents, etc.) de prendre connaissance des préconisations du Rapport d’étape et des propositions du ministre de la Culture. Avec liberté et rapidité, passion, franchise et talent, ils ont tous accepté de répondre à nos questions.

Armand MEIGNAN, directeur de l’Europa Jazz Festival et président de l’Afijma

L’association du jazz avec les musiques actuelles est-elle selon vous toujours pertinente ? Les conséquences de cette intégration sont-elles aujourd’hui bénéfiques ou pernicieuses ?
Elle est malheureusement « plus » politiquement correcte que pertinente, et les conséquences de l’intégration sont très pernicieuses. Il ne faut pas confondre le « métissage » qui fait évidemment partie (et comment !) de l’histoire du jazz et un choix politique douteux : mettre le jazz dans les musiques actuelles, volonté du ministère, c’est évidemment lui accorder beaucoup moins d’aides et de soutiens. Quel point commun entre Joëlle Léandre et Orelsan, entre Lee Konitz et Moriarty, entre Les Eurockéennes et Banlieues Bleues, entre Le Petit Faucheux à Tours et L’Aéronef à Lille ???

Parmi toutes les préconisations émises par le groupe de travail (insertion professionnelle, diffusion, export, structuration professionnelle, disque, médias) lesquelles vous semblent prioritaires ?
La préconisation prioritaire est l’une de celles que j’ai proposées. Pour booster la diffusion du jazz, il faut aider financièrement toutes les formes de coproductions entre des lieux « jazz » (club ou festival) et des lieux généralistes (Scène nationale, Smac, théâtre de ville, etc.). C’est beaucoup plus réaliste et pragmatique que de vouloir imaginer des « programmateurs jazz » au niveau des Smac ou des scènes nationales.

Dans le paysage du jazz d’aujourd’hui, quelle préconisation vous semble oubliée ou particulièrement « manquante » ?
Le rapport a été fait très sérieusement et il me semble qu’il a abordé tous les sujets majeurs.

Parmi les dix propositions du ministre, lesquelles vous apparaissent les plus importantes à mettre en œuvre le plus rapidement possible ?
Les dix propositions faites par le ministre me semblent trop vagues et peu volontaristes. Il y a trop de « mise à l’étude », de « réflexion » et peu d’engagement réel ! Que cela aurait été beau si, à la suite de la présentation de ce rapport, le ministre avait dit : je propose un plan de soutien au jazz assorti d’un budget d’urgence de XXX millions d’euros (je vous laisse mettre le chiffre !)


Denis LE BAS, directeur de Jazz sous les pommiers

L’association du jazz avec les musiques actuelles est-elle selon vous toujours pertinente ? Les conséquences de cette intégration sont-elles aujourd’hui bénéfiques ou pernicieuses ?
C’est à la fois dommage d’exclure cette musique des musiques actuelles, car le jazz est bien une musique d’aujourd’hui ! Mais il faut lui reconnaître des spécificités qui nécessitent un traitement différent. Les conséquences me semblent aujourd’hui moins bénéfiques que pernicieuses.

Parmi toutes les préconisations émises par le groupe de travail (insertion professionnelle, diffusion, export, structuration professionnelle, disque, médias) lesquelles vous semblent prioritaires ?
Insertion professionnelle, diffusion, médias.

Dans le paysage du jazz d’aujourd’hui, quelle préconisation vous semble oubliée ou particulièrement « manquante » ?
Pas un gros chapitre selon moi sinon de dire qu’il faudra que tout le monde fasse des efforts pour sortir des « chapelles », des « vieilles histoires » pour avancer ensemble. Le jazz souffre trop de ces cloisonnements et d’une vraie envie de travailler ensemble.


Roger FONTANEL, directeur des Rencontres internationales D’Jazz de Nevers et du Centre régional de jazz en Bourgogne, président de l’Ajon

L’association du jazz avec les musiques actuelles est-elle selon vous toujours pertinente ? Les conséquences de cette intégration sont-elles aujourd’hui bénéfiques ou pernicieuses ?
Je ne suis pas persuadé que cette association ait vraiment été pertinente. Mais ce serait un combat d’arrière-garde aujourd’hui que de vouloir faire sortir jazz et musiques improvisées du champ des musiques actuelles. Il convient cependant de toujours rappeler la spécificité du jazz et des musiques improvisées comme la nécessité de politiques publiques spécifiques pour cette esthétique.

Parmi toutes les préconisations émises par le groupe de travail (insertion professionnelle, diffusion, export, structuration professionnelle, disque, médias) lesquelles vous semblent prioritaires ?
Au vu des urgences, la priorité c’est d’abord et toujours la diffusion : un lieu par région/grande ville, un lieu identifié sur Paris et la sensibilisation des réseaux. En affirmant la réelle volonté (partagée État/collectivités locales) de nommer à leur direction des responsables avec un profil musique. Il faut surtout maintenir une certaine pérennité des projets musique (quand ils existent) au sein des établissements en étant vigilant au moment des renouvellements de directions. Vient ensuite la question de l’insertion professionnelle : intégration du volet insertion dans les cursus de formation, soutien aux dispositifs existants comme Jazz Migration, Jazz en scènes. Enfin, celle de l’export, à savoir consolider des actions déjà existantes, telles l’accueil de programmateurs étrangers, les échanges binationaux et une meilleur coordination Burex/Institut français.

Dans le paysage du jazz d’aujourd’hui, quelle préconisation vous semble oubliée ou particulièrement « manquante » ?
L’ensemble des préconisations répondent aux besoins du secteur, certaines correspondant d’ailleurs à des actions déjà existantes. Toutefois si le rapport mentionne en introduction un réseau de diffusion sans équivalent en Europe avec un maillage très important du territoire, il ne serait pas inutile de rappeler l’importance des festivals et scènes de jazz qui constituent un réseau essentiel de diffusion et d’accompagnement de projets. Or ce réseau est constitué de structures aux économies différentes mais toujours très fragiles. Le renforcement de ces réseaux en confortant ses acteurs me semble indispensable à travers des conventionnements pluriannuels d’objectifs associant les collectivités publiques. (Rappelons pour information qu’un festival n’est pas un "label" du ministère de la Culture)

Parmi les dix propositions du ministre, lesquelles vous apparaissent les plus importantes à mettre en œuvre le plus rapidement possible ?
En cohérence avec la question 2 : la création de lieux dédiés, le renforcement de la place du jazz dans les réseaux pluridisciplinaires, le renforcement de la collaboration entre formation et lieux de diffusion et l’extension et développement aux soutiens franco-britanniques et germaniques. Au-delà de ces préconisations - qui ne doivent pas rester des vœux pieux - il ne faut surtout ne pas perdre de vue qu’aujourd’hui comme hier le soutien à ces musiques repose toujours sur un fort "militantisme" incarné par des hommes et des femmes dont l’action sur le territoire est essentielle. Si ce "militantisme" est indiscutablement un moteur de l’action, les moyens de cette action doivent pouvoir être mobilisés auprès de l’ensemble des collectivités publiques.


Jacques PANISSET, vice-président de la l’Afijma, conseiller artistique des Détours de Babel

L’association du jazz avec les musiques actuelles est-elle selon vous toujours pertinente ? Les conséquences de cette intégration sont-elles aujourd’hui bénéfiques ou pernicieuses ?
Premier constat, le "monde du jazz", dans sa majorité, ne se reconnaît pas dans les "musiques actuelles". Mais comment définir ce que sont les "musiques actuelles"… ? Le terme a été forgé pour désigner tout ce qui n’était pas "musique classique" ou "musique contemporaine" et son emploi remonte grosso modo à la remise du rapport éponyme à Catherine Trautmann. Définir une esthétique par le fait de ne pas appartenir à une catégorie donnée ne permet pas d’en établir une représentation claire. D’où cette énumération floue et forcément hétérogène où se croisent jazz, chanson, rock, électro, rap, musiques du monde, musiques traditionnelles. Certes, on peut constater entre ces genres musicaux des points communs, voire des histoires communes ou cousines, une appartenance à ce que l’on nomme "musiques populaires". Mais, le Rapport le montre clairement, il subsiste des divergences importantes, presque irréductibles : modèle économique, structuration professionnelle, rapport avec une histoire et une mémoire, un patrimoine… Et, le rapport le rappelle fermement, le jazz est aussi une musique de répertoire autant que de création. Cela le rapproche des musiques "savantes", qu’elle soient classiques ou contemporaines. Le jazz est clairement une esthétique transversale qui ne peut se satisfaire d’être amputée d’une partie d’elle-même. Et c’est bien sur le terrain esthétique que réside sa singularité et son importance.
Comme l’écrivait, il y a quelques années mon ami Maurice Magnoni de l’AMR à Genève dans Viva la Musica : "La révolution qu’introduisait cette nouvelle culture musicale au sein du monde occidental est au moins de trois ordres : le repositionnement au centre de l’œuvre musicale de l’instrumentiste en tant qu’auteur-improvisateur-interprète ; l’importance primordiale accordée au rythme et au timbre par rapport à l’harmonie et à la mélodie ; l’intégration du corps physique du musicien comme source d’inspiration et de jeu." Tout cela impose de traiter le jazz "à part". La question est : comment faire cela sans arrogance et sans être taxé de corporatisme. Je dirai que, si un autre courant musical que le jazz se sent mal à l’aise dans la catégorie "musiques actuelles", il lui appartient de dire pourquoi. À nous d’affûter nos arguments ! Vouloir expliciter ce qui fait la substance de cette musique, vouloir la faire partager et aimer ne signifie pas que l’on ignore ou que l’on méprise les autres courants musicaux. La jeune génération de musiciens de jazz est ouverte à l’ensemble des expressions. Elle est formée aussi bien à l’écriture qu’à l’improvisation et baigne dans les cultures musicales du monde. Il est difficile de faire plus tolérant et ouvert !

Parmi toutes les préconisations émises par le groupe de travail (insertion professionnelle, diffusion, export, structuration professionnelle, disque, médias) lesquelles vous semblent prioritaires ?
Aucune n’est plus "prioritaire" que l’autre ! Tout est lié. Il faut rechercher le maximum de complémentarité entre les différents dispositifs afin de remettre au centre ce qui reste le but ultime, la rencontre avec le public et le renouvellement de celui-ci. Ainsi, il faut multiplier les incitations à travailler en réseau : lieux et dispositifs de formation/diffuseurs, développer le maillage territorial, multiplier les échanges interrégions, faire respecter les cahiers des charges des lieux subventionnés, aider les petits lieux (à cet égard les propositions d’aide sur les charges sont intéressantes) et les festivals ; sur l’export, il faut mettre en synergie tout les acteurs qui œuvrent dans cette direction autour de plateformes communes (refaire de Jazzahead ce que le Midem fût un temps, par ex., vous avez raison). Les problématiques de structuration professionnelle et de médiatisation du jazz sont essentielles et transversales. Chaque action doit être menée dans le respect des bonnes pratiques et relayée médiatiquement le plus possible.

