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Focus du mois

Focus / Sept.

GAM / MMFF : Artistes et managers prennent la parole

Suite des accords Schwartz, débat sur la transparence et le partage de la valeur au niveau européen, code des usages entre créateurs et éditeurs, relations avec les autres partenaires de l’écosystème, innovation… Nous avons donné la parole à Suzanne Combo, déléguée générale de la Gam, et à Virginie Borgeaud, présidente de MMFF. Des forces de représentations qui participent au débat et font entendre leurs voix spécifiques.

Suzanne Combo, déléguée générale de la Gam et Virginie Borgeaud, présidente de MMFF

- Pouvez-vous tout d’abord, pour celles et ceux qui ne les connaîtraient pas encore, présenter vos deux organisations ?

Suzanne Combo : La Gam (Guilde des artistes de la musique) a été créée en 2013, à l’initiative d’Axel Bauer, Kent, Issam Krimi et moi-même, sur la volonté de se réapproprier nos métiers. Nous ne sommes pas un syndicat, mais un groupement d’intérêt, un espace de rencontre et d’échange pour éclairer et informer les artistes. L’objectif est de structurer notre parole pour faire entendre notre voix dans les débats qui agitent l’écosystème musical.

Virginie Borgeaud : MMFF (Music Manager Forum France) existe depuis 1999. La création du syndicat provient en partie d’une demande de MMF UK, structure équivalente au Royaume-Uni. Notre objectif a toujours été de rompre l’isolement des managers. Nous avons mis en place un code de déontologie et nous faisons de la formation. Le métier de manager est protéiforme, il n’a pas toujours bonne réputation. Nous avons réussi à installer ce métier, mais cela n’a pas toujours été simple. Nous étions initialement une association, et nous nous sommes transformés en syndicat suite aux attaques fortes que nous avons subies. Ce n’était pas notre souhait, mais c’était le seul moyen d’asseoir notre existence, pourtant indiscutable.

- Ces derniers mois ont vu la Gam et MMFF publier des communiqués communs. Comment s’est opéré le rapprochement entre vos deux organisations ?

VB : Le rapprochement est naturel. En tant que managers, nous ne sommes pas ayants droit, mais mandataires des artistes. Nous avons donc une relation spécifique, privilégiée et transversale. Quand cette industrie était florissante, les artistes étaient relégués dans un rôle unique d’employé. Toutes les relations professionnelles étaient définies par cette relation employé/employeur. Les syndicats d’artistes, instrumentalisés par les producteurs, s’inscrivaient d’ailleurs pleinement dans cette logique. Les négociations se limitaient à des discussions sur les salaires et les conventions collectives, laissant de côté le reste de l’économie liée aux artistes. Les deux parties pouvaient y trouver leur compte. Aujourd’hui, le monde a changé. L’artiste, à savoir l’auteur compositeur interprète, est désormais un entrepreneur. L’organisation historique de l’écosystème est totalement caduque, la convention collective n’est absolument pas applicable pour un artiste qui serait son propre producteur. Quand la Gam est apparue, avec son positionnement nouveau et singulier, en dehors des postures et des instrumentalisations historiques, il apparaissait logique de discuter et de travailler ensemble. Tout le monde se revendiquant de porter la voix des artistes, il était nécessaire qu’une structure comme la Gam voit le jour.

SC : La proximité se fait aussi de par nos métiers, complémentaires, et par notre volonté de transversalité. Nous sommes parmi les rares à mettre les mains dans le cambouis de tous les domaines de l’écosystème musical. MMFF et la Gam souhaitent inscrire leur action dans un ensemble, et ne pas se limiter à leurs prés carrés. La dimension d’intérêt général, dépassant les clivages partisans, est primordiale pour nous.

VB : Sans doute aussi parce que que nous sommes les seuls à ne pas vivre de cette situation syndicale. Nous n’avons pas un emploi rémunéré à sauver lorsque nous négocions. Cela nous donne aussi une plus grande liberté.

- On a pourtant l’impression que cette collaboration entre représentations d’artistes et de managers va moins de soi que dans les pays anglo-saxons…

VB : La position du manager en France et dans les pays méditerranéens est très différente. La position dans le business n’est donc pas exactement la même.

SC : Après la création de la GAM, nous avons immédiatement discuté avec la FAC (Featured Artists Coalition) et avons rapidement rencontré les managers. Nous avons assisté à un CA de MMF UK. D’emblée, nous avons eu le sentiment que c’était un syndicat qui défendait sa profession, mais en allant aussi sur des questions économiques plus globales, avec une volonté de lobbying européen. La Gam s’est positionnée dès le début sur ces questions, nous avons vu nos convergences d’intérêts. Et comme nous avons tous peu de moyens, il est aussi plus intelligent de mutualiser le travail.

- La lettre à M. Juncker, l’appel au sein de l’IAO pour un marché unique numérique viable, la pétition… Toutes ces initiatives ont pour mots d’ordre transparence, intérêt commun des parties, partage de la valeur et rémunération équitable. Pouvez-vous nous en dire plus ?

SC : Transparence, partage de la valeur… ce sont des grands mots, des grands concepts. Et le problème avec les grandes idées, très générales, c’est que chacun met derrière ce qu’il veut, ou ce qui l’arrange. Les mots sont aisément manipulables. Ce qui s’est passé au mois de juin est à ce titre intéressant, révélant la fragilité de la parole des artistes. Des majors, à l’initiative de l’Ifpi, ont fait circuler une lettre à l’attention de Jean-Claude Juncker, laissant penser qu’il s’agissait d’une lettre d’artistes, justement pour récolter des signatures d’artistes. Le seul problème est qu’elle était incomplète sur le fond. Pour nous, l’important était que cette lettre arrive à la Commission européenne en étant la plus complète et la plus équilibrée possible. Pour comprendre ces débats et ces enjeux, il faut être éclairé, pour saisir les subtilités. Et de nombreux artistes ont pu la signer en pensant, en toute sincérité, qu’elle défendait leurs intérêts. Manipuler des concepts comme le safe harbour ou le value gap, dont la traduction en "transfert de valeur" est déjà discutable, n’est pas simple. D’où la volonté de la Gam et de MMFF de préciser les choses : nous ne sommes pas contre l’initiative de l’Ifpi, elle est juste incomplète, notamment sur la question de la transparence. Alors même que les majors auraient grandement besoin de transparence, ne serait-ce que dans leurs relations avec des plateformes comme Youtube.

- Où en est-on de cette initiative ?

SC : Il y a actuellement 3 lettres qui circulent : celle de la Gesac, celle de l’Ifpi et la nôtre. Notre double initiative, avec d’un côté une lettre adressée à Jean-Claude Juncker et de l’autre une pétition à faire signer aux artistes, nous a au moins permis d’obtenir une victoire : l’IAO est désormais identifiée comme l’interlocuteur pour les artistes au niveau européen. La directive européenne devrait être rendue publique fin septembre, et nous sommes désormais dans la phase des propositions concrètes. Nous proposons par exemple la notion « d’intérêt commun des parties », qui pourrait créer un mécanisme vertueux à même de faire bouger les lignes sur les questions de transparence, de partage de la valeur, en améliorant la relation partenariale entre artistes et producteurs, et entre producteurs et plateformes. Cette notion d’intérêt commun des parties intéresse beaucoup la commission européenne. Elle s’inspire du duty of care anglo-saxon, qui emprunte au droit des mandats. Il n’y a pas dans notre cas de mandat, puisque nous cédons nos droits à un producteur à titre exclusif, mais des adaptations sont possibles.

VB : Nous avons participé à tous ces travaux, en apportant des données concrètes sur les contrats, les relevés de royalties… Pour éviter les effets de manche, il faut être le plus concret et factuel possible. Sur ces questions, nous continuons de participer activement aux groupes de travail qui ont suivi les accords Schwartz. Les services du ministère mènent d’ailleurs un travail important pour motiver les parties à continuer les échanges. Et la collaboration entre MMFF et la Gam permet aussi de se répartir les sujets et le travail.

- Justement, où en est-on aujourd’hui des accords Schwartz, dont la Gam et MMFF sont signataires ?

VB : Le travail se poursuit, mais certains sujets sont plus complexes et plus épineux que d’autres. Le groupe sur l’amélioration des relevés de redevances devrait rapidement se terminer. Le seul point d’achoppement, c’est l’application des mêmes avancées sur le physique. Là, les portes se referment.

SC : Il s’agit là de voir comment on pourrait agréger au mieux toutes les informations, pour que ces relevés soient les plus exhaustifs et compréhensibles possible. Ce groupe avance bien. Le groupe portant sur une étude dont la méthodologie serait partagée entre artistes, producteurs et pouvoirs publics sur la question du partage de la valeur est plus compliqué. Chacun défend ses intérêts, les esprits se crispent, mais il n’y a pas de raison que l’on n’arrive pas à un consensus. On est tous dans le même bateau.

VB : Pour que les choses aboutissent, il faut que les producteurs opèrent un changement de conception, qu’ils acceptent que les artistes sont désormais des entrepreneurs, donc des associés, et non plus des employés subordonnés. Mais les mentalités sont toujours longues à faire évoluer.

SC : Il y a pour moi une image qui résume bien la situation. J’étais hier à Rock en Seine, où les artistes sont « parqués » dans un espace ultra VIP. Conséquence : ils ne sont pas du tout au contact des professionnels, et la politique se fait sans eux. On nous répète que l’on a besoin des artistes, mais toujours en bout de chaîne. Si l’on ajoute à cela le fait que la musique est un milieu très masculin, d’un certain âge, avec des réflexes paternalistes, il faut être audacieuse pour s’imposer…

- Dans ces différents espaces de négociation, il y a également les plateformes. Comment se passent les discussions ?

VB : Cela dépend des interlocuteurs. Il y a ceux que ca n’intéresse pas, qui se contentent de faire du business. Tant que ceux qui leur apportent du contenu ont les droits, le reste ne les atteint pas. D’autres, souvent issus de la musique, sont beaucoup plus sensibilisés à ces problématiques, mais sont aussi parfois rattrapés par leurs impératifs de business.

SC : Les plateformes occupent une position particulière. Le streaming, qui s’est pourtant imposé comme mode principal de consommation de la musique, peine à dégager du chiffre d’affaires. Les majors, fidèles à leur vision à court terme, ont tendance à asphyxier ce modèle qui peine à évoluer. Les minimums garantis et les avances qu’elles négocient sont parfois considérables, rendant les catalogues hors de portée pour la plupart des utilisateurs, favorisant ainsi la concentration des acteurs du streaming sur les plus riches et gros type Apple et Spotify. Les artistes pourraient se dire que c’est un moindre mal, que cela leur rapportera quand même de l’argent, mais la réalité est autre. Après, les plateformes ont aussi tendance à jouer le jeu des majors plutôt que celui des artistes, et cela pose des problèmes de transparence. Et je ne parle même pas de Youtube, qui est encore un cas particulier… Ce n’est pas aux artistes de s’adapter à Youtube, mais l’inverse. Un créateur ne peut pas se transformer en animateur d’une chaîne pour aller à la pêche aux likes et aux partages… On nous donne toujours l’exemple de Psy, mais on ne peut pas prétendre construire un modèle sur de rares exemples très spécifiques. Et le problème est bien là : il n’y a aujourd’hui aucun business model pérenne crédible sur la musique en ligne, en tout cas pour les artistes.

VB : Le fonctionnement actuel peut être intéressant pour les grosses sociétés, qui mettent à disposition un catalogue qui est généré par les artistes sans redistribuer équitablement l’argent. La Sacem est dans la même logique.

- Vos deux organisations négocient également actuellement sur la formalisation d’un code des usages entre créateurs et éditeurs, dans le cadre de la mission Kancel et Maréchal, qui devrait aboutir en 2017. Vous pouvez nous en dire plus ?

VB : La ministre Audrey Azoulay a souhaité relancer ce travail, entamé il y a déjà quelques années, mais qui avait été laissé de côté. On aimerait que cette mission soit aux droits d’auteur ce que la mission de Marc Schwartz a été pour la musique en ligne. Pour l’instant, c’est un tollé du côté des éditeurs qui souhaitent rester dans leur maîtrise des syndicats d’auteurs compositeurs. La Gam et MMFF essayent de porter une autre vision, un autre discours, mais ce n’est pas simple. On peut à ce titre s’interroger sur la position de la Sacem qui représente les auteurs compositeurs et les éditeurs, qui ont, par essence, des intérêts contraires. Pour le moment, les seuls arguments avancés sont… que cela a toujours fonctionné de la sorte…

SC : Sur ces questions, le secteur de la musique est à la traîne. On l’a bien vu lors des discussions autour du projet de loi Création. Le Code de la propriété intellectuelle, concernant la relation entre les créateurs et les éditeurs de musique, n’est pas du tout adapté au numérique.

- On voit se développer en France, sur le modèle anglo-saxon, des modèles de prestation de service éditorial, sur contrat commercial classique, ou sur des périodes très courtes.

VB : Ces nouvelles formes de rapport vont dans le sens de l’artiste entrepreneur. Les éditeurs veulent faire croire aux auteurs compositeurs que ce n’est pas possible, qu’il n’y a pas d’autre possibilité que de se conformer aux contrats type de la Sacem ou de la chambre syndicale. Ce n’est évidemment pas le cas.

- Il y a des initiatives et des technologies qui émergent pour tenter de simplifier et fluidifier l’économie de la musique en ligne, comme la blockchain et les smart contracts… Vous suivez ces questions ?

VB : On peut imaginer toutes les technologies et outils possibles et imaginables, mais une fois que l’on a cédé ses droits, à quoi cela sert-il ? Ces outils vont dans le sens de développer une plus grande autonomie, qui sera, à terme je l’espère, complète. Le jour où les artistes prendront conscience que ces outils leur permettront de mettre en place une économie leur permettant de dégager des revenus supérieurs, en s’organisant sur des modèles coopératifs, là on pourra parler de reconfiguration de l’écosystème. Pour moi, la question n’est pas technique. La seule question c’est : comment gagner de l’argent en étant libre ?

SC : Youtube propose par exemple son outil Content ID aux labels, mais si l’artiste n’est pas lui-même label, il n’y a pas accès… On marche à l’envers. L’innovation est allée plus vite que la musique, et pendant que l’on tâtonne et expérimente, on perd de l’argent. Il y a des fuites importantes de capitaux parce que l’on est incapables de s’adapter et que l’on se crispe sur des positions héritées d’un autre âge. On regarde de près toutes les innovations amenées par le numérique et les startups qui s’y engouffrent. La technologie blockchain est une piste très intéressante pour la gestion des droits, à l’instar de ce que fait Imogen Heap. Cela pourrait résoudre les questions de transparence et de partage de la valeur. Nous organisons d’ailleurs une conférence sur le sujet au MaMA Invent.

- Il y a également l’OMI qui entend mettre à plat l’économie numérique…

SC : L’intérêt de OMI, c’est qu’elle provient de chercheurs du Berklee College of Music, donc relativement neutres. Tous les acteurs ont signé pour participer aux réflexions pour refondre l’architecture de la gestion des droits sur Internet, pour la simplifier, la rendre plus simple et plus logique. Il y a un gros travail mené sur les métadonnées, un sujet qui est également très travaillé en France. Si l’on pouvait arriver à la formalisation d’une carte d’identité standardisée d’une œuvre, cela éviterait les problèmes de conflits de droits, qui entraînent des pertes importantes de revenus. Youtube ne connaît pas la notion d’irrépartissables…

- Cela nécessite des BDD propres, interconnectables et unifiées. Les projets allant dans ce sens n’ont pour l’instant pas abouti…

SC : Tout le monde n’a pas intérêt à ce que cela se fasse.

VB : Ces questions sont aujourd’hui laissées à la capacité d’innovation d’entreprises privées, certes innovantes, mais dont on ne connaît pas forcément la conception de l’intérêt général. C’est une question qu’il faudra résoudre.

SC : Reste à définir les frontières entre open source et données privées, et à s’accorder avec le droit des affaires, sans que celui-ci ne soit systématiquement opposable à toute volonté de régulation.

- Le modèle de l’artiste entrepreneur, renforcé par de nouvelles possibilités technologiques, va-t-il selon vous vers une suppression des intermédiaires ?

VB : L’histoire va dans le sens de la suppression des intermédiaires. Il n’y aura pas assez d’argent pour tout le monde, les artistes vont devoir s’organiser différemment. Et les producteurs aussi. Leur vision souvent à court terme du marché va les obliger à revoir leur mode de collaboration avec les artistes. Ils iront au bout de leur posture, et seront obligés de s’adapter. Cela viendra aussi avec le renouvellement de génération des dirigeants d’entreprises. Si Believe et Idol ont pu le faire, ils le pourront aussi.

SC : Une suppression, pas forcément, mais une nouvelle modalité de relation. Puisqu’aujourd’hui, nous devons assumer la majorité du travail de développement, pourquoi une fois celui-ci fait, devrions-nous automatiquement céder 90% de nos droits ? Pourquoi ne pourrions-nous pas discuter d’égal à égal avec des partenaires ? N’oublions pas non plus que les majors sont des filiales de multinationales dont la musique n’est qu’une activité parmi d’autres, et dont elles peuvent se séparer si la rentabilité n’est plus au rendez-vous. Le seul lien intouchable, c’est celui qui lie l’artiste et son public. Tout ce qui est entre les deux va inévitablement devoir se réduire si l’on veut un business model pérenne, avec des contenus qui circulent dans les tuyaux. Et de nouvelles intermédiations vont se créer, notamment avec les startups.

VB : La différence, c’est que ces intermédiations ne seront pas forcément liées à la cession de droits, qui est le nœud du problème : si l’artiste ne cède pas ses droits à titre exclusif sans limitation dans le temps, il peut s’entourer de collaborateurs qu’il rémunère en les employant à son service. Il peut aller jusqu’à la cession d’une partie de ses droits, mais il est maître de cette décision. Cela change tout, et c’est beaucoup plus simple et sain. Cela fait travailler beaucoup de gens, mais de façon plus transparente. Mais quand on évoque cette possibilité avec les producteurs ou les éditeurs, la réponse est toujours : ce n’est pas possible, ce n’est pas gérable. Ces nouveaux acteurs, ces startups, sont créées le plus souvent par des gens jeunes, qui ont intégré la numérisation de la société et des activités et ont une vision de leur travail et de la rémunération très différente. Ils se vivent comme des prestataires de services et ne sont pas dans la volonté de vouloir contrôler et subordonner.

- Ces startups, nouveaux intermédiaires et prestataires de services, n’ont parfois pas d’autre ambition que de se faire racheter par des géants du web. Cela change-t-il vraiment d’une major ?

VB  : Si l’artiste sait ce dont il a besoin et qu’on ne lui demande pas en contrepartie de céder ses droits sans limitation dans le temps pour l’obtenir, la modalité de collaboration reste saine. Ce n’est donc pas problématique.

SC : On aurait d’ailleurs tout intérêt en France à soutenir « nos » géants potentiels. Les aides apportées à nos startups peuvent-elles leur permettre de devenir aussi gros que Facebook ? C’est un véritable enjeu de société. Il serait opportun que soit fait pour Deezer ce qui n’a pas été fait pour Dailymotion, pour ne pas voir partir les talents et les entreprises innovantes. La numérisation de la société oblige à penser plus large que sa chapelle. La musique étant appelée à devenir un contenu comme les autres, il faut que l’État s’engage pour favoriser l’émergence et la pérennisation de géants du web français, à même de créer des écosystèmes favorables aux créateurs et à tous les prestataires de services qui gravitent autour.

- Autant de questions qui incitent à intensifier la collaboration entre artistes et managers !

