IRMA

Centre d'information et de ressources pour les musiques actuelles

Connexion / inscription

Le panierVotre panier est vide

PUBLICITE
Accueil du site
Accueil du site > Mot clé : Focus du mois
Abonnez-vous à irmACTU
la lettre d’info mensuelle

PNG

Version imprimable de cet article Version imprimable  

Focus du mois

Article

LES STARTUPS, PIONNIÈRES DE LA FILIÈRE MUSICALE DE DEMAIN ?
Startups the music !

Précurseuse dans les bouleversements engendrés par la révolution numérique, la musique voit émerger un foisonnement de startups, qui apparaissent comme le moteur du changement. L’Irma lance d’ailleurs à partir de ce mois-ci une nouvelle rubrique, Starting-blocks, pour suivre ces nouveaux usages, nouveaux services, nouveaux produits, qui viennent réinventer, bousculer ou simplement compléter les usages et besoins des entreprises traditionnelles du secteur. Entre effets d’opportunisme et révolution profonde, ces nouveaux acteurs sont-ils les pionniers de la filière de demain ?

Révolution numérique, développement généralisé du web social, arrivée de l’Internet des objets, recherche de nouveaux modèles économiques liés… Depuis le milieu des années 2000, la musique est un terrain de jeu qui voit fleurir de nombreuses startups. Elles s’engouffrent dans ces nouveaux champs et les explorent à la recherche de valeurs potentielles. Apportant de nouveaux services et produits technologiques, elles sont un support à la numérisation et la socialisation de la musique, et ce, sur l’ensemble de la chaîne : streaming, download, recommandation, mais aussi spectacle vivant (live augmenté), promotion et marketing, gestion des droits ou distribution numérique… Elles développent des évolutions propres au secteur, mais importent également des pratiques et technologies venues de l’extérieur, comme par exemple dans la formation et l’enseignement ou le traitement du signal audio. Si aujourd’hui, le streaming ou la vente de musique dématérialisée sont des activités bien implantées, d’autres, comme la recommandation ou le spectacle augmenté n’en sont encore qu’à leurs prémices.

L’émergence tous azimuts de nouvelles entreprises, cela ne se fait pas ex nihilo. Il faut d’abord une toile de fond, des mouvements favorables dans l’industrie, pour créer un tel appel d’air. Comme l’explique Jean-Luc Biaulet, fondateur de Music Story, et pionnier dans le traitement et l’enrichissement des métadonnées, « la musique, et au-delà les industries culturelles dans leur ensemble, offrent d’énormes potentialités. Mais il faut bien rester sur les mouvements de fond du marché (…) Il faut bien comprendre que les startups ne décollent pas comme ça. Pour cela il faut deux choses essentielles : une proposition de valeur et une réponse de marché, un momentum adéquat. »


De nouveaux intermédiaires ?


Bien plus que venir remplacer l’« ancien monde », ou lui substituer des alternatives, les startups sont un vivier d’innovations plus ou moins abouties qui offrent des opportunités de business pour les professionnels. Les évolutions amenées par le numérique ouvrent un champ de possibles, pour améliorer ou transformer les fonctionnements traditionnels, mais aussi pour spécifier de nouveaux outils et services. Comme par exemple la gestion de droit sur les utilisations numériques (Transparency, Traxair), le marketing digital, l’enrichissement de métadonnées pour la recommandation et l’amélioration de l’offre des plateformes (Music Story), ou encore le traitement du signal audio pour la recommandation (Niland).

Pour Valérie Senghor, directrice du développement économique du 104, qui accueille un incubateur dédié aux startups positionnées sur le développement de services et de produits à dimension artistique et culturelle, « il y a clairement des opportunités. Pour beaucoup de startups d’ailleurs, elles se créent elles-mêmes leurs marchés. Ou vont vers des marchés à défricher, au croisement de plusieurs univers. En cela, elles participent aussi à la structuration de nouveaux espaces économiques, parce qu’elles inventent de nouveaux usages ».

Si le numérique a changé les pratiques traditionnelles du secteur, les besoins restent les mêmes : repérer un talent, produire un artiste, le faire tourner, le promouvoir, lui faire rencontrer un public… Mais les méthodes ont évolué. Dans un écosystème constitué en grande partie de TPE et PME, il n’est pas toujours facile d’intégrer en interne ces nouvelles fonctions et compétences. Travailler avec des startups, comme fournisseur, client ou partenaire, apparaît comme une réponse pertinente. Surtout dans un contexte qui encourage les acteurs de la filière à s’engager dans l’innovation et la transition numérique (cf Un nouveau plan pour la musique enregistrée : de l’urgence à la mutation, sur le plan DGMIC). Cela entraîne une externalisation de services et de nouvelles formes d’organisation du travail, en réseau de collaborateurs et prestataires. Sans non plus minimiser les risques de dérégulation… Si la révolution numérique promettait de remettre en contact direct l’artiste et son public, érigeant le do it yourself et le direct to fan en étendard d’un business musical débarrassé des intermédiaires, les choses ne sont en réalité pas si simples. Peut-être même ne s’agirait-il que d’un remplacement des intermédiaires, du déploiement d’un outillage stratifié, et pas forcément d’une diminution de leur nombre. Reste que ceci accompagne une mutation des usages, voire l’accélère en étayant, à peu de frais, l’expérimentation…


Les startups à l’assaut de la musique


Ces opportunités ouvertes par un secteur en recomposition, nombre de startups les ont saisies. Et pas uniquement ces dernières années. Il existe aujourd’hui des entreprises françaises qui ne sont plus "startups", mais des structures désormais bien positionnées sur leurs secteurs. Deezer ou encore Qobuz sur le streaming, Music Story sur le traitement et l’enrichissement des métadonnées, Believe ou Idol sur la distribution numérique… Les exemples ne manquent pas. Ces entreprises sont désormais elles-mêmes devenues des entreprises à même de pouvoir servir de têtes de ponts structurantes pour les nouvelles générations. Car les jeunes pousses se déploient maintenant sur tous les niveaux et tous les secteurs de l’industrie musicale, de la pratique instrumentale jusqu’à la commercialisation, en passant par la gestion et le spectacle vivant.