Dans le paysage du jazz d’aujourd’hui, quelle préconisation vous semble oubliée ou particulièrement « manquante » ?
Le rapport, à défaut d’être exhaustif, est très complet. Au sujet de la question des publics, injustement critiquée par certains, je suis d’avis que l’ampleur du sujet impose une démarche innovante et approfondie qui rompe avec tout ce qui a été fait sur le sujet ces dernières années. Il ne convient pas d’étudier les publics du jazz, on les connaît, mais plutôt de comprendre la perception qu’a du jazz le commun des mortels, spécialement au sein des générations les plus jeunes. On aurait beaucoup à apprendre. Il faut y mettre des moyens et lancer une vaste étude nationale.

Parmi les dix propositions du ministre, lesquelles vous apparaissent les plus importantes à mettre en œuvre le plus rapidement possible ?
La création de lieux dédiés au jazz (j’aurais ajouté "et/ou le soutien renforcé à l’existant") dans une logique d’aménagement territorial nécessaire pour accompagner les nombreux artistes concernés.


Philippe OCHEM, directeur de Jazzdor

L’association du jazz avec les musiques actuelles est-elle selon vous toujours pertinente ? Les conséquences de cette intégration sont-elles aujourd’hui bénéfiques ou pernicieuses ?
C’est un débat dépassé, je crois. La question sémantique est intéressante mais nécessiterait une thèse. La vraie question est celle d’un développement « d’une politique spécifique » en faveur du jazz en France, que le jazz fasse partie des « musiques actuelles » ou pas.

Parmi toutes les préconisations émises par le groupe de travail (insertion professionnelle, diffusion, export, structuration professionnelle, disque, médias) lesquelles vous semblent prioritaires ?
Pour l’insertion professionnelle : soutien aux initiatives existantes (Jazz migration, Jazz en scènes). Il faut intégrer un volet « insertion professionnelle » dans les cursus de formation.
Pour la diffusion : favoriser la création de scènes nationales jazz, scènes conventionnées jazz, Smac jazz… au gré des territoires, des villes.
Pour l’export : consolider et développer les actions déjà entreprises en Europe. À savoir, les échanges binationaux, festivals français à l’étranger. Il faut également favoriser l’accueil de programmateurs étrangers sur l’ensemble des festivals français qui programment des musiciens français ou des groupes mixtes et organiser une meilleure coordination entre le Bureau export, l’Institut français et les autres structures participant à l’export dont l’Afijma et les sociétés civiles. Pour la structuration professionnelle : soutenir les sociétés civiles, généraliser les dispositifs d’aide à l’emploi pour les petites structures (clubs, collectifs, labels mais festivals également).


Cyrille GOHAUD, directeur du Pannonica à Nantes

L’association du jazz avec les musiques actuelles est-elle selon vous toujours pertinente ? Les conséquences de cette intégration sont-elles aujourd’hui bénéfiques ou pernicieuses ?
Tout est question de sémantique ! Si de nombreux mouvements du jazz sont passés, qu’en est-il d’aujourd’hui ? Soit nous considérons que c’est une langue morte, et que le renouvellement appartient à d’autres sphères non identifiées, alors mettons-le dans une boîte.
Soit nous revendiquons qu’il s’agit d’une langue vivante qui évolue au gré des métissages, dont le vocabulaire ne cesse de se modifier, alors laissons-le respirer. J’opte pour la seconde version. Le terme « musiques actuelles » contient aussi ses limites : à partir de quand une musique est ou n’est plus actuelle ? Je doute qu’on puisse dire que le rock soit une musique actuelle… il a déjà son patrimoine… Mais surtout : la musique n’est pas une affaire de styles, dixit Claude Tchamitchian. Il y a la forme (le style) et le fond. Et lorsque le fond fait surface, la musique prend vie, est incarnée. Ici et maintenant. C’est quoi le fond ? L’identité de celui qui joue à travers ses idées, ses sentiments, ses croyances, ce qui lui appartient, ce qu’il s’est approprié : ça joue ! D’où l’intemporalité. Au discours "ça joue, mais ce n’est pas nouveau", je préfère "ce n’est pas nouveau, mais ça joue". Cloisonner est une erreur : le renouvellement et le mouvement viennent de l’hybridation des formes, la plupart du temps grâce au talent des artistes, à leur imaginaire, mais aussi au contexte, à l’environnement, c’est insaisissable. C’est la créolisation, la vie. Aujourd’hui, ce que l’on nomme jazz continue à vivre à travers son répertoire (patrimoine), mais aussi ses mouvements actuels. Les deux ne doivent pas être opposés. D’autant que le patrimoine nourrit la création ! Si nous connaissons des difficultés d’exposition, ce n’est pas en jouant au Preservation Hall que nous sortirons de cette situation, mais bien en ouvrant le plus possible. Et surtout, le fait d’être avec les autres courants musicaux, c’est une attitude qui ne remet pas en cause les spécificités, l’identité, mais permet l’échange. Le seul chemin est celui de l’ouverture.

Parmi toutes les préconisations émises par le groupe de travail (insertion professionnelle, diffusion, export, structuration professionnelle, disque, médias) lesquelles vous semblent prioritaires ?
Allons pour la diffusion ! Mais tout le reste est aussi important.

Dans le paysage du jazz d’aujourd’hui, quelle préconisation vous semble oubliée ou particulièrement « manquante » ?
La production des nouveaux projets semble absente des préconisations : comment financer la création des projets (attention je ne parle pas du disque) ? Et la question du public : son renouvellement et son élargissement. Ce qui revient aussi à repenser la médiatisation et promouvoir l’action culturelle dans les festivals et les salles.

Parmi les dix propositions du ministre, lesquelles vous apparaissent les plus importantes à mettre en œuvre le plus rapidement possible ?
Relation formation/diffusion. Mais aussi création de lieux dédiés au jazz en tenant compte d’une logique d’aménagement du territoire. Le renforcement de la place du jazz dans les différents réseaux implique une logique de concertation avec les collectivités territoriales et les acteurs des MA dans le cadre de Solima.


Stephan LE SAGERE, directeur de la Fneijma

L’association du jazz avec les musiques actuelles est-elle selon vous toujours pertinente ? Les conséquences de cette intégration sont-elles aujourd’hui bénéfiques ou pernicieuses ?
Constatons d’abord que ce vocable de « musiques actuelles » n’a quasi aucun effet sur les publics. C’est donc institutionnellement que ça joue. Le jazz n’a rien perdu à ce regroupement sémantique sans cohérence esthétique ou culturelle qui date maintenant d’une vingtaine d’années. De toutes les esthétiques concernées, le jazz reste la plus soutenue par les politiques publiques. Interrogeons plutôt le terme générique « musiques actuelles ».

Parmi toutes les préconisations émises par le groupe de travail (insertion professionnelle, diffusion, export, structuration professionnelle, disque, médias) lesquelles vous semblent prioritaires ?
Dans l’ordre : soutenir les petits lieux. Ce sont eux qui font la première marche d’inscription professionnelle. Mais aussi lancer des dispositifs d’aide à l’emploi des musiciens. Impulser une politique de diffusion du jazz sur les médias généralistes et en particulier le service public de l’audiovisuel accessible à tous (France 2, France 3). Sans oublier de développer l’aide à l’export, car cette musique ou plutôt ces musiques ont vocation universelle. Bien des musiciens de France ont le discours musical à la hauteur de l’enjeu.

Dans le paysage du jazz d’aujourd’hui, quelle préconisation vous semble oubliée ou particulièrement « manquante » ?
Promouvoir la pratique musicale en amateur. Sûrement organiser une sorte de compagnonnage, à l’instar des artisans aux mains d’or.

Parmi les dix propositions du ministre, lesquelles vous apparaissent les plus importantes à mettre en œuvre le plus rapidement possible ?
La mise à l’étude de la création d’un dispositif d’insertion, pour les musiciens ; la mise en œuvre d’un soutien renforcé pour les 1 [1] parties. Mais aussi organiser le futur Centre national de la musique dans ce sens, ainsi que favoriser le renforcement des liens entre le Bureau export et l’Institut français pour mieux prendre en compte le développement international du jazz, sans oublier d’assurer une plus grande présence du jazz dans l’audiovisuel public.


Jacques BONNARDEL, président de Jazz(s)RA

L’association du jazz avec les musiques actuelles est-elle selon vous toujours pertinente ? Les conséquences de cette intégration sont-elles aujourd’hui bénéfiques ou pernicieuses ?
Cette intégration a été bénéfique pour l’ouverture stylistique, mais en termes d’économie culturelle et d’inscription dans les dispositifs, c’est un échec.

Parmi toutes les préconisations émises par le groupe de travail (insertion professionnelle, diffusion, export, structuration professionnelle, disque, médias) lesquelles vous semblent prioritaires ?
Plutôt insertion et diffusion, mais il s’agit d’une chaîne interdépendante.

Dans le paysage du jazz d’aujourd’hui, quelle préconisation vous semble oubliée ou particulièrement « manquante » ?
Peut-être des quotas à la radio comme pour la chanson française ?

Parmi les dix propositions du ministre, lesquelles vous apparaissent les plus importantes à mettre en œuvre le plus rapidement possible ?
 ????


Thierry MALLEVAËS, président du collectif Yolk et de l’association "Le Gros Cube"

L’association du jazz avec les musiques actuelles est-elle selon vous toujours pertinente ? Les conséquences de cette intégration sont-elles aujourd’hui bénéfiques ou pernicieuses ?
L’association du jazz avec les musiques actuelles nous paraît plutôt sans aucun effet. L’économie et les modes de fonctionnement du jazz n’ont rien à voir avec ceux des "musiques amplifiées" ou des "musiques traditionnelles". Mais je ne vois pas non plus ce que pourrait apporter au jazz le fait de sortir des réseaux musiques actuelles. En revanche, et c’est ce qui me semble le plus important, il convient de s’interroger sur ce que pourrait apporter (et n’apporte pas) l’ "affiliation" musiques actuelles. Je pense à l’accès au réseau de diffusion des musiques actuelles. Il faudrait que la labellisation "Smac" soit conditionnée à un minimum de programmation de jazz.

Parmi toutes les préconisations émises par le groupe de travail (insertion professionnelle, diffusion, export, structuration professionnelle, disque, médias) lesquelles vous semblent prioritaires ?
Disque : revoir les critères d’attribution d’aides à la production afin qu’ils ne soient pas obligatoirement subordonnés à un contrat de distribution physique, comme c’est le cas actuellement (sauf pour MFA).