VB : C’est évident ! En sortant de cette interview, nous serons encore plus motivées pour renforcer le travail en commun ! Il est essentiel de ne pas oublier que l’artiste, qui est à la base de tout, qui est l’origine et la raison même de ces discussions et affrontements sur la répartition des flux d’argent, est le plus fragile de la chaîne. Et par conséquent le manager, puisqu’il dépend directement de l’artiste. Il faut quand même du courage aujourd’hui pour devenir artiste entrepreneur…

SC : Il faut être costaud, mais il faut surtout être outillé et entouré. Ce métier est devenu complexe et protéiforme. On se lève très tôt et on se couche très tard ! Mais encore une fois, la notion d’artiste entrepreneur ne veut pas dire qu’il faut tout faire tout seul. L’enjeu aujourd’hui pour les artistes, c’est de maîtriser les sujets pour s’entourer le mieux possible. Et puis n’oublions pas que l’existence même du modèle de l’artiste entrepreneur vient des labels qui n’assurent plus leur rôle de développement.


Propos recueillis par Romain BIGAY
Article

L’ARTISTE, LE NUMÉRIQUE ET LA MUSIQUE
Comment exister dans la jungle d’Internet ?

Facebook, Twitter, Instagram, YouTube, Bandcamp… Les outils à disposition des artistes pour exister en ligne, trouver son public et constituer sa fanbase sont nombreux. Et il est facile de se perdre dans la jungle des plateformes, des offres de startups, et tomber dans l’obsession de la recherche du like et du follower à tout prix. Au point de perdre de vue l’essentiel : l’artiste est avant tout un créateur, pas un marketeur. À l’occasion de la sortie prochaine d’un nouveau guide pratique sur l’artiste, le numérique et la musique, petit tour d’horizon de ce qu’il faut savoir pour être efficace et ne pas y passer trop de temps.


Il n’y a jamais eu autant de projets artistiques. Un tour sur les réseaux sociaux généralistes et spécialisés suffit à s’en convaincre. Les raisons sont multiples : démocratisation de la pratique musicale, multiplication et professionnalisation des écoles, explosion des cours particuliers, offre pléthorique de tutoriels, vidéos, partitions en ligne, baisse du prix des instruments… Et le numérique y est évidemment pour quelque chose : démocratisation des moyens de production (avec les home studios), multiplication des canaux de communication, et désormais de nombreuses plateformes de financement participatif. Tout est réuni pour que les projets artistiques soient potentiellement autosuffisants. Dans le même temps, le numérique a fortement impacté le marché de la musique enregistrée. Les labels sont exsangues. Leur capacité à absorber la quantité exponentielle de nouveaux projets artistiques se réduit. Eux qui assumaient (et continuent à assumer, mais plus difficilement) la découverte et le développement des nouveaux talents. Les artistes doivent donc arriver avec des projets aboutis, ficelés, avec du contenu pour la communication, et une fanbase déjà constituée… Ils doivent de plus en plus assurer eux-mêmes le travail initial d’amorçage, comme nous le rappelions il y a un an dans le focus dédié aux artistes, à l’accompagnement et à la professionnalisation.

Bref, la mutation est en cours, déjà bien avancée. Mais si tous les outils, renforcés par l’offre grandissante des startups qui fleurissent sur le champ des possibles des réseaux sociaux, sont disponibles, c’est tout un ensemble de connaissances et de compétences que les artistes doivent apprendre et intégrer. Si les plus jeunes, digital natives, sont relativement à l’aise avec Internet, penser une stratégie de communication ne va pas forcément de soi. Le lien désormais désintermédié (ou plutôt réintermédié par les outils numériques) entre l’artiste et ses fans, qui oblige le premier, dès le démarrage, à entrer dans une relation marketing avec les seconds, est désormais une donnée intégrée. Un sujet que nous évoquions déjà en 2011, dans un focus dédié à l’artiste, au fan et au marketing.

Alors comment exister dans la jungle d’Internet ? Et comment ne pas se noyer dans l’illusion de la toute puissance de ces outils, et perdre de vue l’essentiel : la création ? Des questions qui concernent aujourd’hui les artistes en développement, mais aussi les artistes établis, et leur entourage professionnel, quand il y en a un. C’est tout l’objet du nouveau guide pratique écrit par Emily Gonneau, à paraître aux éditions Irma. Un ouvrage dans lequel on trouvera des conseils pour élaborer une stratégie, choisir les bons outils, des fiches pratiques, les pièges à éviter, des interviews et des retours d’expérience. Le tout, sur la communication en ligne, le crowdfunding et la monétisation. En bref, il s’agit de donner des recettes, des trucs, des solutions à l’artiste pour exister, trouver son public et continuer à créer dans un environnement numérique en évolution constante.


Un artiste crée pour créer


Un artiste crée avant toute chose parce que l’envie ou le besoin de créer est plus fort que tout et qu’il est vital pour lui de s’exprimer. Cela peut paraître une évidence, mais la tendance actuelle de l’assimilation de l’artiste à une entreprise, ou pour faire encore plus moderne, à une startup à développer, laisserait penser qu’en plus d’être créateur, l’artiste se doit aussi nécessairement d’être marketeur, commercial et community manager. « Les problématiques de visibilité sont similaires, mais on a trop tendance à vouloir plaquer les schémas de développement de la tech à tout et n’importe quoi, en oubliant l’essentiel : l’artiste ne décide pas de créer pour combler un vide en terme de produit ou de service, ou pour répondre à un besoin de consommateurs. Il ou elle crée parce qu’il leur faut exprimer quelque chose en tant que personne. Le glissement que l’on constate ces dernières années est à mon sens dommageable pour les artistes, qui sont entrés dans une logique de produit. Avec pour conséquence une uniformisation des propositions, et une obsession du chiffre, du nombre de followers ou de likes », résume Emily Gonneau. S’il convient que l’artiste se concentre avant tout sur son activité de création, il faut tout de même s’y coller… Il y a donc quelques éléments préalables à connaître, pour être le plus efficace, et ne pas y passer plus de temps que nécessaire.


Être soi-même, avoir une stratégie et un discours


Avant même de parler outils et réseaux, la première préoccupation des artistes est de savoir se présenter, présenter son projet. C’est donc d’abord une réflexion sur ce que l’on fait, comment et pourquoi on le fait, et à qui l’on souhaite s’adresser. Sans succomber au fantasme de penser qu’il suffit d’investir les outils numériques et d’être visible en ligne pour que tout se déclenche. Pour que cela fonctionne, les trois points importants sont : saisir la singularité de l’artiste, restituer le plus fidèlement son univers, et enfin y faire adhérer un maximum de personnes. Communiquer autour d’un projet artistique, c’est intégrer une réflexion approfondie sur les personnes que l’on cherche à toucher. Il y a mise en œuvre d’un partage avec le public. Cela ne peut se résumer à un discours à sens unique, qui ne serait que du spam. Ce qui donne envie aux gens de soutenir l’artiste, c’est l’originalité et la qualité de son regard sur les choses. L’oublier c’est se perdre et se condamner à l’indifférence. Sans oublier que les réseaux sociaux ne sont que des outils au service du projet artistique, et non l’inverse.

C’est, en substance, ce qu’Emily Gonneau a souhaité compiler dans son livre, forte de son expérience d’accompagnement d’artistes et de conseil en stratégie numérique : « dans ce livre, j’ai mis ce sur quoi j’insiste le plus en formation ou en conseil : il est plus intéressant et plus efficace de raconter sa propre histoire plutôt que de se caler sur une moyenne qui ne représente personne ». Le leitmotiv tiendrait presque du slogan marketing : Do it yourself ? Be yourself ! Et Emily Gonneau de poursuivre : « l’idée est de donner aux artistes une méthode pour savoir comment procéder, par où commencer… C’est comme une check-list : musiciens, influence, parcours, valeurs… Cela permet de faire un diagnostic, un contrôle technique de son projet. On identifie toute la matière, et cela permet, je pense, de prendre conscience de toute la richesse que propose un artiste ».

Pour Gabriel Hallé, fondateur de l’agence Teams, tout l’enjeu est là : il faut trouver un discours, une façon de s’adresser à son public qui soit cohérente avec l’univers de l’artiste. Tout en prenant en compte les évolutions dans les comportements des consommateurs : « il faut créer une fanbase loyale, qui a envie de soutenir l’artiste (…) Ce que veulent les gens aujourd’hui, c’est sentir la proximité avec l’artiste, être dans une relation personnalisée. Cela dépend des artistes évidemment, tous ne doivent pas tutoyer leurs fans comme Lady Gaga. Mais ressentir que l’artiste est impliqué dans sa communication vers sa fanbase, c’est un axe marketing incontournable. Aujourd’hui, même un artiste signé en major va jouer cette carte du lien direct avec les fans. Il n’y a qu’à regarder Drake ou Taylor Swift (…) C’est le type de relation que souhaite le public, quelle que soit la taille de la fanbase, et c’est aussi le meilleur moyen de la faire grandir ».


Quels outils pour quels usages ?


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Charlotte & Magon

Charlotte et Magon, duo franco-israélien de pop psychédélique, fait partie de ces nombreux artistes qui assument eux-mêmes, par choix ou par nécessité, leur communication en ligne, en plus de s’être rencontrés en 2006 via… Myspace. Comme beaucoup, ils utilisent Facebook, Twitter, Instagram, YouTube, Soundcloud et Bandcamp, ainsi qu’un site Internet et un espace pro en ligne. Et ont établi leur fonctionnement et leur stratégie, après une longue réflexion : « plus qu’une stratégie précise, nous avons une ligne directrice. Cela nous a pris beaucoup de temps de trouver la façon de s’adresser au public via Internet. Nous avons beaucoup réfléchi. Quand le groupe communique, c’est nous deux qui parlons », se souvient Magon. Après avoir construit le discours, ils ont ensuite pris soin de distinguer les réseaux. « On ne s’adresse pas aux gens de la même manière sur Facebook, Twitter ou Instagram. Il faut apprendre et comprendre les codes et les usages propres à chaque outil. Il faut adapter le vocabulaire et le langage », explique ainsi Charlotte. Pour faire simple, leur compte Twitter est plus orienté vers les professionnels, Facebook pour les annonces en direction des fans (dates de concert…), et leur site Internet, volontairement épuré, se concentre sur le dernier EP sorti. Quant à leur newsletter, elle représente un lien plus personnalisé avec les fans (les gens qui la reçoivent ont choisi de s’inscrire, le rapport n’est donc pas le même). « On est moins réservés que sur les réseaux sociaux, on est plus proches des gens. On essaye d’élargir notre propos, de ne pas parler que de nous ou de ce que l’on fait. Par exemple, nous y mettons des playlists de musiques que l’on aime, que l’on essaye de thématiser. Ces playlists sont créées sur notre chaîne YouTube », détaille Magon, qui insiste sur un point fondamental : « ce qu’il faut éviter au maximum, c’est le copié-collé d’un réseau à l’autre. Par exemple, sur Instagram, nous publions des photos exclusives, que l’on ne retrouvera pas ailleurs. Ce sont de belles photos, argentiques. Au début, on utilisait les publications automatiques entre Facebook et Twitter, mais on a vite arrêté, car le public n’est pas le même sur les deux outils ».

Reste une question centrale : comment apprend-on à communiquer, à identifier et utiliser les bons outils ? Un artiste aujourd’hui ne peut faire l’économie d’une connaissance et d’une compréhension de l’environnement professionnel dans lequel il évolue. C’est la même chose pour la communication a fortiori s’il n’y a pas d’entourage professionnel. C’est même un des critères d’appréciation du degré de professionnalisation d’un projet. Il existe pour cela des formations dédiées, qu’il s’agisse d’apprendre à parler de son projet, à construire son discours, ou d’apprendre à utiliser les réseaux sociaux (L’Irma propose par exemple des modules de formation "Musique et Internet", couvrant les différents outils). Et reste aussi la débrouille… « On a appris à être efficaces. Nous nous sommes professionnalisés en nous renseignant, en lisant, en échangeant beaucoup avec d’autres artistes autoproduits, en assistant à des conférences. (…) On a appris sur le tas, en s’autoformant, du coup ce n’est plus aujourd’hui si chronophage », explique Charlotte, qui évalue le temps passé à communiquer en ligne, hors période de promo, à une heure et demie par semaine. Et Magon de compléter : « Internet est pour cela formidable. On trouve plein de tutoriels et de conseils en ligne ».


Metrics et analytics : l’artiste est-il passé dans l’ère de la quantification ?


Dans un monde où l’obsession de la statistique est grandissante, les artistes pourraient être tentés de succomber à la folie des metrics et analytics. De la même manière que la mode du quantified self rend presque étrange de faire du sport sans compter le nombre de kilomètres parcourus ou le nombre de calories brûlées, en fixant des objectifs nécessairement chiffrés pour motiver et remplacer le plaisir de se dépenser, le risque de voir les artistes courir après le moindre like ou le moindre follower est grande. D’autant plus que la plupart des réseaux sociaux fournissent désormais ces éléments aux utilisateurs : Facebook insights, Google analytics… Au point de vouloir devenir des marketeurs à temps plein ? « Globalement, les artistes s’en moquent, à part quelques uns. Ils ne réfléchissent pas en taux de clics, d’ouverture ou de trafic quotidien. Par contre, ils aiment bien avoir une image globale (…) la fascination pour les analytics et les metrics n’a pas encore trop gagné les artistes. Ce sont des outils qui s’adressent aux marketeurs, pas aux créateurs. Si un artiste se met à créer du contenu en fonction des datas qu’il récupère ou espère récupérer, c’est toute la magie de la création qui va se perdre. Les datas, elles me servent à positionner et mener une campagne pub sur Facebook, ou à connaître l’étendue et la nature d’une fanbase, mais elles ne doivent pas déterminer ce que l’artiste produit », tempère Gabriel Hallé.

Cette désacralisation des outils et la relativisation de l’importance des statistiques, c’est un des objectifs avoué du livre d’Emily Gonneau : « la plupart des artistes regardent les statistiques Facebook comme une sorte de livre sacré et passent leur temps à tenter d’en devenir des spécialistes, au point d’occuper leur esprit dans quelque chose, d’important certes, mais qui n’est pas la raison première de pourquoi ils créent ».


Un marché de prestation en direction des artistes


Pour aider les artistes autoproduits, et même les labels à définir une stratégie et communiquer efficacement, de nombreuses agences spécialisées se sont créées ces dernières années. Et la demande est grandissante. Emily Gonneau, chez Nüagency, accompagne des artistes autoproduits en développement. « Nous les aidons à franchir la première marche, pour qu’ils puissent ensuite démarcher (…) Ils ont souvent déjà enregistré quelque chose, ont même parfois déjà mené une campagne de crowdfunding, et atteint un petit rythme de croisière. On nous demande de plus en plus d’aide sur les campagnes de financement participatif. Ils ont en général fait un travail de défrichage, ont compris comment les choses fonctionnent globalement, connaissent les plus grosses plateformes… Mais il leur manque des éléments clés de stratégie : quel discours adopter, comment construire un message, comment établir un planning, quelles sont les étapes… », détaille-t-elle. Le conseil peut se faire sur des demandes précises (changement de nom…), ou sur de l’élaboration de stratégie. Avec pour objectif, quel que soit le niveau de développement, de rendre le plus rapidement possible les artistes autonomes sur leur communication.

Les besoins ne se limitent pas aux autoproduits et aux projets en développement. De plus en plus de labels ou d’artistes établis ayant repris, ou non, leur indépendance, se tournent vers les agences spécialisées, qui proposent un panel de services variés. Teams travaille pour des artistes comme Piers Faccini, Chilly Gonzales, Sean Kuti, Axel Bauer et leur entourage professionnel, ou des labels comme No Format. « Le direct to fan implique d’être dans une relation d’échange continu avec sa fanbase. Pour cela, il faut partager du contenu. Nous assurons à ce contenu la meilleure diffusion possible, et à partir de cette diffusion, nous enrichissons la définition et la compréhension des communautés de fans, pour adapter la stratégie », explique Gabriel Hallé, son fondateur. Parmi les nombreuses autres agences, on peut citer Minuit Douze, Ma ComAgency, Pumpkins ou encore Chakalaka

Ces dernières années, de nombreuses startups positionnées sur la communication, le marketing et les réseaux sociaux, sont venues étoffer l’offre d’outils et de services. Il existe aujourd’hui de nombreuses applis smartphones et web : Band.fm et ses outils de promotion et de monétisation exportables (sites et réseaux sociaux artistes to fans : e-boutiques, players, téléchargement, etc), Soundbirth et son appli mobile personnalisée pour les artistes (Ulster, Chinese Man, Massilia Sound System, Dagoba, etc.), ou encore Louise, appli d’écoute et de partage de musique en temps réel et géolocalisés, et Fantouch, appli mobile personnalisée pour la promo et la monétisation artist to fans (Youssoupha, Oxmo Puccino), qui fera l’objet du prochain Starting blocks de l’Irma. Des plateformes aussi se sont créées, comme BandSquare, et ses services de promo direct to fans, billetterie participative (préachat) et opérations spéciales (Youssoupha, Ez3kiel, Opé Smith, etc.), que nous avions rencontrée il y a un an pour le premier numéro de Starting blocks. On peut également citer The Hiver, plateforme sociale pour la découverte et promotion de titres et artistes (fondé sur le single), back office pour l’analyse des données utilisateurs et statistiques de la musique en ligne, ou Findspire, plateforme de découverte / diffusion de contenus artistiques (musique, photo, vidéo, mode, culture alternative). Bref, les possibilités sont nombreuses. Il faut donc prendre le temps de découvrir, comparer et tester.

S’il est plus que jamais nécessaire de peaufiner sa communication et sa relation aux fans, pour exister dans la jungle d’Internet, il faut en amont penser une stratégie cohérente avec la personnalité et l’univers de l’artiste considéré. Et il n’y a pas de méthode infaillible, ni de garantie de réussite proportionnelle au budget que l’on y consacre. Il faut bien s’y préparer, et l’ouvrage à paraître aux éditions Irma donnera des clés et permettra à tout un chacun de se poser les bonnes questions. Et de donner aux outils et aux réseaux sociaux leur juste place, celle de moyens et non de finalité. Sans perdre de vue l’essentiel, comme le rappelle Emily Gonneau : « la spécificité d’un projet artistique, c’est de fonctionner à l’inverse d’un produit ou d’un service : tout démarre et procède de l’artiste. S’il ne devait rester qu’une seule chose de ce livre ce serait d’amener les gens à basculer d’une logique qui voudrait que tout le monde devienne fan d’un produit à la volonté de faire adhérer à une démarche. Si l’on adhère à une démarche, le rapport à l’artiste change. Si l’on peut ne pas aimer le résultat de tel album ou tel concert, cela ne remet rien en cause et ne rompt pas le dialogue. L’artiste cesse d’être perçu comme un produit et redevient une personne. Et pour cela, il n’y a pas une solution. LA solution, duplicable, transposable, c’est une mauvaise habitude héritée de l’ère du disque tout puissant. Il y avait alors un système médiatique plus simple et verrouillé. Si l’on entrait dedans, on augmentait sensiblement les chances de réussite. Aujourd’hui, il est beaucoup plus facile d’y accéder, mais beaucoup plus compliqué d’émerger significativement et durablement ».


Dossier réalisé par Romain BIGAY
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GESTION SONORE, SANTÉ PUBLIQUE ET NUISANCES
Loi Santé : la musique, du bruit ?

Alors que s’ouvre le 6e mois de la gestion sonore, la future loi Santé prévoit de durcir les dispositions relatives aux lieux de diffusion de spectacles, en prenant en compte la santé publique et les nuisances. En attendant le décret d’application, les professionnels de la culture et de la nuit, engagés depuis longtemps sur ces questions, s’interrogent sur une loi qui pourrait menacer la création et la diversité.

