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Accueil du site > Documentation > Focus > CAPTATION LIVE : LES NOUVEAUX MODÈLES Je capte, tu captes, il capte, nous captons...

Article mis à jour le jeudi 16 septembre 2010
Article créé le mardi 3 juin 2008

 
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CAPTATION LIVE : LES NOUVEAUX MODÈLES
Je capte, tu captes, il capte, nous captons...

À l’heure où l’exploitation économique des concerts se développe en France (augmentation de la billetterie, du montant des cachets et du prix des places, stratégie à 360°, etc.), les captations live se multiplient à la fois pour les besoins de promotion des groupes et pour offrir des contenus aux nouveaux médias.
Dans ce contexte, des projets innovants voient le jour : on peut désormais écouter en direct sur Internet un concert se déroulant à l’autre bout de la planète, ressortir d’une salle avec l’enregistrement "instantané" sur une clé USB, avoir accès à des chaînes spécialisées live grâce à la multiplication des créneaux de télédiffusion, etc.
Quels sont ces projets ? Quel vecteur de promotion représentent-ils ? Sont-ils susceptibles de créer de nouveaux revenus pour la filière de la scène musicale ?
À quelques jours d’une conférence organisée à Paris sur le sujet, ce focus fait le point sur les nouveaux modèles en matière de captation live.

La captation à la relance ?
L’enregistrement de concerts ne date pas d’aujourd’hui. Depuis longtemps quelques télévisions et de nombreuses radios diffusent des concerts en direct ou différés, ou des maisons de disques exploitent des captations live sous forme de CD ou de DVD… Mais avec l’arrivée d’Internet (et la démocratisation des technologies de captation), la diffusion d’enregistrements audio/vidéo de concerts est devenue monnaie courante, d’autant que les supports de communication se sont multipliés.
Les vidéos de concerts sont ainsi des outils de promotion omniprésents aujourd’hui dans le paysage musical. La plupart des groupes en exposent sur MySpace ou You Tube. Les salles de spectacles s’équipent de caméras, enregistrent les concerts, puis les retransmettent sur leurs supports de communication (la webTV de l’Elysée Montmartre à Paris, la Ninka Télé à Lyon, etc.).
Si, pour des besoins promotionnels, le "marché" de la captation se développe, ne peut-on pas pour autant envisager une exploitation commerciale de ces produits ? Les captations de concerts sont-elles en mesure de générer de nouvelles recettes pour le spectacle vivant et pour ses acteurs ?
La question se pose en ces termes car, avec la "crise du disque" qui perdure, c’est l’économie de la musique dans son ensemble qui se retrouve en perte de vitesse. L’urgence est de trouver les modèles commerciaux de demain, des modèles susceptibles de rémunérer les ayants-droit, de faire vivre les entreprises, de financer la prise de risque et de préserver les emplois.

Développer la valeur marchande des concerts est une des voies possibles. Il y a un an, les acteurs de la musique réunis par la Fing ont étudié cet axe de développement (plus d’infos dans le focus de mars 2007). Des trois méthodes évoquées à l’époque, le recours à la publicité pendant les spectacles ("entractes" publicitaires) et le renforcement des liens entre concerts et musique enregistrée (lier place de concert et vente de disques) semblent rencontrer certaines résistances. En revanche, la troisième piste, à savoir la retransmission en direct ou en différé de concerts, est un débouché déjà connu mais autour duquel des projets innovants se construisent.

Internet : premier diffuseur de live

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Ces projets sont pour la plupart liés au développement des médias, et en premier lieu d’Internet. Portés par des acteurs aux profils et aux moyens distincts, ils contribuent tous à la promotion d’artistes, mais chacun à leur manière et selon des modèles économiques différents. Voici à travers quelques exemples des projets novateurs permettant aux captations de concerts de trouver de nouveaux espaces de diffusion sur le web.