Pour les producteurs phonographiques, éditeurs, producteurs de spectacles, managers, artistes, l’offre proposée par les startups est multiple. Et nombre d’entre eux s’intéressent de près à ce vivier foisonnant de services. Et les accords se multiplient : Yacast a récemment annoncé un partenariat avec Simbals, Believe et Idol ont signé avec 1DTouch…

Apprendre et jouer de la musique

À côté des instruments numériques et des logiciels, des innovateurs inventent des instruments physiques comme le du-touch de Dualo, ou alors des objets connectés qui transforment le mouvement en musique, comme Phonotonic. L’apprentissage aussi est impacté par le développement du e-learning et des Mooc (Massive online open courses). Meludia rêve l’apprentissage de la musique sans solfège, Carpe Dièse l’imagine à distance via webcam, quand Lalo.pro met à disposition en ligne des partitions. La partition, Weezic l’envisage augmentée, ciblant à la fois les éditeurs de contenus musicaux, les professeurs de musique et les musiciens amateurs. BuzzMyMusic propose de son côté d’accompagner les artistes professionnels et petits labels dans la distribution et la promotion digitale des productions, en proposant conseils et informations. Quand au jam entre musiciens en ligne, Whojam et Jammies s’en occupent !

Enregistrer la musique

Dans les studios, des activités émergent pour améliorer les services des acteurs traditionnels. C’est le cas de Quick Studio qui propose leur recensement, leur description et la gestion des réservations en ligne. L’enregistrement aussi connaît des transformations. L’accès en est facilité par la numérisation et la démocratisation des outils nécessaires à la prise et au mixage de la musique. Le faire soi-même d’accord mais c’est encore mieux quand c’est à la maison. Le mastering exige un savoir-faire spécifique. Il est aujourd’hui disponible en ligne avec Landr de Mix Genius et ses solutions algorithmiques.

Des solutions innovantes pour l’organisation de concerts augmentés

Le live, qui depuis la crise du disque prend une dimension plus importante dans l’économie de la musique, est un terrain de jeu aux possibilités infinies : on ne parle désormais plus de spectacle, mais de spectacle augmenté. Les producteurs augmentés peuvent utiliser des logiciels comme Orfeo qui rassemble nombre de fonctionnalités de gestion de la production et de la communication, tandis que des applications comme MovInMotion facilitent le recrutement des intermittents, offrant l’ergonomie d’un réseau social professionnel dédié (profils, mises en relation, planning, gestion des déclarations et embauches). Les programmateurs et les artistes peuvent compléter leur méthodologie de travail avec des services participatifs tels BandSquare et Koalitick pour savoir si les publics se déplaceront lors de l’événement. Ils peuvent réduire le risque d’échec en leur proposant de préacheter leurs places si un concert a effectivement lieu pour l’artiste et la ville qu’ils ont collectivement choisi. Ces services artists to fans et mobiles peuvent par ailleurs rapprocher les artistes et leurs publics. Quant à I Need Gigs, il s’adresse aux besoins spécifiques des directeurs de clubs pour le booking des DJ.

Les organisateurs deviennent de véritables marketeurs avec les nouvelles solutions de gestion de la billetterie et des publics, et connectent les publics. Au-delà des token (jetons en plastique auquel on attribue une valeur monétaire), les prestataires du secteur comme MyBee France, Yuflow Event, Lydia Solutions ou Sezam Event proposent des services de paiement cashless pour faciliter l’accès des publics à l’entrée et à la buvette et, parce que le débit est effectué grâce à des terminaux connectés, mesurent même l’évolution des stocks à chaque point de vente sur le site de l’événement. Après, entre la puce RFID et le QR Code, seuls les organisateurs peuvent comparer les offres, et pour les y aider, des services comme MaGestionBilletterie proposent accompagnement, formation et prestation. Côté musique, les puces RFID de Trak peuvent tracker les morceaux diffusés pour que les spectateurs puissent retrouver la playlist une fois reconnectés, et sans avoir à "shazamer" pendant le live (donc sans smartphone). Ceux à qui il resterait de la batterie peuvent quant à eux participer à la captation des concerts en regroupant leurs prises vidéo sur Evergig qui montera un film commun dont l’audio peut provenir de l’organisation.
En effet, dans ce monde vertueux, le spectacle est connecté et participatif. Il a fait émerger de nombreux usages pour les publics lesquels sont autant de services rendus par les professionnels et de données collectées pour améliorer le système.

La communication des dates de concerts a aussi stimulé les créateurs de services. Certains proposent comme Sowprog et Annonce ta date de simplifier des annonces auprès des agendas sous forme de broadcasting numérique. D’autres, comme Cibul (qui, pour le coup, démontre sa capacité à héberger un véritable emploi du temps de ministre, en l’occurrence celui d’Axelle Lemaire, chargée de l’Économie numérique, ou encore l’agenda du festival Culture Bar-Bars) misent au contraire sur le rassemblement sur une plateforme des données, ouvertes et exploitables par d’autres services. La recommandation dépasse déjà la musique enregistrée avec Weekmee, le Sondier et d’autres pour se faire une place de choix dans l’événementiel : agrégation des goûts des utilisateurs, réseau social, géolocalisation, recensement de l’offre, livestreaming

Plus largement, la communication et la promotion grandissent avec les nouvelles solutions des startups et nombreux sont les services présentés dans ces lignes qui sont à effets promotionnels pour leurs utilisateurs.