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Visuel campagne 2015 AGI-SON

105db. Un chiffre couperet, bien connu des salles, ingénieurs son et même du grand public depuis le décret bruit de 1998. C’est en effet le niveau sonore maximal autorisé pour les concerts de musiques amplifiées. En juin dernier, la ministre des Affaires sociales et de la Santé, Marisol Touraine, présentait les orientations générales de la future loi Santé, votée depuis, et en attente de la publication du décret d’application. Celle-ci, s’appuyant sur les travaux du Conseil national du bruit, qui suivent un rapport de 2013 du Haut conseil à la santé publique (HCSP), pourrait entraîner un abaissement de ce seuil à 100db sur 15 minutes, avec des pics maximums à 120db. D’autres dispositions sont également prévues : prise en compte dans les mesures des dB©, qui concernent les basses fréquences, distribution systématique de protections auditives, obligations spécifiques concernant l’accueil du jeune public… Le premier problème soulevé par les discussions autour de la loi est d’abord d’ordre sémantique. Pour Malika Séguineau, déléguée générale du Prodiss, elles « ont tendance à assimiler le son et le bruit. Or, le bruit est une notion à connotation péjorative, alors que l’on parle de musique, de création et de concerts. Nous ne parlons pas de bruit, nous parlons de niveaux sonores. Le débat qui est porté aujourd’hui a tendance à simplifier les choses, et peut créer des amalgames ». Autre regret du syndicat, son amendement demandant à associer les professionnels du spectacle à la rédaction du décret n’a pas été accepté.

Si la nécessité d’agir pour une bonne gestion sonore ne fait pas débat, les dispositions de cette loi interpellent les professionnels de la culture, ainsi que les associations de prévention des risques, et ce à plusieurs niveaux. Pour Angélique Duchemin, coordinatrice d’Agi-son, « ce qui pourrait apparaître comme une bonne idée, nie en fait tout le travail des préventionnistes ». Et de pointer un danger supplémentaire : l’amalgame entre tranquillité des riverains et santé publique. En effet, il s’agit d’une loi interministérielle (Culture, Santé et Environnement), qui prend également en compte les questions de nuisances sonores. Avec le risque de désigner le spectacle vivant, et en particulier les musiques amplifiées, comme la principale cause des troubles auditifs et des nuisances sonores, et de laisser penser que les professionnels du secteur seraient irresponsables. Alors même qu’une grande partie de ce qu’entend instaurer la loi fait déjà partie intégrante des pratiques quotidiennes. Et le durcissement des normes aura pour conséquence des règles intenables pour beaucoup d’établissements. On se souvient notamment des suites du décret bruit de 98, qui avait entraîné la fermeture de nombreux lieux. Aujourd’hui, le secteur du spectacle, qui a largement travaillé sur les problématiques de gestion sonore, s’interroge. Pourquoi se focaliser sur le live et ne pas prendre en compte l’écoute au casque, qui apparaît comme la principale cause des troubles auditifs, notamment chez les jeunes ? Et sur les nuisances sonores, pourquoi ne pas systématiser les initiatives de médiation ?


L’audition : une question de santé publique


La protection de l’audition est une question prioritaire de santé publique. Cela ne fait débat pour personne. Si, historiquement, les risques auditifs étaient principalement liés aux activités professionnelles, surtout dans l’industrie, les pratiques de loisir sont également devenues de plus en plus bruyantes. Sylvain Néron, médecin ORL, ancien chef de service de l’hôpital de Gonesse et membre du comité scientifique d’Agi-son, explique : « nous avons un potentiel de cellules sensorielles qui ne se renouvelle pas. Toute lésion est définitive et irréversible. L’usure de l’oreille intervient tout au long de la vie. Historiquement, les risques étaient liés au travail, dans l’industrie notamment, mais aujourd’hui, les pratiques de loisir, et notamment les musiques amplifiées, sont devenues des facteurs importants de risques. On fait subir à notre oreille interne un véritable tsunami auditif pour lequel elle n’est pas conçue, et contre lequel elle n’a aucun moyen naturel de se défendre ».

Deux facteurs principaux sont à prendre en compte pour évaluer les risques : l’intensité sonore et la durée d’exposition. L’intensité sonore, mesurée en décibels (dB), fonctionne selon une échelle logarithmique. Tous les 3dB, la puissance sonore est augmentée ou diminuée de moitié. La zone de danger pour l’oreille commence à partir de 80-85 dB. Pour avoir un ordre d’idée, une mobylette ou un restaurant bruyant et mal insonorisé se situent autour de 90 dB. Mais pour quantifier une dose de son, il faut prendre en compte la durée d’exposition. « Statistiquement, l’oreille est en danger au-delà d’une exposition de plus de 45 minutes par semaine à 105 dB. À 100 dB, ce qui correspond à un lecteur MP3 à fond, la limite est à 2 heures d’exposition hebdomadaires. Les doses sont très vite atteintes, d’autant plus qu’elles se cumulent : si on écoute 2 heures par jour un lecteur MP3 et que l’on va voir un concert dans la semaine, l’oreille est mise à très rude épreuve », souligne Sylvain Neron. Rappelons également que la musique n’est pas le seul facteur à risques dans les pratiques de loisirs. En effet, peu de gens utilisent des protections auditives quand ils passent leur tondeuse ou utilisent une perceuse, alors même que les niveaux sonores atteints peuvent être très importants. Et nous ne sommes pas tous égaux devant les risques auditifs, poursuit Sylvain Neron : « comme pour toute maladie ou tout traumatisme, aucun homme ne se ressemble. Tout est fonction de capital génétique. À exposition identique, le risque est plus ou moins élevé. Certains sont plus fragiles que d’autres. Mais si nous ne sommes pas égaux devant le risque, plus l’intensité sonore et la durée d’exposition sont élevées, et plus les inégalités se réduisent ». S’y ajoutent également des facteurs potentiellement aggravants : diabète, hypertension, consommation d’alcool, de tabac…


Écoute au casque : le vrai danger ?


C’est une des interrogations et des incompréhensions qui revient de façon récurrente dans les discours des professionnels des musiques amplifiées. Pourquoi focaliser uniquement l’attention sur le spectacle quand il s’agit d’envisager la question de l’audition ? Et pourquoi ne pas se pencher sur ce qui apparaît aujourd’hui comme le facteur premier de risques : l’écoute au casque ?

Sur ce point, diverses enquêtes présentent des résultats inquiétants, notamment en ce qui concerne les jeunes. Si rien ne prouve aujourd’hui que l’oreille d’un enfant ou d’un adolescent soit plus fragile que celle d’un adulte, c’est la durée d’exposition aux sources sonores qui pose question. En effet, comme le rappelle Sylvain Neron, « plus l’enfant est exposé jeune à des intensités fortes, et plus son oreille vieillira vite. Et cela peut influer sur la conception qu’il se fera de la musique et de son rapport à celle-ci. De plus, un enfant n’est pas en mesure de se protéger lui-même. S’il est victime d’une gêne ou d’un traumatisme auditif, il ne va pas forcément le dire. Avant 6 ans, il ne se plaindra pas, ne se défendra pas, il va subir uniquement. C’est valable pour tout type de traumatismes. Et cela l’est également pour les enfants in utero. À 4 mois et demi de grossesse, l’oreille du fœtus est formée ».

L’écoute de musique au casque, à fort volume, est en pleine progression. Ainsi, selon une enquête Ipsos réalisée auprès d’un échantillon de 1 500 personnes à l’occasion de la Semaine du son, près d’un enfant de moins de deux ans sur dix s’endormirait avec un casque audio sur les oreilles ! De même, deux tiers des 7/12 ans auraient déjà ressenti des troubles auditifs suite à un bruit ou un son trop fort.

De son côté, Agi-son réalise des enquêtes pour mesurer l’impact auprès des jeunes collégiens et lycéens de son spectacle de prévention Peace&Lobe. Et les résultats sont là aussi frappants, et montrent une augmentation sensible des pratiques à risques. En 2008, les jeunes interrogés étaient 9% à déclarer apprécier la musique à un volume sonore très fort. Ils sont 15% à l’affirmer en 2014. Seuls 3% des jeunes écoutent la musique à un niveau sonore faible en 2014, ils étaient 10% en 2008. Les extrêmes ont changé : les jeunes sont moins nombreux à déclarer écouter la musique à un niveau faible et plus nombreux à l’écouter à un niveau très fort. Dans le même temps, ils sont 58% à avoir déjà ressenti des acouphènes ! Ce qui fait réagir fortement Angélique Duchemin, pour qui les pouvoirs publics font fausse route : « aujourd’hui, la cause principale de surdité et de troubles auditifs des jeunes, c’est l’écoute au casque. L’étude montre qu’assez peu de jeunes fréquentent les salles de concerts ; une à deux fois par an, ce n’est pas ce que l’on peut appeler une pratique régulière. La moyenne d’âge des publics de concerts est plutôt autour de 30 ans. Vouloir protéger l’audition des jeunes en attaquant les salles de concerts et les lieux de diffusion est un peu ridicule. On se trompe de combat. Ce sont les constructeurs d’appareils d’écoute qu’il faudrait sensibiliser et encadrer ». Pour appuyer plus fortement ces propos, Agi-son travaille actuellement à la finalisation de sa plateforme EduKson, sur laquelle tous les jeunes qui assistent au spectacle pourront répondre, en ligne, à un questionnaire. Ce qui permettra de disposer de données nationales précises sur les pratiques d’écoute des jeunes. Pour Jérémie « Fish » Valensi, directeur technique de la Cartonnerie à Reims, l’incompréhension se teinte d’amertume : « le spectacle a largement pris conscience, depuis longtemps, de ces questions. Venir nous pointer nous, professionnels du live, comme responsables d’un problème de santé publique, c’est dur à avaler… ».


Le spectacle vivant : un secteur professionnel responsable


Les problématiques de gestion sonore semblent aujourd’hui bien prises en compte par les professionnels du spectacle, notamment des musiques amplifiées, comme le rappelle Malika Séguineau : « les professionnels du spectacle sont très investis, et ce depuis longtemps, sur ces questions et prennent en considération la question de la santé des spectateurs. Ils ont d’ailleurs été à l’initiative de la création d’une association dédiée, Agi-son. Le secteur du spectacle est un secteur responsable. D’ailleurs, les dernières enquêtes menées par Agi-son sur le terrain montrent que les niveaux sonores constatés respectent les normes édictées par le décret de 98. ». Le secteur s’est largement professionnalisé et structuré. Les différents réseaux et syndicats informent, accompagnent et forment leurs adhérents. Des structures dédiées agissent au quotidien sur les différents aspects liés à la prévention des risques et la gestion sonore (Agi-son, Fêtez Clairs ou encore Les Pierrots de la nuit). Les lieux de diffusion se sont équipés, ont réalisé des travaux sur la qualité de l’acoustique et l’insonorisation. Les nouvelles constructions intègrent ces éléments dès les phases de projet. Les gestionnaires d’établissements ont aussi été largement sensibilisés et responsabilisés sur les questions d’accueil du public et de gestion de l’environnement. Il existe d’ailleurs depuis 2011 un certificat de compétences professionnelles en gestion sonore, validé par plus de 450 personnes [1]. C’est ce qu’explique Frantz Steinbach, vice président du MAP (Musiques actuelles à Paris) et trésorier des Pierrots de la nuit, pour qui l’article de la loi Santé qui vise à abaisser les niveaux sonores paraît totalement anachronique : « c’était nécessaire dans les années 80 et 90, durant lesquelles la recherche de la puissance était forte, et ou le volume de son faisait la fréquentation des établissements. Mais les choses ont énormément changé. Les professionnels du spectacle, de la nuit, et ceux de la culture sont aujourd’hui hyper professionnalisés (…) C’est d’ailleurs assez singulier. Il y a peu de secteurs professionnels où les activités connexes sont aussi structurées et organisées ». Et les mentalités semblent avoir largement évolué. Pour Jérémie « Fish » Valensi, cette évolution est très marquée : « les ingés son que nous accueillons sont conscients des enjeux. Le métier a évolué, les gens sont beaucoup mieux formés. Il y a de moins en moins de personnes qui ont appris sur le tas, et qui avaient tendance à considérer que "fort c’est bien". Ils savent désormais faire du gros son, sans pour autant « savater » les oreilles. Il y a donc de moins en moins de frictions sur le niveau sonore ».

Si la prise de conscience semble plus lente pour les artistes, les choses évoluent. Là aussi, Jérémie Valensi est formel : « les nouvelles générations font déjà beaucoup plus attention à leur propre audition, ils se protègent et ménagent leurs oreilles, qui sont aussi leurs outils de travail. La possibilité d’avoir un son imposant sans faire exploser les décibels est aussi rentrée dans les mœurs ». Et la volonté de préserver son audition commence avant même de monter sur scène : « lors de nos premières répétitions, nous avons rapidement senti une fatigue auditive récurrente. Notre lieu de répétition étant assez confiné, nous avons vite utilisé des bouchons. Sur les concerts et tournées, nous voyons aujourd’hui beaucoup d’artistes se protéger, au moins pendant les balances », confient les membres de Radio Elvis, parrains cette année du mois de la gestion sonore. Et si le port de protections auditives est moins aisé sur scène, il est aussi possible d’agir sur le volume : « sur scène, nous préférons jouer sans bouchons, quitte à jouer moins fort mais un peu plus proches de nos amplis. Nous échangeons beaucoup avec les ingés son pendant les balances pour trouver le bon compromis entre le niveau sonore et l’intensité recherchée ».

Du côté du public aussi, les campagnes de prévention ont un réel impact. Ils sont de plus en plus nombreux à demander les bouchons mis désormais quasi systématiquement à disposition dans les salles de concerts, quand ils ne viennent pas avec leurs propres protections auditives, notamment quand il s’agit d’esthétiques réputées plus "bruyantes" (metal, hardcore, techno, dub…). Les lieux de diffusion mènent d’ailleurs un travail de sensibilisation au quotidien, notamment en direction du jeune public. « Nous avons briefé nos agents de sécurité et d’accueil. Dès qu’un enfant entre dans la salle, ils vont directement voir les parents pour leur dire que des casques sont à leur disposition, moyennant une caution, clé de voiture ou carte d’identité par exemple. On leur explique les risques, et cette démarche est très appréciée », détaille ainsi Jérémie Valensi.

La loi prévoit d’imposer la distribution systématique de protections auditives dans tous les lieux de plus de 700 places, clos et plein air (jusqu’alors non pris en compte), ainsi que des protections spécifiques et adaptées pour les enfants de moins de 12 ans. Ce qui ne devrait qu’entériner une pratique largement répandue. Mais le problème est ailleurs pour Angélique Duchemin : « distribuer des outils sans accompagnement sur leur utilisation n’est pas très pertinent, et a un impact très relatif. Que signifie la distribution systématique ? Qu’il faudra être derrière chaque spectateur pour vérifier qu’il mettra correctement les protections ? (…) L’impact sera nul en terme de prévention, et négatif sur le plan écologique et économique ». Plutôt que d’imposer aux producteurs et aux salles de spectacles des obligations supplémentaires, il serait plus pertinent de renforcer les campagnes de prévention. Idem pour le jeune public : pour Agi-son, « imposer à l’organisateur que soient portées ces protections est ridicule. Il est plus raisonnable de mettre à disposition ces protections, de responsabiliser les parents, plutôt que de contrôler et sanctionner les producteurs ». Ces derniers continuent d’ailleurs d’être en pointe sur les réflexions relatives à la gestion sonore, notamment en ce qui concerne l’impact des fréquences basses sur la santé, comme le souligne Malika Séguineau : « il n’existe pas de réglementation sur les basses fréquences. Le décret de 98 ne contient aucune disposition encadrant ce phénomène nouveau ». Agi-son et le Prodiss travaillent activement sur la question.


Riverains : droit au sommeil ou dictature du silence ?


C’est un des autres aspects importants de la loi Santé : la tranquillité des riverains et les nuisances sonores engendrées par les lieux de diffusion. En assimilant au passage tranquillité et santé. Agi-son avait pourtant argumenté pour que soient séparés les volets santé et écologie, afin d’éviter tout amalgame. Pour Angélique Duchemin, un pas supplémentaire est franchi : « assimiler santé et tranquillité des riverains est très problématique. Sans parler de l’impact sur l’image des lieux de diffusion, immédiatement assimilés et réduits aux nuisances sonores (…) La loi de la ministre Marisol Touraine parle de la santé des riverains. Les mots sont importants. Un pas de plus est franchi : il ne s’agit plus de préserver la tranquillité, mais la santé des riverains (…) Le glissement sémantique ouvre une porte qu’il sera très difficile de refermer ».

Pour Denis Talledec, directeur de la Fédération nationale des cafés cultures, qui pourraient être les principales victimes de la loi, la confusion entre santé publique et ordre public est incompréhensible : « 70% des situations que nous avons à gérer ne relèvent pas de la santé publique, mais sont des problèmes de nuisances sonores liées à l’ordre public (…) Il est grand temps de systématiser localement les espaces de concertation entre usagers, professionnels, riverains et pouvoirs publics, pour construire une connaissance commune et une intelligence partagée ». C’est ce que proposent Les Pierrots de la nuit depuis 3 ans, une initiative pionnière mise en place à Paris par le réseau MAP (Musiques actuelles à Paris). Si l’intervention des binômes artiste/médiateur qui sillonnent les rues de 16 "quartiers de sorties" de la capitale est connue, le volet médiation de jour est moins visible, mais tout aussi primordial. Ainsi, les médiateurs mettent autour de la table les collectivités, les services de police, les établissements, le public et les associations de riverains, pour régler ensemble les problèmes, et formaliser des chartes locales. Pour Frantz Steinbach, « l’objectif est de créer et de renforcer le dialogue, et de trouver le point d’équilibre entre animation et vie culturelle nocturne, sécurité et tranquillité des riverains. Le principe de médiation a fait ses preuves dans beaucoup d’autres domaines très différents, et c’est pour nous le seul viable pour gérer la question des nuisances sonores ».


La création et la diversité en danger ?


L’abaissement des seuils de niveaux sonores, et l’assimilation entre tranquillité et santé des riverains risquent d’avoir des effets secondaires conséquents pour la création. À commencer par des fermetures de lieux, notamment pour les plus petits ou les cafés concerts. « Mélanger, et in fine, confondre santé et tranquillité est très dangereux (…) on est dans une ère hygiéniste, avec des ayatollahs de la norme qui commencent déjà par amalgamer musique et bruit. Mais la musique, ce n’est pas du bruit ! On met sur le même plan les nuisances industrielles et la création musicale… On crée de la norme hors sol, qui va pousser un certain nombre de lieux à fermer ou à être hors-la-loi », prévient Denis Talledec. Cela risque également d’entraîner des casse-tête pour les lieux de diffusion, que la loi pourrait rendre frileux à programmer certains artistes, qui se trouveraient également limités dans leur marge de manœuvre créative. Pour Jérémie Valensi, « il y aura inévitablement des conséquences sur la programmation. Sur certains artistes, certaines esthétiques, on ne pourra plus rentrer dans les clous. Et plutôt que d’être hors-la-loi, on ne les programmera pas. Pour des vieux de la vieille comme The Saints ou Jim Jones Review par exemple, ce sera impossible. Le combat est perdu d’avance : pour eux, baisser le volume, c’est les empêcher d’exercer leur art ». C’est la diversité culturelle et le renouvellement des générations d’artistes qui se trouveraient impactés. Les premiers touchés seraient en effet les cafés-concerts et petits lieux, ceux qui offrent un premier espace de diffusion aux amateurs ou aux émergents. Le constat est le même pour Angélique Duchemin : « nous assisterons à des fermetures de lieux, ou à des arrêts de programmations culturelles. Le décret de 98 avait déjà entraîné de nombreuses fermetures. Si le futur décret d’application retient les fourchettes basses, et beaucoup de détracteurs vont faire en sorte que ce soit le cas, une grande partie des cafés-concerts ne pourra plus faire jouer des groupes. Les petits lieux aussi, et même certaines Smac, pourront être concernés. Dans le meilleur des cas, c’est l’autocensure qui se généralisera. Les programmateurs ne passeront plus certaines esthétiques ou certains groupes. Conséquence, les artistes eux-mêmes vont s’autocensurer pour continuer d’avoir accès aux lieux de diffusion. C’est une atteinte à la création et à sa diffusion ».