Concerts à emporter/City Series
Depuis 2006, l’association la Blogothèque produit et diffuse des "Concerts à emporter" : il s’agit de captation de petits concerts improvisés hors des sentiers battus, dans une rue, une laverie, un bus, etc. "Il s’agit de placer un groupe dans une situation inédite pour créer un rapport plus intime entre l’artiste et le public". Le site Internet sur lequel sont diffusées ces vidéos a acquis une belle renommée et de nombreux clics (8 000 visites/jour). Près de 150 concerts rock indé, pop, folk (The Ex, R.E.M., Arcade Fire, The National, Cocoon, Caribou, Pascal Comelade, etc.) sont disponibles gratuitement et sans publicité. Les concerts à emporter sont ainsi un excellent moyen de promotion pour les groupes en développement ou de passage, mais ils ne génèrent pas de revenus pour les artistes et les producteurs.

La Blogothèque cherche par conséquent à aller plus loin dans l’accompagnement et le soutien économique à la scène française indépendante. Elle développe depuis plus d’un an le projet des City Series en collaboration avec la structure de production Kidam. Les City Series sont un prolongement des concerts à emporter, à la différence qu’une "des dynamiques fortes du projet est de trouver un modèle économique de rétribution des artistes pour la diffusion de leurs oeuvres sur Internet et les nouveaux réseaux de diffusion."
L’objectif des City Series consiste à faire un "tour de France" en filmant 5 ou 6 groupes par villes (en s’appuyant sur le réseau des scènes et radios locales) dans les mêmes conditions que les concerts à emporter, mais en les rémunérant par un cachet de 800 € par groupe. Un budget de production pour la réalisation d’une City Series, comprenant l’ensemble des droits d’auteur, salaires, charges et frais de production, étant estimé à plus de 20 000 € HT.
La Blogothèque et Kidam ont fait le choix de ne pas faire payer la diffusion des concerts sur le site. Leur volonté est avant tout de promouvoir ces artistes en faisant circuler les vidéos sur Internet et via les nouveaux médias nomades (téléphonie, baladeur MP3). Pour installer ce projet, c’est aux pouvoirs publics (notamment les collectivités locales) et aux mécanismes d’aide à la production (CNV, Sacem, FCM, etc.) qu’ils ont fait appel ; en espérant qu’à terme les financements privés (publicité, sponsoring, mécénat, accord de diffusion exclusif) prennent le relais…
Les porteurs de ce projet sont cependant conscients de la difficulté à générer ces fonds propres : "A la différence des médias traditionnels, qui ont des modèles de financement bien rodés, l’économie d’Internet est encore balbutiante, coincée par des problèmes structurels. La majeure partie des contenus vidéos vient du piratage de la télévision et du cinéma et ne permet pas aux diffuseurs de bénéficier des ressources de la publicité. Il n’y a donc pas d’argent dégagé pour la production de contenu spécifiquement destiné à Internet, qui pourrait permettre de générer des recettes publicitaires." Ils ont par ailleurs du mal à convaincre les institutions et se heurtent aux "carcans" des aides existantes : "Il existe des aides pour les clips, pour les compilations, le live, ou encore les sites Internet. Or notre projet, qui associe ces différentes formes, ne peut en bénéficier alors même qu’il serait plus en adéquation avec la situation actuelle, et donc plus efficace." [1]
Grâce à une éventuelle aide du FCM, la plateforme de diffusion du site www.cityseries.net devrait ouvrir ses portes en septembre 2008. Cependant, sans le soutien des collectivités locales et l’appui d’un partenaire privé, c’est l’ensemble du modèle économique (de la production des vidéos à la prestation des artistes) qui sera remis en question. Enregistrées à Bordeaux avec 7 groupes locaux - Kid Bombardos (non signés), The Sentimentals (non signés), Calc (Vicious Circle), Kim (Vicious Circle), Paris Suit Yourself (non signés), The Garçon (Optical Sound), The Magnetix (Evolution Record) - les City Series #1 seront diffusées le 27 septembre 2008, jour de l’ouverture publique du site. Afin de marquer le coup, un festival mettant en avant les artistes bordelais aura également lieu ce jour là dans les rues, places, jardins et sous la forme d’un parcours musical en partenariat avec la fédération des scènes locales.

