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Article mis à jour le vendredi 10 septembre 2010
Article créé le lundi 4 juin 2007

 
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Interview

4 questions aux membres de ces instances

Nous avons questionné trois membres de la Commission Nationale des Musiques Actuelles de 1998 (Alex Dutilh, Bruno Boutleux, Philippe Teillet) ainsi que Pierre-Olivier Laulanné, président de la commission 2 du Conseil Supérieur des Musiques Actuelles (Pratiques en amateur) afin de connaître leur bilan de la CNMA et les liens qui unissent cette instance aux travaux actuels du CSMA.


Alex Dutilh, Président de la Commission Nationale des musiques actuelles, 1998

1) Vous avez participé à la CNMA. Quel bilan en tirez-vous aujourd’hui ?
Bilan sur la méthode : il était plus efficace d’avancer avec un "comité d’experts" plutôt qu’avec des "organisations représentatives".
Bilan sur le fond : l’attention des politiques publiques en faveur des musiques actuelles a gagné en crédibilité sur le plan symbolique. Mais si les chiffres de crédits publics ont positivement évolué (au-delà du doublement pour l’État), le rééquilibrage entre musiques classique, lyrique et contemporaine d’un côté, musiques actuelles de l’autre reste totalement à l’ordre du jour.

2) Parmi les préconisations établies par la CNMA, quelles sont selon vous celles qui ont été accomplies ?
Il y a eu des avancées réelles sur l’enseignement, la diffusion du spectacle vivant, l’export. Par contre, on peut faire un constat d’immobilisme sur l’exigence de diversité dans les médias. Et sur le dossier du disque, la filière a totalement manqué de solidarité pour être efficace.

3) Qu’a-t-il manqué dans les réflexions/préconisations de la CNMA qui doit aujourd’hui être ajouté aux préconisations du CSMA ?
Tout ce qui concerne la dématérialisation des supports et Internet. Et une esquisse des nouveaux cadres juridiques à imaginer pour rapprocher les métiers de la scène et de l’enregistrement. En complément, définir un statut des managers semble aujourd’hui stratégique pour les développements de carrière.

4) Comment, selon vous, le CSMA peut/doit-il s’emparer de ce qui a été pointé tout comme de ce qui est apparu à faire ?
En créant une "cellule de suivi" de la concrétisation des préconisations. C’est probablement ce qui a le plus manqué à la période qui a suivi les travaux de la CNMA.


Philippe Teillet, Membre du comité de pilotage de la CNMA et rapporteur du groupe de travail « Publics »

1) Vous avez participé à la CNMA. Quel bilan en tirez-vous aujourd’hui ?
Compte tenu de l’expérience ultérieure de la Concertation Nationale, la CNMA de 1998 me semble, rétroactivement, relever d’une autre époque.
Son positionnement résolument central, auprès de la ministre de la culture, ainsi que les façons de concevoir les problèmes des musiques actuelles portées par ses membres les plus influents, ont conduit à privilégier une orientation des travaux et des préconisations favorisant des mesures ou des dispositifs de régulation du marché du disque, de l’activité des entrepreneurs de spectacle et des médias. Si la présidence d’Alex Dutilh a été toujours vigilante à l’égard d’une juste prise en compte de la pluralité des points de vue, il apparaît aujourd’hui que la dimension territoriale et ainsi différenciée de ces politiques n’a pas été véritablement envisagée. De même, la reconnaissance de nouveaux acteurs professionnels (au regard des politiques publiques de la culture) et de leurs demandes ou besoins a été privilégiée, conduisant ainsi à ajouter un secteur supplémentaire au champ des interventions culturelles des pouvoirs publics sans que nous soyons en mesure d’interroger la cohérence globale et plus encore le sens de toutes ces interventions.
Par ailleurs, pour faire un bilan complet de cette commission, il faut rappeler que l’action publique, culturelle ou autre, ce ne sont pas que des objectifs et des mesures, mais aussi des occasions d’interactions, de coopérations, voire de conflits entre acteurs. La CNMA en a été le cadre, mais elles se sont prolongées ailleurs, dans d’autres lieux et à d’autres occasions, contribuant ainsi un peu plus à faire des « musiques actuelles » un « secteur » comme un autre où il s’agit de se connaître, de se reconnaître, d’être reconnu et de produire de cette façon tant la définition du professionnel des « musiques actuelles » que certains standards pour l’action.

