20 ANS D’OFFICIEL DE LA MUSIQUE
20 ans de métiers, et remets-toi à l’ouvrage

Publié le mardi 5 septembre 2006

Article

Qui se rappelle qu’avant on fonctionnait en connaissant quelqu’un qui connaissait quelqu’un qu’avait un copain qui bossait dans une salle ou un label ? Dans les années 80, c’est pourtant comme ça que le rock existait…
L’Officiel fête maintenant ses 20 ans ! Retour sur son histoire dans le secteur et sur le métier de ceux qui le font.

Comment la base de données et l’Officiel sont nés ?

Au début des années 80, c’est par le biais du militantisme de certains acteurs bénévoles, souvent managers, que quelques associations ont commencé à se réunir, d’abord localement. En octobre 84, au Forum Culturel de Montpellier, les "gens du rock" se rencontrent pour la première fois "tous ensemble, essayant de faire progresser le métier, avec une certaine idée de l’intérêt général de la profession" (Bernard Batzen). De là naît le "Réseau Rocks" et l’envie mutuelle de se fédérer.
Sous l’impulsion, le Centre Info Rock (Cir) voit le jour dès 86, avec l’objectif de construire les fichiers du rock, la présentation des acteurs d’un mouvement en pleine construction. "Il y avait trois membres fondateurs : Maurice Lidou (de Rennes), Cyril Prieur (de Strasbourg) et moi. On nous a prêté des locaux qu’on a squatté pendant plus de deux ans, avenue Paul Doumer. Sont arrivés aussi Norbert Le Guénédal et comme Jeune Volontaire, Stéphane Davet, qui était le frère d’une copine de lycée qui s’intéressait beaucoup au rock, et puis Gilles Castagnac d’Images Records, à Caen" (Bruno Lion).

"Bruno s’occupait de l’informatique, de la recherche de subventions, de la banque et aussi de la constitution des fiches pour la base de données avec Casta, Norbert et Davet. Avec Maurice, on a travaillé sur les régions. On a parcouru la France pour installer un réseau de correspondants. J’étais chargé de la moitié Est de la France, de Lille à Nice" (Cyril Prieur). Pour constituer cette base nationale, les "mousquetaires du Cir" inventent une nomenclature, saisissent des milliers de fiches détaillées. Ils font appel à la "famille du rock", notamment en région, épluchant les carnets d’adresses pour constituer ce qui deviendra, à terme, l’Officiel du rock.
Dans un premier temps, les fiches ne sont accessibles que sur un service minitel hébergé par FR3 « la chaîne diffuse alors l’émission Décibels réalisée à partir des tournages fait en régions, dont beaucoup de groupes locaux « qui publie aussi quelques infos showbizz et des critiques de disques à la rubrique rock du 3615 FR3. L’équipe est alors complétée par Denis Turmel qui négocie avec des magasins de musique pour y faire gagner, chaque semaine, des instruments (guitares, amplis,..).

Les officiels réunissent la famille

Présentée comme des "officiels" du rock par un journaliste, la bande du Cir s’en inspire et retourne la provocation pour trouver le nom du guide : le premier Officiel du Rock est publié en 1987. Les conditions de réalisation sont épiques : "le bouclage du premier Officiel a duré un mois et demi. On alignait les nuits blanches. Il n’y avait qu’un seul Macintosh "première génération" avec un petit écran. Et la table de montage, c’était une vitre de verre cassée posée sur les bras d’un fauteuil avec un spot par dessous" (G. Castagnac).
Le monde du rock se retrouve au pied de quelque chose de nouveau : les acteurs peuvent se connaître et travailler ensemble, le secteur peut s’organiser. "Avant ça me semblait tellement difficile d’avoir les coordonnées de quelqu’un. L’énorme distance toute virtuelle que j’imaginais avec ce métier était réduite d’un seul coup avec l’Officiel." (Françoise Dupas). "Avant, il n’y avait que le Guide du Showbizz qui classait les Rita Mitsouko à Mitsouko Rita !" (B. Lion).
La sortie de la première édition a un rôle très largement symbolique auprès des acteurs et des institutions. Le monde du rock français se retrouve rassemblé et identifié en plus de 400 pages. "Quand il est sorti, on s’est tous dit : "on fait partie d’un mouvement". Il rassemblait tous les acteurs de la filière : les assos, les maisons de disques, les éditeurs, les artistes, les fournisseurs…" (B. Batzen). "C’était la première fois qu’il y avait quelque chose de sérieux et d’organisé dans le rock. Avant, il y avait toujours un côté amateur, improvisé et peu fiable. Au moins l’Officiel a crédibilisé une activité qui en général était regardée avec un petit sourire" (Didier Saltron, journaliste rock à l’AFP). C’est notamment auprès des institutions que le rock devient d’un coup plus crédible. Les pouvoirs publics peuvent (re)connaître l’étendue d’un mouvement, quantifier les acteurs en présence, qualifier les activités de chacun… et ainsi envisager une première approche globale du secteur.

