10 ANS DE FORMATION DES PROFESSIONNELS DE LA MUSIQUE
On "Nanterre" bien les pros !

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Publié le mercredi 1er juin 2011

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10 ans déjà ! Le diplôme universitaire (DU) Économie et gestion de projets musicaux fête ses noces d’étain avec le secteur de l’industrie musicale. Depuis 2001, L’Irma, en partenariat avec l’université Paris Ouest Nanterre La Défense, forme des professionnels de la musique, grâce à un cursus intensif qui court sur une année universitaire.
Disque, spectacle, édition, management, ils sont plus de 200 à s’être spécialisés ou réorientés, dotés des outils et des connaissances nécessaires pour transformer une pratique en activité professionnelle. Les anciens du DU forment aujourd’hui un réseau de professionnels en exercice.
Cet anniversaire, célébré le 1er juillet prochain, est l’occasion de revenir sur l’histoire et le parcours d’un diplôme singulier, qui s’est installé comme une des formations sectorielles de référence, et représente une des voies privilégiées pour travailler dans le domaine des musiques actuelles.

Il y a 10, 5, 3 ou encore 1 an, ils ont choisi de reprendre le "chemin des écoliers", direction les bancs de l’université de Nanterre. Aujourd’hui, ils sont chargé de production, programmateur, manager, administrateur ou directeur de lieux ou de festivals, et travaillent pour Radio France, Mondomix, l’Olympia, Pias, La Cité de la musique, le Hellfest ou encore le Printemps de Bourges ou Believe. D’autres encore ont créé leur entreprise, de booking (En même temps), de production phonographique, leur studio d’enregistrement, ou bien ont décidé d’ouvrir un lieu de spectacle (péniche L’improviste). Eux, elles, se sont les ancien(ne)s stagiaires du Diplôme d’université (DU) "Économie et gestion de projets musicaux". À la fin du mois de juin, les 17 de la promotion 2011 achèveront à leur tour leur année-marathon de formation et de stage. 10e promotion, 10e année, l’occasion de revenir, sur l’histoire de ce DU, qui a servi de sas d’entrée dans le secteur pour de nombreux professionnels.

Retour sur les origines

A la fin des années 1980, l’industrie musicale a connu un développement spontané, sans précédent : explosion de la pratique amateur, multiplication des productions, constitution d’un milieu alternatif fortement impliqué dans la création musicale… Une partie du secteur des musiques actuelles prend alors conscience de la nécessité de former les acteurs qui exercent déjà ainsi que les futurs professionnels ; en somme, professionnaliser la diversité d’acteurs de la filière.

Fort de ces constats et des besoins identifiés, dès 1990, le CIR (Centre d’information du rock), devenu l’Irma en 1994, se rapproche de l’Institut inter-régional d’éducation permanente (Inirep) à Issoudun pour la mise en place de la première formation longue développée sur les musiques actuelles : la formation d’Issoudun, intitulée "manager du monde de la musique". Ce partenariat dure 11 ans, pendant lesquels le diplôme intègre formation professionnelle et obtient son homologation au niveau III (Bac +2). En parallèle, elle permet de lancer de nombreux professionnels dans l’expérience de la transmission du savoir et constitue aussi une source d’inspiration pour la création de nombreux autres projets de formation.

À la fin des années 1990, Emmanuel Wallon et Christophe Blandin-Estournet montent une nouvelle formation dans le cadre du service formation professionnelle de l’Université Paris X Nanterre intitulée "Administration des structures du spectacle vivant". Ils contactent l’Irma à qui ils proposent un partenariat. Ce rapprochement permet de construire une collaboration et une réflexion commune qui aboutit à la création du DU "Économie et gestion de projets musicaux". L’Université Paris X Nanterre se dote ainsi de deux formations professionnelles en administration culturelle, l’une orientée sur le théâtre et la danse, l’autre sur la musique.