Promotion et monétisation

Dans le secteur de la musique, la porosité des fonctions des contenus, entre promotion et monétisation, s’accentue : autrefois contenu d’appel pour la sortie d’un album, le vidéoclip devient un contenu rémunérateur avec les plateformes de streaming comme iConcerts, Youtube et consorts. Dans la brèche ouverte par ce retour du vidéoclip, RhythmAndTown fait le pari de la mise en valeur de la scène émergente en HD.

Le processus de gamification distille les bonnes idées de légèreté des approches en mettant en scène les usages. Beloola poursuit son développement d’univers virtuel pour les avatars consommateurs de contenus multimédias et déjà, Musica Labs exploite le catalogue du luxembourgeois Jamendo pour l’édition de jeux sociaux.

Kizym, Wiseband, ou encore Noistr jouent la carte de la relation numérique sans intermédiaire et proposent des systèmes de vente et de promotion de musique « artist to fan ». beMYsound s’adresse directement aux professionnels de l’audiovisuel et aux marques, c’est-à-dire à des professionnels en recherche de morceaux de musique préexistante et originale pour l’illustration et l’habillage sonore, en offrant une place de marché pour les éditeurs de contenus. Les éditeurs musicaux qui peuvent aussi s’intéresser à Recisio, qui édite les sites de karaoké en ligne KaraFun et Version Karaoké pour le téléchargement et le streaming mais aussi Okarima pour la gestion collective des œuvres utilisées dans cet usage de la musique. Sony/ATV Music publishing et PeerMusic utilisent d’ailleurs ce service pour la détection de leurs œuvres diffusées sur Youtube.

Streaming, recommandation et playlisting

À côté des plateformes de streaming de contenus audiovisuels installées comme Deezer, Spotify, YouTube ou Dailymotion, certaines essaient d’émerger pour proposer le service différemment. Findspire, dont la sortie est imminente, associe non seulement des contenus de qualité, l’interdisciplinarité mais aussi les profils utilisateurs distincts (créateurs, professionnels et publics) pour une synergie heureuse des usages de chacun. Bien qu’elle rassemblera bientôt la vidéo, le e-book et le jeu vidéo, pour 1D Touch c’est l’équitabilité de la répartition de la valeur qui tient lieu de spécificité. En s’adressant à des "tiers lieux" (bibliothèques, MJC, collectivités) qui souhaitent, en prenant des abonnements pour les offrir à leurs membres, soutenir les créations indépendantes.

Du fait des conditions à réunir pour disposer des fichiers et de l’existence des API, les agrégateurs de contenus audiovisuels et de datas comme Blitzr, SoundsGood, Track.tl ou Songspot utilisent les contenus disponibles pour leur propres services. Nous en avions évoqué certains au retour du Midem pour conclure sur l’avenir radieux de ces interfaces d’accès. Et cela nourrit bien leur créativité puisqu’elles offrent des services variés, notamment la recommandation musicale, des comparateurs de prix, des juke-boxes participatifs… Avec des contenus (audio, vidéo, biographie, date de concerts, merchandising, etc.) streamés, en téléchargement et aux tarifs comparés, Blitzr se rêve à devenir la plateforme d’accès ultime à l’ensemble des contenus liés à la musique sur le web.

Peu évoqué lorsque l’on s’intéresse aux startups, des prestataires techniques proposent des modules webradio et streaming "clé en main" ou adaptés en marques grise ou blanche, permettant d’amortir les coûts de R&D avec de multiples distributeurs.

La recommandation est un champ d’investigation énorme, et à peine défriché, qui représente un enjeu majeur pour l’évolution de la musique en ligne. Sur le versant algorithmique, Niland (éditeurs musicaux, producteurs audiovisuels et webradios), Simbals (qui propose pas moins de 10 produits !) ou encore Soundytics (sonorisation et recommandation) se positionnent sur ce marché, chacune avec ses spécificités. Si la recommandation algorithmique monte en puissance, la recommandation humaine a encore de beaux jours devant elle. Entre le streaming et la radio, l’écart est peu à peu occupé par des services de playlists curées par des professionnels de la musique (22Tracks, RF8, Mailtape) ou par des utilisateurs avertis (Soundsgood) ou grand public (Super Pause). Cette recommandation humaine s’étoffe également pour les usages professionnels, tels la promotion, ou particuliers, qu’il s’agisse de découverte ou de consommation musicale. Le mobile comme device connecté et le swipe comme geste sont les ingrédients de la recette de The Best Song pour faire découvrir la musique.

Sans parler des solutions de financement participatif et des services liés qui se développent depuis plusieurs années (Ulule, My Major Company, Kiss Kiss Bank Bank, Wezaart, Music Invest, ProArti, etc.).

Et pour fédérer tous ces acteurs, et offrir des espaces de rencontres entre acteurs de la filière musicale et startups innovantes, des réseaux sociaux professionnels voient le jour. C’est le cas de Muzrs, ou encore d’Irmawork. La nouvelle plateforme de l’Irma propose en effet une place de marché B to B pour la recherche de prestataires, où l’on retrouve plusieurs des startups évoquées ici.