La culture, les musiques amplifiées, la nuit, se retrouvent stigmatisées, presque rendues seules responsables d’un problème réel de santé publique, alors même qu’elles participent activement du dynamisme et de l’attractivité des villes et que l’État en a même fait une priorité pour le rayonnement de la France à l’international. En témoigne l’étude commandée par le ministère des Affaires étrangères à Frantz Steinbach et Renaud Barillet, 22 mesures pour faire de la vie nocturne un facteur d’attractivité touristique à l’international, mettant en avant la richesse de l’offre de spectacles. Contradictoire…

Comme le rappelle Malika Séguineau, il faut « garder à l’esprit ce que le spectacle apporte par ailleurs. Le concert est un espace de culture, de loisir et de plaisir, qui participe de la dynamique d’un territoire et de l’attractivité d’une métropole ou d’un quartier. Il nous semble ainsi important de redonner du sens aux mots, en parlant de son et non de bruit ». Reste aux professionnels à se mobiliser, pour faire entendre leur voix, pour que la musique ne soit pas réduite à un bruit, avant d’être réduite au silence.


Dossier réalisé par Romain BIGAY
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M@MA INVENT : MUSIQUE ET INNOVATION SE CONJUGUENT AU PRÉSENT
L’innovation, c’est maintenant !

Du 14 au 16 octobre, c’est le MaMA, augmenté cette année par M@MA Invent, dédié aux startups, aux nouveaux outils et aux prestataires de solutions en lien avec la filière musicale. L’occasion d’aller à la rencontre de tous ceux qui agitent l’écosystème. Qu’on se le dise : la nouvelle économie de la musique, on en parle au MaMA, elle se voit à M@Ma Invent !


M@MA Invent : Tout un programme !


L’innovation dans l’écosystème musical, c’est ici et maintenant. Tel pourrait être le slogan du MaMA 2015 et de sa nouvelle extension, MaMA Invent. Pour cette nouvelle édition, le salon professionnel s’est adjoint les services de l’Irma afin de dédier un espace spécifique aux startups, aux nouveaux outils et aux prestataires de solutions en lien avec la filière. Installées au Trianon, ces trois journées thématiques (Artistes, spectacle, promo et business) permettront de balayer l’actualité de l’interpénétration de la musique et des nouvelles technologies. Pour Fernando Ladeiro-Marques, directeur du MaMA, cette évolution est logique : « à sa création, le MaMA a surtout attiré des acteurs du spectacle vivant. Au fil des années, ils ont été rejoints par les professionnels du disque, de l’édition, les institutionnels… L’innovation est aujourd’hui au cœur de l’écosystème de la musique. La musique, dans sa production, sa distribution et sa promotion, est aujourd’hui intimement liée aux nouvelles technologies, il est donc important pour nous de réunir tout ce monde-là. Nous embrassons la filière au sens large, avec tous les acteurs directs et indirects. »

Au M@MA Invent, la filière musicale est invitée à rencontrer et intensifier les échanges avec les acteurs de l’innovation, avec leurs futurs prestataires et partenaires. Pour cela, un forum avec des corners, des ateliers, des sessions de pitchs, des espaces de rencontre, des focus sont au programme. Pour Fabrice Castellon, dont l’entreprise, Beepeers, aide les SMAC et les organisateurs de festivals à développer leur stratégie d’acquisition et de fidélisation de fans autour de solutions applications mobiles dédiées, « le MaMa a toujours été un événement important de la rentrée pour le secteur de la musique. Le renforcement de la formule "Convention B2B" le rend désormais incontournable pour tous les pros du digital souhaitant évoluer dans le monde de la musique ». Fort de cette analyse, il exposera sa solution lors de la journée spectacle, le jeudi, dans l’un des seize corners installés dans l’espace Innovation. Les pitchs sessions des éditions précédentes (qui ont vu l’emporter d’anciennes startups comme Transparency Right Management, Weezevent, Weezic ou encore Meludia) ont donc grandi, pour devenir M@MA Invent.

L’Irma s’est particulièrement investi dans le montage et l’animation de cette nouvelle offre. Pour Gilles Castagnac, son directeur, « la démonstration arrive à point nommé ; l’innovation interpelle la filière depuis de longues années. Ce n’est plus une “menace extérieure”, mais bien une mutation interne, opérationnelle et concrète ».


La musique a déjà basculé dans l’ère numérique


Streaming, distribution numérique, marketing digital, cashless, billetterie dématérialisée, réalité augmentée, big data… Autant de termes, et de services liés, aujourd’hui pleinement investis par la filière musicale, et qui montrent que l’innovation est aujourd’hui une réalité quotidienne, plus ou moins récente, mais bien réelle. Comme l’explique Philippe Astor, journaliste et responsable éditorial du think tank Proscenium (En keynote le jeudi), « aucune industrie, ni le spectacle vivant ou la musique enregistrée, ni les transports ou l’énergie, n’échappe à la transition numérique. On est aujourd’hui pleinement rentrés dans une économie de l’innovation et de la disruption ». En effet, il ne s’agit plus d’envisager l’avenir, mais de construire les solutions d’aujourd’hui.

Dans la musique enregistrée, le streaming s’installe dans les modes de consommation de la musique, comme l’illustrent les chiffres du Snep (Syndicat national de l’édition phonographique). A fin juillet 2015, le marché du streaming, en progression de 43%, réalise les deux tiers des revenus numériques et 28% du marché global. Et l’écosystème qu’il créé promet des opportunités dont se saisissent déjà de nombreux acteurs. Pour Denis Ladegaillerie, Dirigeant fondateur de Believe, « il y a aujourd’hui un champ d’innovation énorme qui s’est ouvert autour du streaming, qui demande des investissements forts et de l’expertise pointue. On a désormais accès à une quantité d’informations phénoménale sur la consommation de la musique, en temps réel. Et c’est exponentiel. On est déjà au-delà du big data. Il faut être outillé dès maintenant pour suivre le mouvement. Il ne s’agit pas de l’avenir, mais bel et bien du présent ».

Le spectacle vivant, que l’on pourrait penser de prime abord plus en retrait de la révolution numérique, semble moins impacté directement par l’innovation. Il n’a certes pas été frappé de plein fouet par le numérique dans les années 2000, comme ce fut le cas pour la musique enregistrée, et a même plutôt bénéficié de l’effondrement du marché des supports physiques. Pour Philippe Astor, « il s’agit là d’un constat de surface. Si l’on creuse la question, on voit qu’il y a déjà des impacts effectifs, et si l’on se projette un tout petit peu dans le temps, ils vont être directs ». En effet, le live a déjà investi le cashless et la billetterie dématérialisée, s’engouffre dans le champ du traitement des données récoltées par ce biais, et commence à parler de yield management. Si certaines innovations semblent aujourd’hui plus difficiles à appréhender, comme tout ce qui tourne autour de l’expérience augmentée et de la réalité virtuelle, elles sont déjà présentes, et sont amenées à se développer fortement. De même, les nouvelles exploitations, comme la captation, offrent dès aujourd’hui des débouchés intéressants. Pour Philippe Astor, « un large pan économique du spectacle va reposer là dessus, et le secteur va s’en trouver transformé. Une tournée d’un artiste international ne sera plus composée que de quelques dates, mais auxquelles des millions de personnes pourront assister, via des autoradios ou des écrans connectés, ou immergés dans des salles ou des bars ».

La promotion a également largement investi les réseaux sociaux et les nombreux outils et applications qui permettent de fédérer et de gérer des communautés. Les agences de promotion et marketing digital fleurissent depuis plusieurs années. Les logiciels et applis métier également. Et pour accompagner ce mouvement, les incubateurs, pépinières, couveuses ou clusters se multiplient sur tout le territoire. Le ministère de la Culture et de la Communication, qui a annoncé récemment la pérennisation de son plan de soutien à l’innovation et à la transition numérique pour la musique enregistrée (labels et petites plateformes), financera également sur 2016 des fablabs. De même, à l’issue de la médiation Schwartz, une vingtaine d’organisations, d’organismes et d’entreprises ont signé dans les salons de la rue de Valois, un protocole d’accord de sept objectifs sur trois ans pour un développement équitable de la musique en ligne.

Il ne faut pas non plus oublier les artistes, points de départ de tout le reste. Il s’agit également de coller au fonctionnement des jeunes artistes, ceux qui sont nés dans l’économie numérique et pour lesquels cet environnement est naturel. Comment les aider à s’y retrouver, à mieux maîtriser les logiques de leurs partenaires et les opportunités d’outillage ? La première journée du M@MA Invent a ainsi été construite à leur intention.


La filière musicale à l’initiative


Un certain nombre de projets ou services innovants sont déjà à l’œuvre dans le secteur musical, illustrant la prise en compte progressive, mais déjà ancienne, de la nécessité de prendre le train en marche de la révolution numérique. Believe, leader mondial de la distribution numérique, renforcé par le rachat avant l’été de son homologue américain Tune Core, fait figure de précurseur. Dès 2005, il se lançait sur un marché balbutiant. Aujourd’hui, leur offre s’est étoffée, allant d’un service d’autodistribution à destination d’artistes qui n’ont pas nécessairement l’ambition d’être professionnels, mais souhaitent être distribués en numérique, jusqu’à des labels et artists services complets sur lesquels Believe propose un accompagnement du processus créatif, de l’investissement dans la production et le développement, en France et à l’international, de la gestion de projet, de la coordination de promotion, et du marketing. Denis Ladegaillerie pose ainsi son raisonnement : « aux États-Unis, 75% des revenus du marché sont issus du numérique. Il y aura toujours un peu de CD et de vinyle dans les 10 années à venir, mais on sera à 90% sur du numérique. C’était le sens de l’histoire pour nous, dès le début des années 2000. La seule inconnue, c’était la vitesse de transition du marché, et d’avoir la force nécessaire pour tenir jusque-là. Aujourd’hui l’accélération de l’adoption du streaming par les utilisateurs vient valider nos choix ».

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Exemple de page de l’interface Boem

D’autres solutions, émanant d’acteurs traditionnels et de leurs représentants, sont également aujourd’hui actives. Depuis 2010, sur une idée initiale de François Millet, fondateur des éditions Vital song, la CSDEM (Chambre syndicale de l’édition musicale) a créé la base BOEM (Base œuvres de l’édition musicale). Il s’agit d’une interface qui permet aux éditeurs membres de la CSDEM d’intégrer dans une base de données les paroles des chansons dont ils sont cessionnaires, avec les métadonnées associées. L’outil, géré conjointement avec la Seam (Société des éditeurs et auteurs de musique), et le prestataire Music Story, permet de percevoir et redistribuer les droits liés aux exploitations sur le graphique. La base de référence est à la fois un outil client et répartition. Ses clients sont variés, allant de pures players paroles aux plateformes d’environnement musical qui souhaitent enrichir leur offre et leur éditorialisation, en passant par des groupes de presse, notamment de presse people. Signe d’une évolution des mentalités des professionnels, la logique n’est plus à l’interdiction des usages illégaux, mais à leur encadrement. « Nous allons vers les sites qui utilisent déjà les paroles, mais illégalement. Quand nous en repérons un, nous lui faisons une proposition commerciale », explique Angélique Dascier, secrétaire générale de la chambre syndicale. Le cas de Paroles.net en est un bon exemple. Aujourd’hui, la CSDEM est en discussion avec des acteurs internationaux comme Refind ou Musixmatch, pour associer les paroles d’œuvres françaises (et donc les droits liés) à leurs catalogues internationaux.

Autre projet de base de données, celui de Bee Music. Porté par Kantar Media, à qui le Snep avait déjà confié la gestion de sa base BIPP (Base de données interprofessionnelle des producteurs phonographiques), il est développé depuis 2013 par un consortium composé de l’Ircam, Idol, LTU, Sinequa, Arkena et Musicovery. Pour Denis Gaucher, directeur général de Kantar Media, la phase de réalisation, qui prendra fin début 2016, a accouché d’une « base de données de référence pour l’industrie musicale. Nous avons pluggé des technologies innovantes pour ouvrir largement le spectre des usages : enrichir des outils et des services, coordonner les différents acteurs de la filière musicale… » En clair, Bee Music peut être utilisée pour tous les services qui nécessitent de recourir à une BDD de référence : promotion, applis, site web, gaming, en BtoB ou BtoC, gestion et répartition de droits…

Dans le domaine du spectacle vivant, le think tank Proscenium, initié par le Prodiss, a décidé de prendre à bras le corps les impacts du numérique. Un premier conclave a débouché sur la rédaction d’un livre blanc (lien), qui envisage tous les aspects de l’innovation : big data, billetterie dématérialisée, nouvelles exploitations (captation…), réalité augmentée… Son responsable éditorial, le journaliste Philippe Astor, explique ainsi la démarche : « le spectacle vivant a appris de la musique enregistrée, et de son retard à prendre en compte la révolution numérique. Il veut aujourd’hui prendre les devants, et se poser comme pilote de ces évolutions ». Pour lui, l’innovation, ce n’est pas le futur du live, mais déjà son actualité : « on est au début de cette révolution, mais elle est en marche. Et le spectacle vivant peut aussi inspirer d’autres secteurs d’activités, même très éloignés de la musique. Il peut être une plateforme de pilotage de la transition numérique ».

Ces différents acteurs seront présents au MaMA, où la Sacem présentera également une nouveauté qui devrait plaire et faciliter les démarches de nombre de ses sociétaires : le feuillet numérique.


Des solutions et services pour toute la filière


M@MA Invent sera aussi l’occasion d’appréhender la diversité des entreprise et startups qui proposent services et prestations autour de la musique. L’Irma avait déjà présenté, il y a presque un an, un large panorama de ces nouveaux acteurs de la filière (cf Focus startups). Ils seront nombreux à être présents au Trianon pour présenter leurs offres aux professionnels.

Rhythm and Town utilise la 3D, le big data et la réalité virtuelle pour rendre les créations plus visibles sur Internet, et travaille actuellement, en plus de sa plateforme de vidéos live, à un concept d’émissions Youtube. Pour Pierre Eligny, son fondateur, le but est de « susciter de l’intérêt sur les réseaux sociaux, en habillant la prestation de l’artiste afin d’améliorer la rétention sur la vidéo, critère de performance sur la plateforme Youtube. Nous développons ce type de stratégie en l’adaptant à l’entreprise pour laquelle nous travaillons, pour optimiser le travail déjà effectué ».

Digital Essence s’adresse également aux acteurs du live, en proposant un service de mapping vidéo pour formaliser des scénographies interactives et novatrices. Pour Arnaud Berthonneau, son fondateur, « ce sont généralement des solutions chers et complexes à mettre en place. Nous apportons des solutions logicielles plus légères, plus rapides à mettre en place et donc moins onéreuses (…) grâce à notre version HeavyM LIVE, les amateurs/semi-pros de l’audiovisuel peuvent enfin réalisés par eux-mêmes les projets de leur rêves sans compétences particulières ».

Du côté des progiciels, Bob el web sera là, fidèle au poste depuis le premier MaMA, pour présenter les dernières évolutions de son produit phare, Bob Booking, ainsi que PurpleBase, un outil pour les musiciens auto-diffusés et les opérateurs qui les accompagnent. Pour Jean-Luc Mirebeau, son directeur général depuis 2006, Bob Booking permet, quelle que soit la taille de la structure, « d’économiser entre 25 et 50% de leur temps de travail, et il est devenu la colonne vertébrale de leur organisation. Maintenant, on a répondu à quasiment tous les besoins exprimés par les bookeurs, les administrateurs, les chargés de prod et de com, et on va proposer aux producteurs de spectacles des innovations qui vont changer l’exercice de leur métier : accès à un flux de données très qualifiées, outils de pilotage commercial… »

Le MaMA a une dimension internationale, avec 4 500 professionnels présents venant de 64 pays. C’est donc en toute logique que l’on y retrouvera des solutions venues d’ailleurs, comme TGIT, en provenance du Québec, et qui œuvre dans l’univers des métadonnées, avec pour objectif de « réduire le fardeau des labels et ayants droit qui transmettent à répétition des informations aux diverses plateformes musicales et à leurs collectifs de gestion ». Pour Jean-Robert Bisaillon, son fondateur, être présent au MaMA présente plusieurs intérêts : « la France a depuis longtemps amorcé la réflexion sur les métadonnées. Pour nous, entreprise nord-américaine, une présence au M@MA Invent profitera de ce contexte particulier. La France est aussi l’un de nos premiers marchés potentiels, notre logiciel présente une interface bilingue. M@MA Invent, avec ses Corners, nous permettra de constituer un point de chute permettant à nos clients potentiels de venir nous rencontrer au moment de leur choix ».

Greencopper, qui fournit d’ailleurs l’application officielle du MaMA, présentera ses solutions d’applications mobiles et de calendriers web responsives pour les festivals. Ils équipent actuellement plus de 250 événements (Rock en Seine, Francofolies, Vieilles Charrues, Eurockéennes…). Le MaMA sera aussi l’occasion de découvrir leur plateforme en ligne golive.fm, qui permet aux organisateurs d’événements de construire eux-mêmes leurs outils de communication. Gwenaël Le Bodic, son CEO, profitera du salon pour « présenter les dernières innovations technologiques mais également pour rencontrer ses clients existants, des clients potentiels et également des partenaires technologiques ».

Et pour accompagner toute cette exposition (45 corners, de nombreux ateliers) une dizaine de focus permettront de détailler les enjeux induits par toute cette mutation : DIY, cashless, métadonnées, crowdfunding, playlist, API, spectacle augmenté, réalité virtuelle, big data, video live, metrics… de quoi nourrir tout un programme non-stop en multipliant les interventions de professionnels. De plus, chacune des trois journées verra se dérouler une session de pitchs, en rapport avec les thématiques quotidiennes. Chaque midi, la scène du Trianon laissera la place aux 3 startups finalistes qui présenteront leurs constats et leurs modèles pour révolutionner la création, le spectacle et le business, devant les professionnels de la musique et de l’innovation. Trois grands témoins sélectionnés pour leur expertise pourront questionner ces visions d’avenir. Plus qu’un concours, il s’agit de faire dialoguer et progresser les solutions. « Le pitch est le meilleur format pour découvrir des startups, on ne pouvait pas s’en passer. Il fallait aussi construire un cadre plus large pour les anciennes startups devenues des prestataires techniques de la musique, un endroit pour les rencontres et les échanges entre les métiers et les innovateurs : M@MA INvent a été pensé comme cela », résume Fabrice Jallet, expert innovation à l’Irma.


La nouvelle économie, on en parle au MaMA, elle se voit au M@MA Invent


La musique a, depuis le début des années 2000, été en première ligne face aux transformations profondes engendrées par la révolution numérique. Après l’avoir subie, elle apparaît aujourd’hui en ordre de bataille pour relever les défis imposés. Et le M@MA Invent est un moment privilégié pour prendre la température des opportunités, services et prestations qui font bouger les lignes. Ce sera également, comme toujours, l’occasion d’assister à des débats de fond, qui mettent en perspective les problématiques du secteur, avec de nombreux intervenants français et internationaux, professionnels aguerris ou observateurs avisés. Qu’on se le dise, la nouvelle économie de la musique, on en parle au MaMA, elle se voit à M@Ma Invent !


