CULTURE & ENTREPRISE, LA MISE EN RÉSEAU
L’entrepreneur culturel à la croisée des chemins

Version imprimable de cet article Version imprimable  

Publié le mercredi 4 mars 2015

Article

L’entreprise culturelle a toujours existé, avec ses spécificités fondamentales et ses difficultés récurrentes. Mais jamais "son" entrepreneur n’avait fait l’objet d’autant d’attention en France qu’à l’heure actuelle.
À partir du 25 mars, un Forum monté par le ministère de la Culture (DGMIC) se tiendra ainsi dans 7 villes de l’Hexagone pour promouvoir et valoriser l’entreprenariat dans le champ des industries culturelles. En parallèle, suite à deux jours de rencontres à Clermont-Ferrand, un réseau national de l’accompagnement à l’entreprenariat culturel est en train de se structurer afin d’aider les entrepreneurs dans le développement de leur activité.
Qui a dit que l’entrepreneur culturel était seul ?

LE FORUM ENTREPRENDRE DANS LA CULTURE

Cet agenda prend racine dans l’une des propositions du rapport de Steven Hearn remis aux ministres de la Culture et de l’Économie en juin dernier : « Il s’agit d’engager un changement de mentalités et de paradigme sur le rôle de l’entrepreneur dans la culture en organisant des cycles de conférences (…) et en soutenant les événements nationaux assurant la promotion de l’entreprenariat culturel ».
C’est en s’appuyant sur cette recommandation que la Direction générale des médias et des industries culturelles (DGMIC), avec le soutien du ministère de l’Économie, organise le Forum Entreprendre dans la culture qui aura lieu du 25 au 27 mars à Paris (Gaîté Lyrique), et du 30 mars au 13 avril à Lyon, Lille, Aix-en-Provence, Montpellier, Toulouse et Strasbourg.

Pour Laurence Franceschini, la directrice de la DGMIC, « le développement économique des acteurs de la culture est devenu une préoccupation et un véritable enjeu pour le ministère », et l’objectif du Forum est double : « Apporter des informations pratiques et concrètes pour aider les entrepreneurs dans leur professionnalisation et le développement de leur structure, et promouvoir et valoriser l’entrepreneuriat culturel. »
Lire son interview

Les trois journées parisiennes seront denses, avec une dizaine de tables rondes ou d’ateliers programmées chaque jour. Des temps spécifiques seront consacrés à l’entreprenariat dans chaque secteur relevant de la DGMIC (audiovisuel, musique enregistrée, édition, jeu vidéo, média, design), avec l’idée « de faire témoigner les créateurs d’entreprise » indique Laurence Franceschini, afin de montrer la diversité des activités et de partager l’envie d’entreprendre dans ces secteurs, notamment auprès des jeunes entrepreneurs.

Les questions transversales seront abordées à travers des ateliers dédiés (la capitalisation, les marchés internationaux, les formes coopératives, l’accompagnement, etc.), plusieurs de ces ateliers étant consacrés à l’accès au financement « qui reste le problème majeur des structures culturelles » (L. Franceschini). L’occasion pour la BPI et l’Ifcic de présenter la nouvelle philosophie régissant les fonds d’investissement dans le secteur culturel (ainsi que l’évolution des fonds d’avance et de garantie bancaire) et d’en savoir plus sur le nouveau cadre législatif permettant de financer les entreprises par le crowdfunding.

À noter qu’une journée consacrée à la musique aura lieu le 26 mars avec notamment :
- une "carte blanche" à Philippe Astor sur l’investissement privé dans la musique (voir plus bas)
- une rencontre avec Philippe Nicolas, directeur du CNV, autour du numérique et du spectacle vivant
- un atelier sur l’export avec le Bureau export et l’Institut français
- une rencontre autour du plan d’aide à l’innovation et à la transition numérique lancé par le ministère en 2014 (plus d’infos)




Zoom sur un temps fort

COMMENT AMENER LES FONDS D’INVESTISSEMENT PRIVÉS
DANS LA CRÉATION MUSICALE ?