Dans le paysage du jazz d’aujourd’hui, quelle préconisation vous semble oubliée ou particulièrement « manquante » ?
Il manque une réflexion plus globale sur ce qu’est le jazz. Je n’admets pas qu’on puisse énoncer comme une évidence le fait que le jazz serait une musique dite "de niche" ou "savante". Nous sommes convaincus que, même si il a été "confisqué" par une élite, le jazz est, par nature, une musique populaire. Les musiciens de jazz d’aujourd’hui sont aussi nourris de rock, de pop, de rap aussi bien que de musique contemporaine ou classique. Toutes ces influences s’entendent dans le jazz d’aujourd’hui et, en retour, ce jazz-là est un laboratoire qui nourrit les "musiques actuelles". Le jazz actuel est un maillon essentiel qui relie musiques savantes et musiques populaires, une fonction qui n’est absolument pas valorisée.
Plus concrètement, ce qui manque surtout, c’est un projet ambitieux de "sortie de niche", de reconquête d’un public populaire. Ce qui, à mon avis passe par une politique volontariste de développement des grands orchestres de jazz, les plus à même à produire une musique "spectaculaire" propre à toucher un public non initié. Cette politique devrait être menée conjointement par le ministère et les collectivités territoriales, en particulier les Régions pour aboutir, à terme, à un "maillage" proche de celui des orchestres nationaux en région. Cette proximité, cette familiarité avec des orchestres de grande taille est, je pense, essentielle dans la bonne santé de la musique "classique" et de ses festivals. Sans financement des pouvoirs publics, la musique classique serait réduite à quelques ensembles de musique de chambre et n’aurait pas le même impact public. Sans financement des pouvoirs publics, le jazz se vit surtout comme une profusion de trios ou quartets qui ne touchent guère que des convertis…

Parmi les dix propositions du ministre, lesquelles vous apparaissent les plus importantes à mettre en œuvre le plus rapidement possible ?
Le renforcement de la place du jazz dans les réseaux de diffusion comme les scènes nationales et les Smac.


Daniel YVINEC, contrebassiste, directeur musical de l’ONJ

L’association du jazz avec les musiques actuelles est-elle selon vous toujours pertinente ? Les conséquences de cette intégration sont-elles aujourd’hui bénéfiques ou pernicieuses ?
Il n y a aucune raison philosophique à mon sens pour que le jazz ne soit pas assimilé aux musiques dites actuelles. C’est une musique vivante avec des racines profondes, elle évolue chaque jour et revêt une multitude de formes. Historiquement elle a toujours été nourrie par les musiques de son temps. Là où il faut être vigilant, c’est dans la répartition des moyens matériels et humains. Si l’association du jazz aux musiques actuelles est amenée à perdurer, il est fondamental de veiller à ce que les acteurs culturels qui évoluent dans le monde des musiques actuelles aient une connaissance du jazz en profondeur et développent une curiosité à l’égard de toutes les formes qu’il peut prendre, cela doit figurer dans leur mission.
Par ailleurs, l’assimilation du jazz aux musiques actuelles ne doit pas favoriser certaines de ces tendances qui paraitraient sans doute à tort plus "actuelles" que d’autres.

Dans le paysage du jazz d’aujourd’hui, quelle préconisation vous semble oubliée ou particulièrement « manquante » ?
Trop rarement évoqué, un des axes essentiels à l’évolution positive de la situation du jazz aujourd’hui est l’idée de création d’un "label de qualité". Les diffuseurs et producteurs, a fortiori s’ils bénéficient d’un soutien public, me semblent avoir en main une bonne partie des cartes pour conquérir, éduquer et fidéliser leur public. S’ils gagnent sa confiance, celui-ci se déplacera sans avoir besoin systématiquement de "produits d’appel". Ils créent ainsi un "label de qualité" qui leur permet de faire découvrir au public des artistes en développement tout comme des artistes confirmés. La cohérence d’une programmation ou d’une ligne éditoriale est le garant de sa qualité et de sa pérennité, l’écart est ainsi diminué entre la notion d’artiste confirmé et celle d’artiste en développement. Cette façon d’envisager les choses a fait ses preuves dans bien des domaines (labels discographiques, Blue Note à son âge d’or, ECM, La collection blanche de chez Gallimard, les éditions de Minuit, etc.). Elle est bien entendu au cœur entre autres du projet de scènes conventionnées. Une telle démarche fait appel à une vision artistique créative, cohérente et en éveil, qui envisage les choses sur le long terme. Elle est l’alternative à la dictature des chiffres (rapport notoriété /jauge). La diffusion du jazz aujourd’hui ne semble pas toujours refléter sa vie quotidienne et son incroyable dynamisme. Voilà sans aucun doute des pistes qui permettraient de rétablir cette phase et de régénérer son public. Il est essentiel de mener une réflexion sur l’utilisation des fonds publics dans cette optique.

Parmi toutes les préconisations émises par le groupe de travail (insertion professionnelle, diffusion, export, structuration professionnelle, disque, médias) lesquelles vous semblent prioritaires ?
Parmi les dix propositions du ministre, lesquelles vous apparaissent les plus importantes à mettre en œuvre le plus rapidement possible ?
2 et 4 remix) Lors de la constitution de mon orchestre fin 2008, j’ai eu l’occasion de rencontrer au cours d’auditions plus de trois cents musiciens. Cela m’a conforté dans l’idée que la France est probablement aujourd’hui l’un des territoires les plus riches en forces créatives dans le domaine du jazz. Le jazz pratiqué aujourd’hui en France a assimilé ses racines afro-américaines. Bon nombre de ses acteurs et tout particulièrement ceux de la jeune génération défendent une identité forte qui capte de fait l’intérêt de nos voisins proches et éloignés. Lors de nos déplacements à l’étranger (USA, Amérique du Sud, Chine, Europe), j’ai eu l’occasion de ressentir une curiosité réelle à l’égard de ce qui se passe sur notre territoire. On sent clairement qu’une partie des directions qui se dessinent pour l’avenir de cette musique sont en gestation chez nous. Le jazz est aujourd’hui en France plus vivant que jamais. Il faut le faire savoir au public. Les moyens manquent cruellement en terme de communication, mais le jazz a eu parfois lui-même peur de perdre son âme en cherchant son public, cela me semble être une erreur fondamentale. Il y a un potentiel de curieux qui ne demandent qu’à découvrir et qui ne se soucient guère des styles et des modes. Le public de jazz vieillit et paradoxalement il y a de plus en plus de jeunes musiciens. La conquête de nouveaux publics est donc possible. Elle passe par une certaine forme d’enthousiasme, de générosité et d’énergie qui lui fait parfois défaut.
L’expression de l’esprit critique et les commentaires des spécialistes alimentent une certaine forme de vie du jazz aujourd’hui. C’est une chose nécessaire, mais insuffisante. Ce type de contenu reste dans une sphère déjà acquise à la cause et ne manque pas d’intimider un public qui bien que curieux ne se sent guère accueilli dans un univers qui lui paraît opaque.
Les médias ont un rôle crucial à jouer dans ce domaine. L’élargissement de leur champ d’action et de leurs moyens passera par cette volonté de donner envie, de transmettre un désir. Concernant l’idée d’un "lieu pour le jazz", c’est un sujet sur lequel je réfléchis depuis que j’occupe la fonction de directeur artistique de l’Orchestre national de jazz.
Voici un sommaire de l’état des lieux de ces réflexions :
a) L’Ajon (Association pour le jazz en orchestre national), une maison pour le jazz :
Dans un premier temps, il semble essentiel, aussi bien sur le plan artistique que stratégique (communication, diffusion, image), que les activités de l’Ajon soient concentrées autour d’un projet de développement d’orchestre, afin de contribuer à sa force et à son rayonnement. Il est en revanche indispensable d’en envisager un prolongement à moyen terme. Fort de l’assise d’un orchestre identifié et reconnu, l’Ajon pourrait devenir un lieu où se concentreraient les forces vives du jazz en France ainsi qu’un point de focalisation pour son rayonnement hors des frontières. En parallèle à l’activité d’un orchestre qui en serait la figure de proue, l’Ajon pourrait, sous une direction artistique solide et ouverte, élargir ses actions en confiant au directeur artistique la sélection d’un nombre croissant de musiciens qu’il ajouterait à un « catalogue » présenté sous le « label » ONJ. Ces derniers seraient sélectionnés en fonction de leur parcours, de leur force artistique et de la pertinence de leur projet. Toutes les esthétiques du jazz doivent y être représentées sans que le style soit un critère de sélection. La mission du directeur artistique serait l’accompagnement de ces musiciens dans leur projet. La mise en place de ces actions suppose bien entendu des moyens et une infrastructure nouvelle.
b) Un lieu pour l’ONJ :
Cette série d’activités à inventer seraient à mettre en place dans un lieu qui accueillerait les bureaux de l’Ajon, une salle de répétition (et de diffusion de jauge moyenne) pourvue d’un équipement permettant de documenter (audio/vidéo), promouvoir et archiver les travaux mis en place dans cette nouvelle forme de « maison pour le jazz » ; un lieu de « fabrique artistique » et d’échange, de réflexion et de confrontation des points de vue ; un lieu ouvert sur le monde auquel il s’adresse. Ce lieu aurait parallèlement pour vocation d’associer et de fidéliser un public et de sensibiliser divers partenaires qui pourront assister aux phases d’élaboration des projets (répétitions, ateliers de travail, master classes, rencontres inédites, conférences, sensibilisation). À terme, on peut également envisager des branches de ce nouvel outil en région. Ces derniers points, bien entendu, nécessitent une stratégie de partenariat et de financement réfléchie, efficace et adaptée et une réflexion globale entre les différents partenaires qui font la vie de l’Ajon.


Peter ORINS, batteur, directeur artistique du collectif Muzzix.

L’association du jazz avec les musiques actuelles est-elle selon vous toujours pertinente ? Les conséquences de cette intégration sont-elles aujourd’hui bénéfiques ou pernicieuses ?
Ce terme de musique actuelle est de toute façon assez problématique, car il regroupe à la fois des esthétiques évidemment très éloignées, mais surtout des économies et une structuration du secteur très hétérogènes. Ces différences sont à mon avis mal comprises aussi bien chez les musiciens que chez les diffuseurs. De même la coupure avec les musiques dites savantes, alors qu’aujourd’hui on peut retrouver autant de recherche dans les deux secteurs, avec des musiciens qui naviguent dans les deux mondes. Je crois cependant qu’une nouvelle génération de musiciens s’accommode assez bien de l’intégration du jazz aux musiques actuelles, ne se posant que rarement la question de savoir si la musique qu’ils font est du jazz ou autre chose. C’est l’une des composantes de cette musique de n’avoir pas de limites claires et de mélanger allègrement les influences et les styles musicaux. Par contre, un effort de pédagogie est probablement à faire pour montrer toute l’actualité de cette musique et sa place dans ces musiques actuelles. On sent bien que nombre d’organisateurs ou de médias ne semble pas prêt à jouer le jeu. C’est une habitude très française que de vouloir classer les choses en genre. Je pense qu’aujourd’hui le public est bien plus réceptif, curieux et prêt à prendre le risque de découvrir de nouvelles choses, si on lui en laisse la chance.

Parmi toutes les préconisations émises par le groupe de travail (insertion professionnelle, diffusion, export, structuration professionnelle, disque, médias) lesquelles vous semblent prioritaires ?
Toutes ces préconisations me semblent aller dans le bon sens, même si en temps que musicien, je pense qu’un effort particulier doit être fait en direction de la diffusion, nationale et internationale. Évidemment accompagné d’un effort de sensibilisation (qui peut se traduire aussi bien dans un effort sur les médias mais pour moi principalement par l’action culturelle, bien plus concrète et proche du public). Cette musique prend son sens au contact du public, se crée et s’épanouit en concert. Je pense aussi que le public se développe par une offre importante. Je suis plus sceptique sur la création de lieux spécifiques au jazz, qui pour moi sont difficiles à soutenir économiquement, et surtout enferment encore un peu plus cette musique sur elle-même. D’un autre côté, la dimension internationale est très importante. Trop peu de musiciens français jouent à l’étranger. On se doit de développer ces réseaux, car on a souvent l’impression de fonctionner dans un circuit un peu trop fermé.