Dossier réalisé par Romain BIGAY

Article

LA BASE DE DONNÉES DE L’IRMA EN INFOGRAPHIE
La filière musicale au prisme de L’Officiel

Chaque année, L’Officiel de la musique témoigne des mutations de la filière. Guide-annuaire, il dresse le panorama transversal d’un écosystème complexe pour lequel il identifie plus de 80 “métiers” et savoir-faire. Mais il n’est lui-même que la partie émergée de la base de données de l’Irma.

Alimentée en continu par un travail de veille et d’expertise, cette base fédère les acteurs, entreprises et personnes, intervenant dans les musiques actuelles en France, soit près de 50.000 contacts. Depuis toujours, elle ne se contente pas de compiler des adresses, mais détaille les activités de façon à rendre les prises de contact sélectives et opérationnelles.

En ouverture de sa 29e édition, L’Officiel de la musique présente une vue panoramique de cette base sous forme d’infographies, classées à la fois par activités (artistes, festivals, labels, etc.) et par entrées thématiques et transversales (débuter son parcours, jeune public, startups). Téléchargez l’infographie dans son intégralité.
Ainsi, il ne s’agit pas simplement de comptabiliser 43 superviseurs établis sur notre territoire, mais aussi d’observer que, parmi les 213 startups recensées, 26% agissent principalement dans le domaine de la promotion, 25% dans celui du streaming/download, 14% dans le spectacle/événementiel, 10% autour de la recommandation et que 5% proposent des solutions pour apprendre et jouer la musique.

Bien sûr, il ne s’agit pas d’une étude scientifique - comme il a pu en exister sur l’aspect management il y a quelques années -, mais de saisir l’opportunité de cet outil unique pour relever quelques chiffres signifiants et, au-delà, envisager quelques tendances à l’œuvre. Pour aller plus loin, nos lecteurs sont bien placés pour savoir que ce travail s’accompagne tout au long de l’année d’un suivi de l’actualité et du décryptage des fonctionnements et des mutations…


LA SITUATION
«  Il est paradoxalement plus facile de rentrer dans la filière aujourd’hui, il suffit d’un titre qui cartonne, plébiscité par le public via les réseaux sociaux, mais aussi bien plus facile de vite tomber dans l’oubli. Les dispositifs de repérage ont toujours leur utilité, mais c’est l’accompagnement à la professionnalisation qui est aujourd’hui primordial ». Ce constat, c’est Julien Soulié, directeur du Fair, qui le dresse dans le dossier de janvier 2015 sur l’accompagnement et la professionnalisation des artistes. Crise du support physique, développement de l’autoproduction, démocratisation de la pratique musicale, multiplication et professionnalisation des écoles, explosion des cours particuliers, offre pléthorique de tutoriels, vidéos, partitions en ligne, baisse du prix des instruments et plus grande accessibilité des moyens de production avec les home studios… Et, cause et conséquence à la fois, les artistes ont changé. Ils sont plus nombreux, mieux formés, mieux équipés, mais sortir de la masse n’est pas plus aisé. Et s’il apparaît plus facile d’entrer dans la filière, le turn-over est plus rapide, et installer une carrière dans la durée semble bien plus compliqué.

LES CHIFFRES
Une vue d’ensemble sur la base de données de l’Irma fait apparaître que parmi ces 6142 artistes ou groupes professionnels, le nombre de musiciens ou de formations de jazz et de musiques traditionnelles et du monde est très important car ces derniers jouent souvent au sein de plusieurs formations tout en développant parfois leur carrière de soliste en parallèle. Par ailleurs, la France n’est pas en reste en matière d’artistes de chanson (880) et de groupes de rock et dérivés (883). Moins nombreux, les artistes de hip hop, de musiques électroniques et de reggae sont également bien présents sur le territoire.

L’ANECDOTE
Une petite surprise, le nombre de joueurs d’accordéon : ils sont 193 dans la base de données ! Ce chiffre n’est évidemment pas exhaustif, mais témoigne du succès constant du fameux piano à bretelles, pratiqué par des milliers de musiciens. Comme pour donner raison à Philippe Krumm, qui nous répondait, à l’occasion de la première édition du salon de l’accordéon : « pendant longtemps il y a eu un clivage entre les esthétiques. Aujourd’hui c’est terminé ; L’accordéon, ça va du musette jusqu’au rock et même au hard rock. C’est un instrument qui fédère ». Un salon qui devrait d’ailleurs tenir sa troisième édition cette année, les 3 et 4 octobre à La Bellevilloise.


LA SITUATION
Les festivals, l’Irma s’est penché dessus, avec la Sacem et le CNV, pour établir le baromètre des festivals, pour la deuxième année consécutive. En croisant les données, l’étude a révélé la très forte densité et la formidable diversité des 1 615 festivals de musiques actuelles en France. Devenus de véritables objets de politique culturelle (au point de poser la question de la permanentisation des festivals et de la festivalisation de la culture), il en existe de toutes tailles, dans toutes les esthétiques et sur tout le territoire. Pour certaines esthétiques, comme le jazz ou les musiques du monde, moins présentes dans les programmations à l’année des salles, ils sont primordiaux, et jouent un rôle essentiel dans la création. Des festivals dont le succès ne doit pas non plus masquer les difficultés, et qui doivent constamment se réinventer, et imaginer de nouvelles ressources. Le financement, une problématique que nous abordions en 2011, en s’intéressant aux stratégies de recherche de partenaires privés.

LES CHIFFRES
En dehors de certains festivals spécialisés, la plupart programment plusieurs esthétiques musicales. Sur l’ensemble, le jazz, les musiques traditionnelles et du monde ainsi que le rock sont les styles les plus présents dans les programmations. La chanson représente également 25% des artistes à l’affiche des festivals, alors que hip hop, musiques électroniques et reggae n’apparaissent qu’à la marge.


LA SITUATION
E-ticket, ticket mobile, multiplication des solutions en self-service, progiciels intégrant des modules d’analyse de données… Avec la dématérialisation, la billetterie se refait une jeunesse. Et les acteurs sur le créneau se multiplient, qu’il s’agisse de simple billetterie, de contrôle d’accès, mixé ou non avec du paiement cashless… Ainsi , la BDD de l’Irma dénombre pas moins de 99 opérateurs de billetterie et de paiement. Comme nous le confiait Eddie Aubin, fondateur de MyOpenTickets, dans le focus sur la billetterie du futur, « au début, la billetterie ne s’occupait que de la gestion des entrées : faciliter l’identification et le contrôle, et fluidifier les accès. Les possibilités qu’elle offre sont aujourd’hui bien plus larges. D’une activité spécifique, annexe au cœur d’activité, elle est devenue centrale. Elle est indissociable de la communication, par les supports monétisables qu’elle offre, du marketing, par la récupération et l’utilisation des datas qu’elle permet (tracking), elle peut aussi servir de support au paiement cashless… ». Et les offres à 360°, intégrant toutes ces dimensions, se développent fortement. Dernier en date, DigiLive de Digitick et MyBee pour les festivals. La billetterie est aujourd’hui un marché d’innovation en pleine expansion, qui impacte l’économie de l’événementiel et constitue un levier de croissance pour le spectacle vivant.

LES CHIFFRES
Les services de billetterie proposent ainsi bien plus que des tickets d’entrée, et s’engagent à la fois sur la fabrication d’outils de communication (8%) et sur des systèmes de cashless (14%) permettant d’accompagner les spectateurs au-delà de leur simple billet d’entrée.


LA SITUATION
1 185 maisons de disques et labels de musiques actuelles en France : malgré une conjoncture économique tendue, qui fait souffrir ou qui achève les plus fragiles, la production phonographique affiche une certaine vitalité. Producteur, un métier difficile, comme le rappelait Stéphane Laick, fondateur et gérant d’At(h)ome, dans un petit film sur ce passionnant métier, réalisé en 2011 pour la sortie de l’ouvrage Je monte mon label : « produire, c’est prendre des risques ! ». Une vidéo sur laquelle on retrouve également Boris Vedel (alors chez Naïve) et devenu depuis le nouveau directeur du Printemps de Bourges.

LES CHIFFRES
La prédominance du jazz et des musiques traditionnelles et du monde est moins prégnante au sein des catalogues des labels et maisons de disques. Les trois esthétiques principales représentées sont ainsi le rock, les musiques électroniques et la chanson.


LA SITUATION
Autre secteur de l’écosystème largement impacté par la révolution numérique, la distribution. Si les trois quarts des distributeurs recensés distribuent des supports physiques, on dénombre 56 distributeurs numériques, dont, signe aussi d’une tendance qui s’affirme, 5% d’agrégateurs ouverts aux autoproductions. La distribution et ses métiers se recomposent au fil de la dématérialisation, comme nous l’évoquions déjà en 2012, dans le dossier Métiers et marchés de la distribution numérique : la mutation prend forme. Et de simple intermédiaire technique, le distributeur joue aujourd’hui « un rôle de conseil et d’accompagnement dans le marketing commercial », comme le rappelait alors Pascal Bittard, président fondateur d’Idol. Sans parler de la montée en puissance du streaming, audio et vidéo, qui transforme en profondeur les usages. Parmi les 60 plateformes de streaming recensées, 38% diffusent de la vidéo.

LES CHIFFRES
Une vue d’ensemble du marché de la distribution permet de constater qu’à côté des points de vente traditionnels (600 disquaires) et du téléchargement (45 plateformes), le streaming monte en puissance et transforme en profondeur les usages. À noter que parmi les 60 plateformes de streaming recensées, 38% diffusent aujourd’hui de la vidéo.


LA SITUATION
« Plus on avance vers la dématérialisation, plus on renforce l’œuvre », affirmait François Millet, fondateur et dirigeant de Vital Song, et à cette époque vice-président de la CSDEM, dans notre dossier consacré à l’édition musicale de décembre 2012. L’édition musicale est effectivement intimement liée aux évolutions technologiques, elle s’en nourrit et s’en sert pour évoluer. À chaque fois qu’une invention vient faciliter la reproduction ou la diffusion des œuvres, l’édition doit se mettre à niveau, tant d’un point de vue technique que juridique. Partition, radio, télévision, disque, et aujourd’hui la dématérialisation, autant de défis qu’il a fallu, ou qu’il convient de relever.

LES CHIFFRES
Signe également de l’évolution de l’économie de la filière et de la nécessité de trouver de nouveaux débouchés, la synchro représente plus que jamais un Graal que beaucoup recherchent. Ils sont pas moins de 43 superviseurs musicaux (sans compter les départements synchro) à scruter les catalogues pour un film ou une publicité. Dès 2010, l’Irma s’intéressait à cette question. Et dans leur quête nécessaire de la diversification de leurs sources de revenus, 16% des artistes proposent de l’illustration sonore.


LA SITUATION
Précurseur dans les bouleversements engendrés par la révolution numérique, la musique voit émerger depuis quelques années un foisonnement de startups, qui apparaissent comme le moteur du changement. Et ce mouvement s’accélère. Bien plus que venir remplacer l’« ancien monde », ou lui substituer des alternatives, les startups sont un vivier d’innovations plus ou moins abouties qui offrent des opportunités de business pour les professionnels. Les évolutions amenées par le numérique ouvrent un champ de possibles, pour améliorer ou transformer les fonctionnements traditionnels, mais aussi pour spécifier de nouveaux outils et services. Valérie Senghor, directrice du développement économique du 104, qui accueille un incubateur dédié aux startups positionnées sur le développement de services et de produits à dimension artistique et culturelle, nous confiait ainsi en décembre dernier, « il y a clairement des opportunités. Pour beaucoup de startups d’ailleurs, elles se créent elles-mêmes leurs marchés. Ou vont vers des marchés à défricher, au croisement de plusieurs univers. En cela, elles participent aussi à la structuration de nouveaux espaces économiques, parce qu’elles inventent de nouveaux usages ».

L’Irma, toujours à l’affût des nouvelles tendances, a réalisé un dossier sur les startups du secteur musical, avec plus de 50 startups interviewées sur leur vision de la musique en 2025. Un travail qui a donné lieu à une conférence lors de Futur en Seine, et à la création d’une rubrique mensuelle dédiée : Starting blocks !

LES CHIFFRES
Les services innovants en lien avec la musique s’attachent à des domaines différents. Si les plus en vue sont les services associées au streaming – auquel se rattache souvent la notion de recommandation - et à la promotion, il n’en reste pas moins que l’innovation transforme également les champs du spectacle et de la pratique musicale.


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EXPORT : LA FILIÈRE SE MOBILISE AU MIDEM
Au delà des frontières, un Eldorado complexe

Samedi, au Midem, la filière française — réunie sous sa bannière TPLM — devrait présenter son Livre blanc sur l’international. Estimé à près de 400 M€ (200 M€ sans les instruments), l’export de la musique française est devenu un objet de mobilisation majeur. Alors que le Bureau export finit de définir son plan stratégique, le métier entend bien développer ce chiffre et démultiplier la liste de ses artistes internationaux.

Longtemps vécu comme autosuffisant, le marché français de la musique s’est peu à peu converti à l’international. De la French Touch à David Guetta, en passant par Daft Punk et Stromae, des locomotives ont régulièrement montré la voie. Aujourd’hui, la stratégie internationale fait partie du réflexe naturel du développement d’artiste.

Dossier réalisé par Gildas Lefeuvre

L’EXPORT, ÇA SE PRÉPARE


S’exporter est-il possible pour les productions françaises ? Être prophète en son pays ne suffit pas, comme pour retourner le vieil adage populaire. Il ne suffit pas non plus de chanter en anglais : de nombreux professionnels soulignent les faiblesses en la matière, qu’il s’agisse de l’écriture des textes ou de la prononciation (« Il y a deux langues à l’export : l’anglais et le yaourt… » ironise Emmanuel de Buretel, qui dirige Because Music). Zaz ou Stromae sont d’ailleurs de bons contre-exemples.

Aller à la conquête des publics et des marchés étrangers, cela se prépare. Le projet doit être mûr, présenter un potentiel avéré, et disposer d’un entourage professionnel à même de trouver les bons soutiens en France et les bons partenaires sur les territoires visés. Territoires dont les spécificités et les usages doivent être connus et analysés. À partir de là, une stratégie cohérente et réaliste peut se mettre en place, mais il ne faut pas craindre, et aussi avoir les moyens, de miser sur la durée. Ce que confirme Reno Di Mateo (Anteprima) : « c’est long mais une fois qu’on a trouvé l’angle d’attaque et la méthode de travail, il faut y aller régulièrement et avoir les reins solides ». Tout en gardant à l’esprit qu’il n’existe pas de modèle infaillible. « Il y a autant de réponses que d’artistes. Celles qui ont fonctionné pour des "top acts" (David Guetta, Nolwen Leroy, Zaz…) n’ont rien à voir avec celles utilisées pour des artistes naissants. C’est une erreur de vouloir comprendre et analyser la problématique de ces artistes pour savoir ce qu’on doit faire aujourd’hui face à l’export », estime Thibaut Casanova, directeur du développement international chez Warner.


STRATÉGIES DE CONQUÊTE


L’export nécessite du temps et des moyens, tant humains que financiers. Cette organisation se traduit différemment selon la structure qui orchestre la démarche. Un label indépendant va rechercher à signer des licences pays par pays, à charge pour chaque « label tiers » d’assurer la sortie du disque et sa promotion sur son territoire. Une major va, elle, pouvoir s’appuyer sur son réseau d’affiliés. Mais l’idée répandue chez beaucoup d’artistes qu’être signé en major garantit d’être automatiquement diffusé sur l’ensemble des territoires ne correspond pas à la réalité. Les labels de Sony Music, Universal ou Warner vont devoir convaincre leurs homologues des autres filiales du potentiel et de l’intérêt du projet pour leurs territoires. Chaque affilié, qui a ses propres signatures à développer, ses contraintes et ses priorités, ne peut répondre positivement aux nombreuses sollicitations de tous les autres. La major n’aura alors pas d’autre alternative que de devoir rechercher un label tiers sur les territoires qui l’intéressent, se trouvant alors dans la même problématique qu’un label indépendant. « Beaucoup de labels nous proposent le monde mais ils sont incapables de nous l’offrir », résume ainsi Jean-Louis Perrier, manager d’Ibrahim Maalouf.

De leur côté, les producteurs de spectacles vont monter directement les concerts et tournées sur les différents territoires puis, selon les retours, rechercher des agents, promoteurs ou tourneurs locaux dans chaque pays. Le but étant évidemment sur une date importante ou un festival d’agréger d’autres dates autour pour monter une petite tournée, ce qui permet d’amortir les déplacements qui pèsent lourd dans les budgets. Un éditeur va, lui, rechercher des sous-éditeurs pour développer et suivre l’exploitation des œuvres concernées sur leurs territoires ou zones géographiques respectives. Au-delà des artistes et des projets, il s’agit aussi pour eux de développer à l’étranger les catalogues éditoriaux qu’ils représentent.


UN DÉFICIT DE COMPÉTITIVITÉ ?


Et si tous les éléments semblent être au rendez-vous, le développement à l’international se trouve confronté à des problématiques récurrentes. Et c’est donc sur le spectacle qu’elles sont les plus douloureuses. La principale : le coût des artistes français, qui bénéficient du principe de salariat d’une protection sociale pourtant enviés par leurs homologues étrangers. « Vu le coût du travail en France, dès qu’on passe les frontières avec un contrat de cession chargé, on nous prend pour des fous », explique Reno Di Mateo. C’est aussi pour passer ce cap qu’il a pratiqué un moment des prix « cassés » pour pouvoir s’imposer sur tel ou tel marché.

« Faire tourner les groupes à l’étranger, c’est un enfer. À l’international, nos prix sont dissuasifs », confirme Thierry Langlois (UNI-T), qui met en avant le désavantage des producteurs de spectacles français face aux agents anglo-saxons : « Ils ne comprennent pas ce que nous faisons : gérer la production, investir, avancer de l’argent, monter des équipes… Eux ne prennent aucun risque, ils payent les artistes par un pourcentage sur l’ensemble des recettes moins les dépenses engagées et prennent 20% de commission sur cette somme. Ils ont une économie que nous n’avons pas ». Restent les possibilités de vendre à perte (en considérant là encore qu’il s’agit d’un investissement) ou de tourner en configuration allégée. Encore faut-il que le spectacle s’y prête et que les artistes l’acceptent.

Autre frein : les contraintes fiscales, notamment la double imposition. Dans le cas où l’artiste est directement engagé par le producteur étranger, il est soumis au prélèvement à la source et, déclarant ses revenus en France, y est à nouveau imposé s’il ne peut justifier de l’impôt payé à l’étranger. Ce qui s’avère souvent compliqué voire impossible. L’harmonisation fiscale, y compris en matière de TVA, semble encore un objectif lointain… La gestion administrative, fiscale et sociale des tournées à l’international (export comme import) demande une très bonne connaissance des législations françaises et étrangères et des accords spécifiques entre pays. Peu d’entreprises possèdent cette expertise.

C’est aussi la question de la circulation des artistes et des tracasseries administratives au départ et à l’arrivée (délivrance des visas, obtention des permis de travail, mobilité), notamment pour les artistes world venant du Maghreb ou d’Afrique. « C’est un grave handicap pour cette esthétique et un risque permanent pour les tourneurs » déplore Geneviève Girard (Azimuth).

« Aux États-Unis, 30% de taxes + 10% pour l’agent, c’est 40% de moins sur chaque date. Le problème est le même partout. Il n’y a que les gros groupes anglo-saxons avec des armées d’avocats qui peuvent régler ça. Ici, nous n’avons pas le temps. Il faudrait un fiscaliste dans chaque structure. Une solution doit être trouvée pour continuer à exporter nos artistes ».