En octobre 2001, l’aventure de Nanterre commence, avec la première session du DU. 22 stagiaires sont sélectionnés parmi plus d’une centaine de candidats. Cette première promotion est pour le moins éclectique : de la chargée de production du Cadran Omnibus de Colombes au diplômé d’école de commerce en stage chez Abacaba, en passant par la cofondatrice du Printemps des rues à Paris, tous ont déjà de l’expérience et une envie d’évoluer et de se professionnaliser. On y trouve également une diplômé de conservatoire, une professeur de danse contemporaine, un technicien du spectacle, un régisseur venu de Dakar, une secrétaire de rédaction, et même une ex-économiste reconvertie aux arts de la rue !

Formateurs et stagiaires

Depuis sa création, le DU s’est toujours attaché à être au plus près des réalités et des besoins des entreprises du secteur. Le choix a tout de suite été fait de confier l’enseignement à des professionnels en activité. L’équipe pédagogique est complétée par des formateurs professionnels (pour les matières plus générales : gestion, comptabilité…), des institutionnels, et quelques enseignants universitaires. "La particularité de cette formation tient dans son approche "métier". Les stagiaires rencontrent le métier, et le métier leur parle du métier. Cela créé des relations avec les entreprises", souligne à ce propos Philippe Audubert, formateur de longue date du DU et directeur adjoint de Trempolino.

Le DU s’inscrit dans la formation professionnelle continue. Ce choix répond à l’exigence de professionnalisation des personnes exerçant déjà dans le secteur. Cependant, chaque année, des étudiants abandonnent leur statut pour intégrer cette année de formation à leur cursus, afin de lui donner une composante pratique, appliquée, renforcée d’autant plus par le stage obligatoire en entreprise. Combiné à une expérience professionnelle et/ou à une formation plus générale, c’est un atout indéniable sur un CV. L’entrée dans la formation est volontairement positionnée à bac + 2 dans la perspective de s’ouvrir à un nombre important de candidats (de 75 à 100 chaque année), sans pénaliser les personnes n’ayant pas fait d’études supérieures mais pouvant faire valoir leurs expériences professionnelles.

Les candidats, sélectionnés sur dossier puis sur entretien, viennent de toute la France, même si l’Ile-de-France est fortement représentée (75 %). Les profils sont très variés, mais des traits forts se dégagent. Une passion initiale partagée pour la musique a quasi systématiquement amené les stagiaires à exercer déjà une activité, associative ou professionnelle, en rapport avec le secteur.

Certains présentent même des expériences significatives (festivals, salles…). Quoi qu’il en soit, la volonté de professionnaliser son parcours est toujours présente dans les motivations des candidats. Une partie importante mentionne également le souhait de développer un projet personnel (création d’entreprise, ouverture d’une salle, création d’un label…) et cherche, outre renforcer ses connaissances pratiques (notamment sur les aspects juridiques), à développer son réseau. L’éventail des âges est très étendu, allant de 21 à 55 ans sur les 10 années, et la moyenne d’âge est très légèrement supérieure à 30 ans. Chaque année, quelques personnes opèrent par le biais de la formation une réorientation professionnelle. Pour les plus jeunes, étudiants pour la plupart, le DU est envisagé comme une année de spécialisation après des études généralistes.

Suivre les évolutions du secteur

Le DU interpelle par son caractère singulier. En effet, peu de formations spécialisées sur le champ musical existent. Emmanuel Braconnier, ancien directeur de l’Aéronef et membre de l’équipe pédagogique, l’explique ainsi : "C’est pour moi la seule formation en France, avec Issoudun, appliquée au champ des musiques actuelles. C’est un gage d’exception sur le territoire français". Si depuis quelques années, les masters thématiques sur le management et l’administration du secteur culturel se sont développés, les diplômes spécialisés en musique sont effectivement encore assez rares.