Awdio : live around the world
Un autre projet de captation, plus proche du modèle des webradios, propose une offre novatrice et tente d’y adapter un modèle créateur de richesse économique. Awdio, start-up française fondée en 2006, développe rien de moins que "le premier medium d’infiltration du live chez soi" !
L’équipe d’Awdio a d’abord développé une technologie : un appareil de captation/diffusion de flux en temps réel, appelé l’Awdio Box. Elle a placé l’Awdio Box dans un réseau d’une cinquantaine de "sources" (c’est-à -dire des salles et des clubs) réparties de San Francisco à Bangkok, en passant par Paris et Marseille. Ensuite, … il n’y a plus qu’à se connecter sur www.awdio.com pour écouter un concert se déroulant en direct dans l’un des lieux du réseau ! Belle prouesse technique. D’autant que les captations sont effectuées à partir de différents fuseaux horaires, ce qui permet à l’auditeur d’écouter en léger différé les concerts ayant lieu à l’autre bout de la planète.
Le site Internet, qui a ouvert en début d’année en version test, propose pour l’instant de la captation audio et une programmation principalement axée sur du live electro et du DJ set. Mais l’entreprise multiplie actuellement les partenariats avec des clubs et des petits lieux de diffusion rock, hip hop, drum’n bass, funk, jazz, etc. (100 lieux seront partenaires d’ici fin 2008). L’année 2009 sera consacrée à trouver des ententes avec des salles de plus grande capacité et avec les festivals, ce qui permettra d’ouvrir la programmation aux variétés, au classique, à l’opéra… Elle compte également faire évoluer ses outils pour émettre de la vidéo en temps réel, et équiper les artistes d’une Awdio Box afin qu’ils la prennent en tournée avec eux.

Pour financer le projet, la star-up a fait appel à des fonds d’investissements et des fonds privés. Elle s’est également nourrie des conseils de Gilles Babinet, fondateur de Musiwave. Initialement, pour les fondateurs d’Awdio, Vittorio Strigari et Ora Ito, il semblait "évident que le service soit gratuit pour les utilisateurs et que la rémunération vienne de la publicité. Mais au fur et à mesure, on a pensé à un site payant, fonctionnant par abonnement. Ainsi, les abonnés n’auront pas les lives coupés par la publicité, et l’idée d’Awdio est de montrer qu’aujourd’hui la musique se vend encore !" La formule payante a ouvert il y a une dizaine de jours sur le site, avec un abonnement proposé entre 5 et 10 € par mois, pour un accès illimité au contenu et sans aucune plage de publicité. Il est encore trop tôt pour savoir si le service rencontrera une demande et une rentabilité.
Espérons que ce soit le cas car Awdio se place dans une optique de filière : pour chaque service payant, une rémunération des ayants-droit est prévue. Outre le paiement des droits d’auteur, un tiers du chiffre d’affaires réalisé pour chaque live (calculé au prorata de l’audience globale) est reversé aux "sources" (exploitants du lieu et/ou producteurs du spectacle) et aux artistes.