Dans le paysage du jazz d’aujourd’hui, quelle préconisation vous semble oubliée ou particulièrement « manquante » ?
Tout ça va dans la bonne direction, mais il manque effectivement un point sur l’éducation artistique et la sensibilisation auprès des plus jeunes, mais aussi du public. Il ne s’agit pas de former toujours plus de musiciens, mais de faire connaître ces musiques « de niche » (sans distinction) au plus grand nombre et attiser ainsi la curiosité et l’envie de découverte.

Parmi les dix propositions du ministre, lesquelles vous apparaissent les plus importantes à mettre en œuvre le plus rapidement possible ?
Le renforcement de la place du jazz dans les différents réseaux de diffusion me paraît particulièrement important, et pas forcément compliqué à mettre en œuvre rapidement. De la même manière le soutien international, en prenant en compte les spécificités des musiques hors du champ commercial.


Guillaume DE CHASSY, pianiste

L’association du jazz avec les musiques actuelles est-elle selon vous toujours pertinente. Les conséquences de cette intégration sont-elles aujourd’hui bénéfiques ou pernicieuses ?
De fait, les musiciens de jazz actuels ont souvent un pied dans le jazz ET un pied dans les musiques actuelles amplifiées (rock, électro, pop, rap, etc.). L’inverse reste en revanche très rare. Association artistique oui, donc. Amalgame, certainement pas. Le jazz est une musique savante à l’apprentissage long et difficile qui se déploie dans une économie modeste, artisanale. Il est donc impératif de lui garder sa spécificité en tant que style musical à part entière, au même titre que la musique baroque (par exemple), que personne ne songe à amalgamer à la musique romantique. La vigilance s’impose donc.





Parmi toutes les préconisations émises par le groupe de travail (insertion professionnelle, diffusion, export, structuration professionnelle, disque, médias) lesquelles vous semblent prioritaires ?
Parmi les dix propositions du ministre, lesquelles vous apparaissent les plus importantes à mettre en œuvre le plus rapidement possible ?
Je réponds aux questions 2 et 4 en même temps : les points suivants me semblent prioritaires : Assurer une vraie place au jazz dans l’audiovisuel public (concerts, émissions pédagogiques, reportages etc.). C’est essentiel pour gagner de nouveaux publics. Sensibiliser, informer, séduire le public, voilà qui me semble crucial pour remplir ensuite les salles de concert. Renforcer la place du jazz dans les réseaux de diffusions "généralistes". Créer des lieux dédiés au jazz dans une logique d’aménagement territorial. Enfin mettre en œuvre un dispositif d’insertion (DEJA) pour les artistes en développement de carrière.Dans le paysage du jazz d’aujourd’hui, quelle préconisation vous semble oubliée ou particulièrement « manquante » ?
Une réflexion sur la formation des journalistes de jazz et, d’une manière générale, de tous ceux qui parlent de cette musique au grand public dans les médias.


Claude BARTHÉLEMY, guitariste, ancien directeur de l’ONJ

L’association du jazz avec les musiques actuelles est-elle selon vous toujours pertinente ? Les conséquences de cette intégration sont-elles aujourd’hui bénéfiques ou pernicieuses ?
Je persiste à penser que le jazz est plus une attitude vis-à-vis du fait musical plus qu’un style, et qu’il ne prend sa véritable pertinence que dans ses débordements. Il me semble que, du rock au rap au moins la filiation de ces styles avec le jazz, et le blues, est évidente. Si le jazz suinte dans tous les compartiments des musiques d’aujourd’hui, il faut s’attendre à ce que tout soit dedans aussi, donc je pense que son intégration aux musiques actuelles est implicite.

Parmi toutes les préconisations émises par le groupe de travail (insertion professionnelle, diffusion, export, structuration professionnelle, disque, médias) lesquelles vous semblent prioritaires ?
Nommer à la direction des scènes nationales des personnes issues du monde de la musique et du jazz (par exemple Claude Barthélemy).

Dans le paysage du jazz d’aujourd’hui, quelle préconisation vous semble oubliée ou particulièrement « manquante » ?
L’INTERDISCIPLINARITÉ dans les faits et non seulement dans les propos.

Parmi les dix propositions du ministre, lesquelles vous apparaissent les plus importantes à mettre en œuvre le plus rapidement possible ?
Développer l’aide aux tournées et aux séries de concerts à l’étranger en la découplant du disque et du tour support.


Jean-Michel LEYGONIE, directeur artistique du label Laborie Jazz et du festival Éclats d’émail (Limoges)

L’association du jazz avec les musiques actuelles est-elle selon vous toujours pertinente ? Les conséquences de cette intégration sont-elles aujourd’hui bénéfiques ou pernicieuses ?
Pour ma part le discours sur le positionnement est aujourd’hui trop tardif et trop réchauffé. Au regard des jeunes générations, il me semble pertinent d’ouvrir des lieux et des espaces sans étiquette, mais avec une communication importante autour de cette Culture qui se fait un peu plus chaque jour et qui est aux confins de plein de courants musicaux. Des lieux non pas « d’avant-garde » mais de « culture moderne actuelle ». Le jazz y retrouvera ses petits si l’on communique sur le fait que pour quasiment tous ces mouvements et toutes ces générations le jazz et le blues ont été au démarrage de tout.

Parmi toutes les préconisations émises par le groupe de travail (insertion professionnelle, diffusion, export, structuration professionnelle, disque, médias) lesquelles vous semblent prioritaires ?
En pôle position, l’insertion professionnelle et l’incitation auprès des collectivités territoriales, fédérations et écoles pour le renforcement des liens de partenariats entre la formation & la diffusion sur les territoires concernés. En 2 [2] lieu, la généralisation des premières parties (mais comment obliger qui à faire quoi ?). Ensuite la diffusion : déterminer un lieu par Région spécifique au jazz & musiques improvisées et maintenir les aides aux petits lieux de diffusion, essentiel pour ma part. L’export : peut-être une meilleure coordination entre le Bureau export, l’Institut français et les autres structures participant à l’export. Ne pas oublier d’y inclure des représentants des producteurs discographiques indépendants. La structuration professionnelle : là, pour ma part, c’est le soutien aux sociétés civiles en leur garantissant de nouvelles ressources financières. Le disque : pratiquer le prix unique et un taux de TVA sur le disque égal à celui du livre et réactiver le dispositif « plan label » et surtout ne pas abandonner le soutien via les crédits d’impôts sur la production.
Enfin les médias : développer les fréquences régionales attribuées aux radios jazz privées et inciter le passage auprès des chaînes de télévision.

Dans le paysage du jazz d’aujourd’hui, quelle préconisation vous semble oubliée ou particulièrement « manquante » ?
La bonne structuration des lieux de diffusion spécifique jazz & musiques improvisées en France. Il faut finaliser le schéma déjà existant de la FSJ en préconisant de nouveaux lieux et en rencontrant les acteurs de terrain pour pouvoir créer ces nouveaux lieux et par là même inciter les pouvoirs locaux à s’associer à la démarche de construction.

Parmi les dix propositions du ministre, lesquelles vous apparaissent les plus importantes à mettre en œuvre le plus rapidement possible ?
Renforcer les sociétés civiles.


Mohamed GASTLI, label manager Bee Jazz & Bee Pop

L’association du jazz avec les musiques actuelles est-elle selon vous toujours pertinente. Les conséquences de cette intégration sont-elles aujourd’hui bénéfiques ou pernicieuses ?
Oui, toujours pertinente, le jazz est une musique actuelle et une musique vivante. Cependant les Smac doivent être contrôlées afin que le quota de jazz qu’elles programment soit rigoureusement respecté. Les conséquences aujourd’hui de cette intégration sont pour le moment pernicieuses. Il faut que cela change.

Parmi toutes les préconisations émises par le groupe de travail (insertion professionnelle, diffusion, export, structuration professionnelle, disque, médias) lesquelles vous semblent prioritaires ?
Aujourd’hui le jazz n’a plus aucune visibilité médiatique. Si il en existe une, ce n’est plus du tout prescripteur. S’imposent donc une structuration urgente des médias jazz, ainsi qu’une réflexion sur un portail web. La deuxième préconisation prioritaire est la diffusion.

Dans le paysage du jazz d’aujourd’hui, quelle préconisation vous semble oubliée ou particulièrement « manquante » ?
Arrêter les guerres de chapelles et travailler tous dans un but commun. Cela serait bien de écrire cette préconisation en toute lettres.

Parmi les dix propositions du ministre, lesquelles vous apparaissent les plus importantes à mettre en œuvre le plus rapidement possible ?
Revoir les critères d’attribution d’aides à la production afin qu’ils ne soient pas obligatoirement subordonnés à un contrat de distribution physique, comme c’est le cas actuellement (sauf pour MFA qui fait figure d’exception, ayant déjà adapté ses critères dans ce sens) - Nommer à la direction des scènes nationales des personnes issues du monde de la musique et du jazz afin d’opérer un rééquilibrage par rapport aux directeurs actuels issus essentiellement des mondes du théâtre et de la danse. - Encourager une diversité de profils pour les nominations à la tête des Smac afin de mieux refléter la pluralité des expressions musicales.


Arnaud MERLIN, producteur à France Musique

L’association du jazz avec les musiques actuelles est-elle selon vous toujours pertinente ? Les conséquences de cette intégration sont-elles aujourd’hui bénéfiques ou pernicieuses ?
L’intégration du jazz au sein du joyeux foutoir des musiques actuelles résulte sans doute pour partie d’un défaut d’analyse du milieu du jazz lui-même, qui pensait gagner au change en se mettant dans la roue de quelques entrepreneurs dynamiques dans le champ du rock, notamment. Mais elle trahit aussi une certaine méconnaissance des dossiers qui transpire parfois des milieux institutionnels en matière de jazz, qu’il s’agisse de son patrimoine et de son actualité. Ayant échoué avec l’amusante plaisanterie des « musiques amplifiées » quelque temps auparavant, le ministère a peut-être cru de bonne foi pouvoir faire fi des spécificités du monde du jazz en le dissolvant dans un ensemble plus large, mais d’un contour tellement flou et si peu pertinent musicalement que l’échec était inéluctable. Comme d’autres musiques - traditionnelles, baroque ou contemporaine -, le jazz mérite tout simplement d’être considéré en tant que tel, pour lui-même. Loin de constituer le quart d’heure canaille d’un milieu classique en panne de fantaisie, le jazz ne peut davantage servir de béquille de respectabilité pour des expressions musicales en quête de légitimité.