Économie collaborative et concurrence


On l’a vu, la nébuleuse des startups embrasse tous les champs du secteur musical, en proposant de nouveaux services et en défrichant de nouveaux marchés. Mais à l’inverse, pour lancer et consolider leurs activités, elles ont besoin des acteurs de la filière. En innovation, les usages précédant le droit, de nombreuses startups se retrouvent positionnées sur des vides juridiques, ou en attente d’évolution des réglementations. Mais, le temps passant, la logique du procès systématique par les acteurs traditionnels semble s’étioler, pour s’orienter vers des pratiques d’ouverture, de nouvelles modalités de coopération ou prestation de services, sur le modèle des hackathons. L’exemple des soirées MuTe, dont la première s’est tenue en octobre dernier, est éclairant. Elles réunissent, accueillies par Deezer et en partenariat avec le pôle de compétitivité numérique Cap Digital, professionnels de la musique (label, éditeur, distributeur, service en ligne, etc.) et jeunes entreprises innovantes. En dépassant les concurrences pour travailler ensemble, les startups prennent ainsi les devants et passent à l’offensive pour mieux conquérir leurs marchés. Elles promettent d’ailleurs de poursuivre l’aventure et comptent organiser ces temps collectifs une fois par trimestre. Des rendez-vous où les pros de la musique peuvent trouver des opportunités de business

Ce type d’espaces, qui emprunte aux modèles d’économie collaborative, ne minimise pas les rapports de concurrence, mais les envisage selon d’autres modalités. L’ouverture par Deezer de ses APIs favorise la création d’un marché pour les startups, mais lui garantit également une évolution technologique pour continuer à être compétitif, et permet aussi de repérer des futurs collaborateurs à embaucher.


Financement et accompagnement des startups


Si elles ont besoin des acteurs de la filière musicale, les startups ont aussi besoin, pour faire émerger leurs services, d’une aide au développement d’activités. Au sens littéral, une startup, c’est une entreprise en démarrage. Supposées bénéficier d’un fort potentiel de croissance, elles ne sont en général pas prêtes à se lancer sur le marché commercial immédiatement. Elles ont donc des besoins en financement et en accompagnement, avant de pouvoir cibler leurs clients et partenaires potentiels. C’est le rôle des incubateurs de permettre une phase plus ou moins longue de développement d’un produit, de test d’une idée, de validation d’une technologie ou d’un modèle économique. D’abord parce que les personnes à son origine ne sont pas forcément rompues aux arcanes de l’entrepreneuriat, mais aussi parce qu’elles ne connaissent pas non plus nécessairement en détail le secteur d’activités sur lequel elles se positionnent (nécessité d’un apprentissage des codes, usages, fonctionnements, du droit…).

On peut distinguer trois profils types de créateur de startup : étudiant (qui peut bénéficier du statut d’étudiant-entrepreneur, ainsi que des incubateurs intégrés à certaines écoles), des professionnels du secteur qui utilisent leurs connaissances et leurs pratiques pour imaginer des services, ou des professionnels venus d’autres secteurs qui ont une idée ou une technologie transposable. Pour Valérie Senghor, être incubé, « c’est être immergée dans un environnement qui permet d’embrasser toutes les problématiques de la création d’entreprise, tout en étant au contact d’autres startups, dont certaines peuvent être plus avancées dans leur développement. Briser la solitude de l’entrepreneur, et s’inclure dans une dynamique d’échange est très important ». De là peuvent d’ailleurs naître des associations, des collaborations et des coopérations. L’incubateur joue aussi un rôle d’accélérateur de business, en bénéficiant de leviers de communication, en étant mis en contact avec des partenaires et investisseurs potentiels.

Aller voir ce qui se construit dans les incubateurs est un bon moyen pour les professionnels du secteur de repérer les tendances et les nouveautés. C’est un travail de veille et d’anticipation qui peut apporter une plus-value non négligeable, même si les projets incubés ne sont pas encore viables au sens "marché" du terme.


Après le foisonnement, l’écrémage ?


Le foisonnement des startups est un signe de vitalité et de dynamisme, n’en déplaise aux esprits chagrins qui pensent que l’Hexagone n’est ni un pays d’entrepreneurs, ni un pays d’innovation… Mais il ne s’agit peut-être que d’une période circonscrite. Comme dans tout marché, à la période d’ébullition suivant l’apparition d’opportunités liées à une évolution technologique ou sociale, succède une phase de recentrage, d’écrémage, et son lot de disparitions, de regroupements, mais aussi de consolidations et de développement des entreprises les plus solides. Toutes les initiatives sont passées au shaker, pour passer d’un marché composé d’une multitude de petits acteurs. Mais pour Jean-Luc Biaulet, « passer au shaker ne veut pas dire faire disparaître les compétences acquises par ces artisans. Peut-être que des regroupements s’opèreront, ou des recompositions, mais pas nécessairement des disparitions. En France, nous avons beaucoup d’idées, beaucoup de talents, mais nous sommes encore trop peu nombreux. Se structurer pour tirer le meilleur des savoir-faire sur des domaines portés aujourd’hui par de petites startups fragiles et peu financées, pourrait certainement être une évolution. Le risque, c’est de voir débarquer demain un géant anglo-saxon, qui fait tout ce que font ces startups, beaucoup moins bien, mais à une échelle industrielle, et qui aura donc la capacité d’écraser les marchés. C’est peut-être là qu’il y aura des morts… ».

Car le risque est bien là. La concurrence pour la majorité de ces startups est aujourd’hui mondiale, et face à elles, se dressent, aussi, des géants du numérique (Google-Youtube, Facebook, Apple, Spotify-The Echo Nest…). Et si la bascule ne s’opère pas vers une consolidation et un redimensionnement d’un certain nombre d’entreprises, l’avenir de nombre de startups pourrait se résumer à l’alternative : disparaître ou se faire racheter… Pour Jean-Luc Biaulet, « l’industrie musicale n’est pas une grosse industrie, en volume, et n’a pas eu l’habitude de s’appuyer sur des structures techniques lourdes. Il y a beaucoup de startups, mais pour répondre à des enjeux aujourd’hui inévitablement internationaux, il faut des entreprises dimensionnées. Monter un acteur comme Deezer nécessite des compétences et des structures back-office très performantes. Il n’y a pas de secret, et beaucoup de startups n’atteindront jamais ce niveau de développement. »


Champions et écosystèmes favorables


Pour pérenniser les entreprises et tirer les marchés liés au secteur musical vers le haut, il semble qu’il y ait nécessité d’avoir des "champions", des têtes de pont à même de fédérer ou de créer des écosystèmes favorables pour rivaliser à l’international sur des marchés désormais mondiaux. Des champions français potentiels ou déjà positionnés, il en existe. Deezer étant le plus emblématique, et son modèle en API offre des opportunités à de nombreuses startups.