D’autant que les sorties de l’Officiel ne passent pas inaperçues. L’époque correspond à la constitution d’un milieu rock naissant, moins nombreux qu’il ne l’est aujourd’hui, et pour qui la sortie du guide est chaque année l’occasion d’une grande fête. D’année en année, le lieu du rassemblement change (New Moon, Excalibur, Bus Palladium, Ile de la Jatte, Trianon, Cigale…) et les "sorties" de l’Officiel restent légendaires : au-delà du côté festif et arrosé, elles représentent un évènement constitutif du processus d’identification réciproque des acteurs du rock. C’est encore une « grande famille » et tout le monde tient à y être.

D’un Off à l’arrach’…

"Si on s’était douté de la moitié du travail que ça supposait, on ne l’aurait pas fait !" (B. Lion). L’Officiel est en effet le résultat d’un travail complexe. Initialement construit à partir de rien ("on bâtissait sur du vide" dira Stéphane Davet), par des rockeurs dont l’édition n’est pas le métier, il évolua au fil du temps grâce à la mise en place d’une équipe et d’un savoir-faire spécifique au développement de base de données.

Au départ, l’Officiel s’est constitué parce qu’une petite équipe d’individus passant pour des fous s’est mis en tête de le réaliser, dans des conditions précaires et avec un esprit proche du mouvement : "On fonctionnait comme un groupe de rock, on était tout le temps ensemble. On dormait même au bureau" (M. Lidou). "On les prenait pour des rigolos. Personne n’aurait pu imaginer que la bande allait créer quelque chose d’aussi incontournable que l’irma et un outil aussi indispensable que l’Officiel" (B. Batzen).
Les outils technologiques de l’époque étant ce qu’ils étaient, la conception des fiches et leur envoi pour la réactualisation étaient fastidieuses, tout comme la mise en ligne des fichiers pour le minitel. Les moyens était restreints, l’équipe aussi, "tout le monde faisait un peu de tout pour pas beaucoup d’argent" (N. Le Guénédal), certains continuant en parallèle leur activité de manager ou de producteur de concerts. Les véritables emplois n’arriveront que plus tard avec la commercialisation des Officiels et les aides du ministère de la Culture.
Avec le soutien du ministère de la Jeunesse et des Sports qui leur attribue une quinzaine de postes de "jeunes volontaires" (80% du Smic pendant 6 mois), le Réseau rocks installe des correspondants régionaux alimentant la base de données nationale. L’équipe du Cir se met ensuite à publier une large sélection de ces données dans l’Officiel, appelé à être réactualisé et réédité.

Chaque année, le nombre de pages publiées a augmenté, notamment parce le Cir s’était mis en quête d’un réseau d’acteurs "rock" en Europe et au Québec avec l’aide d’Eurocréation. Cela leur a permit de publier l’Euro Pop Book pendant plusieurs années. En 1991, les bouclages de l’Officiel et de l’Euro Pop Book se sont faits en même temps, Fredéric Drewniak s’en souvient encore : "Il y avait plus de 1.800 pages à vérifier en un mois ! Sur l’Euro Pop Book, on maîtrisait mal les problèmes de transcodage. Je suis resté douze heures devant l’ordinateur à appuyer sur "Entrée" à chaque fois qu’il y avait un "I" sur l’écran".