Parmi toutes les préconisations émises par le groupe de travail (insertion professionnelle, diffusion, export, structuration professionnelle, disque, médias) lesquelles vous semblent prioritaires ?
En ce qui concerne l’insertion professionnelle, l’établissement d’un cahier des charges pour les concours et les tremplins devrait donner des résultats rapides et concluants. L’incitation à la programmation des premières parties relève de la même logique, et pourrait sans doute être mise en place dans un délai très raisonnable. Pour ce qui est des lieux, c’est sans doute le volet le plus important du rapport. La création d’un lieu parisien est espérée, réclamée, imaginée depuis de nombreuses années par le monde du jazz. Reste à en définir les contours plus précisément, mais il pourrait fédérer quantité d’acteurs, tant en matière patrimoniale que dans le domaine de la création (en abritant notamment l’Orchestre national de jazz). Une vraie « maison du jazz », qui remplisse des missions comparables à celles de la Cinémathèque française pour le septième art, aurait un sens à Paris, eu égard à la richesse du parcours de cette musique dans la capitale depuis près d’un siècle. Une telle institution aurait aussi valeur d’exemplarité sur l’ensemble du maillage territorial, à l’heure du passage de relais de l’administration centrale vers les collectivités, qui sont souvent à la recherche d’idées neuves en matière culturelle.
Le rapport attire aussi très justement l’attention du ministère sur les conditions d’attribution des aides, en particulier dans l’usage de la notion de création, souvent peu idoine en matière de jazz. Il insiste de la même façon sur les critères d’aides à la production des enregistrements. Ces deux sujets sont essentiels, à l’heure où l’on parle de créer un Centre national de la musique, dont on doute qu’il cherche jusqu’ici à prendre en compte les spécificités du jazz dans ses modalités de fonctionnement.
Enfin, l’idée d’un orchestre jazz « de répertoire » au sein de Radio France demanderait à être étudiée de près. Les exemples étrangers, notamment en Allemagne et dans les pays scandinaves, plaident pour une telle initiative, qui aurait d’intéressantes répercussions en matière médiatique.

Dans le paysage du jazz d’aujourd’hui, quelle préconisation vous semble oubliée ou particulièrement « manquante » ?
Il semble indispensable de renforcer de manière significative les moyens de fonctionnement, de diffusion et de promotion de l’Orchestre national de jazz. Eu égard à son label « national », cette phalange est loin de bénéficier des mêmes soutiens que ses équivalents dans le domaine « classique » - le moindre orchestre aidé en région connaît un meilleur sort. La mise en avant décomplexée d’une grande formation hexagonale constituerait aussi un appel d’air pour les dizaines de grandes formations existant aujourd’hui sur le terrain (ce dont l’association Grands Formats témoigne avec vigueur), qui pourraient ainsi bénéficier d’un plan concerté entre l’État et les collectivités territoriales afin de mieux accompagner ce secteur d’activité particulièrement riche, de longue date, en France, et encore très largement sous-estimé et sous-évalué.

Parmi les dix propositions du Ministre, lesquelles vous apparaissent les plus importantes à mettre en œuvre le plus rapidement possible ?
Les priorités me semblent aller, d’une part, à la création d’un lieu d’envergure nationale et internationale dans la capitale, sur le modèle d’équipements déjà existants pour d’autres formes artistiques ; d’autre part, à la création organisée d’un réseau maillé sur l’ensemble du terrain hexagonal avec des lieux dédiés exclusivement à cette musique ; enfin, à la pression amicale mais ferme de la tutelle sur les responsables de l’audiovisuel public afin qu’ils accentuent dans des proportions importantes la présence du jazz dans leurs grilles de programmes. À l’inverse du chantier du Centre national de la musique où l’on veut agir dans la précipitation sans avoir pris le temps de sonder l’ensemble des acteurs sur le terrain, le monde du jazz s’est déjà longuement penché sur les principales questions en débat depuis de nombreuses années. Des réponses ont été formulées, des solutions ont été proposées : halte aux états généraux, aux colloques et aux rapports, il faut aujourd’hui des actions, fortes et visibles ! Aux actes !


Xavier PREVOST, producteur à France Musique

L’association du jazz avec les musiques actuelles est-elle selon vous toujours pertinente ? Les conséquences de cette intégration sont-elles aujourd’hui bénéfiques ou pernicieuses ?
Pour moi, cela crée brouillage, dilution, tant sur le plan institutionnel que sur celui de la communication ; et, plus grave, sur le plan de l’identité artistique.

Parmi toutes les préconisations émises par le groupe de travail (insertion professionnelle, diffusion, export, structuration professionnelle, disque, médias) lesquelles vous semblent prioritaires ?
La diffusion de la musique vivante me paraît le problème majeur : car un déficit de diffusion, et une diffusion dans des conditions économiques de plus en plus désastreuses, conditionne le reste : la difficulté pour les artistes de se faire entendre. Le disque, ou plutôt la diffusion de musique/vidéo enregistrées selon de nouvelles modalités (téléchargement) est une autre priorité. La question de l’insertion professionnelle est plus délicate : je pense que tout musicien de haut niveau doit pouvoir se faire entendre (ce que nous faisons à la radio) ; cependant la compétence ne fait pas l’artiste. Gérer une filière selon des critères d’insertion peut conduire au nivellement, voire à l’étouffement de certaines personnalités : problème difficile, pour lequel je ne vois pas de solution miracle !

Dans le paysage du jazz d’aujourd’hui, quelle préconisation vous semble oubliée ou particulièrement « manquante » ?
Des propositions pour "former" le public : la radio fait ce qu’elle peut (Arnaud Merlin le fait magnifiquement) ; Antoine Hervé avec ses "Leçons" fait aussi quelque chose de remarquable. Trouver un didactisme doux qui fasse avancer le public. Les amateurs que nous sommes se sont formés par la curiosité, les rencontres, la lecture, l’écoute…. Réfléchir à ce que l’on peut "institutionnaliser" sans alourdir…

Parmi les dix propositions du ministre, lesquelles vous apparaissent les plus importantes à mettre en œuvre le plus rapidement possible ?
Les lieux et l’audiovisuel public.


Vincent BESSIÈRES, journaliste, commissaire d’exposition pour la Cité de la musique

L’association du jazz avec les musiques actuelles est-elle selon vous toujours pertinente ? Les conséquences de cette intégration sont-elles aujourd’hui bénéfiques ou pernicieuses ?
La catégorie « musiques actuelles » est problématique en soi car elle ne renvoie à aucune réalité musicale. Il n’y a pas de musique plus actuelle qu’une autre. On sait que cette catégorie est un fourre-tout créé par l’Administration pour regrouper par défaut des musiques qui avaient un seul point commun : avoir été négligées par les pouvoirs publics pendant des décennies. Le problème principal de cette catégorie est d’entretenir un clivage entre les musiques (les dites savantes contre les dites populaires, la grande contre les petites, les pures contre les commerciales, etc.) qui n’a plus lieu d’être. Toutes les musiques devraient faire l’objet d’une seule et même politique.
Le jazz a été classé dans les musiques actuelles sur un malentendu : celui auquel prête le terme « actuel ». On le comprend : quelle musique aurait acceptée d’être qualifiée de « passée », ou de « passéiste » ? Pour autant, la filière du jazz se retrouve englobée dans un univers qui n’obéit pas aux mêmes principes économiques, elle se retrouve enclavée dans un secteur qui est dominé par des acteurs pour qui le jazz est une musique extérieure et marginale (pour ne pas dire étrangère) et dans lequel les durées de carrière des artistes sont sans rapport. À bien des égards (niveau de formation des instrumentistes, lieux de diffusion, relais médiatiques, développement de carrière, poids dans la filière phonographique, etc.), la musique de jazz est beaucoup plus proche, dans les problématiques auxquelles elle est confrontée, de la musique classique. Un exemple d’effet pernicieux de cette intégration du jazz dans les musiques actuelles : la position du CNV qui ne subventionne que très peu le jazz (3,8% des aides allouées seulement !) car ses mécanismes de redistribution sont proportionnels au montant de taxe rapporté par chaque esthétique (le jazz pesant faiblement dans l’économie des musiques actuelles, il est… faiblement aidé !).
Autre effet pervers : la plupart des musiciens français ont intégré dans le développement de leur carrière le modèle dominant des musiques actuelles. À savoir, faire de la scène pour se roder, enregistrer des disques, obtenir une reconnaissance médiatique, etc., dans l’espoir d’amorcer une dynamique ascensionnelle comme les artistes de rock ou de rap : trouver un producteur, intéresser une maison de disques, jouer dans les grandes salles, etc. Or le réseau de diffusion du jazz en France, subventionné par l’État ou les collectivités, répond à d’autres critères : l’originalité à tout prix et/ou la massification de la fréquentation. Dans ce contexte, les artistes français ne font pas le poids. De là vient le malaise ambiant : ils ont l’impression de « jouer un jeu » mais de n’en retirer aucun fruit. Combien, qui bénéficient d’une reconnaissance critique, médiatique et publique, sont systématiquement absents des festivals, sous prétexte qu’ils ne sont pas assez « créatifs » ou pas assez « connus » ?

Parmi toutes les préconisations émises par le groupe de travail (insertion professionnelle, diffusion, export, structuration professionnelle, disque, médias) lesquelles vous semblent prioritaires ?
Deux priorités s’impose pour moi : a) la fin du dogme du concept de « jazz de création » dans l’attribution des aides aux lieux et aux artistes : le jazz est bien évidemment une musique de création, mais jusqu’à présent, l’interprétation qui a été faite de ce terme par toutes les instances qui allouent des subventions a été calquée sur d’autres champs artistiques, notamment la musique ou l’art contemporains. Or, l’idée de création ex nihilo, la prééminence accordée à la composition (en tant que fixation écrite), le développement de nouvelles pratiques, l’abstraction formelle, etc., ne correspondent que très partiellement à la manière dont les musiciens de jazz développent leur discours aujourd’hui. Or, c’est à cette aune qu’ils sont systématiquement jugés. Cette manière d’envisager la création est d’autant plus contestable qu’elle fait fi de la manière dont le jazz s’est développé depuis ses origines : dans un constant dialogue avec son passé, son répertoire, ses formes, sa tradition. Cette dimension spécifique au jazz a toujours été ignorée par les subventionneurs au profit d’une conception très occidentale de la modernité. En outre, il me paraît contestable que ce soit l’État ou les instances qui agissent sous son autorité qui discriminent ce qui est « créatif » de ce qui ne l’est pas. La subvention ne doit pas avoir pour fonction d’encourager une orientation esthétique (au risque d’engendrer un art « officialisé ») mais bien d’assurer la plus grande diversité des expressions. Aussi, il est crucial que les conditions de son attribution soient repensées – qu’il s’agisse d’aider des artistes, des lieux ou des festivals. La subvention doit devenir le « coup de pouce » qui permet à un projet de se concrétiser. Elle ne doit pas servir à sanctuariser un faible nombre d’artistes privilégiés parce que considérés créatifs. À l’heure actuelle, tous les musiciens sont confrontés à des difficultés et pas seulement les tenants du jazz prétendument le plus innovant. Dans cette perspective, il est impératif d’aider toutes les esthétiques du jazz, du plus traditionnel au plus novateur, en donnant la prééminence à des critères d’attribution tels que l’originalité de la proposition artistique, la cohérence du parcours professionnel, l’accueil critique et public, les objectifs de diffusion, le respect de la réglementation, etc. Il faut tuer cette idée que le swing, les grilles et le blues sont incompatibles avec la modernité !
b) Inscrire la diffusion du jazz dans le cahier des charges des Smac : si le jazz est appelé à rester dans le giron des musiques actuelles, alors les lieux qui sont soutenus par les pouvoirs publics pour contribuer à la diffusion de celles-ci doivent impérativement intégrer une part non négligeable d’artistes de jazz dans leur programmation. La centaine de lieux labélisés dont la France sera bientôt dotée doivent avoir dans leurs missions de proposer des concerts de jazz au public. Mais du jazz qui ne soit pas nécessairement vu par le prisme des musiques actuelles mais pour lui-même : certes le jazz entretient des porosités avec le restant des musiques d’aujourd’hui, mais ce n’est qu’un aspect de sa créativité. Il est essentiel que les responsables de Smac, dont la culture est le rock ou l’électro, s’ouvrent à ce qu’est cette musique et cessent de ne la considérer qu’à partir des musiques qui leur sont familières. Leur mission est d’offrir au public les chances d’entrer en contact avec des musiques auxquelles il ne serait, sans eux, pas exposé – le jazz en fait partie.