Les conditions en France ne sont pas défavorables : des acteurs établis, positionnés, un foisonnement de dispositifs d’aides et de soutien, une prise de conscience de la nécessité de financer l’innovation, des compétences et des savoir-faire… et des besoins du côté des acteurs de la filière musicale. Il conviendrait aujourd’hui, pour aller au-delà du discours angélique et des déclarations d’intentions, de renforcer les collaborations entre startups, pouvoirs publics et acteurs de la filière musicale. Sur ce dernier point, Jean-Luc Biaulet se veut optimiste : « on observe certaines convergences qui s’opèrent entre producteurs, éditeurs de services, pouvoirs publics, fonds d’investissement privés qui reviennent un peu dans le jeu, sur la maîtrise des leviers technologiques notamment… (…) Il faut juste intensifier le travail en réseau. Malgré certains esprits de chapelle qui perdurent, la « marée » du digital est telle que la volonté d’échanger est là, ainsi que la prise de conscience de la nécessité de financer et d’accompagner les acteurs du numérique du domaine est réelle ». Sans tomber non plus dans le prisme déformant du "tout innovation", au détriment de la spécification d’une économie vertueuse à même de rémunérer à leur juste valeur tous les maillons de la chaîne.


Dossier réalisé par Romain BIGAY et Fabrice JALLET

— -

Article

LES ENTREPRISES DE SPECTACLE FACE À LA MUTATION
Opportunités et reconfiguration

Mi-octobre, le CNV rendait public son étude socio-économique sur les entreprises de spectacle de variétés en 2012. Son nouveau directeur, Philippe Nicolas, a pris ses fonctions début septembre. Le même mois, le Prodiss, syndicat des producteurs, diffuseurs et salles de spectacles, livrait, à l’occasion de son assemblée générale, son rapport d’activité 2013-2014. L’occasion de balayer, avec eux, les dossiers d’actualités.

Comme nous vous présentions déjà dans un précédent focus, accompagnant la sortie de l’ouvrage de Gérome Guibert, le live fait face à des enjeux pluriels. Les profondes mutations structurelles à l’œuvre dans la filière musicale en redessinent les contours, modifient les relations entre les différents acteurs historiques, les nouveaux entrants et les autres acteurs de l’écosystème. Et si la révolution numérique est riche de promesses pour un secteur qui l’a encore peu investie, les risques sont réels.

Lors du dernier Midem, Jules Frutos, président du Prodiss, déclarait que « le spectacle vivant n’est plus le vassal de l’industrie phonographique ». Pour lui, le rééquilibrage en cours de l’écosystème musical — crise du disque oblige — doit permettre de rediscuter la répartition entre les deux branches, a fortiori dans l’hypothèse d’un établissement à vocation transversale selon l’objectif d’élargissement du CNV (Centre national de la chanson, des variétés et du jazz) annoncé par la précédente ministre de la Culture en janvier dernier. Dans son interview, Malika Séguineau, déléguée générale du syndicat de producteurs et diffuseurs de spectacle, insiste : « ce rôle de "locomotive" de la filière musicale et de variété, l’entrepreneur de spectacles l’assume pleinement désormais (…) De fait la bascule est faite, et les dispositifs doivent donc évoluer en conséquence au profit de la scène. Ce dynamisme de la scène ne pourra prendre sa pleine puissance que si certains freins au développement sont levés, et des leviers de croissance favorisés ». De fait, le poids économique du live est désormais plus important, comme le confirment les chiffres du CNV.


La dynamique en chiffres


Le dynamisme, c’est le premier aspect important que souligne l’étude publiée par le CNV sur Les entreprises de spectacle de variétés. 4 000 entreprises, pour plus d’1,5 milliard d’euros de chiffre d’affaires en 2012. Un poids non négligeable, puisqu’il représente un tiers du chiffre d’affaires du spectacle vivant marchand estimé par l’INSEE à 5,1 milliards d’euros (2012). En comparaison, il est supérieur au chiffre d’affaires de l’édition et de l’enregistrement phonographique estimé par l’INSEE à 1,1 milliard d’euros (2012). Et cette croissance augmente de +8% en moyenne par an sur la période 2008-2012.

Côté emploi, le spectacle vivant de variétés et de musiques actuelles totalise plus de 18 millions d’heures de travail salarié réparties à 50/50 entre salariés permanents et intermittents (CDD dits d’usage). Un chiffre en hausse de 5% en moyenne par an sur 2008-2012. Il représente plus de 10 000 emplois salariés en équivalent temps plein. Comme le souligne Philippe Nicolas, le spectacle vivant, en croissance, « est créateur d’artistes, de talents, de culture, mais aussi d’emplois non délocalisables ».