DES OUTILS POUR L’EXPORT


Développer un projet à l’export commence par se constituer un réseau de partenaires. En parallèle, il faut travailler à développer des fanbases. Si leur puissance ne doit pas être surestimée, les outils numériques, incontournables, doivent être massivement investis : réseaux sociaux, plateformes de streaming audio et vidéo, solutions de marketing on line… Le monde entier peut ainsi accéder à toutes les musiques et à tous les artistes. Cela permet de fédérer une communauté, d’en géolocaliser l’origine et d’orienter ou réorienter les stratégies. De même, les synchronisations, outre leur aspect lucratif, sont aussi considérées comme un outil précieux en termes de visibilité et de marketing, et ont souvent un effet déclencheur. Tout comme peuvent l’être les partenariats avec les marques.

Les "places de marché" qui mêlent conférences, speed-meetings et concerts ou showcases, sont également des rendez-vous très utiles pour développer son réseau, rencontrer des professionnels étrangers, trouver des partenaires, saisir des opportunités et générer des deals ou collaborations. Elles sont nombreuses. On citera le Midem à Cannes et le MaMA à Paris (pas besoin de se déplacer pour avoir le monde à sa portée), le premier étant historiquement axé sur le disque et le second sur le live, mais aussi Eurosonic aux Pays-Bas, Reeperbahn en Allemagne, Great Escape en Angleterre, SXSW (South By South West) à Austin, ou d’autres plus spécialisées comme le Womex, Babel Med (Marseille) pour les musiques du monde ou JazzAhead (Brême) pour le jazz. Elles permettent aussi d’exposer des artistes devant les professionnels : labels, éditeurs, distributeurs, mais surtout tourneurs, promoteurs, programmateurs de salles et de festivals qui viennent y faire leur marché. C’est souvent un passage obligé qui peut avoir des effets déclencheurs.


LES AIDES À L’EXPORT


Les dispositifs de soutien à l’export sont incontournables. À commencer par le Bureau export, le "Burex" pour les intimes, qui y est entièrement dédié. Il était doté d’un budget de 3,1 M€ en 2013, abondé à 44% par les Pouvoirs publics et à 44% par les organismes professionnels de la filière (SCPP, SPPF, Sacem, CNV et FCM), le reste provenant de sponsors et des adhésions.

Sur ce budget, c’est 1,16 M€ d’aides financières qui a été attribué aux professionnels français pour les actions de promotion (485 000 € dont 180 000 € aux 9 lauréats de la Bourse export), les tournées à international (220000 € via la commission conjointe CNV/Bureau export), la promotion du spectacle vivant (290 000 € apportés par les 5 antennes de l’organisme) et via les fonds à la musique contemporaine (antennes de Londres et Berlin, pour 168 000 €). Quelques 144 artistes et 100 structures (sur 280 adhérentes) ont été soutenus financièrement par les commissions du Bureau export. Au total, 3 477 concerts d’artistes produits ou édités en France ont été aidés – que ce soit de façon logistique, promotionnelle ou financière – par les antennes de Berlin, Londres, New York, Sao Paulo et Tokyo. L’action du Burex ne se résume pas aux subventions. Ce sont aussi des aides non financières (dont le coût compte pour 42% du budget total) : conseil, mise en relation, veille et promotion, invitations de professionnels internationaux sur des festivals ou salons français, speed-meetings (900 organisés dans l’année) et participation à des festivals ou salons internationaux.

De son côté, le CNV - outre sa commission 10 avec le Bureau export – aide l’export à travers sa commission 9. Les sociétés civiles (Sacem, SCPP, SPPF, Adami et Spedidam) tout en participant au budget du Bureau export, ont aussi des programmes dédiés. Autre partenaire important, l’Institut français, "au service de la diplomatie culturelle". Opérateur pour le ministère des Affaires Étrangères, présent sur 96 pays, s’appuyant sur le réseau culturel français à l’étranger, il apporte son soutien à la diffusion des artistes pour faciliter leur accès à de nouveaux publics et accompagner leur développement international, avec une priorité donnée à la scène émergente. Son soutien se traduit par du conseil, de l’expertise, de la mise en relation et des aides financières (entre 1 et 1,5 million d’euros y sont consacrés chaque année. Son action est culturelle, plus que music business, mais il s’avère très utile pour des premières tournées).

Mais tous ces dispositifs ont leurs limites. Tous les professionnels souhaitent bénéficier de moyens plus conséquents, que les processus de demandes soient simplifiés, les guichets plus réactifs pour être en phase avec la temporalité des professionnels, et plus ouverts (les éditeurs n’y sont pas assez pris en compte, les managers – en tant que tels – pas du tout, quant aux artistes autoproduits…).

Les évolutions de l’écosystème de la musique appellent à repenser les stratégies à l’export, pour relever les défis actuels et accompagner les besoins grandissants des professionnels. Le numérique, ses acteurs français et ses capacités de mesure, font désormais partie de l’équation. Le Livre blanc réalisé à la demande de Tous pour la musique, et dévoilé lors du Midem 2015, devrait témoigner de cette mobilisation.


Dossier réalisé par Gildas LEFEUVRE

Article

LA BILLETTERIE DU FUTUR : Un marché en croissance pour le spectacle

E-ticket, ticket mobile, multiplication des solutions en self-service, progiciels intégrant des modules d’analyse de données… Avec la dématérialisation, la billetterie se refait une jeunesse. Marché d’innovation en pleine expansion, il impacte l’économie de l’événementiel et pourrait constituer un levier de croissance pour le spectacle vivant

Traditionnellement vécue comme une contrainte ou un à-côté par les professionnels du spectacle, la billetterie devient aujourd’hui une activité centrale, un facteur de croissance et un levier d’innovation. Mais encore aujourd’hui, beaucoup d’acteurs du spectacle vivant, producteurs et lieux de diffusion, externalisent leur billetterie. Parce qu’ils ne savent pas comment s’y prendre, parce qu’ils n’ont pas les compétences ni les moyens d’investir, manquent d’informations… Peu d’entreprises ou de lieux ont d’ailleurs des postes dédiés à la billetterie. Comme l’explique Pascal Chevereau, « la billetterie est souvent assurée par des gens qui font de l’accueil, de la communication ou de la production » (Lire son interview).

Si le spectacle accuse un certain retard, la billetterie est aujourd’hui un secteur d’activité dynamique, en plein essor, et innovant, dans lequel s’engouffrent de nombreuses startups. « Au début, la billetterie ne s’occupait que de la gestion des entrées : faciliter l’identification et le contrôle, et fluidifier les accès. Les possibilités qu’elle offre sont aujourd’hui bien plus larges. D’une activité spécifique, annexe au cœur d’activité, elle est devenue centrale. Elle est indissociable de la communication, par les supports monétisables qu’elle offre, et du marketing, par la récupération et l’utilisation des datas qu’elle permet », explique Eddie Aubin, expert en billetterie et créateur de MyOpenTickets et du COWORTICK (Lire son interview). Le constat est le même chez Tech4team, startup qui propose d’appliquer les techniques de yield management à la billetterie de spectacle : « la billetterie se doit de devenir plus qu’une tâche logistique : une véritable source de revenus et de fidélisation des publics » (Lire l’interview).

Pour les professionnels, les institutionnels ou les syndicats, les enjeux sont multiples. Ainsi, la question du numérique en général, et de la billetterie dématérialisée en particulier, est au cœur de la démarche du think tank Proscenium, initié par le Prodiss (syndicat national des producteurs, diffuseurs et salles de spectacles). De son côté, le CNV (Centre national de la chanson, des variétés et du jazz) multiplie ces derniers mois les actions de sensibilisation sur le sujet. La Fedelima (Fédération des lieux de musiques actuelles), le SMA (Syndicat des musiques actuelles) et le Rif (Réseau Ile-de-France des lieux de musiques actuelles) viennent de lancer un projet de billetterie mutualisée, pour répondre aux nouveaux besoins de leurs membres. D’autres initiatives, comme SoPublics, initié par Sécutix et Artishoc, voient le jour.


Une activité réglementée


La billetterie est, en particulier en France, une activité réglementée. Comme tout échange d’argent, elle obéit à des règles fiscales et juridiques précises dont le cadre est défini par le Code général des impôts. Le billet doit comporter un certain nombre de mentions obligatoires (date, lieu, émetteur de la billetterie, fabricant…), pour permettre une traçabilité. Cet échange emprunte différents modes de diffusion, apparus au fil des évolutions technologiques : la billetterie manuelle, la billetterie informatique, et la billetterie dématérialisée. S’il est toujours possible de recourir à une billetterie manuelle, les systèmes informatisés, obligatoirement en conformité avec les termes de la loi de 2007, se sont généralisés.

Mis à part les imprimeurs (agréés par les services fiscaux), qui comme leur nom l’indique ne font qu’imprimer des billets ou des fonds de billetterie, le marché s’est étoffé ces deux dernières décennies. Premiers apparus, les progiciels proposaient dès la fin des années 1980 de l’infrastructure d’équipement dans les lieux, pour héberger sa billetterie en local. À partir du milieu des années 1990 apparaissent les réseaux de distribution. Le producteur de l’événement leur donne un contingent de places, qu’ils vendent dans leur réseau. Les grands réseaux nationaux aujourd’hui sont : Fnac/France Billet et son réseau d’affiliés, Ticketmaster accolé à Live nation, et Digitick, dont l’émergence a été favorisée par la loi de 2007 et accolé aujourd’hui à Vivendi. À partir de 2008-2009, les entreprises de solution en self-service sont apparues, comme Weezevent ou Moxity.


Un marché en pleine croissance


Le terme dématérialisé n’est pas totalement juste, car ce qui est dématérialisé, c’est le traitement et la gestion. La billetterie physique, partiellement dématérialisée, représentait encore 85% du marché au début des années 2010. Le e-ticket est donc en train de supplanter le bon vieux ticket papier. La Fnac vend par exemple 60% de ses billets sur Internet, mais la disparition du papier n’est pas pour demain car souvent, un e-ticket, ça s’imprime à la maison, et un bracelet ou une carte à puce, ce sont des objets physiques. Seuls les tickets mobiles (en QR code ou autres) sont totalement dématérialisés. Chez Digitick, ces derniers représenteraient 20% des ventes. Pour Eddie Aubin, « on réduit souvent la billetterie dématérialisée au e-ticket, mais c’est bien plus large. En soi, tout objet peut servir de support au billet dématérialisé ».

Quoi qu’il en soit, le marché de la billetterie se porte bien. Il représente environ 205 millions de billets émis par an (tous secteurs confondus, hors cinéma), avec une croissance de l’ordre de 20% par an sur la partie en ligne ces dernières années. La partie physique, quant à elle, est stable (+ 1 à 2% par an).


Fluidification des événements


Si la dématérialisation a multiplié les canaux et les solutions, et fait muter la commercialisation des billets, elle a apporté avec elle de nouvelles méthodes permettant aux organisateurs d’améliorer la gestion des événements.

Tout d’abord d’un point de vue logistique. Plus besoin de dessoucher les billets à l’entrée, un flash suffit, fait par une personne munie d’un PDA (pour personal digital assistant : tablette, pocket PC, smartphone…) ou par une borne. Le contrôle d’accès est renforcé, et le temps d’attente dans les files optimisé. « Le temps passé aux points de contrôle d’accès est largement réduit. Notre matériel peut flasher très rapidement sans avoir besoin d’une connexion. On peut donc assurer le contrôle au fond d’une grotte ou au beau milieu d’une forêt », explique ainsi Édouard Depeyre, de Weezevent (Lire son interview). Les gains en termes de sécurité sont également conséquents.

Cet aspect est encore plus marqué quand il se double d’une solution cashless. Entendez par là la possibilité d’effectuer tout type de transactions sur un événement avec une carte ou un objet à puce préchargé (comme MyBee, qui équipe cette année le Hellfest), qui peut être le billet d’entrée lui-même, comme le proposent Yuflow ou, depuis début 2015, Weezevent. « Avoir une carte préchargée permet d’éviter les goulets d’étranglement en début d’événement, quand tout le monde va d’abord aux distributeurs, puis au bar. Cela permet de mieux gérer et répartir les flux de personnes », détaille Jean-Rémi Kouchakji, de MyBee (Lire son interview).


Une sécurisation financière


La dématérialisation de la billetterie et les solutions cashless connexes présentent également un intérêt financier pour les organisateurs d’événements, car les nouveaux entrants et fournisseurs de solutions en self-service sont plus souples et réactifs sur les reversements de recettes. Là où les réseaux de distribution payent généralement à plusieurs mois, voire au terme de l’événement, des acteurs comme Weezevent versent la recette de billetterie tous les 15 jours, évitant ainsi aux organisateurs des problèmes de trésorerie.

Du côté cashless, la réduction des fraudes et la gestion des stocks en direct permet également une optimisation de la rentabilité. « Nous donnons les moyens à l’organisateur de s’autofinancer : en réduisant les pertes liées à la fraude et au vol et en augmentant le chiffre d’affaires du bar. Une gestion plus fluide et plus rapide permet de consommer plus, et évite la mauvaise humeur des participants, voire accroît très nettement leur satisfaction et améliore l’image qu’ils se font de l’événement. Et même si ce n’est qu’une bière de plus par personne, sur 100 000 festivaliers, cela commence à être intéressant », explique ainsi Jean-Rémi Kouchakji.

La billetterie, en se dématérialisant, crée aussi de nouveaux espaces monétisables pour les producteurs. En effet, un billet d’entrée, quelle que soit sa forme, est un support qui de toute façon est pris en main par le public. Et s’il s’agit en plus de son moyen de paiement sur place, il l’aura toujours à portée, et sera même tenté de le conserver en souvenir. C’est donc un espace publicitaire ou promotionnel privilégié. Le billet devient de surcroît un objet collector, personnalisable à l’envi. Et si, par exemple, l’envoi de la carte à précharger se fait en amont de l’événement, cela génère de la trésorerie pour les organisateurs.

De même, en réinternalisant sa billetterie, ou en passant par des solutions en marque blanche ou en marque grise, un producteur, un lieu ou un festival peut attirer directement sur son site les internautes qui souhaitent acheter un billet. Pour que cela fonctionne, il faut mettre en place une politique volontariste de communication, et investir les réseaux sociaux. Cela génère du trafic sur son site, et confère une valeur monétisable à celui-ci, sous forme d’encarts publicitaires ou d’espaces de visibilité de ses partenaires et sponsors. Et cela permet en plus de récupérer directement les données clients…


Gérer la relation aux spectateurs


Encore insuffisamment investie par le secteur du spectacle vivant, la dématérialisation permet de construire une relation renforcée aux spectateurs. C’est un vecteur privilégié pour mettre en place un CRM (Customer relationship management, ou GRC en français, pour Gestion de la relation client). La startup Eazieer propose par exemple une solution de social CRM/ERP (Entreprise ressource planning), qui, via des connecteurs, récupère les données en s’interfaçant avec les services de billetterie.

Pour améliorer sa communication et peaufiner ses offres marketing, il faut connaître ses publics. Et pour cela, il faut des données. La billetterie est un moyen très puissant d’en obtenir, pour créer des bases de données enrichies. Ludivine Ducrot, du festival Rock’n’poche, lors de la table ronde organisée à Babel Med Music sur la billetterie dématérialisée, confiait ainsi : « l’année dernière, nous avons récolté plus de 3 000 adresses mail, dès l’acte d’achat. On a donc pu communiquer en direct les infos pratiques du festival, puis une fois l’événement terminé, les retours. Et en année 2, nous allons pouvoir les solliciter pour mettre en place une stratégie de fidélisation, via notre communication on line, réseaux sociaux, site et mails ».

La billetterie dématérialisée, voie d’accès royale à la communication on line et aux stratégies marketing poussées ? Les données de la billetterie peuvent être croisées avec d’autres données accessibles via Internet (réseaux sociaux, données publiques…), pour augmenter la pertinence de leur traitement. Car avoir des données est une chose, en faire un bon usage en est une autre. Ce sont de nouvelles compétences qu’il faut acquérir, et une nouvelle logique stratégique qu’il faut intégrer : « le marketing et la communication doivent être pleinement intégrés aux stratégies des acteurs de l’événementiel. Et le numérique doit être investi massivement (…) Les mentalités sont en train de changer. Les technologies existent, il n’y a plus qu’à rassurer et faire de la pédagogie. Pour cela, il faut créer des espaces de rencontres et d’échanges entre acteurs », explique Eddie Aubin.


Au-delà du marketing, le yield management


Pratique utilisée depuis les années 1970 par les compagnies aériennes, et généralisée aujourd’hui dans beaucoup de secteurs (transport, hôtellerie, sport…), le yield management en est encore à ses balbutiements dans le spectacle vivant. Le yield management, c’est un ensemble de techniques destinées à commercialiser le bon produit au bon client au bon moment et au juste prix, par le traitement statistiques de données. La plus connue du public, c’est la variation du prix en fonction de la demande. Objectif : améliorer les remplissages et maximiser la rentabilité. Tech4team, startup parisienne créée en 2013, en a fait sa spécialité. Comme l’expliquent les fondateurs, au-delà de la seule gestion d’une politique tarifaire différenciée, « il existe aujourd’hui des techniques de management qui permettent de mieux connaître son public et ainsi d’optimiser son activité. Avec Internet, le big data, on peut récupérer des informations sur les spectateurs dans le temps (…) Sur ce point, le monde du spectacle est très en retard. Nous n’avons rien de révolutionnaire. Nous proposons juste des techniques qui ont fait leurs preuves dans d’autres secteurs, pour les mettre au service des professionnels du spectacle ».

Pourtant, c’est une voie qu’il serait intéressant d’explorer pour un secteur dont les petits et moyens acteurs ne se portent pas aussi bien que le laisse penser le succès grandissant des grosses productions ou des têtes d’affiche. Et dans un contexte de réduction des aides publiques, l’optimisation des remplissages et de la rentabilité pourrait permettre d’en adoucir les effets. Comme l’explique Philippe Nicolas, directeur du CNV, « la croissance à deux chiffres du spectacle vivant aux États-Unis ces dernières années est due à l’utilisation du big data à des fins de yield management (…) Dans une économie où l’offre est pléthorique, nous avons tout intérêt à réussir à atteindre le spectateur par de la recommandation ciblée pertinente. Ce sont des éléments d’optimisation pour la diversité, pour les acteurs de l’écosystème, y compris les plus petits, dès lors qu’ils vont s’emparer de ces moyens » (Lire son interview). Reste à savoir si le public accepterait de telles pratiques. Payer un prix différent de son voisin, est-ce envisageable dans une salle de concert ? Pour l’équipe de Tech4team, cela ne fait aucun doute : « les consommateurs sont prêts. Les blocages sont beaucoup plus au niveau des producteurs (…) Comme pour toute évolution, il suffit qu’un « gros » s’y mette. Par mimétisme, les autres devraient suivre, parce qu’ils vont se rendre compte de l’intérêt de maximiser leur rentabilité, surtout pour les petits et moyens acteurs ». Si l’on y réfléchit, la variation des prix est déjà pratiquée dans le spectacle : ticket early bird, tarification avant/après minuit pour les soirées electro, réduction sur les préventes, ou via les abonnements annuels…


Données, données, données, données données moi…


Pour pouvoir pleinement bénéficier du levier de croissance que propose la billetterie dématérialisée, la question de l’accessibilité des données qu’elle génère est centrale. Et pourrait être un facteur d’évolution et de reconfiguration du marché. Première limitation, la loi. Dans le souci légitime de protéger la vie privée des citoyens, les lois sur les libertés individuelles limitent la circulation des données de façon extensive. Autre frein à l’utilisation des datas, leur non-communication, ou leur communication partielle aux producteurs par les acteurs principaux du marché : les réseaux de distribution de billetterie.