Dans le paysage du jazz d’aujourd’hui, quelle préconisation vous semble oubliée ou particulièrement « manquante » ?
J’en recense deux, à mes yeux importantes : a) les obligations des festivals en matière de diffusion d’artistes français et de nouveaux talents : dans le jazz, à la différence du restant des musiques actuelles, les festivals sont, par leur nombre, le principal vecteur de la diffusion, bien plus que les lieux permanents, en faible nombre sur le territoire national. Or, si l’on excepte l’Afijma qui s’est doté d’un cahier des charges, nombre de ces festivals, bien que subventionnés par la puissance publique, se sont engagés dans des logiques de massification et de « marketing territorial » qui tendent à stariser les affiches et, de fait, à uniformiser les programmations au détriment de l’émergence de nouveaux talents, de la diversité artistique. Cette logique, les artistes français en font les frais, souvent perçus comme moins attractifs que leurs homologues étrangers. Dans le soutien qu’elles apportent aux festivals, les collectivités territoriales sont généralement ambiguës, tendant à privilégier les manifestations les plus œcuméniques, en négligeant qu’elles ont des responsabilités sur ces questions. Elles devraient pourtant conditionner une partie de leur soutien au fait d’illustrer la diversité des expressions et de contribuer à révéler des musiciens émergents.
b) la conservation des archives et du patrimoine de l’histoire du jazz en France : alors que le jazz est présent sur notre territoire depuis près d’un siècle, que la France a été une terre d’adoption pour certains de ses grands héros, qu’elle a donné naissance à des labels importants, qu’elle a vu émerger des artistes de première importance, sa mémoire sur notre territoire ne fait l’objet d’aucune politique de conservation, de documentation ou de numérisation digne de ce qu’elle représente. Largement concentrée dans des collections privées, ces archives (imprimées, sonores, phonographiques, etc.) sont menacées de disparition pure et simple. Rien n’est fait par la puissance publique pour les préserver alors que les documents (partitions, photos, disques, revues, affiches, bandes enregistrées, etc.) qui gardent la trace d’une histoire unique au monde en dehors des États-Unis, abondent mais se dégradent. L’avènement d’un lieu dédié au jazz – s’il a lieu – doit absolument intégrer cette dimension archivistique et s’inscrire dans la perspective des bibliothèques numériques afin de rendre ce patrimoine exceptionnel disponible au plus grand nombre. Il pourrait en outre contribuer à faire redécouvrir des pans entiers de musique malheureusement négligée.

Parmi les dix propositions du ministre, lesquelles vous apparaissent les plus importantes à mettre en œuvre le plus rapidement possible ?
La réflexion autour d’un lieu pour le jazz à Paris pour accueillir l’Orchestre national de jazz et une pépinière de talents et de projets : il manque au jazz en France un lieu vitrine qui serve de référent au public et à l’ensemble des acteurs culturels qui sont en demande de visibilité sur l’actualité de cette musique. À l’image du rôle rempli par les théâtres nationaux, un tel lieu – avec ou sans l’ONJ en son sein – devrait avoir pour vocation de faire émerger de nouvelles propositions artistiques, mais aussi de redonner vie au répertoire, de favoriser les rencontres entre musiciens et de développer les actions en faveur du public. Il permettrait à nombre de programmateurs de lieux généralistes d’avoir un pôle de référence en matière de jazz. Cependant, un tel lieu n’aurait de légitimité que s’il est ouvert à toutes les esthétiques qui font la diversité du jazz dans notre pays. Le jazz traditionnel doit pouvoir y voisiner avec la descendance du free jazz, les émules du M-Base s’y sentir aussi bien que les boppers de cœur… Un tel lieu – qui serait une véritable maison du jazz, lieu de showcase et de débat, d’exposition et de diffusion, de rencontres et de débat – pourrait aisément trouver sa place dans le paysage, sans empiéter sur le périmètre des clubs privés ni sur celui des salles institutionnelles qui, de toute manière, œuvrent assez peu dans le champ du jazz. Enfin, ce lieu pourrait remplir une véritable mission patrimoniale dans la conservation d’archives du jazz en France, des archives dont la valorisation régulière pourrait trouver des échos dans la programmation musicale. Reste à savoir si, par-delà les querelles de chapelles qui traversent le jazz en France depuis des décennies, un tel œcuménisme ne relève pas de l’utopie !
Important me semble aussi le soutien à la création de clusters ou grappes d’entreprises qui puissent accompagner les artistes de jazz : la filière du jazz manque de professionnels pour accompagner le travail des artistes. Peu de producteurs de spectacles opèrent dans ce champ, les attachés de presse établis se comptent sur les doigts de la main, les labels ont des économies très fragiles, les collectifs de musiciens ont du mal à générer suffisamment d’activité pour pérenniser un emploi administratif… Il est probable que la mutualisation des moyens pour de petites structures œuvrant toutes à la valorisation et la diffusion du jazz serait bénéfique à un secteur très fragmenté. Le rapprochement au sein d’un cluster ne pourrait que contribuer à dynamiser l’activité et à favoriser les échanges interprofessionnels. Il serait aussi l’occasion pour nombre de ces acteurs de mieux appréhender le travail de l’autre et de rompre avec certains préjugés. Enfin, un tel regroupement serait sans doute pertinent pour les artistes eux-mêmes qui sont souvent en mal de contacts et de réseaux professionnels lorsqu’ils cherchent à développer leur activité.
Autre priorité : la création de lieux dédiés au jazz dans une logique d’aménagement territorial nécessaire pour accompagner nombreux artistes concernés. Il est évident que le maillage des scènes de jazz en France est trop faible, surtout comparé au réseau des musiques actuelles qui ont vu se développer depuis vingt ans une multitude de lieux. Si l’Hexagone pouvait se doter dans ses grandes villes de lieux diffusant du jazz régulièrement, ce serait une véritable avancée. Mais ne nous leurrons pas : la rentabilité des salles de concert et les nombreuses contraintes règlementaires qui pèsent sur leur activité en font des lieux culturels à la gestion délicate, qui peuvent difficilement fonctionner sans le soutien de la puissance publique…


Jean-Michel PROUST, musicien, directeur artistique du festival Jazz au phare

L’association du jazz avec les musiques actuelles est-elle selon vous toujours pertinente ? Les conséquences de cette intégration sont-elles aujourd’hui bénéfiques ou pernicieuses ?
Comme écrit dans le rapport d’étape, les Smac ont une économie, un fonctionnement et une structuration qui leur correspondent parfaitement, mais qui ne leur permettent pas de mêler les besoins et les nécessités du jazz à leur construction. Les conséquences d’une intégration ne peuvent être qu’au détriment du jazz qui n’est pas pris en compte pour ses spécificités. Ce sont deux cultures différentes.

Parmi toutes les préconisations émises par le groupe de travail (insertion professionnelle, diffusion, export, structuration professionnelle, disque, médias) lesquelles vous semblent prioritaires ?
La première chose, retrouver une place dans les médias. Que le service public fasse son travail, bordel ! Le jazz est la bonne santé de la musique créative en France. Il doit être amplifié par les médias. Le problème du jazz n’est pas ses musiciens (jamais aussi nombreux), sa créativité (jamais aussi diversifiée) ou son public (jamais autant de festivals de jazz), mais ce qui les relie entre eux. La seconde priorité est la création d’une Maison du jazz.

Dans le paysage du jazz d’aujourd’hui, quelle préconisation vous semble oubliée ou particulièrement « manquante » ?
La création d’un radio jazz au sein de Radio France.

Parmi les dix propositions du ministre, lesquelles vous apparaissent les plus importantes à mettre en œuvre le plus rapidement possible ?
Assurer une plus grande présence dans l’audiovisuel public.


François PEYRATOUT, agent et tourneur, directeur de Nemo

L’association du jazz avec les musiques actuelles est-elle selon vous toujours pertinente ? Les conséquences de cette intégration sont-elles aujourd’hui bénéfiques ou pernicieuses ?
La jeune génération fait exploser les barrières. En perpétuel mouvement le jazz s’enrockise, s’universalise. Lorsque nous serons débarrassés des "bacs" chers à la Fnac, plus de jazz ou de pop, juste de la musique ! Je travaille de plus en plus avec des festivals pluristyles, voire pluri-disciplinaires : Renaud Garcia-Fons y cotoie Zebda, Minvielle & Suarez croisent Raoul Petite…..La musique de Thomas de Pourquery ne rentre pas dans les cases, etc. Alors, oui, le jazz est une musique on ne peut plus actuelle. Ne laissons pas les musiques qui s’écoutent debout un verre de bière à la main accaparer le terme. Nous devons le revendiquer au même titre que les autres musiques d’aujourd’hui. Le jazz est une musique actuelle et savante (et savant n’est pas un gros mot !)

Parmi toutes les préconisations émises par le groupe de travail (insertion professionnelle, diffusion, export, structuration professionnelle, disque, médias) lesquelles vous semblent prioritaires ?
Le constat exact est qu’il y a beaucoup trop de propositions de musiciens de jazz par rapport à ce que le marché peut absorber. Il y a donc comme seule solution la nécessité d’agrandir le marché. Pour être plus diffusé, il faut plus d’audience, pour avoir plus d’audience, il faut plus de médiatisation. Cela passe d’abord par la radio hertzienne et web (le jazz, çà commence par s’écouter), mais aussi télé (çà se regarde aussi). Les dernières Victoires du jazz sous l’impulsion de Jean-Jacques Milteau ont présenté un visage du jazz plus attractif, sans concession sur la qualité. C’est un exemple, d’autres doivent suivre…

Dans le paysage du jazz d’aujourd’hui, quelle préconisation vous semble oubliée ou particulièrement « manquante » ?
Dans tout ce débat, je relève depuis le début l’absence du mot "public" dans l’expression et les attente des musiciens. Sans le public, on ne le fera rien, c’est un travail quotidien de faire venir le public au jazz, un travail de fourmi essentiel.