2) Parmi les préconisations établies par la CNMA, quelles sont selon vous celles qui ont été accomplies ?
Assez logiquement, compte tenu de ce qui vient d’être dit, ce qui me semble être la mesure la plus importante adoptée à l’issue de cette commission, c’est la transformation du Fonds de Soutien en établissement public, sur le modèle du CNC, c’est-à -dire la création du CNV.

3) Qu’à -t-il manqué dans les réflexions/préconisations de la CNMA qui doit aujourd’hui être ajouté aux préconisations du CSMA ?
Il a manqué d’abord une pensée de la territorialisation des politiques culturelles et en particulier une réflexion sur le bien fondé de labels ou de dispositifs nationaux. Mais le CSMA (voir réponse suivante) n’est pas le lieu idéal pour favoriser une conception plus différenciée des politiques publiques où l’Etat ne serait pas, même implicitement, si ce n’est un chef de file du moins un lieu d’impulsion. Les collectivités territoriales peuvent désormais prendre ce type de responsabilité, et certaines le font déjà .
Il manque aussi sans doute une prise en compte de l’européanisation des problèmes et des solutions qui peuvent leur être apportés, en matière culturelle et de musiques actuelles en particulier.
Au fond, le CSMA devrait réexaminer ses missions au regard du renforcement des niveaux territoriaux et européen. C’est plus en travaillant sur l’articulation de ces niveaux qu’il sera pertinent qu’en tentant de contribuer à la définition d’une politique nationale qui n’a désormais plus guère de sens.

4) Comment, selon vous, le CSMA peut/doit-il s’ emparer de ce qui a été pointé tout comme de que ce qui est apparu à faire ?
De façon générale, le dispositif d’un Conseil supérieur, pour tout domaine d’action, doit être interrogé (voir la réponse précédente). Si le CSMA s’empare de quelque sujet que ce soit, c’est à mon sens de façon nécessairement provisoire et pour favoriser le passage d’une époque des politiques culturelles à une autre. Ce en quoi le domaine des musiques actuelles a, incontestablement, un coup d’avance.


Pierre-Olivier Laulanné, Président de la Commission 2 du CSMA (Pratiques en amateur)

1) Après lecture du rapport de la CNMA, quel bilan pouvez-vous aujourd’hui en tirer ?
Mon premier constat est que, dix ans après, la masse financière affectée aux musiques actuelles est la même, malgré les déclarations enthousiastes des différents ministres au sujet des musiques actuelles. Les moyens manquent toujours pour la création, la diffusion, la mise en réseau et le développement. Quant à la question des amateurs, elle est récurrente depuis dix ans, il y avait un vrai blocage sur le sujet. Aujourd’hui, la situation de l’emploi dans le spectacle vivant est telle que les choses commencent à bouger. Le texte sur la pratique en amateur proposé par la DMDTS en 2007 pourrait convenir à tout le monde, mais il reste un texte réglementaire. A quand une politique, qui pose aussi la question de la place des amateurs dans les politiques culturelles ?
Le ministère de la Culture s’est construit sur le principe de l’excellence artistique. C’est pour cela que l’on a dit que c’était le ministère des artistes. Mais quid des pratiques artistiques ? Quelle est la stratégie par rapport aux acteurs ?
Si, d’une façon générale, des choses ont avancé pour les amateurs, et pour les musiques actuelles, le ministère reste cependant fondamentalement sur ce concept d’excellence. « On ne va quand même pas comparer un musicien d’un orchestre avec un sympathique… ». Toutes les musiques sont bien sûr égales mais certaines plus que d’autres.

