Avec Yuflow, votre billet d’entrée est aussi votre porte-monnaie

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Publié le mercredi 22 avril 2015

Starting blocks

#QRcode #cashless #billetterie #accès #organisation #événement #spectacle

De la billetterie à la buvette en passant par les vestiaires, on se penche ce mois-ci sur l’événement et la fluidification des échanges qui s’y passent, le tout sur fond de dématérialisation. Avec Yuflow Event, Martin Rigot-Muller nous explique comment sa startup parvient à réaliser des transactions grâce à de simples QR Code.

À mi-mois, on lève la tête du guidon et on s’intéresse à l’innovation. Starting Blocks c’est des entreprises, des activités innovantes, et celles et ceux qui les font ! Et tout ça, dans la musique !




On peut se réjouir de l’engouement actuel pour le spectacle vivant et de la croissance des ventes de tickets. Pareil accroissement d’activités n’est généralement pas sans causé quelques problèmes de saturation auxquels les startups essaient justement de trouver des solutions. Pour Yuflow Events, c’est le paiement dématérialisé « sans contact » et un service linéaire à 360° (billetterie, accueil, paiement cashless) qui fait la différence.

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L’équipe de Yuflow Events

C’est sur les bancs du lycée, à Lyon, que Jean-Alexandre Janoray et Martin Rigot-Muller, cofondateurs de Yuflow Events, se rencontrent. Après des études supérieures de commerce suivies par du consulting en stratégie auprès des banques et assurances pour le premier, fac business et expérience de commercial grands comptes dans un groupe pour le second, ils s’associent en 2011 pour créer leur propre entreprise. Fréquentant régulièrement les festivals, ils décident de se pencher sur les moyens de paiement dématérialisés. Pendant 6 mois, ils vont mûrir leur idée, chercher les technos et structurer leur projet.

Le cashless, de la CB au QR Code

La billetterie est la première transaction à avoir été dématérialisée dans l’événementiel, à la fois par l’arrivée de pure players et par l’adaptation des opérateurs historiques. Les achats de billets se font en ligne et les entrées s’effectuent désormais sans support et sans contact. Côté système de paiement en revanche, les innovations ont tardé et le cash reste encore très présent, malgré la tendance grandissante de recherche de solutions cashless (sans cash).

Par-delà les cartes bancaires, le cashless se développe dans le spectacle pour fluidifier les échanges d’argent, et si possible en créer en faisant de la promo. Le « token » ou jeton plastique est l’équivalent des célèbres coquillages du Club Med pour les concerts et festivals : limité dans l’espace et le temps et à valeur unique. Bien que ce système ajoute une étape de change supplémentaire au cash, son utilisation permet déjà de répartir les files d’attentes, de mesurer les débits en pesant les caisses et donc de gérer les stocks. Externalité positive pour l’un, négative pour les étourdis, la création d’un support circonscrit dans l’événement accroit les chiffres d’affaires réalisés par les organisateurs.

Dans la période récente, des opérateurs ont élaboré des systèmes de monnaie électronique sans contact. Les porte-monnaie basés sur des technologies communiquant sur courte distance (RFID et NFC) peuvent, tout comme le QR code, être utilisés sans connexion Internet, en étant intégrés dans des objets (bracelets, cartes, etc.) estampillés aux couleurs de l’événement ou d’un partenaire/annonceur. Ces technos permettent tout de même de collecter des données sur les usages. Le hic : elles transposent le change en « chargement de crédit », au lieu de s’en passer.

Pour se démarquer, nos deux entrepreneurs recherchent une connexion plus directe entre le titre de paiement et le compte à débiter, une solution sans étape de chargement. Ils ont alors l’idée d’utiliser un support commun à tous les participants. « On voulait créer un moyen de paiement dématérialisé dédié à l’événement : on est partis de l’idée d’un bracelet connecté et on a fini avec un support commun : le billet d’entrée lui-même dématérialisé en un QR Code », explique Martin.

Les deux fondateurs démarrent sans compétences techniques : « la V1 a été développée en septembre 2012 par un prestataire lyonnais », nous rapporte Martin. Avec ce produit en poche, les startupers partent à la recherche d’une banque partenaire, seule capable d’apporter la brique manquante : la connexion entre le porte-monnaie électronique et le compte bancaire.