… à une rage de l’Off …

Créer cette base de données impliquait de définir une nomenclature du rock et de ses métiers, ainsi que d’organiser son contenu selon une logique "Structures" « "Activités" « "Contacts" (une structure pouvant exercer plusieurs activités impliquant différents contacts). « C’est une construction qu’il a fallu inventer, car il n’existait rien. Aujourd’hui, elle paraît évidente et tout le monde l’a adoptée. Mais quand Maurice m’a appellé pour organiser les fichiers, les chapitres s’appellaient "comment monter son spectacle" ou "comment autoproduire son disque"… (G. Castagnac)". Petit à petit, les fiches se mettent en place : les informations collectées détaillent l’organigramme des structures, un descriptif des activités (références, catalogue…) et les coordonnées professionnelles des contacts. Mais le premier Officiel ne donne par exemple qu’un seul contact par major…

Avec la création de l’irma (retrouvez ici la photo de l’équipe de 1994) et l’intégration des données du Cij (Centre d’information du jazz) et du Cimt (Centre d’information des musiques traditionnelles et du monde), l’Officiel du Rock est devenu l’Officiel de la Musique (un temps, il fut envisagé que ce soit l’Officiel de les musiques). Couvrant l’ensemble des musiques actuelles, le champ répertorié est devenu ainsi plus large, et les exigences du public idem. Le travail de veille et d’expertise est bien plus conséquent et les responsables de ces 3 centres s’y consacrent en permanence ("un vrai travail de Sisyphe" comme aime à le rappeler Pascal Anquetil). Au final, ce sont des centaines de personnes qui ont travaillé ou aidé à un moment ou un autre à la réalisation de l’Officiel depuis 20 ans.

Par ailleurs, des dizaines d’annonceurs lui sont fidèle et ont su accompagner et soutenir son développement (cf le CD de cette année). L’Officiel est un outil de communication et tout le monde sait qu’il accompagne l’activité des entreprises, le développement du secteur et participe quotidiennement aux échanges entre ses acteurs.

… et ses métiers cachés

"Le plus dur dans une base de donnée, ce n’est pas de la constituer mais de la maintenir constamment à jour et opérationnelle, surtout s’il elle est importante" (sorte de refrain entendu ici dans chaque bureau). Plus de 50.000 contacts (personnes et structures) sont répertoriés dans la base de données de l’irma. Pour les réactualiser, les méthodes ont évolué et les coûts augmenté. Une veille quotidienne est effectuée par une dizaine de personnes qui se répartissent l’expertise de ces informations par rubriques d’activités ou chapitres.
Tout au long de l’année, les structures recensées dans la base de données reçoivent les informations saisies à leur propos, afin qu’ils les modifient si nécessaire. Ce sont des dizaines de milliers de fiches, toutes différentes et propres à chaque destinataire qui doivent être éditées et acheminées aux bonnes personnes. Ainsi, de façon à "fluidifier" la mobilisation, les fichiers "média" sont envoyés à l’automne, "artiste", "formation" et "organisme" en décembre, "spectacle" en février, "disque" et "studio" au printemps…
Le taux de retour est très important car les gens savent à quoi cette demande va servir. Petit à petit, le mailing de "réactualisation" est devenu un mailing de "validation". Mais, si besoin, des relances téléphoniques ou par mail sont effectués en cas de non-réponse ou de besoin de précisions. De fait, le but est de rendre service au lecteur, pas de faire la promo de tout le monde. C’est une "philosophie de l’aval" qui vise avant tout à construire un outil d’intérêt général, la "Bible" du secteur comme l’a souvent salué la presse.

En fonction, cette responsabilité "nationale" a conduit à développer des compétences en interne, et les processus de travail (allant de la veille à la fabrication des ouvrages) se sont affinés. Cela a permis d’améliorer la qualité du traitement des informations et de leur rendu. Les bouclages étant dorénavant plus maîtrisés, laissant même le temps à ceux qui s’en occupent d’éviter les nuits blanches…

L’Off fait des petits !