Parmi les dix propositions du ministre, lesquelles vous apparaissent les plus importantes à mettre en œuvre le plus rapidement possible ?
Très logiquement après ce que je viens d’écrire, c’est assurer une plus grande présence du jazz dans l’audiovisuel public. Mais aussi renforcer la place du jazz dans les réseaux de diffusion en général. La France ne manque pas de salles. On brassera plus de public en allant dans les lieux existant qui ont déjà en public. Mais comme ces salles sont souvent au maximum de leur capacité d’utilisation, la création de lieux dédiés au jazz dans une logique d’aménagement territorial me semble importante. Une scène de jazz par région ne serait pas du luxe, à condition qu’elle soit plurielle et pas renfermée sur un seul courant jazz comme c’est souvent le cas actuellement.


François-Xavier RUAN, directeur général de l’Ajon

L’association du jazz avec les musiques actuelles est-elle selon vous toujours pertinente ? Les conséquences de cette intégration sont-elles aujourd’hui bénéfiques ou pernicieuses ?
La question est pernicieuse. Comment catégoriser et cloisonner les musiques ? Aucun amateur et mélomane averti ne se sent à l’aise dans ce débat. Pour ma part le jazz à toujours été une musique actuelle (très actuelle !) et donc sur ce terrain esthétique, il n’y a débat que pour les ignorants. Par contre, qu’il y ait aujourd’hui une évaluation des politiques culturelles mises en place depuis 20 ans en faveur de la musique en général, c’est bien sûr indispensable. Et l’on se rendra à l’évidence qu’il y a du bon et du moins bon. Sur le terrain de l’accessibilité, de l’enseignement, de l’ouverture artistique, il y a eut un réel progrès. Sur le terrain de la vie professionnelle des musiciens de jazz, là il y a beaucoup à dire. Nous pouvons donc avancer aujourd’hui que toutes les musiques dites "actuelles" ne peuvent avoir la même politique culturelle, la même approche structurelle. Il faut maintenant développer une vision plus "écologique", et mieux tenir compte de la richesse des diversités des genres et des pratiques. Toutefois, et avant toute chose, prime un débat de fond sur le positionnement économique et commercial de cette musique (l’art et essai musical, le non lucratif, etc.)

Parmi toutes les préconisations émises par le groupe de travail (insertion professionnelle, diffusion, export, structuration professionnelle, disque, médias) lesquelles vous semblent prioritaires ?
Bien sûr pour moi c’est la diffusion "live" cette musique lorsqu’elle est au contact du public, séduit et et développe un esprit critique artistique. Un Pannonica par région ! Au minimum, je le « choruse » sur tous les tons depuis 15 ans. Un lieu permanent adapté a cette musique est indispensable à son développement et l’aboutissement normal à l’insertion professionnelle et à la formation des publics.

Dans le paysage du jazz d’aujourd’hui, quelle préconisation vous semble oubliée ou particulièrement « manquante » ?
Toutes ces préconisations sont bonnes, elles sont peu ou prou les mêmes depuis longtemps, reste qu’elles sont une fois de plus incantatoire, j’en ai peur… Autour de la table pas de collectivités territoriales… et à deux mois des élections, on peut s’inquiéter du suivi de ces préconisations.

Parmi les dix propositions du ministre, lesquelles vous apparaissent les plus importantes à mettre en œuvre le plus rapidement possible ?
Pour moi, un plan national de création de 20 lieux de diffusions type Pannonica, Petit Faucheux, sur le territoire français, serait une décision aussi importante que la création d’un ONJ en 1986. Et au regard des budgets d’une Scène nationale, cela resterait un plan modeste.


Jean-Marie MACHADO, pianiste, directeur musical de Danzas, membre de Grands Formats

L’association du jazz avec les musiques actuelles est-elle selon vous toujours pertinente. Les conséquences de cette intégration sont-elles aujourd’hui bénéfiques ou pernicieuses ?

La difficulté est celle du lien affectif aux choses et du sens des mots pour tout un chacun. Prenons la musique contemporaine. J’ai aimé faire partie de cette grande famille dans laquelle le jazz peut aussi se retrouver, mais il a été salutaire de se sauver de là car elle s’est révélée en fait une famille sectaire et renfermée sur ses convictions. Le jazz peut parfois aussi devenir sectaire, héla ! Je pense qu’il y a un sens évident à lier le jazz aux musiques actuelles si celles-ci restent ouvertes et accueillantes. Si cela doit devenir un mot outil, un mode de sélection dur et sans pitié, ce n’est bon pour personne. Pour le moment, cette appellation est encore trop attachée à une certaine forme de musiques d’aujourd’hui. Il faut élargir ses palettes pour pouvoir aller de l’avant dans cet engagement de façon concrète.

Parmi toutes les préconisations émises par le groupe de travail (insertion professionnelle, diffusion, export, structuration professionnelle, disque, médias) lesquelles vous semblent prioritaires ?

Ce groupe de travail représente des chemins, des personnes très différentes dans l’avancée des réflexions. Il y a certes de l’enthousiasme et de l’espoir, mais il y a aussi beaucoup de choses trop rapidement approchées en regard de leurs urgences. Il y a certaines choses que beaucoup de musiciens de jazz plus anciens on commencé à dire il y a déjà plus de 20 ans et plus. Peut-être que, pour avancer vraiment, il faudrait répondre à cette première question : pourquoi revient-on éternellement sur toutes ces constatations, ces portes fermées ? Quelle impression de déjà vu ! Pour ma part, c’est déjà au-delà de ces limites que nous situons nos démarches. Nous avançons en essayant de trouver les appuis qui permettent nos existences. Les réponses, beaucoup d’entre nous les connaissent. Aux décideurs de les entendre et de les mettre enfin en œuvre.

Dans le paysage du jazz d’aujourd’hui, quelle préconisation vous semble oubliée ou particulièrement « manquante » ?

Le lien intergénérationnel : il faut mixer les générations de musiciens. C’est la musique que nous jouons qui le demande. Faire une politique qui couperait cette magnifique qualité dans nos musiques serait une erreur majeure. Je m’explique : l’émergence doit être aidée, mais le développement dans le temps d’une carrière également, sinon les émergents d’aujourd’hui deviendront quoi ? Et qui mieux qu’un artiste qui développe sa route dans la durée peut aider les jeunes générations, car en dehors d’une simple réflexion, c’est notre musique qui demande cette fraternité.

Parmi les dix propositions du Ministre, lesquelles vous apparaissent les plus importantes à mettre en œuvre le plus rapidement possible ?

Il y a l’idée des lieux et le problème de la diffusion. Tout jeune musicien, j’avais déjà fait cette constatation que c’était le nerf de la guerre. Alors aujourd’hui avec Grand Formats, nous sommes dans la réalisation active et avançons en informant nos partenaires de nos projets en espérant être écoutés et soutenus, convaincus que nos projets sont mûrs et évidents. Pour moi, il manque une idée essentielle dans ces propositions : elle concerne directement les artistes. Il faut donner une place majeure aux compagnies artistiques conduites par la passion et l’engagement. Elles trouvent les chemins pour ouvrir sans cesse les voies et représentent aussi un ensemble de valeurs humaines garantes de la seule motivation hautement créative.


Sylvia VERSINI-CAMPINCHI, directrice artistique de Sylvia Versini Octet, membre de Grands Formats

L’association du jazz avec les musiques actuelles est-elle selon vous toujours pertinente. Les conséquences de cette intégration sont-elles aujourd’hui bénéfiques ou pernicieuses ?

L’association du jazz avec les musiques actuelles est pertinente, car cela permet de faire découvrir le jazz à un public non initié. Je parle en priorité d’un public de jeune, d’ados, qui n’écoute que du R&B, du Hip Hop. Les conséquences de cette association sont donc bénéfiques, mais restent néanmoins pernicieuses au niveau des enveloppes financières. Le jazz est noyé du fait d’un public spécifique plus restreint. Du coup, les aides ne sont souvent pas à la hauteur des espérances.

Parmi toutes les préconisations émises par le groupe de travail (insertion professionnelle, diffusion, export, structuration professionnelle, disque, médias) lesquelles vous semblent prioritaires ?

Médias, donc diffusion. Ensuite insertion professionnelle.

Parmi les dix propositions du Ministre, lesquelles vous apparaissent les plus importantes à mettre en œuvre le plus rapidement possible ?

D’abord, la mise en œuvre d’un soutien renforcé pour les premières parties tout en n’oubliant pas d’assurer une plus grande présence du jazz dans l’audiovisuel public. Ensuite, le renforcement de la place du jazz dans les réseaux de diffusion comme les scènes nationales, les scènes conventionnées, les scènes de musiques actuelles.


Bruno TOCANNE, batteur, directeur artistique du réseau Imuzic

L’association du jazz avec les musiques actuelles est-elle selon vous toujours pertinente ? Les conséquences de cette intégration sont-elles aujourd’hui bénéfiques ou pernicieuses ?

Elle ne l’a jamais été. Non que le jazz ne soit pas d’actualité. Bien au contraire, il ne l’a jamais été autant. Mais, parce que, derrière cette association, il y a d’abord eu celle avec les "musiques amplifiées" dont la définition - restrictive - ne pouvait que nous marginaliser. Ce qui est effectivement advenu malgré nos mises en garde. Ne nous voilons pas la face. Sous cette appellation ont été mis en place des dispositifs conformes aux souhaits des acteurs du rock et de ses dérivés (ce qui était nécessaire et aurait du être positif), puis au fur et à mesure, à ceux des industries musicales… Sans tenir aucun compte de la spécificité de notre secteur, plus proche de l’artisanat d’art que de l’industrie !

C’est un peu une question piège, car si nous nous revendiquons très clairement comme artistes ancrés dans l’actualité, défendant des musiques parmi les plus transversales, nous avons besoin d’être considérés à part, économiquement, culturellement et socialement… Aucune forme d’élitisme ici, comme j’ai pu me l’entendre reprocher, mais bien une volonté de survivre au rouleau compresseur de l’industrie musicale qui a une fâcheuse tendance à éliminer tout ce qui lui semble en marge. Nous sommes à la fois proches des musiques contemporaines, donc de la création musicale, et des musiques "populaires", donc de fait remisés au sein de l’industrie du divertissement…

Du coup n’étant nulle part et partout, nous ne bénéficions ni des aides ni de la reconnaissance des musiques contemporaines, ni des moyens et de la médiatisation des musiques populaires. Il nous faut donc d’urgence inventer une troisième voie pour "la plus savante des musiques populaires".

Parmi toutes les préconisations émises par le groupe de travail (insertion professionnelle, diffusion, export, structuration professionnelle, disque, médias) lesquelles vous semblent prioritaires ?

Elles sont toutes prioritaires ! Pour autant j’en mettrais quelques unes en avant : Il faut à tout prix que nos musiques puissent à nouveau être présentes dans tous les lieux de diffusion qu’ils soient dédiés ou non au jazz et à ses dérivés. La culture se nourrit au quotidien et non pas au coup par coup dans des festivals de prestige. Nous souffrons terriblement du fait de ne plus être mis assez souvent en relation avec toutes sortes de publics, où qu’ils se trouvent. Ces publics que nous rencontrons de manière plus directe du fait que nous sommes devenus organisateurs faute d’interlocuteurs, (y compris en milieu rural, secteur scolaire, étranger..) nous donnent à chaque occasion des signes de leur intérêt pour nos propositions musicales.