Des entreprises fragiles


Ce panorama pourrait porter à l’optimisme. Cependant, la situation économique et financière des entreprises est tout juste équilibrée. En effet, pour le panel d’entreprises étudiées, le résultat net comptable représente moins de 1% de leur chiffre d’affaires, et il a été divisé par 2 entre 2008 et 2012. Leur capacité d’autofinancement est très faible, et ne représente que 2% du chiffre d’affaires, en légère baisse sur la période de l’étude. Ces chiffres soulignent la précarisation du développement du secteur et de la pérennité des entreprises. Sur les 9 millions de résultats nets annoncés par le CNV, 120% de ce chiffre est réalisé par un petit nombre de producteurs et quelques salles générant plus de 5 millions de chiffres d’affaires. Ce qui veut dire que la moitié des structures sont en perte…

Pour Philippe Nicolas, directeur du CNV, « cet écosystème ne s’est pas créé tout seul, il n’est pas immortel. Si l’on n’y prend pas garde, son équilibre peut se trouver endommagé. Le résultat net est très faible, et en baisse : 9 millions d’euros sur 1,5 milliards, c’est à dire 0,6% du chiffre d’affaires. C’est inquiétant et cela ne permet pas de répondre aux enjeux cruciaux actuels d’investissement, de développement, de recherche de nouveaux talents ou de mutation numérique. Il convient donc d’être très vigilant dans les mois et les années à venir ». De même, l’emploi étant généré en grande partie par les petites structures, leur fragilisation, ainsi qu’un mouvement de concentration, pourraient impacter le dynamisme.

Dans le secteur de la diffusion de spectacles, comme ailleurs, les plus grosses entreprises tirent les chiffres à la hausse, masquant la réalité de la grande majorité des acteurs et soulevant la question de leur concentration : en 2012, 5% des entreprises réalisent 56% du chiffre d’affaires de la profession, tandis que les petites et moyennes entreprises (entre 100 K€ et 5 M€ de chiffres d’affaires) présentent un résultat d’exploitation négatif ou des marges beaucoup trop faibles pour investir ou faire face aux imprévus. C’est dans cette perspective que l’Ifcic est actuellement en train de finaliser la création d’un fonds de garantie additionnel dédié, constitué au profit du montage de grosses productions et d’un fonds d’avances remboursables pour l’aide au développement des TPE/PME avec un abondement du CNV. Pour Philippe Nicolas, « il s’agit d’ouvrir l’accès au marché bancaire pour des structures qui en sont traditionnellement exclues. L’étude économique et sociale montre des taux d’endettement des entreprises assez faibles par rapport à d’autres secteurs. Notamment parce que les banques ont du mal à appréhender le secteur du spectacle vivant. L’Ifcic est un sas d’accès au marché bancaire, primordial pour les entreprises de spectacle, qu’il s’agisse de soutenir la production ou de financer des investissements structurels, comme une mutation numérique ». Le dispositif, auquel sera associé le CNV, devrait être mis en place début 2015.


Une concentration qui s’accélère


Les chiffres de la diffusion 2013 du CNV viennent également appuyer ce constat d’une concentration du secteur qui s’amplifie. Après une année 2012 en demi-teinte, qui marquait le pas en termes de fréquentation et de billetterie, l’année 2013 affiche une nette croissance de la diffusion. Au total, 58 376 représentations ont été déclarées au CNV en 2013 au titre de la taxe fiscale pour une assiette de 738 millions d’euros. Sur ce total, on compte 51 000 représentations payantes (+6% par rapport à 2012), pour une valeur de 723 millions d’euros de recettes de billetterie (+13%). Ce sont les représentations de spectacles de forte notoriété, les concerts-événements et les tournées dans les lieux de grande jauge qui ont tiré la fréquentation (+9%) et la billetterie (+13%) à la hausse. Il a été observé à la fois une augmentation de ce type de spectacle, de leur fréquentation moyenne et de leur prix moyen d’accès.

Mais la diffusion de la majorité des spectacles en France est loin d’avoir connu une telle croissance. Les représentations dans les lieux de moyenne jauge connaissent une hausse nettement plus modérée, tandis que les petits lieux subissent une baisse de leurs recettes alors même qu’ils proposent plus de représentations. 60% des représentations payantes comptent moins de 200 entrées en France et 35% de 200 à 1 500 entrées. Elles sont proposées dans des lieux plus petits, dans leur majorité des salles spécialisées dans les musiques actuelles et variétés, mais aussi dans des salles pluridisciplinaires, polyvalentes… Et dans leurs rangs, aussi bien les lieux de type Smac que les salles de spectacle vivant pluridisciplinaires ont connu une relative stabilité tant en nombre de représentations qu’en fréquentation ou en billetterie.

Au total, la concentration du secteur s’accentue : parmi les 3 619 producteurs ou diffuseurs de spectacles, les 50 plus gros déclarants représentent 65% des recettes. Les 10 premiers spectacles représentent quant à eux 13% de la fréquentation et 25% des recettes. C’est pourquoi le CNV dresse un bilan contrasté, évoquant une bipolarisation entre gros et petits producteurs-diffuseurs. La scène musicale et de variété reste portée par le succès des grosses productions. Les spectacles d’artistes découvertes ou jeunes talents connaissent depuis 2006 une baisse de fréquentation, et de moyens budgétaires et humains. « C’est dans ce sens qu’il nous semble nécessaire, avec des dispositifs adaptés comme le crédit d’impôt spectacles, d’accompagner les mutations de la filière musicale avec une prise de risque dans le lancement de la carrière d’un artiste qui s’est reporté sur le producteur de spectacles. Enfin, éviter la concentration de tous les acteurs du secteur, c’est éviter la disparition des producteurs indépendants dynamiques », détaille ainsi Malika Séguineau.


Reconfiguration en cours : de nouveaux entrants


Le phénomène de concentration s’opère aussi autour de nouveaux entrants, venus d’autres secteurs, et bénéficiant d’une force de frappe conséquente. Le spectacle vivant, et plus largement le divertissement, sont des secteurs porteurs, dans lesquels ces nouveaux acteurs n’hésitent plus à investir. L’exemple de Marc Ladreit de Lacharrière en est l’archétype. Le fondateur de l’agence de notation Fitch, passé par L’Oréal et reconverti dans l’entertainment a créé, par touches successives mais rapides, via de multiples prises de participation (Gilbert Coullier, Vega, Auguri…) un ensemble qui balaye toute la chaîne du spectacle vivant : Fimalac. Ce qui fait dire à Sabine Langlade, éditorialiste aux Échos, dans un article [1] consacré à cette saga, « (qu’)en réunissant tous les maillons de la chaîne du spectacle, y compris les casinos du groupe Barrière, Lacharrière a industrialisé un secteur artisanal regroupé sous le panache de la langue française, une barrière à l’entrée comme une autre ». Et le développement n’est probablement pas terminé.