Signe d’une adaptation aux transformations qui touchent le secteur depuis plusieurs années, la formation est aujourd’hui centrée sur la notion de projet et de polyvalence, maîtres-mots pour augmenter les chances d’insertion professionnelle dans un domaine d’activité réputé peu ouvert. La concentration des activités ou, a minima, leur proximité grandissante, oblige à détenir la connaissance de l’ensemble de la chaîne : disque, spectacle, management, édition, promotion… C’est un des atouts principaux des stagiaires du DU. S’ils opèrent une spécialisation en rapport avec leur parcours propre et leur lieu de stage durant la formation, tous les aspects et tous les métiers sont abordés en profondeur. De plus, la structure pédagogique de la formation s’efforce d’assurer un juste équilibre entre apport de connaissances, transmission de savoirs-faire, acquisition de méthodes de travail et développement des réseaux. Emmanuel Braconnier l’explique ainsi : "La théorie est un plus, dans la mesure où la plupart des personnes en place dans le secteur ne l’ont pas toujours acquise".

Aujourd’hui, les enseignements s’articulent autour de 5 grands axes :

- Création et administration d’entreprise culturelle et artistique (structure, social, fiscal, international)
- Propriété intellectuelle et relations contractuelles
- Régie du spectacle, sécurité des lieux de spectacle
- Marketing et communication
- Informatique appliquée

Ce balayage complet permet de former des personnes ayant la capacité d’assumer de nombreuses fonctions dans les entreprises du secteur. Ainsi, pour Philippe Audubert, la formation est "adaptée aux besoins des entreprises", car elle "forme des personnes qui sont dans la pratique, sur le terrain". Pour nombre de stagiaires, la formation est également un temps pour monter ou développer sa propre structure, en tester la faisabilité et la viabilité, grâce au module de projet tutoré, l’évolution majeure de ces dernières années. Depuis 2008, les stagiaires construisent un projet virtuel (label, festival, production de spectacles…) sur lequel ils travaillent en groupe et qu’ils développent sous de multiples aspects (création d’entreprise, business plan, relations contractuelles, gestion du personnel, commercialisation…). Cet exercice, encadré par un intervenant référent, donne lieu à la rédaction d’un document complet restituant l’ensemble du projet et à une soutenance collective.

L’adaptation et le réajustement des contenus de la formation permettent de garantir chaque année la plus grande pertinence possible aux enseignements dispensés, et leur adéquation la plus optimale avec les besoins des entreprises du secteur. Cela se traduit par des interventions sur les politiques culturelles et leur actualité, et une mise à jour en continu des dimensions juridiques et administratives.

Cependant, la crise du secteur de la production phonographique de ces dernières années y a réduit considérablement les opportunités d’emploi. Le spectacle vivant (tour management, booking, direction technique de salles…) s’est en parallèle développé, offrant de nouvelles possibilités d’insertion professionnelle.

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Ainsi, depuis 2008, la formation intègre un module dédié à l’obtention du certificat de sécurité nécessaire à l’obtention de la licence 1 d’entrepreneur de spectacles (exploitant de lieu de spectacles). Pour renforcer cette dimension, un Certificat de Compétence Professionnelle (CCP) mis en œuvre par laCPNEF-SV et l’Afdas, portant sur la gestion sonore, sera intégré à la formation dès la prochaine session.

Dernière grande évolution, et non des moindres, la formation intègre désormais des modules spécifiques liés aux bouleversements engendrés par Internet sur l’industrie musicale : e-réputation, gestion de communautés, communiquer avec les outils du web 2.0, stratégies numériques, distribution et Internet…

Et maintenant ?

Après 10 ans d’existence, la formation EGPM a trouvé son équilibre et propose une formule qui a montré son efficacité dans une conjoncture particulièrement difficile. Le champ de la formation est un secteur très concurrentiel, et l’on voit apparaître de nouvelles licences professionnelles qui mixent formation initiale et professionnelle (ex : licence pro de l’Université de Metz, du Mans).

L’avenir de ce cursus passe par la pertinence toujours plus aiguë des contenus et du travail effectué avec les stagiaires dans le développement de leurs projets professionnels. La qualité du réseau et de la ressource documentaire de l’Irma jouent aussi un grand rôle dans le fonctionnement du dispositif. La formation va continuer d’évoluer pour être toujours au plus près des attentes et des besoins des entreprises du secteur. D’autres dimensions seront intégrées ou renforcées (par exemple sur la synchro et la supervision musicale) dans un avenir proche. Parce qu’un professionnel formé en vaudra toujours deux !

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