L’Officiel fut par ailleurs à l’origine du développement d’autres outils : les premières éditions intégraient de nombreux articles, interviews, doc pratiques, focus… dont l’objectif était souvent de présenter les métiers et les conseils pour leur pratique. Une demande des lecteurs était d’en savoir plus sur ces professions rapidement présentées… C’est ainsi que, de fil en aiguille, des formations spécialisées se sont montées, puis la collection des guides de métiers (Profession Manager, Profession Artiste, Profession Organisateur - L’entrepreneur de spectacles, Profession Editeur - L’édition musicale, Autoproduire son disque, Les contrats de la musique, Je monte mon label…), ou encore les fiches pratiques, grâce à la collaboration de professionnels intervenant dans ces formations. L’Officiel a aussi été une "matrice" pour de nombreux services permettant la professionnalisation des acteurs de plus en plus nombreux. Là aussi, c’est la demande qui a suscité l’élaboration de ces réponses.

En parallèle, de la même manière que le Cir, puis l’irma, ont toujours utilisé leur propre outil de gestion informatique « afin d’en dominer les développements et maintenir une réactivité face aux besoins « , le choix de la distribution est lui aussi resté une solution interne. Une manière de mieux connaître son lectorat et de s’adapter à ses besoins. VPC (vente par correspondance), fnac, mégastores, librairies, réseaux spécialisés… le service distribution gère aujourd’hui des dizaines d’envois quotidiens. Et cette capacité est aussi une prestation que l’irma a pu proposer à d’autres éditeurs pour donner plus de visibilité à d’autres ouvrages du domaine musical.
Même en interne, ceci a permit de développer, à partir du savoir-faire acquis sur l’Officiel, d’autres annuaires, à commencer par ceux que réalisent les centre d’information : Jazz de France pour le Cij, Planètes Musiques pour le Cimt et Le Réseau pour le Cir. Ce ne sont pas des "doublons", mais bien des compléments bien différenciés disposant de leur propre identité, et qui n’auraient pas connu la même notoriété sans la "locomotive" commune.

En 98, avec le développement des moyens de communication par Internet, l’irma a rendu accessible, sur son site www.irma.asso.fr, l’ensemble des 50.000 contacts présents dans sa base de donnée pour permettre de retrouver, rapidement et ponctuellement, des coordonnées complètes à partir d’un simple nom. En complément des recherches quantitatives et commerciales via l’Officiel, ce "répertoire en ligne" fut le premier mode de communication dématérialisée de la base de données.

Et maintenant le Woffi…

Depuis peu, avec le développement du Woffi (www.woffi.com), nouvel outil d’extraction de la base de données, l’irma continue à adapter ses outils aux nouveaux besoins des usagers, leur permettant d’accéder à l’ensemble des contacts expertisés par un site Internet doté de plusieurs modules de recherches et d’exploitation de données. Et comme l’Officiel, le Woffi va permettre de développer de nouveaux services qui y seront intégrés…

Après des années de bons et loyaux services en version papier, l’irma mène donc sa révolution numérique, via la mise sur Internet de son "énorme" base de données et de ses fonctionnalités permettant recherches et classements quantitatifs.
Le nombre bien plus vaste d’exploitations possibles de ce support permet de constituer des listes de contacts à sauvegarder sur son espace personnel, et de les enregistrer en PDF ou sous forme d’étiquettes prêtes à l’emploi sans aucun problème de paramétrage.

Là où un annuaire papier donne une image du secteur à un instant T, cet outil en ligne réactualisé en continu par l’équipe permanente, multiplie par 365 l’efficacité des campagnes de promotion. Restant à l’écoute de ces utilisateurs pour améliorer le système, l’irma propose désormais de nouvelles prestations d’envoi de courrier électronique et d’aide au projet, directement à partir de son application en ligne. Croiser les données, filtrer, fusionner, diffuser en quelques clics est désormais chose possible (cf démo).
Initialement prévue comme un simple complément à l’Officiel de la musique, cette nouvelle solution professionnelle ne cesse de voir ses fonctionnalités s’accroître, toujours dans un seul et même objectif : faciliter et accélérer le travail et la mise en relation de la communauté d’acteurs issus des musiques actuelles.

Mathias Milliard ; Vincent Renoir

PS : De nombreuses citations publiées dans cet article sont tirées de "Le Off des 10 ans du Cir" de Gaëlle F. Merci à elle…