D’autres grandes entreprises multiactivité ont également investi le spectacle vivant, par le prisme de l’innovation, en particulier sur la billetterie. C’est le cas de Vivendi Ticketing, qui regroupe les activités de Digitick Group en France et de See Tickets au Royaume-Uni et aux États-Unis. Outre la fourniture aux salles de spectacles de plates-formes d’exploitation de services en propre de billetterie, les deux entreprises se sont spécialisées dans la vente et la distribution de billets pour des spectacles ainsi que des événements sportifs et culturels. Avec plus de 40 millions de billets vendus par an, et des clients comme la Tour Eiffel, le Palais de Versailles, Manchester City Football Club ou le Festival de Glastonbury, Vivendi Ticketing est également prestataire de services pour d’autres entités du groupe Vivendi comme Universal Music Group qui vend des billets pour et au nom de ses artistes. Avec l’avantage de récupérer à la fois de la valeur mais aussi de capter les nombreuses données personnelles liées. C’est pourquoi, sur la question de la billetterie, sous-traitée souvent à des prestataires (Digitick, Ticketnet, France Billet…) qui confisquent ainsi les données client, le Prodiss souhaite voir étendu le droit de propriété intellectuelle au partage des données. « Le Prodiss souhaite jouer un rôle de premier plan dans l’adoption du numérique par la scène musicale et de variété en France, mais le marché concentré autour de multinationales du Net nécessite la mise ne place de dispositifs permettant un rééquilibrage », précise ainsi Malika Séguineau.

L’arrivée de ces nouveaux entrants n’est pas liée qu’à un seul effet d’opportunité. Il est également lié à l’histoire et la structuration du secteur. Si celui-ci s’est créé et structuré à partir de la fin des années 70 à l’initiative d’entrepreneurs qui ont investi leur temps et leur argent, « nous sommes aujourd’hui à un moment charnière : beaucoup vont passer la main, et l’on va assister dans les années à venir à un changement de génération », explique Philippe Nicolas.


Le numérique : un champ de valeur à capter


Qui a récemment assisté à un concert a forcément constaté que les romantiques flammes de briquets d’antan ont aujourd’hui laissé place aux écrans de smartphones. Des pratiques déjà bien prises en compte par les entrepreneurs de spectacles, festivals en tête, qui ont investi les outils numériques pour informer le public et enrichir les concerts (applications mobiles, dispositifs d’interactivité…). Ce qui a permis également l’éclosion d’une quantité de startups proposant des services ou des outils liés au spectacle. Mais la quantité de photos et de vidéos qui se retrouvent, quasi en temps réel, déversée sur les plateformes et réseaux sociaux, sont encore aujourd’hui non prises en compte… Si les usages, comme bien souvent, précèdent le droit, des startups, comme Evergig, ont déjà saisi l’opportunité colossale qu’ils représentaient. C’est pourquoi le Prodiss (syndicat des producteurs, tourneurs, festivals et salles), dans son rapport d’activité 2013-2014, monte au créneau. Alors que de plus en plus de concerts sont retransmis sur Internet, cela ne rapporte rien aux producteurs qui ont pris le risque de les monter.

Le Prodiss a d’ailleurs réalisé une étude sur les innovations numériques propres au spectacle vivant. Et prépare un conclave sur le sujet en janvier prochain. Abordant les pratiques des acteurs et des publics, elle montre que le numérique constitue un enjeu de croissance pour les producteurs de spectacles, qu’il s’agisse d’enrichir les concerts ou les expériences utilisateurs, alors même que la diffusion des concerts en streaming se développe. Par exemple, les contenus issus du spectacle vivant représentent 22% des vidéos musicales sur Youtube (équivalant à 79 millions de vidéos), dont l’écrasante majorité (21,1%) provient de comptes non officiels. Il faut entendre par là qu’il s’agit de contenu non monétisé. Les vidéos musicales représentent d’ailleurs 13% des vidéos disponibles sur la plateforme (équivalant à 375 millions de vidéos), et sont les plus populaires, avec un nombre moyen de 40 000 vues par jour, devant les films et les séries.

On mesure là la conséquence d’un public des concerts de plus en plus connecté. 75% prennent des photos ou filment pendant un concert, 34% publient des photos sur les réseaux sociaux, et 33% recherchent des informations en temps réel sur l’événement. Outre la publication des images, le numérique permet de prolonger l’expérience du concert, en suivant les artistes sur les réseaux sociaux (34% des sondés), en commentant les spectacles (pour 19%)… 86% du public étant membre d’un réseau social.

C’est ce constat qui a renforcé le Prodiss dans sa volonté de réclamer un droit de propriété intellectuelle sur les captations. Pour Malika Séguineau, déléguée générale du Prodiss, elle appuie « la légitimité de réfléchir — comme la proposition numéro 38 du rapport Lescure le suggérait — à un droit sui generis pour les producteurs de spectacles », inclus dans les droits de propriété intellectuelle. L’étude de l’Inspection générale des affaires culturelles sur le sujet, menée par Philippe Chantepie et Muriel Genthon, pourrait déboucher sur des propositions concrètes, même si les réflexions semblent aujourd’hui au point mort. « Pour l’instant, le seul droit dont dispose le producteur de spectacles, c’est d’interdire l’accès du concert aux caméras », tonnait alors Jules Frutos lors du dernier Midem.