26 mars - 11h30 / Gaîté Lyrique
Une conférence proposée par le journaliste Philippe Astor.

Le cadre : « Dans la filière musicale, le paradoxe est qu’il existe des perspectives, avec l’arrivée de startups et de nouveaux entrants, mais que les acteurs de la filière se retrouvent par ailleurs dans des situations fragilisées et complexes, notamment les labels indépendants. Le problème réside dans le fait que l’essentiel de la valeur financière ou "capitalistique" créée ne vient pas irriguer le tissu économique de la filière musicale. La question sera donc de savoir comment on peut ramener le capital dans la filière pour qu’il soit investi dans la création. »

Le déroulé : « Je reviendrai sur les rapports entre les fonds d’investissement privés et la musique (Terra Firma / EMI - Thomas H. Lee Partners / Warner Music) et notamment sur les nouveaux entrants, type Kobalt, BMG Rights, X5 Music, qui ont su développer des stratégies pour attirer des fonds d’investissement. Le problème est que la logique de ces fonds d’investissement est de revendre à 3/5 ans en effectuant une plus-value rapide, mais cela prouve que la musique peut séduire ces fonds. »

Le parallèle : « La musique dispose de perspectives mirifiques dans les 10 ou 15 ans à venir. Elles sont difficilement palpables aujourd’hui, mais en investissant dans une startup du web il y a 15 ans, la rentabilité non plus n’était pas très palpable. Il faut amener les labels à entrer dans des logiques économiques de startup, avec une vision à moyen/long terme et l’idée qu’un projet qui marche permet de compenser les pertes sur d’autres investissements. »

La piste : « C’est vrai que cela paraît bizarre de rapprocher des investisseurs privés de labels alors que les labels peuvent à peine parler aux banquiers ! Et ce malgré les garanties qu’apporte l’Ifcic. Mais aujourd’hui a-t-on vraiment besoin des banques ? N’a-t-on pas tous les moyens pour créer un fonds d’investissement qui s’appuierait sur le crowdfunding avec une défiscalisation à la clé pour les investisseurs ? L’idée est d’avoir un peu d’imagination et d’aborder ces questions sous un autre angle pour débloquer des choses. »

Dans 6 autres régions, des "déclinaisons" portées par des structures locales (agence, cluster, CAE, centre de ressources…) auront lieu sur des thématiques plus ou moins spécialisées selon les territoires.

MIDI-PYRÉNÉES

Forum Entreprendre dans la culture
31 mars – 2 avril à Toulouse
Programme

Créé en 2012, le cluster Ma Sphère propose un forum en trois temps, avec une journée de cadrage, une seconde dédiée à des ateliers pratiques et la troisième aux étudiants.
Entre différents temps forts (storytelling autour de l’entrepreneur social, l’innovation avec les startups, l’audiovisuel à l’international…), une conférence-débat aura lieu sur notion de valeur des industries culturelles et créatives, et il sera question de l’effet de levier que peuvent représenter les fonds territoriaux (Ifcic/France Active) et les accords CNV/Région (prix de l’entreprenariat, campagne d’affichage…).

Emily Lecourtois

Coprésidente Ma Sphère
« On ne peut pas uniquement défendre les industries culturelles et créatives par le volet économique. Il faut trouver des indicateurs autres pour mesurer également la valeur sociale qui est générée. »

RHÔNE-ALPES

Journées de l’entreprenariat culturel et créatif
21 – 26 mars à Lyon
Programme

La 5e édition de ces journées se déroulera sur cinq jours. Coordonnées par Géraldine Dallaire qui s’est appuyée sur un ensemble de structures rhônalpines pour monter l’événement, ces journées débuteront par un startup week-end, suivi d’un séminaire en trois parcours (création d’activité, développement d’activité, accompagnement) et d’une journée prospective à travers un hackaton et un colloque.