Pour ces derniers, détenir et garder les données est stratégique, mais dans un monde bouleversé par les changements apportés par le numérique et la circulation de l’information, cette position apparaît de plus en plus difficilement tenable. Pour Eddie Aubin, « les pressions sont de plus en plus fortes pour faire évoluer leur position, notamment de la part du Prodiss. (…) Conserver les données, c’est aller à contre-courant du marché. Ils seront obligés de s’ouvrir s’ils ne veulent pas perdre leur position centrale ». Alors que les solutions en self-service donnent accès aux données, que les progiciels intègrent des modules de traitement, les distributeurs pourraient en profiter pour élargir leur activité, en proposant des services de marketing et de communication utilisant les données générées par le producteur. Les réseaux semblent vouloir évoluer, comme la Fnac, qui consentirait à communiquer les données sur les marques blanches.

La solution à ce problème n’a pas encore été trouvée, et les réflexions actuelles semblent plus se porter sur la possibilité de recourir à des tiers de confiance, surtout si l’on dépasse les propriétés individuelles des données pour entrer dans l’ère du big data. Les conditions de partage des données et la gouvernance de leur mutualisation sont autant de sujets structurants pour toutes les composantes de l’économie impactées par le numérique. Et le spectacle vivant n’y échappera pas. Pour Philippe Nicolas, « mutualiser tout ou partie des données au sein d’un tiers de confiance est une logique qui existe dans d’autres secteurs, comme les places de marché publicitaire dans la presse. Les données sur les lecteurs sont partagées entre concurrents, dans une logique collaborative, avec les éléments sensibles masqués par le tiers de confiance, pour faire des propositions créatrices de valeur pour tout le monde (…) Le CNV est un tiers de confiance, et je pousse la réflexion pour imaginer le rôle que nous pourrions jouer ». Sans compter que le traitement des données, spécifiques au secteur et enrichies d’autres sources, pourrait servir aussi à renforcer l’observation.

La mutualisation, c’est d’ailleurs un des pivots du projet mis en place cette année par la Fedelima, le SMA et le Rif. La société tourangelle Supersoniks a mis au point un logiciel permettant aux membres de ces réseaux de gérer leur billetterie de façon mutualisée. À la fois pour baisser les coûts, mais aussi pour avoir la main sur les politiques tarifaires et bénéficier des données générées pour les utiliser, tout en faisant jouer des mécanismes de solidarité entre les membres. Reprendre la main sur la billetterie, sans exclure pour autant les réseaux de distribution, c’est aussi mettre en pratique les valeurs d’économie sociale et solidaire que ces organisations défendent, en favorisant les circuits courts. Pascal Chevereau, qui a suivi le projet pour le SMA, explique : « nous allons d’abord nous concentrer sur la fonction billetterie, mais l’idée est rapidement d’avoir aussi un groupe de personnes ressource sur la question du traitement des données et du CRM (…) C’est aussi un des axes de notre projet : mutualiser les compétences et les savoirs en la matière. Le groupement pourrait assurer des prestations de mise en œuvre de campagnes de marketing basées sur l’exploitation des données clients ». Un système souple, interconnectable, et qui laisse la liberté aux participants d’investir ou non les logiques marketing.


L’avenir du marché de la billetterie


Entre passer par les réseaux de distribution, les solutions en self-service ou réinternaliser totalement sa billetterie, les professionnels du spectacle ont aujourd’hui à leur disposition de nombreux outils et canaux. Et rien ne les oblige à choisir de façon exclusive. La plupart aujourd’hui travaillent en multicanal, mobilisant toutes ces voies pour maximiser l’impact de leur communication, et augmenter les taux de remplissage. Les choix doivent se faire en fonction de la stratégie établie, et en prenant en compte les coûts et les commissions prélevées. Par exemple, si un événement à forte notoriété peut avoir un intérêt à récupérer sa billetterie, la visibilité offerte par les réseaux de distribution peut être utile aux événements plus confidentiels.

En plein essor, le marché de la billetterie connaît actuellement un double mouvement à même de transformer sa configuration actuelle : une concentration autour de grands acteurs (Vivendi, Live Nation et probablement Fimalac à l’avenir, mais aussi Lagardère ou Vente-privée…) d’un côté, et un foisonnement de startups de l’autre. Pour Eddie Aubin, cela devrait avoir pour conséquence la généralisation des offres à 360°, intégrant billetterie multisupport et multicanal, cashless et CRM, laissant la possibilité d’exister à une diversité d’acteurs, à même de créer un écosystème : « le mouvement de concentration dans le secteur va s’amplifier. Ceux qui n’iront pas vers du 360° vont se faire racheter ou vont disparaître. Beaucoup de startups se positionnent actuellement sur la billetterie ou ce qui tourne autour, sans forcément proposer de vraies spécificités. De l’autre côté, il est long et difficile pour les grands groupes de développer des nouveaux services. Pour innover, ils sont obligés d’externaliser, ou de racheter des solutions existantes. L’avenir est à mon avis aux partenariats, via notamment les systèmes d’API. D’une façon ou d’une autre, en développement interne ou en association à l’externe, la direction actuelle tend vers une généralisation des solutions à 360° ».

La tendance à la désintermédiation devrait également se renforcer, avec de plus en plus de volonté de se regrouper pour créer des solutions propres de billetterie, favorisée par la baisse des coûts relatifs. Les gros producteurs le font déjà (Gérard Drouot, un des premiers à avoir développé sa billetterie en ligne, vient de débaucher Nicolas Zeitoun de chez Digitick), les plus petits, mais aussi les collectivités et les éditeurs d’agenda s’y mettent. Pour Philippe Nicolas, « le secteur aura certainement intérêt à créer lui-même ses billetteries, de façon personnelle ou mutualisée, pour récupérer ses datas et créer une relation de confiance avec ses usagers, tout en récupérant la marge. On estime que les frais de billetterie sont de l’ordre de 40 à 60 millions pour le secteur. C’est autant de marge qui part à l’extérieur, pour un secteur dont le résultat net est de 9 millions… ». Pour autant il ne serait pas bon de marginaliser les réseaux de distribution, et l’avenir du marché sera sûrement multipolaire, avec des réseaux leaders, qui cohabiteront avec des billetteries locales, qui auront recours à des solutions propres ou externalisées via des startups. Peut-être même travailleront-ils ensemble, dans une logique d’économie collaborative…


Dossier réalisé par Romain BIGAY

Interview

Le Collectif Merci revient sur les RNRAEC

Morgane Vinet, coordinatrice du Collectif Merci, revient sur les débats qui ont eu lieu dans le cadre des Rencontres nationales du Réseau de l’accompagnement à l’entreprenariat culturel (RNRAEC) qui ont eu lieu les 17 et 18 février à Clermont-Ferrand.

Quels étaient les objectifs des RNRAEC et ont-ils été atteints ?

Le Collectif MERCI voulait proposer des rencontres professionnelles dans la continuité des dynamiques d’échanges et de débats entre professionnels de l’accompagnement qui avaient été initiées notamment par le groupe de travail Clusters culturels en 2012-2013 et la rencontre des structures d’accompagnement lors du Silicon Valois en mai 2014.

Nous voulions permettre aux structures d’accompagnement à l’entrepreneuriat culturel (couveuses, clusters, groupements d’employeurs, coopératives d’activités et d’emploi…) de se rencontrer pour échanger autour de leurs pratiques, pour discuter des enjeux de leurs métiers, et pour structurer une dynamique de coopération à l’échelle nationale.

On peut dire que ces premières rencontres nationales ont été une réussite notamment en termes de mobilisation des professionnels, plus de 80 participants sur les deux demi-journées. Ce qui prouve qu’il y a une réelle envie dans le secteur de l’accompagnement à l’entrepreneuriat culturel de mettre en commun les expériences et les réflexions.

Les discussions ont été très denses et dynamiques, que ce soit lors des 8 ateliers participatifs proposés autour de questions visant à coopérer, réfléchir et structurer ensemble sur le secteur, ou encore lors des temps de débats proposés pendant les assemblées en plénière.

Quelles sont les prochaines étapes du Collectif Merci pour continuer à structurer cette dynamique ?

Nous sommes actuellement en train de préparer un temps de restitution de ces premières rencontres nationales qui sera présenté lors du Forum Entreprendre dans la Culture organisé les 25-26-27 mars 2015 à la Gaîté Lyrique à Paris par le ministère de la Culture.

Ce temps de restitution prévu le matin du vendredi 27 mars sera également l’occasion de présenter une nouvelle version du site www.entreprendre-culture.fr. Nous sommes en effet en train de développer une page d’information-ressources sur l’entrepreneuriat culturel, un agenda et un outil de diagnostic pour les entrepreneurs culturels. Nous travaillons aussi sur la refonte des fiches de présentation des dispositifs d’accompagnement et sur la création d’un espace professionnel pour les structures d’accompagnement.

Nous allons également essayé d’être présents sur les évènements qui s’organisent dans les régions durant la semaine du Forum Entreprendre dans la Culture, que ce soit à Marseille, Montpellier, Lyon, Strasbourg, Lille, et Toulouse.

Et puis, ces rencontres nationales ont été l’occasion d’accueillir de nouveaux adhérents au sein de l’association Collectif MERCI. Nous allons donc organiser une assemblée générale en avril 2015 afin de travailler tous ensemble au développement du projet associatif du réseau national de l’accompagnement à l’entrepreneuriat culturel.

Plus d’infos sur les RNRAEC et le Forum ’Entreprendre dans la culture’


Interview

Le Forum ’Entreprendre dans la culture’ présenté par Laurence Franceschini

La directrice de la DGMIC, Laurence Franceschini, présente à la fois les objectifs et le cadre politique du Forum ’Entreprendre dans la culture’ qui aura lieu fin mars à Paris et dans six autres villes.

Présentez-nous le Forum Entreprendre dans la culture : à qui s’adresse-t-il et quel va être son contenu ?

Le Forum ‘Entreprendre dans la culture’ s’adresse prioritairement aux entrepreneurs ou futurs entrepreneurs des industries culturelles, mais aussi aux institutionnels intéressés par la problématique du soutien au développement économique de ces derniers. Il a d’une part pour objectif de leur apporter des informations pratiques et concrètes pour les aider dans leur professionnalisation et le développement de leur structure et, d’autre part, de promouvoir et valoriser l’entrepreneuriat culturel en faisant témoigner de nombreux créateurs d’entreprises.

Le Forum aura lieu du 25 au 27 mars 2015 à Paris, à la Gaîté lyrique, au Cnam et au Tank, et du 30 mars au 3 avril 2015 dans 6 villes de France : Lyon, Lille, Strasbourg, Marseille, Toulouse et Montpellier.
L’événement s’articule autour de tables rondes et d’ateliers transversaux pratiques (financement - accompagnement - projets étudiants - startup) ainsi que de tables rondes et d’ateliers thématiques centrés sur les secteurs du cinéma et de l’audiovisuel, de la presse, de l’édition, de la musique enregistrée, de la radio et du jeu vidéo.

La journée consacrée à la musique aura lieu le 26 mars avec notamment une carte blanche à Philippe Astor, sur l’investissement privé dans la musique, une rencontre avec Philippe Nicolas, directeur du CNV, autour du numérique et du spectacle vivant, un atelier sur l’export avec le Bureau export et l’Institut français ainsi qu’une rencontre autour du plan d’aide à l’innovation et à la transition numérique lancé par le ministère en 2014.

En organisant cet événement, quels sont les objectifs de la DGMIC ? Dans quel cadre politique s’inscrit cette action ?

Le développement économique des acteurs de la culture est devenu une préoccupation et un véritable enjeu pour le ministère, qui s’est notamment vu illustrer par les conclusions des récents rapports sur le poids de la culture dans l’économie.

Depuis sa création en 2010, la DGMIC a engagé une réflexion sur la structuration des entreprises, la professionnalisation des entrepreneurs et, plus généralement, l’entrepreneuriat dans le secteur des industries culturelles. Une première étude en 2012 avait permis de mieux identifier les attentes et les besoins des entrepreneurs culturels : le conseil, la formation, l’hébergement, sortir de l’isolement ; l’accès au financement restant le problème majeur des structures culturelles.
Le forum s’inscrit également dans continuité du rapport de Steven Hearn sur « le développement de l’entrepreneuriat dans le secteur culturel en France », qui proposait la meilleure visée en valeur des créateurs d’entreprises culturelles.

Plus d’information sur le Forum Entreprendre dans la culture


Article

CULTURE & ENTREPRISE, LA MISE EN RÉSEAU
L’entrepreneur culturel à la croisée des chemins

L’entreprise culturelle a toujours existé, avec ses spécificités fondamentales et ses difficultés récurrentes. Mais jamais "son" entrepreneur n’avait fait l’objet d’autant d’attention en France qu’à l’heure actuelle.
À partir du 25 mars, un Forum monté par le ministère de la Culture (DGMIC) se tiendra ainsi dans 7 villes de l’Hexagone pour promouvoir et valoriser l’entreprenariat dans le champ des industries culturelles. En parallèle, suite à deux jours de rencontres à Clermont-Ferrand, un réseau national de l’accompagnement à l’entreprenariat culturel est en train de se structurer afin d’aider les entrepreneurs dans le développement de leur activité.
Qui a dit que l’entrepreneur culturel était seul ?

LE FORUM ENTREPRENDRE DANS LA CULTURE

Cet agenda prend racine dans l’une des propositions du rapport de Steven Hearn remis aux ministres de la Culture et de l’Économie en juin dernier : « Il s’agit d’engager un changement de mentalités et de paradigme sur le rôle de l’entrepreneur dans la culture en organisant des cycles de conférences (…) et en soutenant les événements nationaux assurant la promotion de l’entreprenariat culturel ».
C’est en s’appuyant sur cette recommandation que la Direction générale des médias et des industries culturelles (DGMIC), avec le soutien du ministère de l’Économie, organise le Forum Entreprendre dans la culture qui aura lieu du 25 au 27 mars à Paris (Gaîté Lyrique), et du 30 mars au 13 avril à Lyon, Lille, Aix-en-Provence, Montpellier, Toulouse et Strasbourg.

Pour Laurence Franceschini, la directrice de la DGMIC, « le développement économique des acteurs de la culture est devenu une préoccupation et un véritable enjeu pour le ministère », et l’objectif du Forum est double : « Apporter des informations pratiques et concrètes pour aider les entrepreneurs dans leur professionnalisation et le développement de leur structure, et promouvoir et valoriser l’entrepreneuriat culturel. »
Lire son interview

Les trois journées parisiennes seront denses, avec une dizaine de tables rondes ou d’ateliers programmées chaque jour. Des temps spécifiques seront consacrés à l’entreprenariat dans chaque secteur relevant de la DGMIC (audiovisuel, musique enregistrée, édition, jeu vidéo, média, design), avec l’idée « de faire témoigner les créateurs d’entreprise » indique Laurence Franceschini, afin de montrer la diversité des activités et de partager l’envie d’entreprendre dans ces secteurs, notamment auprès des jeunes entrepreneurs.

Les questions transversales seront abordées à travers des ateliers dédiés (la capitalisation, les marchés internationaux, les formes coopératives, l’accompagnement, etc.), plusieurs de ces ateliers étant consacrés à l’accès au financement « qui reste le problème majeur des structures culturelles » (L. Franceschini). L’occasion pour la BPI et l’Ifcic de présenter la nouvelle philosophie régissant les fonds d’investissement dans le secteur culturel (ainsi que l’évolution des fonds d’avance et de garantie bancaire) et d’en savoir plus sur le nouveau cadre législatif permettant de financer les entreprises par le crowdfunding.

À noter qu’une journée consacrée à la musique aura lieu le 26 mars avec notamment :
- une "carte blanche" à Philippe Astor sur l’investissement privé dans la musique (voir plus bas)
- une rencontre avec Philippe Nicolas, directeur du CNV, autour du numérique et du spectacle vivant
- un atelier sur l’export avec le Bureau export et l’Institut français
- une rencontre autour du plan d’aide à l’innovation et à la transition numérique lancé par le ministère en 2014 (plus d’infos)




Zoom sur un temps fort

COMMENT AMENER LES FONDS D’INVESTISSEMENT PRIVÉS
DANS LA CRÉATION MUSICALE ?

26 mars - 11h30 / Gaîté Lyrique
Une conférence proposée par le journaliste Philippe Astor.

Le cadre : « Dans la filière musicale, le paradoxe est qu’il existe des perspectives, avec l’arrivée de startups et de nouveaux entrants, mais que les acteurs de la filière se retrouvent par ailleurs dans des situations fragilisées et complexes, notamment les labels indépendants. Le problème réside dans le fait que l’essentiel de la valeur financière ou "capitalistique" créée ne vient pas irriguer le tissu économique de la filière musicale. La question sera donc de savoir comment on peut ramener le capital dans la filière pour qu’il soit investi dans la création. »

Le déroulé : « Je reviendrai sur les rapports entre les fonds d’investissement privés et la musique (Terra Firma / EMI - Thomas H. Lee Partners / Warner Music) et notamment sur les nouveaux entrants, type Kobalt, BMG Rights, X5 Music, qui ont su développer des stratégies pour attirer des fonds d’investissement. Le problème est que la logique de ces fonds d’investissement est de revendre à 3/5 ans en effectuant une plus-value rapide, mais cela prouve que la musique peut séduire ces fonds. »

Le parallèle : « La musique dispose de perspectives mirifiques dans les 10 ou 15 ans à venir. Elles sont difficilement palpables aujourd’hui, mais en investissant dans une startup du web il y a 15 ans, la rentabilité non plus n’était pas très palpable. Il faut amener les labels à entrer dans des logiques économiques de startup, avec une vision à moyen/long terme et l’idée qu’un projet qui marche permet de compenser les pertes sur d’autres investissements. »

La piste : « C’est vrai que cela paraît bizarre de rapprocher des investisseurs privés de labels alors que les labels peuvent à peine parler aux banquiers ! Et ce malgré les garanties qu’apporte l’Ifcic. Mais aujourd’hui a-t-on vraiment besoin des banques ? N’a-t-on pas tous les moyens pour créer un fonds d’investissement qui s’appuierait sur le crowdfunding avec une défiscalisation à la clé pour les investisseurs ? L’idée est d’avoir un peu d’imagination et d’aborder ces questions sous un autre angle pour débloquer des choses. »

Dans 6 autres régions, des "déclinaisons" portées par des structures locales (agence, cluster, CAE, centre de ressources…) auront lieu sur des thématiques plus ou moins spécialisées selon les territoires.

MIDI-PYRÉNÉES

Forum Entreprendre dans la culture
31 mars – 2 avril à Toulouse
Programme

Créé en 2012, le cluster Ma Sphère propose un forum en trois temps, avec une journée de cadrage, une seconde dédiée à des ateliers pratiques et la troisième aux étudiants.
Entre différents temps forts (storytelling autour de l’entrepreneur social, l’innovation avec les startups, l’audiovisuel à l’international…), une conférence-débat aura lieu sur notion de valeur des industries culturelles et créatives, et il sera question de l’effet de levier que peuvent représenter les fonds territoriaux (Ifcic/France Active) et les accords CNV/Région (prix de l’entreprenariat, campagne d’affichage…).

Emily Lecourtois

Coprésidente Ma Sphère
« On ne peut pas uniquement défendre les industries culturelles et créatives par le volet économique. Il faut trouver des indicateurs autres pour mesurer également la valeur sociale qui est générée. »

RHÔNE-ALPES

Journées de l’entreprenariat culturel et créatif
21 – 26 mars à Lyon
Programme

La 5e édition de ces journées se déroulera sur cinq jours. Coordonnées par Géraldine Dallaire qui s’est appuyée sur un ensemble de structures rhônalpines pour monter l’événement, ces journées débuteront par un startup week-end, suivi d’un séminaire en trois parcours (création d’activité, développement d’activité, accompagnement) et d’une journée prospective à travers un hackaton et un colloque.