Ces questions, tout comme la mise en place d’un crédit d’impôt pour financer la découverte de jeunes talents et des aides à l’international, seront-elles reprises par les pouvoirs publics dans le projet de loi sur la création artistique ? Réponse au premier semestre 2015…


L’expérience allemande 


La question d’un droit de propriété intellectuelle pour les producteurs de spectacles a pris un tour nouveau récemment. La reconnaissance d’un droit voisin existe dans certains États membres de l’Union européenne. Par exemple, l’Allemagne dispose déjà d’une protection de ce type prévue par le § 81 de son Code de propriété intellectuelle.

Après près de 10 ans de travaux préparatoires, une société de gestion collective a été mise en place outre-Rhin en septembre 2014, la Gesellschaft zur Wahrnehmung von Veranstalterrechten (GWVR). Il s’agit d’une filiale de l’Association fédérale allemande des organisateurs de concert (Bundesverband der Veranstaltungswirtschaft, BDV). Pour le directeur de la GWVR, Johannes Ulbricht, « cela signifie que pour la première fois il y a une société de gestion collective en Allemagne qui perçoit des redevances concernant l’exploitation commerciale des enregistrements live et les distribue aux ayants droit (…) Cependant, notre travail ne fait que commencer, parce que maintenant nous aurons à établir les taux et les systèmes de distribution » [2].

Une nouvelle qui réjouit le Prodiss, même si le dispositif allemand comporte des différences par rapport au droit du producteur défendu par le syndicat. Malika Séguineau explique ainsi :« l’investissement du producteur est ici reconnu et protégé, et nous nous réjouissons de constater que les lignes évoluent en Europe sur ce sujet ».


Dossier réalisé par Romain Bigay

PUBLICITÉ

STARTING BLOCKS !

À partir de ce mois-ci, l’Irma lance une nouvelle rubrique : Starting-blocks ! Chaque 15 du mois, découvrez une startup de la musique : ses services et produits, son modèle économique, son histoire, ses clients… Pour rester à la page des dernières entreprises innovantes, RESTEZ DANS LES STARTING-BLOCKS !


INTERVIEWS

"La musique offre d’énormes potentialités pour les startups"

Pour éclairer les enjeux et la vie des startups du secteur musical en France, nous avons interrogé ceux qui les accompagnent : l’incubateur du 104 et Cap Digital, ainsi qu’un grand témoin, précurseur et observateur privilégié. Entre besoins, opportunités et positionnement sur le marché, ils décryptent les points clés de l’émergence des startups, de leur renforcement et de leur viabilisation :

- Jean-Luc BIAULET, fondateur de Music Story, pionnier dans le traitement des métadonnées

- Valérie SENGHOR, directrice du développement économique du 104

- Élisabeth RACINE, chargée de mission musique, tourisme, open source et édition numérique de Cap Digital

>>Lire les interviews


La musique en 2025 vue par 50 startups !


Il y a 10 ans, le streaming n’existait pas, le crowdfunding s’appelait encore souscription et aucun parterre de smartphones ne filmait les concerts. Aujourd’hui, à l’heure du tout connecté, des services aux fans, du tracking et de la data, nous avons demandé aux startupeurs de la musique comment ils imaginaient le business de la musique en 2025…

"la production de la musique sera largement collaborative"Bandsquare

"augmentation globale du nombre de musiciens amateurs dans le monde entier"Dualo
"projection holographique live à la demande"Trak
"Les bases de données musicales auront explosé"Simbals
"Le collaboratif permettra une autorégulation naturelle par le public"Muzrs
"Algorithmes, données biométriques, big data et l’internet des objets (3.0) vont créer un fond sonore qui entourera chacun d’entre nous"Landr
"Les startups vont permettre aux labels de se recentrer davantage sur la notion de conseil"The Best Song
"Peut-être que nous finirons par apprendre la guitare comme le kung fu dans Matrix"Carpe Dièse
"De nouveaux modèles de revenus pour les artistes"Beloola

>>Découvrez les réponses des 50 startups !


INTERVIEWS

"Le spectacle vivant est aujourd’hui à un moment charnière"

Deux acteurs majeurs du spectacle vivant nous ont accordé de longs entretiens, afin d’aborder l’actualité du secteur : mutations économiques, transition numérique, évolution du droit, nouveaux dispositifs de soutien, Ifcic, déplafonnement de la taxe, droit voisin pour les producteurs… Autant de sujets sur lesquels le CNV et le Prodiss entendent agir pour favoriser le développement d’un secteur en pleine montée en puissance.

(c) Valérie Guillien

Philippe NICOLAS
Directeur du Centre national de la chanson, des variétés et du jazz (CNV)

« les acteurs souhaitent que le CNV joue un rôle central dans le spectacle vivant, voire plus largement dans la sphère musicale »

« La profession doit réellement prendre les questions numériques à bras-le-corps, pour capter à son profit la manne qui lui revient. Il ne faut plus attendre, il faut y aller. »

« Cet écosystème ne s’est pas créé tout seul, il n’est pas immortel. Si l’on n’y prend pas garde, son équilibre peut se trouver endommagé »

>> Lire l’interview


Malika SEGUINEAU
Déléguée générale du Prodiss

« Le Prodiss souhaite jouer un rôle de premier plan dans l’adoption du numérique par la scène musicale et de variété en France »

« Ce rôle de locomotive de la filière musicale et de variété, l’entrepreneur de spectacles l’assume pleinement »

« Le producteur de spectacles est dépourvu de protection juridique quant à la diffusion de ses créations sur Internet. Alors même qu’il joue un rôle fondamental dans la carrière de l’artiste, il est le seul acteur économique à ne pas avoir vu un droit de propriété protéger ses investissements »

>>Lire l’interview


IRMA : Centre d'information et de ressources pour les musiques actuellesInformations légalesRégie publicitaireNous contacterPlan du siteRSS 2.0