Géraldine Dallaire

Coordinatrice des Journées
« Nous cherchons le décloisonnement entre les secteurs et à fournir des outils aux entrepreneurs en fonction de leur parcours et de l’étape de développement où se situe leur projet. »

LANGUEDOC-ROUSSILLON

Forum Entreprendre dans la culture
3 avril à Montpellier
Programme

Proposée par le CNV, la Région et la Drac, et coordonnée par le centre de ressources du Garage électrique, cette rencontre cible une thématique qui agite les rapports entre culture et entreprise : les freins à l’entreprenariat culturel, quels sont-ils ? La question sera traitée à la fois en plénière et à travers des ateliers par secteur (spectacle vivant, musiques actuelles, livre, cinéma, multimédia).

Mathieu Lambert

Directeur du Garage électrique
« Les mutations du secteur culturel obligent à repenser les modèles, mais il existe de nombreux freins à l’émergence de l’entrepreneuriat culturel : la force des habitudes, la puissance des représentations, les modes de légitimation… »

ALSACE

Rencontre Culture & Europe
30 mars à Strasbourg - Programme (à venir)
Rencontre Musiques Actuelles
9 avril à Strasbourg - Programme

En Alsace, la déclinaison du Forum s’adapte aux réflexions déjà engagées sur le territoire et concerne deux rencontres distinctes. La première est consacrée à la dimension européenne des projets culturels et a pour objectif de créer des synergies entre les projets et d’aider à la coopération entre eux.
Un second temps du Forum aura lieu à travers la rencontre "Du disque à la scène : quelle place pour un label dans l’écosystème de la musique d’aujourd’hui ?" proposée par la jeune fédération de labels Fédélab.

Joël Beyler

Trésorier de la Fédélab
« L’objectif est de questionner les mutations en cours, l’évolution des métiers, la notion de valeur artistique et les politiques de soutien au secteur de la production musicale. »

PROVENCE-ALPES-CÔTE D’AZUR

Forum Entreprendre dans la culture
13 avril à Aix-en-Provence
Programme

L’agence régionale Arcade et la couveuse Cado organisent une déclinaison du forum autour d’une question : quels enjeux, quels développements en Région Provence-Alpes-Côte d’Azur ? Ainsi, la mise en état des lieux, le développement local et la politique régionale seront à l’ordre du jour en parallèle des aspects liés à la structuration économique et à la "durabilité" des entreprises culturelles.


NORD-PAS DE CALAIS

2 avril à Lille
Programme (à venir)

Coorganisées par le cluster Initiatives et cité et Smart France, ces rencontres aborderont l’articulation entre l’entreprenariat culturel et son accompagnement sur un territoire, notamment dans le cadre de l’aide à la création d’activité. Des témoignages d’acteurs du design, de la mode et du spectacle vivant auront lieu.


VERS UN RÉSEAU NATIONAL
DE L’ACCOMPAGNEMENT À L’ENTREPRENARIAT CULTUREL

Les 17 et 18 février, plus de 80 structures intervenant dans l’accompagnement des entrepreneurs du champ culturel se sont réunies à Clermont-Ferrand à l’invitation du Collectif Merci (dont l’Irma est adhérent) et de l’agence Le Transfo – Auvergne.
Le programme des RNRAEC

L’objectif de ce rassemblement était de permettre à ces acteurs (cluster, CAE, couveuse, incubateur, pôle ressource, agence régionale…) de se rencontrer « pour échanger autour de leurs pratiques, discuter des enjeux de leurs métiers et structurer une dynamique de coopération à l’échelle nationale » explique Morgane Vinet, la coordinatrice du Collectif Merci.
Lire son interview

Ces deux journées, construites à travers trois parcours transversaux - coopérer / réfléchir / structurer -, ont été rythmées par des ateliers participatifs suivis de plénières de restitutions et d’échanges. Elles ont mis en exergue la diversité des entrepreneurs accompagnés, et par la même des dispositifs d’accompagnement proposés : certains s’adressent à des bénéficiaires du RSA en reconversion tandis que d’autres accompagnent des startups dans leur lever de fonds ; certains interviennent en amont du projet et d’autres dans l’amorçage ou le suivi ; etc. Tout cela sans compter les spécificités de chaque territoire et de chaque filière.