i-concerts : le marché de la VOD musicale
i-concerts est une jeune entreprise basée à Genève, filiale du groupe Transmedia Communications, spécialisée dans l’acquisition de programmes, la distribution et la gestion des droits et transactions associés à ces programmes sur les réseaux large bande comme Internet. i-concerts propose un service de vidéos de concerts à la demande (VOD, video on demand) destiné à être diffusé sur les bouquets TV des fournisseurs d’accès Internet. Ainsi, i-concerts a développé plusieurs chaînes "100 % live" disponibles en France en haute définition via des abonnements Neuf Cegetel et Free, mais également sur Joost, logiciel de distribution de programmes télévisuels.
i-concerts exploite un catalogue de plus de 800 heures de live (pop, rock, jazz, soul, classique, etc.), en partenariat avec des détenteurs de droits sur les captations comme 3DD ou Eagle Vision. Pour Natalia Tsarkova, présidente d’i-concerts, le concert en VOD est un marché porteur : "Les concerts ne sont pas un matériau très adapté au modèle économique de la télévision traditionnelle, mais la VOD permet de proposer une offre beaucoup plus élargie, qui ne se limite pas aux blockbusters. En outre, c’est un service entièrement nouveau, puisque contrairement aux autres offres de VOD, ces contenus ne sont pas accessibles ailleurs."
Le marché semble en effet porteur en France : près de 100 000 concerts (Arno, Cali, Diam’s, Amadou et Mariam, Artic Monkeys, The Streets, Natacha Atlas…) sont par exemple visionnés chaque mois sur Free i-concerts HD (chaîne payante à 4 € par mois), ce qui représente "un taux de consommation sans équivalent sur les autres territoires" et fait des français "les plus grands consommateurs de concerts live en VOD" [2]. Au lancement de cette chaîne en 2006, Natalia Tsarkova précisait également "qu’il était difficile de trouver un accord avec les artistes français sans passer par les maisons de disques". i-concerts a ainsi passé des accords avec plusieurs filiales françaises des majors avant de pouvoir exploiter les captations de ces artistes.
La moitié des revenus issus de l’exploitation VOD des concerts enregistrés est reversée par i-concert aux ayant-droits : "Notre modèle économique est complètement aligné avec les intérêts des ayants-droit, c’est la clé de notre vision". L’autre clé d’un apparent succès est que la société s’est implantée sur un marché quasi vierge en développant un modèle économique VOD/webTV qui rencontre une forte demande des consommateurs.
En revanche dans ce modèle, si on comprend que les maisons de disques, les éditeurs et les artistes sont des titulaires de droits, on ne sait pas dans quelle mesure l’entrepreneur de spectacles (celui qui prend le risque de produire l’objet capté) "gagne" quelque chose sur la captation.

Internet entre deux eaux
Internet est probablement devenu le premier support de diffusion de captations de live musicaux (en volume). Les expériences sont nombreuses et variées (d’autres exemples auraient pu être cités). Les services proposés s’adaptent particulièrement bien à la segmentation de l’audience du net sous forme de "niches" d’internautes. D’où l’importance, pour créer le "buzz" promotionnel, de la circulation (libre) des contenus sur la toile… C’est une vision qui sert la promotion des jeunes talents et qui, faute de recettes publicitaires, cherche ses modèles économiques autrement, en se tournant par exemple vers les pouvoirs publics (City Series) ou vers des fonds d’investissement (Awdio).
C’est le modèle commercial qui est questionné aujourd’hui sur le net : Peut-on en tirer une économie ? Est-ce monétisable ? Un modèle commercial peut-il coexister sur Internet avec un modèle promotionnel ?
Des marchés comme celui de la VOD ont su s’implanter (i-concerts), d’autres comme la webradio 100 % live d’Awdio sont en construction. A terme, le développement d’une nouvelle économie de la captation pourrait générer des recettes supplémentaires pour les artistes comme pour les producteurs du spectacles.
Pour l’instant, ce schéma reste marginal en France et la diffusion de concerts sur Internet sert avant tout aux besoins promotionnels des groupes.

Les autres médias

Médias traditionnels
A la radio, les retransmissions de concerts sont fréquentes, depuis longtemps. Les radios associatives, souvent en partenariat avec les scènes locales, font pratiquement toutes de la diffusion de live. Après avoir obtenu l’autorisation des artistes et producteurs, et avoir réglé la Sacem, les difficultés sont plutôt d’ordres techniques et de "débrouille".
Contrairement à la radio, le paysage télévisuel s’est largement transformé ces dernières années avec la multiplication des fréquences (TNT, satellites, câbles). Malgré l’arrivée d’une chaîne comme France 4 - qui diffuse du live via des émissions comme Taratata ou En direct de…, ou via des partenariats comme avec Les Transmusicales de Rennes - qui est venue compléter l’offre de concerts à la télévision de Canal + (la Musicale, l’Album de la semaine), d’Arte (One Shot Not) et de quelques rares autres chaînes, la multiplication des fréquences n’est pas pour autant toujours synonyme de diversité musicale.
L’une des tendances observées aujourd’hui lors de la diffusion de concerts à la télévision, c’est qu’il s’agit souvent de concerts produits sur des plateaux télé, avec une disposition du lieu et des équipements adaptés à la production audiovisuelle. Les artistes y font leur promotion et sont rémunérés, mais la télévision préfère souvent sortir des salles de concerts, pour se créer son propre spectacle.
De nouveaux médias venus de la téléphonie mobile ont opté pour une autre stratégie : équiper les salles en matériel audiovisuel et retransmettre un concert dans les conditions du live.