C’est d’ailleurs ce qui nous pousse à y croire dur comme fer malgré une situation pour le moins dégradée. Il est clair que la non prise en compte de nos activités par les médias nationaux et régionaux (à l’exception des webzines et des blogs) ne favorise pas une mise en valeur de nos activités auprès du public. Le décalage entre l’énergie déployée pour mener nos projets et l’absence de retour des médias sur ceux-ci, en particulier hors région parisienne, est totalement incroyable ! Pour autant singer l’industrie musicale en imaginant des soirées "Victoires de ceci ou de cela" ne me paraît pas la bonne méthode non plus. Il nous faut là aussi innover, inventer d’autres formes de communication plus en rapport avec le monde d’aujourd’hui et la réalité de nos pratiques.

Concernant l’export je suis particulièrement choqué du fait que nous nous sentions actuellement totalement livrés à nous mêmes. J’en veux pour preuve cette semaine passée à jouer à Moscou où je n’ai jamais rencontré une seule personne ni du bureau export, ni de l’alliance française, ni de l’institut français, pourtant tous contactés à l’occasion d’une tournée. Tournée que par ailleurs nous avons organisée en totalité avec un producteur russe puisque plus personne en France, ni dans le pays concerné ne nous y aide plus. Autre exemple : j’ai joué au Portugal invité par Le Goethe Institute sans que les responsables culturels français ne viennent nous dire ne serait ce que bonjour… En outre les discours qui nous sont tenus à l’heure actuelle par les Instituts et Centres Culturels français n’ont plus grand chose à voir avec l’artistique, puisque nettement orientés sur les problématiques des industries musicales. Idem pour les Bureaux Export. Je passe sur l’impossibilité d’avoir quelqu’un de l’Institut Français à Paris, ne serait ce au téléphone ou par e mail…

Concernant la structuration, je pense qu’il faut surtout développer les aides aux ensembles et collectifs en les adaptant à nos spécificités et renouer avec les aides aux lieux de diffusion, en particulier les petites scènes, y compris celles qui ne sont pas labélisées mais qui souhaitent se mettre en conformité avec le législation et développer des projets innovants.

Dans le paysage du jazz d’aujourd’hui, quelle préconisation vous semble oubliée ou particulièrement « manquante » ?

Le fait d’avoir inclus beaucoup d’artistes aux discussions fait que pour ma part je trouve que, pour une fois, tous les problèmes auxquels nous faisons face y sont abordés. Le problème va plutôt être dans ce qui va en ressortir. Ce qui manque sans doute malgré tout, c’est une réflexion plus approfondie sur les problèmes liés au fait que tout à tendance à s’articuler autour de réseaux, de fédérations. Ce qui est une bonne chose lorsque l’on y est invité, mais qui peut devenir un réel problème pour les autres, à savoir ceux qui ne sont pas intégrés aux projets de ces structures pour une raison ou une autre (pas assez émergent, pas assez ou trop innovant, pas assez ou trop jazz, pas assez médiatisé, etc.)

Lorsqu’on a fait des choix artistiques qui vont vers la transversalité des esthétiques musicales, lorsqu’on fait le pari du travail collectif plutôt que de celui la "carrière" individuelle, lorsque l’on décide de participer aux débats, réflexions et actions qui concernent le jazz et les musiques improvisées en tant qu’artiste - citoyen sans langue de bois, l’intégration aux projets de ces structures devient problématique. C’est aussi pour ça, entre autres, que je suis à priori opposé à la création d’un Centre National des Musiques… Il y a toujours danger lorsque tous les centres de décision sont aux mains d’une seule structure devenue hégémonique.

Parmi les dix propositions du ministre, lesquelles vous apparaissent les plus importantes à mettre en œuvre le plus rapidement possible ?

L’ouverture des scènes de tous types au jazz et aux musiques innovantes, sans oublier l’ouverture de lieux dédiés au jazz et aux musiques improvisées à Paris et en région. Ensuite, un travail de réflexion et d’action sur les médias. Enfin, un travail sur les moyens et les politiques culturelles des structures françaises à l’étranger.


Thierry GIRAULT, pianiste, administrateur du collectif Lebocal, membre de Grands Formats

L’association du jazz avec les musiques actuelles est-elle selon vous toujours pertinente ? Les conséquences de cette intégration sont-elles aujourd’hui bénéfiques ou pernicieuses ?

A l’époque où il y avait réflexion sur la mise en route des scènes Smac, un des arguments avancés était celui du croisement des esthétiques, donc des publics sur une même scène. Cool ! Mais on sait maintenant ce qu’il en est vraiment !

Parmi toutes les préconisations émises par le groupe de travail (insertion professionnelle, diffusion, export, structuration professionnelle, disque, médias) lesquelles vous semblent prioritaires ?

Remplacer la toute puissance du programmateur (Smac, Scène de jazz….) par une commission de programmation composée de plusieurs membres se renouvelant tous les deux ou trois ans et invitant les artistes locaux à entrer dans cette commission (modèle de l’AMR à Genève).

Dans le paysage du jazz d’aujourd’hui, quelle préconisation vous semble oubliée ou particulièrement « manquante » ?

Les musiciens sont régulièrement oubliés ou manquants dans les débats. Masi qui a fait remonter ce malaise sur la lente agonie du jazz ? Les responsables de festival ou de label…. ou les musiciens eux mêmes ! D’où l’intérêt de se fédérer.

Parmi les dix propositions du ministre, lesquelles vous apparaissent les plus importantes à mettre en œuvre le plus rapidement possible ?

Le renforcement de la place du jazz dans les réseaux de diffusion comme les Smac…


Pierre BERTRAND, saxophoniste

L’association du jazz avec les musiques actuelles est-elle selon vous toujours pertinente. Les conséquences de cette intégration sont-elles aujourd’hui bénéfiques ou pernicieuses ?

Le jazz est un courant musical polymorphe et vivant, toujours en évolution, ouvert aux musiques traditionnelles, musiques "contemporaines", musiques basées le rythme et l’improvisation… Le jazz est légitimement pour toutes ces raisons une musique actuelle. Pourtant, le terme "actuel" signifie aussi "contemporain" en français. Comme ces deux termes correspondent en musique à des pratiques classées différemment, ils sont ambigus. Pourquoi la musique contemporaine n’est-elle pas une musique "actuelle" d’ailleurs ? Comment voulez-vous que l’on s’entende, à la base, sur un terme aussi ambiguë que "actuel" ?

Inutile d’expliquer quel pont il peut y avoir entre classique, jazz, contemporain et musiques actuelles, il suffit de connaitre un peu l’histoire de la musique. Pourquoi devrait-il y avoir une association à trouver entre jazz et musiques actuelles alors que ces pratiques sont depuis toujours en totale filiation. Pourquoi jouer sur les mots ? En effet toute discussion sur le plan artistique est totalement inutile. Ne nous trompons pas : quand on parle d’intégrer le jazz aux "musiques actuelles", on parle de politique, donc par conséquent de budget, donc finalement d’argent. Le fait de baser une politique sur des termes vagues et ambigus est effectivement pernicieux, en tout cas dangereux, car dans le résultat d’une politique culturelle, une imprécision ou une ambiguïté se transforme facilement en injustice. Il serait vraiment bénéfique, dans l’intérêt de tous de définir le terme "musique actuelles" et d’y mettre définitivement et officiellement le jazz ou de l’enlever. Mais il faut savoir et le décider clairement.

Parmi toutes les préconisations émises par le groupe de travail (insertion professionnelle, diffusion, export, structuration professionnelle, disque, médias) lesquelles vous semblent prioritaires ?

La priorité est pour moi : aider tout ce qui favorise la diffusion, faciliter les moyens d’information et de communications auprès du public et enfin trouver des moyens d’insertions des jeunes musiciens sur les réseaux existent

Dans le paysage du jazz d’aujourd’hui, quelle préconisation vous semble oubliée ou particulièrement « manquante » ?

a) L’insertion professionnelle
- Les conservatoires : les professeurs de CRR notamment en charge des DEM et maintenant des pôles supérieurs ont dans leur classes la plupart des futurs musiciens émergent et couvrent par le réseau des conservatoires de région tout le territoire français. Leur travail dans l’insertion professionnelle est important car ils travaillent tous les jours à mettre les étudiants en contact avec leur métier, mais ils ont besoin qu’on leur facilite la vie avec des moyens pour des concerts, enregistrements, master class avec des artistes invités, des résidences d’artistes, résidence de grandes formations …

- Les grandes formations : dans les faits les grandes formations ont été de tout temps dans l’histoire du jazz un lieu de brassage, de rencontre, d’apprentissage et donc d’insertion. Les grands orchestres engagent souvent en remplacement ou pour des répétitions de jeunes musiciens en formation, ils sont un lieu de rencontres des musiciens de génération différentes, qui par ces contacts débouchent très souvent sur du travail à l’extérieur.

b) La diffusion et la production Depuis plus de 10 ans les musiciens comprennent de plus en plus la nécessité d’avoir une structure, une association etc. pour travailler, s’autoproduire … il faut que l’on puisse trouver des moyens d’utiliser des salles pour autoproduire plus facilement les concerts, employer du personnel administratif etc. certaines villes se sont déjà attaqué au problème.

c) le groupe de travail Au niveau de l’existence même du "groupe de travail", il devrait être l’expression d’un massif rassemblement de musiciens, sur tous les territoires

d) la condition du musicien : La précarité, les salaires sans aucune augmentation depuis 20 ou 30 ans. Comment peut-on changer sa chaudière si on joue en club pour gagner sa vie ? Certes on a la chance d’avoir encore le statut des intermittent, qui, toujours mal vu, devient de plus en plus difficile à avoir pour ceux qui le renouvelle, sans parler des jeunes qui essayent de l’être. Une véritable campagne pour démoraliser les candidats, une guerre d’usure est entrepris par pôle emploie.

Il serait bon un jour de voir VRAIMENT ce que rapporte la musique, les festivals à tout le monde, ne pas regarder bêtement l’argent qui rentre et l’argent qui sort aux assedic.

Il faut faire quelque chose !!!

Parmi les dix propositions du Ministre, lesquelles vous apparaissent les plus importantes à mettre en œuvre le plus rapidement possible ?

Ce qui semble le plus préoccupant, c’est la création du CNM. Il faut être très vigilant sur l’avancée de cet organisme. On apprend dans les textes que le jazz est qualifié de "musique de niche" … et bien, ça commence bien ! Je ne sais pas si je ne préférais pas encore un terme impropre comme "musiques actuelles" plutôt qu’un terme indigne et dégradant comme "musique de niche". Vous voulez vraiment savoir ce que Paco de Lucia, Wayne Shorter ou Pierre Boulez pensent de la musique de niche ? Et l’art, la pratique de l’art, les musiciens dans tout ça ?

Interviews réalisées par Pascal Anquetil

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