2) Parmi les préconisations établies par la CNMA, quelles sont selon vous celles qui ont été accomplies ?
Il est apparu lors du Foruma 2005 que le constat 10 ans après la CNMA, était plutôt mitigé. Symboliquement, des choses ont avancé mais les moyens n’ont pas vraiment bougé.
Heureusement l’émergence du CNV et des sociétés civiles ont beaucoup aidé au développement et à la structuration du secteur. Mais il est tout de même étrange que la politique culturelle en faveur des musiques savantes et classiques soit financée par l’impôt et que celle des musiques actuelles reposent sur les taxes sur l’activité du secteur (vente de supports vierges, taxe sur les entrées…).

3) Qu’a-t-il manqué dans les réflexions/préconisations de la CNMA qui doit aujourd’hui être ajouté aux préconisations du CSMA ?
Le principal défaut de la CNMA c’est qu’elle se soit arrêtée ! Le CSMA doit aujourd’hui se poser la question du suivi de ses préconisations. Il doit être, dans la durée, une instance de dialogue permanente entre l’Etat, les Collectivités et les acteurs. Il doit avoir la capacité d’interpeller et de changer de façon visible les politiques publiques. S’il ne joue pas cette fonction, il ne servira à rien.

4) Comment, selon vous, le CSMA peut/doit-il s’emparer de ce qui a été pointé tout comme de que ce qui est apparu à faire ?
Le CSMA doit s’approprier ses propres préconisations et peser pour qu’elles soient prises en compte. C’est pour cela qu’il est important qu’il reste bien une instance de travail et de concertation entre les trois parties. L’un des paradoxes auquel il aura à se confronter sera celui des politiques culturelles et des moyens. S’agit-il de définir des objectifs, des moyens et les conditions d’évaluation de ces politiques ou bien d’attribuer des moyens à certains en les refusant à d’autres ? Comment prendre en compte l’émergence, y compris dans les secteurs les plus subventionnés, quand les budgets ne progressent plus ? Comment bien sûr prendre en compte l’égale légitimité des répertoires et des expressions musicales ?


Bruno Boutleux, Membre du comité de pilotage de la CNMA et de la commission 4, « gestion de carrières »

1) Vous avez participé à la CNMA. Quel bilan en tirez-vous aujourd’hui ?
Un peu moins de 10 ans après le « plan rock » de Jack Lang, le ministère se penchait de nouveau sérieusement sur la question des musiques actuelles et proposait une grande réflexion prospective. Cette CNMA avait donc une portée symbolique forte. Elle a très largement participé au processus (très lent) de reconnaissance des musiques actuelles comme secteur culturel à part entière. Elle est une étape très importante qui a énormément crédibilisé les acteurs de ce secteur vis-à -vis de leurs pairs, institutionnels ou privés. Elle était aussi la première mise en commun de toutes les réflexions en cours dans le monde des musiques actuelles, réunissant à la fois les points de vue des industries et ceux des milieux plus institutionnels.

2) Parmi les préconisations établies par la CNMA, quelles sont selon vous celles qui ont été accomplies ?
Avant tout le développement du réseau des scènes musiques actuelles. On ne s’en rend pas toujours compte mais en regardant ce qui se passe dans d’autres pays, l’on prend conscience de l’extraordinaire qualité du réseau des salles de musiques actuelles en France, des Smacs aux Zéniths. La CNMA n’est pas étrangère à cela. Elle a contribué à ce que l’impulsion de l’Etat soit effectivement relayée par les collectivités territoriales.
La question des risques auditifs est aussi une recommandation qui a très largement produit ses effets. C’était une question de santé publique.
La reconnaissance du mouvement techno a elle aussi beaucoup progressé même s’il reste encore à faire dans ce domaine.
Depuis la CNMA, le Fonds de soutien est devenu CNV avec des responsabilités élargies. C’était aussi une recommandation de la CNMA.
Sur recommandation de la CNMA la filière musicale dispose aujourd’hui d’un peu plus de moyens pour financer l’audiovisuel musical. C’est encore très insuffisant étant donnés les enjeux mais cela reste significatif.
Enfin les moyens financiers dévolus par l’Etat aux musiques actuelles ont été doublés. Il n’y en a jamais assez, mais le geste était fort.