LiveConcerts by SFR : de l’Internet à la téléphonie mobile
Depuis quelques mois, l’opérateur de téléphonie mobile SFR développe une politique de "partenariat" à plusieurs niveaux avec le monde musical. Début 2007, l’opérateur a conclu un accord sur deux ans avec la salle de spectacle parisienne La Cigale, renommée pour l’occasion La Cigale SFR. Cet accord vise à moderniser la salle vers le "tout numérique" ("la première salle de concerts 100 % numérique"), notamment par les mises en place d’un système de billetterie dématérialisée (avec achat sur les plateformes SFR ; ticket reçu par SMS) et d’un équipement pour les captations audiovisuelles (caméras, rails, prises de sons, etc.). Une fois par mois, les concerts sont retransmis en direct et en multi-caméras sur les mobiles 3G de SFR.
Depuis, SFR a lancé le service LiveConcerts. Il s’agit d’une plateforme Internet de diffusion de concerts en vidéo et en direct. Le service offre des fonctionnalités annexes, permettant par exemple à l’internaute de choisir l’angle de vue en changeant de caméra. Alors que sur les téléphones mobiles, la retransmission des concerts est réservée aux abonnées SFR 3G, sur le site LiveConcerts elle est accessible gratuitement et à tous les internautes (sur inscription/identification). Dans les deux cas, la musique sert de produit d’appel pour vendre des abonnements de l’opérateur. Par conséquent, le catalogue proposé est majoritairement composé de têtes d’affiches (Madonna, I AM, Polnareff, Zazie, etc.), bien que quelques artistes de moindre renommée y soient aussi diffusés. En termes de rétribution, lorsque SFR signe un contrat avec une salle (comme avec La Cigale sur un partenariat long, ou avec l’Olympia sur une date), l’accord comprend un reversement financier de l’opérateur aux producteurs de spectacles et/ou exploitants de lieu.

La retransmission des concerts sur les médias n’est pas le seul débouché pour les captations.Toutes les initiatives ne sont pas liées aux diffuseurs, qu’ils soient sur Internet, à la télévision ou sur mobile. La filière du disque propose également de nouvelles formes d’exploitation de ces enregistrements.

Le live "instantané" : un produit dérivé à forte valeur ajoutée ?

L’industrie du disque commercialise depuis longtemps des captations de concerts sous forme de CD ou DVD.
La tendance innovante dans ce domaine est qu’on peut désormais assister à un concert et en repartir avec la bande-son dans la poche !
Certains labels ont tenté l’expérience du "live instantané" en proposant aux spectateurs, à la sortie d’un concert, l’enregistrement de ce qu’ils venaient d’entendre sous forme de CD. Prochainement, c’est sur clé USB que ce service pourrait être proposé…

Fargo et Emily Loizeau
Le 6 novembre 2007, le label Fargo a réalisé une captation audio du concert d’Emily Loizeau au Grand Rex à Paris. L’objectif n’était pas d’exploiter cet enregistrement dans le commerce (en parallèle une captation vidéo avait lieu pour une sortie DVD), mais de produire un petit nombre d’exemplaires de disques disponibles pour les fans dès la sortie du concert.
Pour réaliser cette captation, Fargo a fait appel à la société de production audiovisuelle Bonaf, ainsi qu’à Masterway, un presseur spécialisé dans les petites séries, à qui Fargo a commandé 400 disques vierges sérigraphiés et des pochettes "maquettées". Quatre tours permettant de copier 20 disques à la minute ont été nécessaires pour presser les 400 captations live. Le pressage a débuté avant les rappels, de manière à gagner du temps. Le produit fini contenait 18 titres, seuls les morceaux prévus sur son prochain album ont été retirés de l’enregistrement. Un code d’accès était délivré avec le disque afin de pouvoir télécharger sur Internet les titres du rappel.
Vendus au prix unitaire de 12 €, 240 CD ont été achetés par les spectateurs le soir-même. Les 160 exemplaires restants se sont écoulés dans la semaine qui a suivi sur le site Internet de Fargo (au même tarif). L’un de ces enregistrements s’est même retrouvé aux enchères sur eBay.fr. Une fois les frais de fabrication des disques (presseurs, SDRM, etc.) engagés, l’opération a permis de financer une partie des droits pour la captation vidéo versés au Grand Rex (d’une valeur de 7 500 €). Mais Furax, le tourneur d’Emily Loizeau, n’a en revanche perçu aucun droit à notre connaissance.
Pour Adrien Marchand, responsable promotion au sein du label indépendant Fargo, l’opération a surtout eu le mérite de satisfaire un public de fans (qui avait sa place de concert depuis longtemps) et de générer, via des interviews et des articles de presse, une promotion à la fois pour l’artiste et le label.

