Bruno Boutleux / REA : « Ce lieu de prise de parole des artistes est indispensable car personne ne la leur donne spontanément »

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Publié le mardi 28 février 2017

Focus

Lundi 20 et mardi 21 mars se tiendront à Paris les 16e Rencontres Européennes des Artistes (REA) organisées par l’ADAMI. Quelques questions à son Directeur général-gérant pour en faire la présentation.

Les REA, c’est une partie du patrimoine de l’ADAMI…

Voilà dix-sept ans que l’ADAMI s’est dotée de cet outil. À l’origine, les Rencontres étaient nées en raison de l’entrée dans la révolution numérique. Il y avait urgence à examiner toutes les possibilités offertes par le web, mais aussi tous les dangers que cela pouvait représenter. Depuis, nous avons également ouvert des discussions sur d’autres sujets, mais la vocation reste la même.

À savoir ?

Créer un temps fort où les artistes ont la parole et se donnent les moyens que cette parole soit entendue. Cela vise notamment les politiques, qui peuvent agir sur le destin des artistes, mais aussi les médias. Ce lieu de prise de parole des artistes est indispensable car personne ne la leur donne spontanément.

Et ça fonctionne ?

Les REA ont été une excellente tribune pour de nombreuses propositions de l’ADAMI. Certaines ont ainsi fini par voir le jour. Par exemple, en 2011, nous avons accueilli Manuel Valls. C’était la première fois qu’il était sensibilisé à la nécessité d’étendre la rémunération équitable aux webradios. Cinq ans plus tard, une disposition législative l’a mise en place.

C’est donc un processus assez long…

Le temps politique est effectivement long, surtout sur des sujets comme celui-là. Cela n’a pas toujours été le cas. En 1981, la loi sur le prix unique du livre n’avait nécessité que trois mois. Aujourd’hui, l’élaboration de la loi CAP a pris quatre ans… Plus globalement, les REA nous ont aidés à gagner notre place au même rang que les grands prescripteurs historiques de ces questions liées aux droits d’auteur et aux droits voisins. Aujourd’hui, l’ADAMI est pleinement identifiée par les acteurs politiques, du côté exécutif ou législatif, y compris en tant que force de proposition.

Si c’est acquis, pourquoi continuer ?

Quelle que soit la forme que prennent les REA, il y aura toujours besoin de mettre en scène les prises de parole des artistes et besoin d’un rendez-vous formel pour confronter les points de vue des uns et des autres. C’est une grande tradition des REA que d’inviter des contradicteurs. Les débats sont parfois vifs, jamais « ventre mou ».

À l’affiche cette année ?

Pascal Nègre, Magyd Cherfi, Xavier Blanc (SPEDIDAM AEPO ARTIS), Eva Darlan, Pascal Rogard par exemple seront aux REA de 2017. Il y aura aussi les représentants des candidats à l’élection présidentielle (lors d’un débat animé par Christophe Barbier), des représentants des autres forces de prescription… et puis beaucoup d’artistes, avec notamment un focus sur « L’artiste citoyen ».

« Devoir frapper à 3 ou 4 portes différentes
pour déclarer un répertoire n’est plus raisonnable (…),
on pourrait rêver d’un monservicepublic.fr des sociétés de gestion collective »

Vous avez appuyé certaines éditions sur des études originales (l’artiste producteur, les droits voisins dans le monde, les musiciens dans la révolution numérique, Artistes 2020…) ; ce sera le cas en 2017 ?

Cette année, ce sera un sondage, mais il est trop tôt pour en parler.

Quelques souvenirs particuliers piochés dans les éditions passées pour illustrer la qualité de ces échanges ?

Comme ça, en vrac ?… Une rencontre passionnante entre le comédien Sam Karmann, et l’ancienne ministre de la Culture et de la Communication, Catherine Trautmann, une très belle intervention de Philippe Torreton il y a deux ans, la prestation de Pierre Santini jouant Victor Hugo pour défendre le domaine public payant… les souvenirs sont nombreux et les REA regorgent de ces moments riches et utiles qui n’auraient pu avoir lieu ailleurs.

Nous avons aussi accueilli le lancement de l’IAO (International artist organisation) en 2014, suivi du lancement de la coalition européenne « Be fair to performers » avec AEPO ARTI (regroupant 27 organisations de gestion collective des droits des artistes-interprètes), la FIA (Fédération internationale des acteurs) et la FIM (Fédération internationale des musiciens) l’année suivante.

La fierté, c’est aussi d’avoir vu le public évoluer. Très institutionnel au départ, il réunit de plus en plus d’artistes chaque année.

Ce seront les premières REA depuis l’accord de rapprochement avec la SPEDIDAM ; elle sera présente ?

Bien sûr. Pour nous, il s’agit d’un accord majeur. Ce rapprochement est capital… et au-delà, cette nécessité de travailler ensemble ne concerne pas que la SPEDIDAM. La gestion collective, c’est un « marché » mondial de 11 milliards d’euros aujourd’hui. Les sociétés ont une grosse responsabilité face aux attentes de services de la part des ayants droit, qu’ils soient artistes, auteurs ou producteurs… Plus globalement, il y a un vrai besoin de cohérence et la fragmentation actuelle des dispositifs ne permet pas d’y répondre pleinement. Les sociétés de gestion collective sont trop nombreuses et pas suffisamment puissantes.

Aujourd’hui on assiste à une convergence des métiers sur une même personne : l’artiste est généralement auteur, compositeur, voire producteur. Le producteur a pu être artiste dans le passé. Le comédien est souvent à l’origine de projets qui peuvent faire de lui un auteur ou un metteur en scène… et je ne parle même pas du transmédia. En regard, il y a urgence à accompagner cette évolution. Si pour déclarer un même répertoire, il faut aller frapper à trois ou quatre portes différentes, ce n’est plus raisonnable. Faire correctement notre métier nous oblige à prendre en compte ces évolutions. Après tout le service public l’a déjà fait. On pourrait rêver d’un « mon service public.fr » des sociétés de gestion collective.

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