Cependant, ces structures partagent un ensemble de points communs et se retrouvent à la fois dans la définition de leur rôle – un « décodeur » qui engage sa responsabilité et conseille, voire « parraine », un entrepreneur en veillant à son autonomisation et à la sécurisation de son parcours – et dans leurs discours et méthodes : proposer des parcours personnalisés d’accompagnement individuel ou collectif, créer des passerelles et des partenariats avec les acteurs/dispositifs de l’économie traditionnelle (CCI, chambres ESS, banques, fonds d’investissement, etc.) et de l’innovation (R&D), faire comprendre la responsabilité qu’engage la gestion entreprenariale d’une activité en dépassant « le réflexe de l’association » (et du modèle de la subvention) et en valorisant les formes coopératives adaptées (Scop, CAE, groupement d’employeurs, PTCE, cluster, etc.)…

Ces journées étaient également l’occasion d’afficher les difficultés et les doutes des accompagnants.
Comment mettre en place des indicateurs d’évaluation et de suivi de projet ? Comment mesurer la valeur d’une activité qui va au-delà de son poids économique ? Cette double question des outils de mesure est un chantier dorénavant ouvert et en cours… (qui se poursuivra notamment à Toulouse le 1er avril, voir plus haut).
Sans naïveté, la notion d’effet d’aubaine était par ailleurs soulevée, soulignant la vigilance que les acteurs de l’accompagnement doivent garder vis-à-vis d’une politique qui serait uniquement fléchée sur l’aide à l’amorçage (et non au suivi ou à la prospective), alors qu’il s’agit bien souvent d’accompagner des expérimentations dans la durée pour qu’elles puissent devenir de réelles innovations durables.

Pendant les débats aux RNRAEC à Clermont-Ferrand

Plusieurs outils ont été présentés à l’occasion de ces rencontres, dont la plateforme Créafil de la Région Rhône-Alpes qui propose aux entrepreneurs un outil d’auto-diagnostic en ligne séquençant le projet en dix phases de développement.
Les principes de la prochaine version du site Entreprendre-culture.fr (qui sera lancée dans le cadre d’un atelier au Forum à la Gaîté Lyrique le 27 mars) ont également été exposés. Cette plateforme, ouverte en mai dernier, veille à recenser et à valoriser l’ensemble des structures d’accompagnement à l’entreprenariat culturel en France et offrira dans sa V2, outre un outil d’auto-diagnostic, un agenda et de l’info-ressources à destination des entrepreneurs, un back-up permettant l’échange et la collaboration entre les acteurs de l’accompagnement.

Avec des acteurs de 14 Régions présents dans l’assemblée, l’un des enjeux de ce séminaire situé en Auvergne – l’agence régionale du Transfo est engagée depuis plusieurs années dans une réflexion locale sur l’entreprenariat culturel – était également de poser les jalons pour de futurs échanges entre les structures d’accompagnement.

La V2 du site Entreprendre-culture.fr va devenir un premier outil commun de collaboration entre elles. Par ailleurs, des initiatives se montent sur plusieurs territoires pour animer une dynamique de coopération à l’échelle locale. Porté par le Collectif Merci, l’idée d’une mise en réseau national des structures d’accompagnement a commencé à prendre corps et se poursuivra, à la fois dans le cadre du Forum Entreprendre dans la culture à Paris et en régions, et lors d’une assemblée générale de l’association qui devrait avoir lieu au printemps.


Mathias Milliard

Retour en 1 mn 40 sur les Rencontres nationales du réseau de l’accompagnement à l’entreprenariat culturel

Une vidéo plus complète des échanges ayant eu lieu à Clermont-Ferrand durant les RNRAEC sera diffusée lors du Formum de l’entreprenariat culturel à Paris (27 mars).

Lire la synthèse des RNRAEC

Documents joints