The Perfect Kiss et Nouvelle Vague
Dans la même salle prestigieuse et dans des conditions proches, le label The Perfect Kiss a produit une captation audio du concert de Nouvelle Vague le 25 avril 2007. 300 disques ont été pressés pendant le rappel et dans les minutes qui ont suivi. 250 s’en sont vendus au tarif de 15 €. Cette fois-ci, tous les morceaux joués ont été gravés sur CD, sauf ceux du rappel (également disponibles en téléchargement grâce à des codes d’accès distribués aux acheteurs du disque). Pour le mixage, l’expérience a bénéficié des mêmes avantages qu’offrent les studios son du quatrième sous-sol du Grand Rex (un câble de 100 mètres étant tiré de la scène jusque là ).
Pour enregistrer le concert et copier les disques, The Perfect Kiss a monté la structure Live Plus avec la société de merchandising Confliktarts. Live Plus s’est ainsi occupé à la fois de la captation et du pressage.
L’idée était d’abord de ne pas perdre d’argent avec ce produit. C’était une première, "pour voir si ça marchait" explique Pascal Mayer, gérant du label. Financièrement, l’opération a été possible (avec l’accord de Pias le distributeur) car le Grand Rex n’a pas demandé de droits de captation audio. Mais l’opération est resté blanche et a principalement permis de contribuer à la recherche-développement autour de Nouvelle Vague.

Ces deux expériences ne sont pas les seules en terme de captation "à chaud". Le concert de Joseph Arthur au Bataclan en novembre 2005 avait également été enregistré et pressé sur disques dès la fin du spectacle. Il serait également assez facile de donner des codes d’accès pour télécharger le live sur Internet. Mais, le côté instantané en moins, la valeur symbolique s’en retrouverait probablement réduite.
Comme le signale Adrien Marchand de Fargo dans les interviews, derrière ces nouvelles façons de produire, il y a peut-être un marché pour les prestataires. Ces derniers pourrait offrir un service clé en main pour ces prestations instantanées et en petites séries, ce qui en retour augmenterait l’offre et susciterait, a priori, une demande.
La société américaine All Acess Today développe par exemple un service qui s’apparente à cette idée : spécialisée dans la captation de concerts, elle distribue l’enregistrement du live sur clé USB dès le concert fini (le LiveFlash). La clé est "packagée" sous forme de bracelet plastique à l’effigie du groupe et contient de nombreuses informations, visuels, bonus… de l’artiste en question. A notre connaissance, la société américaine n’ a pour l’instant jamais conclu de contrat en France.

Captation, un improbable "marché" et des questions de droits

Peut-on parler d’un "marché" de la captation ?
Un soir de concert, à voir le nombre de mobiles aux premiers rangs en train d’enregistrer le spectacle, on se dit qu’une demande potentielle peut réellement exister pour les produits de la captation.
Depuis quelques temps, les salles s’équipent également en caméras, les labels s’intéressent aux nouveaux débouchés de la captation et les médias sont friands du live à diffuser… Comme si les bases d’une économie se mettaient en place.
On ne peut cependant pas conclure aujourd’hui que les modèles rentables, ou simplement financièrement équilibrés, soient légion. On ne peut pas réellement parler de "marché", mais plutôt d’un produit dérivé dont le rôle promotionnel est stratégique. Le nombre de captations augmente cependant. Ce sont du coup les sociétés de production audiovisuelle et les presseurs qui peuvent y voir un nouveau marché à développer.