La banque, le partenaire de confiance

Pour prendre contact avec les banques, Yuflow Events lance un questionnaire pour les consulter sur les solutions qu’elles pourraient proposer. « Très vite, la Bred Banque Populaire nous a proposé de réaliser une solution sur-mesure pour effectuer nos transactions ». Cette dernière crée et héberge des « empreintes bancaires » pour les participants dès l’achat des places. De son côté, Yuflow conserve uniquement un QR Code et n’a donc pas à craindre de gérer les données sensibles. « Quand un participant achète un billet Yuflow, on lui dit : « ceci est votre billet d’entrée pour l’événement » avec le nom, le lieu, la date comme d’habitude. Et on ajoute : « votre billet d’entrée sera aussi votre porte-monnaie grâce à notre partenaire Banque Populaire ».

Crédit Mutuel (Riffx, Printemps de Bourges) ou Caisse d’Epargne/BPCE (Esprit Musique), Crédit Agricole (Muzik’ Casting), les banques investissent l’événementiel pour travailler leur image. Avec des partenaires comme Yuflow Event, elles peuvent aussi y exercer leur activité : « l’événementiel génère des flux importants sur un laps de temps très court. Pour les banques c’est assez rare, et ce secteur devient clé pour elles ». Ce partenariat profite à la banque, non seulement en terme de visibilité mais aussi en terme de positionnement sur un système monétaire prometteur.

Un service linéaire 360° pour les organisateurs d’événements

Pour construire une offre commerciale valable sur un marché fortement concurrentiel, les entrepreneurs parient aujourd’hui sur un « service linéaire à 360° » pour les organisateurs d’événements. Billetterie en ligne et sur site, contrôle d’accès, zoning, compilation et exploitation de données provenant de la billetterie et des dépenses, « on essaie de leur donner une solution globale, plus fluide et moins chère ». Ils souhaitent de plus s’adresser à tout type d’événements – spectacles, rencontres sportives, salons, etc. – dès lors que la capacité d’accueil se situe entre 5000 et 100 000 personnes. Un changement d’échelle rendu possible grâce à l’arrivée dans l’équipe, en 2014, de Grégory Capustin. Rencontré lors d’un « meet up », un de ces rendez-vous bien installés dans la capitale où « les CEO peuvent rencontrer des geeks », il devient le troisième associé. Il développe aussitôt des nouvelles versions des applications.

Concrètement, la solution Yuflow Events nécessite deux applications distinctes : une application web pour gérer la prestation de billetterie et le back-office de l’organisateur (exploitation de statistiques, données, etc.) et une application mobile pour tous les terminaux de scan à déployer sur les événements. Les fonctionnalités ont été développées en suivant un modèle AGILE pour que les organisateurs choisissent « à la carte » les modules dont ils ont besoin. Que le réseau soit en mode online ou offline, les organisateurs procèdent aux paiements et contrôles d’accès en survolant les QR Codes. Ils suivent en temps réel les flux de l’événement, à la fois financiers, mais aussi les stocks. Ils peuvent aussi télécharger les données sous format Excel pour les traiter en interne. Pour les participants qui n’affichent pas leur code sur leur smartphone, la startup laisse la possibilité de les imprimer et les imprime même sur des « bracelets QR code en temps réel, un moyen pratique pour ceux qui viennent sur place à l’improviste ».

Devenir leader sur le cashless

Yuflow Events a fait partie de la 3è promotion du Microsoft Ventures Accelerator de janvier à avril 2014. L’incubateur propose des séances de mentoring sur l’écosystème des technologies et des affaires ainsi qu’une préparation intensive à l’art de pitcher : « on avait des ateliers pour apprendre et on pitchait devant des investisseurs, des vrais. C’est important parce que je pense que la plupart des startups qui entrent chez Microsoft ont l’intention de lever des fonds ». Après ces 3 mois de masterclass, ils s’installent dans l’ incubateur du Campus Arts et Métiers ParisTech de Paris pour le loyer raisonnable et les contacts avec des business angels du Réseau AMBA, plus spécialisés dans l’industrie. En février dernier, Yuflow Events annonçait d’ailleurs la réalisation d’une levée de fonds de 400 000 € lors des derniers Tech Days de Microsoft. « On a proposé un dossier en été, pitché à la rentrée et ça a fait mouche. Notre entreprise est à moitié dans la techno, mais on a une approche business fondée sur la prestation de services et c’est ça qui a plu ». Entre mai et décembre 2014, Yuflow Events a équipé près de 100 000 personnes sur une vingtaine d’événements. Les fonds levés financent actuellement le déploiement des commerciaux et le support technique de la solution. Et Martin concluait : « notre ambition c’est de devenir leader sur le cashless en milieu événementiel d’ici fin 2016 ».



Fabrice Jallet