3) Qu’a-t-il manqué dans les réflexions/préconisations de la CNMA qui doit aujourd’hui être ajouté aux préconisations du CSMA ?
La question de la pratique amateur n’est toujours pas réglée alors que c’est vital.
La réforme de l’intermittence a laissé sans réponse la question de la capacité des artistes à enseigner.
Nous n’avons pas assez insisté lors de la CNMA sur l’importance de l’évaluation. Cette question est systématiquement évacuée par tous les acteurs du secteur culturel. L’évaluation est perçue comme l’antichambre de la liquidation d« un projet ou d’un équipement alors que ce devrait être le contraire. Se poser régulièrement la question de sa légitimité ou de la pertinence de son action est indispensable. Trop de projets sont aujourd’hui soutenus parce qu’on ne sait, ou n’ose pas les réformer ou les arrêter. Malheureusement et malgré un dynamisme certain, les musiques actuelles n’échappent pas à cela.
Nous n’avons pas anticipé les effets négatifs de la révolution numérique. Cette question est totalement absente de nos réflexions de l’époque. C’est peut-être normal étant donné la rapidité des bouleversements mais il y a là urgence à traiter le problème, même si les solutions sont autant du côté de l’Etat que des entreprises ou des organismes professionnels.

4) Comment, selon vous, le CSMA peut/doit-il s’emparer de ce qui a été pointé tout comme de que ce qui est apparu à faire ?
Nous avions recommandé la création d’un Centre national de la musique. Cette idée a été balayée notamment par les producteurs phonographiques. La situation est différente aujourd’hui et je crois que les mentalités ont évolué. Ce centre devrait avant tout se préoccuper de la mise en place de systèmes de régulation tels que la France a toujours su en concevoir, à savoir des « cercles vertueux » permettant de compenser les effets négatifs des progrès technologiques par de la solidarité de filière.
La loi de 85 en est un bel exemple. La création du CNC en 1945 aussi. Comment se fait-il que les producteurs audiovisuels aient réussi récemment à obtenir un reversement des FAI au titre du préjudice de la piraterie de films sur internet et pas la musique ? Un Centre national de la musique, homologue du CNC, aurait sans doute permis d’éviter que la musique ne soit le dindon de la farce.
L’éducation artistique n’est plus le domaine réservé du théâtre et des orchestres classiques. Mouvement musical majeur du XXème siècle, les musiques actuelles sont un matériau pédagogique à part entière qui peut être mis au service de cet enjeu sociétal de premier plan : proposer à tous une éducation harmonieuse fondée sur les savoirs et le « sensible ». C’est aussi un domaine qui peut contribuer non seulement au développement des structures de musiques actuelles mais aussi à leur reconnaissance, ce qui était un enjeu pointé par la CNMA.
Enfin sur la question des industries culturelles, il reste à mieux mobiliser les collectivités territoriales. Les enjeux de diversité sont au moins aussi forts dans le domaine de la musique enregistrée que dans celui du spectacle. Les collectivités doivent pouvoir soutenir les entreprises musicales au même titre qu’elles le font pour le cinéma ou le livre. Pépinières d’entreprises, aide à l’emploi culturel étendu au secteur marchand, garanties bancaires, aides aux labels et à l’édition sont autant de domaines où les collectivités doivent se décomplexer et intervenir.

Propos recueillis par Nathalie Miel

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