Des producteurs de spectacles souvent oubliés ?
A la lecture des exemples évoqués ici, on constate que les entreprises de médias, auxquelles les principaux producteurs de disques et éditeurs appartiennent, sont en capacité de produire des captations et cherchent à en retirer le bénéfice, qu’il soit promotionnel ou commercial. Si un marché de la captation se développait, cette branche de la filière pourrait en profiter et "y retrouver ses billes".
Le cas n’est pas similaire pour les producteurs de spectacles. Étrangement, celui qui prend la responsabilité et le risque d’organiser un concert, apparaît comme celui qui retire le moins de bénéfice des captations. Le nom des producteurs et des tourneurs est rarement évoqué au générique et ce ne sont pas "les premiers servis" en cas de rémunération. C’est d’autant plus problématique que les entrepreneurs de spectacles ne touchent pas de droits sur l’exploitation des captations contrairement aux maisons de disques et aux producteurs audiovisuels. En 2005, le producteur Julien Bassouls résumait la situation ainsi : "Aujourd’hui, si un artiste prend, avec le temps, de l’ampleur, une maison de disque va finir par s’intéresser à lui. Et si elle décide, à un moment donné, de lancer un CD ou un DVD live, le producteur ne touche rien. C’est pourtant lui et non le label qui lance généralement l’artiste et produit le spectacle capté. Ce qui n’est évidement pas normal. On en est donc à se battre pour récupérer des points de droits" [3].

"Nous sommes un peu les oubliés de la loi de 1985" estimait Jules Frutos, président du Prodiss, dans une interview accordée à La Scène en décembre dernier.
Le Prodiss, syndicat qui regroupe plus de 250 entrepreneurs du spectacle vivant musical, s’est emparé de ce dossier depuis plusieurs années. Il a tenté lors du vote de la DADVSI en 2006 de faire admettre aux législateurs la reconnaissance d’un droit voisin aux producteurs de spectacles, ce qui n’a pas été retenu. Le Prodiss a en revanche signé des accords avec les syndicats de producteurs de disques (Snep et Upfi) pour encadrer les modalités de captation et de répartition des droits (lire à ce sujet la circulaire commune Snep - Prodiss - Upfi).
A l’heure où le secteur de la captation mue et évolue, avec de possibles nouveaux débouchés en perspective, les questions de droits et de reconnaissance du métier de producteur de spectacles sont plus que jamais d’actualités.

Une conférence-débat pour en parler
Afin de présenter certains produits innovants en matière de captation, une conférence-débat intitulée "Captation live : les nouveaux modèles" aura lieu le 25 juin 2008 à Paris. En présence de représentants d’Awdio, d’i-concerts, de SFR et d’autres (voir le programme), cette rencontre permettra d’aborder les modèles économiques à imaginer et les enjeux sectoriels auxquels ils renvoient.
Ce sera également l’occasion de faire le point sur les rôles des différents métiers de la chaîne musicale et sur leur collaboration dans le cadre des captations live.
[MAJ du 30/07/08 : cette conférence a été filmée et la vidéo est disponible ici ]


Ce dossier a été réalisé grâce à la collaboration de Marie Hamenthienne, Céline Kraft et Sophie Roussel de l’école EAC, et de Flore Cunci du Master Médiation culturelle de l’université Sorbonne Nouvelle Paris III.


[1] Extraits du dossier de présentation des City Series

[2] Extrait d’une interview réalisée par Philippe Astor sur Digital Jukebox

[3] Interview réalisée par Axe Libre pour les 15 ans de LifeLive en décembre 2005

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Interviews

Trois questions à …
Natalia Tsarkova (présidente d’i-concerts), Alexandre Perrier (responsable de la société de production audiovisuelle Kidam) et Adrien Marchand (responsable promotion du label Fargo) ont répondu à nos questions sur le rôle joué par les captations live dans leur projet.
Lire les interviews


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