Géraldine Dallaire

Coordinatrice des Journées
« Nous cherchons le décloisonnement entre les secteurs et à fournir des outils aux entrepreneurs en fonction de leur parcours et de l’étape de développement où se situe leur projet. »

LANGUEDOC-ROUSSILLON

Forum Entreprendre dans la culture
3 avril à Montpellier
Programme

Proposée par le CNV, la Région et la Drac, et coordonnée par le centre de ressources du Garage électrique, cette rencontre cible une thématique qui agite les rapports entre culture et entreprise : les freins à l’entreprenariat culturel, quels sont-ils ? La question sera traitée à la fois en plénière et à travers des ateliers par secteur (spectacle vivant, musiques actuelles, livre, cinéma, multimédia).

Mathieu Lambert

Directeur du Garage électrique
« Les mutations du secteur culturel obligent à repenser les modèles, mais il existe de nombreux freins à l’émergence de l’entrepreneuriat culturel : la force des habitudes, la puissance des représentations, les modes de légitimation… »

ALSACE

Rencontre Culture & Europe
30 mars à Strasbourg - Programme (à venir)
Rencontre Musiques Actuelles
9 avril à Strasbourg - Programme

En Alsace, la déclinaison du Forum s’adapte aux réflexions déjà engagées sur le territoire et concerne deux rencontres distinctes. La première est consacrée à la dimension européenne des projets culturels et a pour objectif de créer des synergies entre les projets et d’aider à la coopération entre eux.
Un second temps du Forum aura lieu à travers la rencontre "Du disque à la scène : quelle place pour un label dans l’écosystème de la musique d’aujourd’hui ?" proposée par la jeune fédération de labels Fédélab.

Joël Beyler

Trésorier de la Fédélab
« L’objectif est de questionner les mutations en cours, l’évolution des métiers, la notion de valeur artistique et les politiques de soutien au secteur de la production musicale. »

PROVENCE-ALPES-CÔTE D’AZUR

Forum Entreprendre dans la culture
13 avril à Aix-en-Provence
Programme

L’agence régionale Arcade et la couveuse Cado organisent une déclinaison du forum autour d’une question : quels enjeux, quels développements en Région Provence-Alpes-Côte d’Azur ? Ainsi, la mise en état des lieux, le développement local et la politique régionale seront à l’ordre du jour en parallèle des aspects liés à la structuration économique et à la "durabilité" des entreprises culturelles.


NORD-PAS DE CALAIS

2 avril à Lille
Programme (à venir)

Coorganisées par le cluster Initiatives et cité et Smart France, ces rencontres aborderont l’articulation entre l’entreprenariat culturel et son accompagnement sur un territoire, notamment dans le cadre de l’aide à la création d’activité. Des témoignages d’acteurs du design, de la mode et du spectacle vivant auront lieu.


VERS UN RÉSEAU NATIONAL
DE L’ACCOMPAGNEMENT À L’ENTREPRENARIAT CULTUREL

Les 17 et 18 février, plus de 80 structures intervenant dans l’accompagnement des entrepreneurs du champ culturel se sont réunies à Clermont-Ferrand à l’invitation du Collectif Merci (dont l’Irma est adhérent) et de l’agence Le Transfo – Auvergne.
Le programme des RNRAEC

L’objectif de ce rassemblement était de permettre à ces acteurs (cluster, CAE, couveuse, incubateur, pôle ressource, agence régionale…) de se rencontrer « pour échanger autour de leurs pratiques, discuter des enjeux de leurs métiers et structurer une dynamique de coopération à l’échelle nationale » explique Morgane Vinet, la coordinatrice du Collectif Merci.
Lire son interview

Ces deux journées, construites à travers trois parcours transversaux - coopérer / réfléchir / structurer -, ont été rythmées par des ateliers participatifs suivis de plénières de restitutions et d’échanges. Elles ont mis en exergue la diversité des entrepreneurs accompagnés, et par la même des dispositifs d’accompagnement proposés : certains s’adressent à des bénéficiaires du RSA en reconversion tandis que d’autres accompagnent des startups dans leur lever de fonds ; certains interviennent en amont du projet et d’autres dans l’amorçage ou le suivi ; etc. Tout cela sans compter les spécificités de chaque territoire et de chaque filière.

Cependant, ces structures partagent un ensemble de points communs et se retrouvent à la fois dans la définition de leur rôle – un « décodeur » qui engage sa responsabilité et conseille, voire « parraine », un entrepreneur en veillant à son autonomisation et à la sécurisation de son parcours – et dans leurs discours et méthodes : proposer des parcours personnalisés d’accompagnement individuel ou collectif, créer des passerelles et des partenariats avec les acteurs/dispositifs de l’économie traditionnelle (CCI, chambres ESS, banques, fonds d’investissement, etc.) et de l’innovation (R&D), faire comprendre la responsabilité qu’engage la gestion entreprenariale d’une activité en dépassant « le réflexe de l’association » (et du modèle de la subvention) et en valorisant les formes coopératives adaptées (Scop, CAE, groupement d’employeurs, PTCE, cluster, etc.)…

Ces journées étaient également l’occasion d’afficher les difficultés et les doutes des accompagnants.
Comment mettre en place des indicateurs d’évaluation et de suivi de projet ? Comment mesurer la valeur d’une activité qui va au-delà de son poids économique ? Cette double question des outils de mesure est un chantier dorénavant ouvert et en cours… (qui se poursuivra notamment à Toulouse le 1er avril, voir plus haut).
Sans naïveté, la notion d’effet d’aubaine était par ailleurs soulevée, soulignant la vigilance que les acteurs de l’accompagnement doivent garder vis-à-vis d’une politique qui serait uniquement fléchée sur l’aide à l’amorçage (et non au suivi ou à la prospective), alors qu’il s’agit bien souvent d’accompagner des expérimentations dans la durée pour qu’elles puissent devenir de réelles innovations durables.

Pendant les débats aux RNRAEC à Clermont-Ferrand

Plusieurs outils ont été présentés à l’occasion de ces rencontres, dont la plateforme Créafil de la Région Rhône-Alpes qui propose aux entrepreneurs un outil d’auto-diagnostic en ligne séquençant le projet en dix phases de développement.
Les principes de la prochaine version du site Entreprendre-culture.fr (qui sera lancée dans le cadre d’un atelier au Forum à la Gaîté Lyrique le 27 mars) ont également été exposés. Cette plateforme, ouverte en mai dernier, veille à recenser et à valoriser l’ensemble des structures d’accompagnement à l’entreprenariat culturel en France et offrira dans sa V2, outre un outil d’auto-diagnostic, un agenda et de l’info-ressources à destination des entrepreneurs, un back-up permettant l’échange et la collaboration entre les acteurs de l’accompagnement.

Avec des acteurs de 14 Régions présents dans l’assemblée, l’un des enjeux de ce séminaire situé en Auvergne – l’agence régionale du Transfo est engagée depuis plusieurs années dans une réflexion locale sur l’entreprenariat culturel – était également de poser les jalons pour de futurs échanges entre les structures d’accompagnement.

La V2 du site Entreprendre-culture.fr va devenir un premier outil commun de collaboration entre elles. Par ailleurs, des initiatives se montent sur plusieurs territoires pour animer une dynamique de coopération à l’échelle locale. Porté par le Collectif Merci, l’idée d’une mise en réseau national des structures d’accompagnement a commencé à prendre corps et se poursuivra, à la fois dans le cadre du Forum Entreprendre dans la culture à Paris et en régions, et lors d’une assemblée générale de l’association qui devrait avoir lieu au printemps.


Mathias Milliard

Retour en 1 mn 40 sur les Rencontres nationales du réseau de l’accompagnement à l’entreprenariat culturel

Une vidéo plus complète des échanges ayant eu lieu à Clermont-Ferrand durant les RNRAEC sera diffusée lors du Formum de l’entreprenariat culturel à Paris (27 mars).

Lire la synthèse des RNRAEC

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INTERVIEWS


Emily GONNEAU

Fondatrice de l’agence Nüagency
« Si ce livre peut faire en sorte que les artistes désacralisent les outils et relativisent l’importance des statistiques, et se recentrent sur leur musique et leur démarche artistique, alors l’objectif sera atteint »

Gabriel HALLÉ

Fondateur de l’agence Teams
« Tout ce qui agite l’industrie de la musique, l’analyse, le big data, etc., intéresse finalement assez peu les artistes. C’est notre rôle d’agence de synthétiser tout ça pour donner une image claire aux artistes et managers »

Charlotte & Magon

Artistes
« Aussi formidables soient-ils, il ne faut pas penser que les outils numériques permettent de tout faire, et qu’il suffit d’être présents en ligne pour que les choses se fassent »

INTERVIEWS


Angélique DUCHEMIN

Coordinatrice d’AGI-SON
« L’abaissement des niveaux sonores est inéluctable. Les professionnels du spectacle doivent désormais se mobiliser pour que cette baisse ne soit pas trop drastique »

Dr Sylvain NERON

Oto-Rhyno-Laryngologiste
« « S’il faut limiter les niveaux sonores lors des concerts, comme c’est le cas actuellement, il ne faut pas non plus penser que cette mesure suffit à régler le problème de santé publique » »

Malika SEGUINEAU

Déléguée générale du Prodiss
« Il y a besoin d’une concertation avec les professionnels du spectacle, pour aboutir à un texte équilibré qui apportera des réponses efficaces »

Denis TALLEDEC

Directeur de la Fédération nationale des Cafés Cultures / Culture Bar-Bars
« Il est grand temps de systématiser localement les espaces de concertation entre usagers, professionnels, riverains et pouvoirs publics, pour construire une connaissance commune et une intelligence partagée »

Frantz STEINBACH

Vice président du Réseau MAP
« Il faut faire attention à la stigmatisation des pratiques culturelles. Et surtout au message induit par ce projet de loi qui constitue à terme une menace pour la création, la production et la diffusion artistique en France »

Jérémie VALENSI

Directeur technique de la Cartonnerie
« On va nous sortir une nouvelle législation sur la gestion sonore, comme si nous étions des abrutis dont le seul objectif est de rendre tout le monde sourd »

RADIO ELVIS

Groupe de rock français
« Nous aimons écouter et faire de la musique. Le meilleur moyen d’en faire le plus longtemps est de préserver nos oreilles »

Le programme complet de M@MA Invent


Transmedia : l’Institut français soutient les nouvelles formes d’écriture

La création musicale a toujours été intimement liée aux évolutions technologiques. (Le rock procède en partie de l’amplification des guitares, les musiques électroniques de l’apparition des synthétiseurs…). Les possibilités offertes par le numérique paraissent aujourd’hui sans limites, qu’il s’agisse d’augmenter les scénographies du live ou de penser de nouveaux formats transmedia.

Favoriser et accompagner ces nouvelles formes, ces nouveaux formats transmedia, c’est ce que fait depuis sa création il y a 5 ans l’Institut français, et notamment son projet de Lab Emergence, dédié aux nouvelles écritures audiovisuelles interactives et multiplateformes. « C’est là que l’on a créé le premier hackathon, en 2014. Nous avons permis à des artistes de présenter leur projet transmedia en étant mis en relation avec des mentors, qui peuvent être des producteurs, des diffuseurs, des développeurs… », explique Gaëlle Massicot-Bitty, responsable du pôle spectacle vivant et musiques du département Échanges et coopérations artistiques de l’Institut français. Après deux ans d’expérience au Canada et fort des retours positifs des participants, partenaires et professionnels français et canadiens, l’Institut français a pour ambition de décliner cette opération en 2016 sur des territoires nouveaux. « Nous sommes curieux de vivre cette édition du M@MA Invent et imaginer la mise en place d’un nouveau dispositif comme un hackathon avec appel à candidatures à l’issue de celui-ci », explique, enthousiaste, Gaëlle Massicot-Bitty. Avec pour objectif d’accompagner ensuite des artistes pendant toute l’année 2016, et les mettre en relation avec des startups ou d’autres types d’acteurs.

La technologie permet de penser de nouveaux formats (les formats n’ont-ils pas toujours été le résultat des contraintes -et des opportunités- techniques liées aux supports de fixation ?). C’est tout le sens du travail de l’Institut français, qui a par exemple proposé à Christophe Chassol de travailler avec des outils de réalité virtuelle immersive. (travaux qui seront présentés au MaMA). « Quand nous l’avons sollicité, il était plutôt sceptique (…) On lui a fait essayer quelques supports de réalité virtuelle, et il a eu tout de suite plein d’idées. D’ailleurs, son prochain projet, il l’imagine avec un contenu de réalité virtuelle ». La technologie ne doit évidemment pas être un recours cosmétique justifiant une moindre exigence sur le fond, mais doit être intégrée au processus de création. « C’est notre rôle de faire le lien entre les artistes et les développeurs. Il faut encourager les artistes à se saisir des opportunités pour faire évoluer leurs approches ».

>> En savoir plus sur le Lab Emergence


INTERVIEWS


Denis LADEGAILLERIE

Fondateur et PDG de Believe Digital
« Il y a aujourd’hui un champ d’innovation énorme qui s’est ouvert autour du streaming (…) Il ne s’agit pas de l’avenir, mais bel et bien du présent. »

Philippe ASTOR

Journaliste, responsable éditorial du think tank Proscenium
« Le spectacle vivant doit devenir une plateforme de l’innovation. Les acteurs du secteur doivent devenir des acteurs de la disruption »

Denis GAUCHER

Directeur Général Europe de Kantar Media Ad Intelligence
« Bee Music est aujourd’hui une base de données de référence pour l’industrie musicale »

Angélique DASCIER

Déléguée générale de la CSDEM
« Nous allons vers les sites qui utilisent déjà les paroles, mais illégalement. Quand nous en repérons un, nous lui faisons une proposition commerciale »

Gaëlle MASSICOT-BITTY

Responsable du pôle spectacle vivant et musiques du département des Échanges et de coopérations artistiques de l’Institut français
« C’est notre rôle de faire le lien entre les artistes et les développeurs. Il faut encourager les artistes à se saisir des opportunités pour faire évoluer leurs approches »

L’OFFICIEL DE LA MUSIQUE 2016


Guide-annuaire de référence au service des professionnels, des amateurs et des partenaires du monde musical, L’Officiel de la musique est l’outil indispensable à qui veut appréhender au mieux ce secteur !


L’Officiel de la musique est une des exploitations de la base de données de l’Irma. Cette dernière, alimentée au quotidien par un travail de veille et d’expertise, recense l’ensemble des acteurs des musiques actuelles en France, soit près de 50 000 contacts.

Ainsi, afin de vous livrer contacts, adresses et descriptifs pour chacune des structures présentées dans L’Officiel de la musique 2016, voici une vue panoramique de la filière musicale et de son écosystème sous forme d’infographies, classées à la fois par activités (Artistes, festivals, labels, etc.) et par entrées thématiques et transversales (Débuter son parcours, jeune public, startups…).

Téléchargez l’intégralité de l’infographie


À propos de la base de données de l’Irma

La base de données de l’Irma est au cœur de toutes ses activités et fut présente dès son origine. Conçue au temps du minitel, cette base n’a cessé d’être développée, tant en écho aux évolutions du secteur qu’à celles des techniques d’organisation de l’information.

C’est ainsi que l’Irma s’est doté d’un savoir-faire pragmatique et raisonné inscrit dans une maîtrise performante de l’outil de gestion en perpétuelle adaptation ; ce qui lui permet d’entretenir quotidiennement un outil de référence validé par son secteur, bien commun de l’ensemble de ses acteurs.

>> En savoir plus sur la BDD de l’Irma


Les exploitations de la base de données de l’Irma

Le répertoire en ligne

Il rend accessible gratuitement l’ensemble de la base de données. Le système de recherche est basé sur une requête simple : recherche par nom de contact ou de structure. IL interroge en temps réel la base de données de l’Irma.

Le WOFFI

Un service en ligne sur abonnement qui permet d’effectuer des recherches simples ou avancées sur plus de 40 000 structures et contacts en France en croisant types d’activités, fonction des personnes, localisations géographiques, genres musicaux, mois de programmation… Le WOFFI est également l’outil de gestion de vos campagnes de promotion par publipostage et courrier électronique.

Les guides-annuaires

L’Irma publie plusieurs types de guides-annuaires : déclinaisons « papier » de sa base de données. L’objectif de ces ouvrages professionnels est de fournir aux acteurs de la musique les moyens d’identifier les activités de chacun (artistes, labels, entrepreneurs de spectacles, médias, fédérations, écoles, attachés de presse,…) et de rentrer en contact avec ces partenaires dans le cadre du développement de leurs projets.
Ainsi, chaque année, L’Officiel de la musique, ouvrage de référence de tous les acteurs du monde musical, est remis à jour et réédité. De plus, des guides-annuaires spécialisés dans le jazz (Jazz de France), les musiques traditionnelles et du monde (Euro World Book) et le hip hop (Le Réseau) viennent éclairer des secteurs artistiques spécifiques.

Les IrmaLISTES

Les IrmaLISTES ont été pensées et réalisées en suivant deux objectifs : proposer des fichiers spécifiques extraits de notre base de données et les fournir sous un format adapté. Nous avons choisi le format PDF pour sa portabilité et ses qualités pratiques. Ces éditions prolongent nos annuaires (L’Officiel de la musique, Jazz de France et l’Euro World Book) en mettant à disposition des acteurs les informations d’activités qui n’ont pas été publiées dans un de ces guides ou dans nos annuaires en ligne (WOFFI notamment).

6 IrmaLISTES sont d’ores et déjà téléchargeables sur la Boutique en ligne de notre site internet :
- Les salles et petits lieux de diffusion
- Les tremplins et dispositifs d’accompagnement
- Jeune public
- Studios de répétitions
- Les formations artistiques
- Les acousticiens
- Les magasins d’instruments, de matériels et de logiciels audio
- Les médiathèques de prêt

Pour en savoir plus, vous pouvez contacter notre librairie : par e-mail à librairie@irma.asso.fr par téléphone au 01 43 15 11 11


INTERVIEWS


Yvan TAÏEB

Fondateur de Roy Music
« Il faut des partenaires sur place qui connaissent leur marché. Sinon on ne va pas à l’export »

Cathy BITTON

Fondatrice de Saraswati Music
« Il faut avoir une stratégie, être insistant, anticiper, ne pas s’arrêter »

Rosanna GRANIERI

Fondatrice de SPACE
« Quand quelqu’un me dit qu’il fait 80 % à l’export, ça ne peut être que sur des marchés de niches »

Quelques chiffres…


Revenus de l’export, tels que publiés dans le dossier de presse 2014 du Bureau export. Les chiffres indiqués portent sur l’année 2012 (sources : Bureau export, Sacem, CEMF, CSDEM) :

- Producteurs phonographiques : 55 M€
- Revenus liés à la synchro : 3 M€
- Producteurs de spectacles  : 27 M€
- Droits d’auteur perçus par la Sacem : 82 M€
- Perceptions directes des éditeurs (estimation) : 39 M€

Total export : 206 M€


Ils s’exportent…


Les meilleures ventes à l’export en 2012/2013 : Zaz, Stromae, Phoenix, Django Django, Carla Bruni, C2C, Sexion d’Assaut, Lou Doillon, Alex Hepburn, Johnny Hallyday, David Guetta, Major Lazer…

Parmi ceux qui ont aussi marqué 2014 hors de nos frontières (et ce n’est pas fini), on citera notamment Woodkid, Aufgang, Lilly Wood & the Prick, The Dø, Talisco, The Avener, Christine & the Queens, Benjamin Clémentine, Kendji Girac…


Christine and the Queens traverse l’Atlantique


Christine and the Queens – lauréate Bourse export en 2013 – a été "travaillée" sur la France, puis sur la Belgique et la Suisse, avant d’attaquer la Hollande, que Because Music considère comme un marché important (elle a fait Eurosonic). L’Allemagne est en cours, les concerts s’y sont bien passés mais le pays est plus dur à déclencher. Elle s’est produite dans plusieurs festivals en Angleterre (The Great Escape, Liverpool Sound City, Ooh La LA !), territoire sur lequel le label se concentrera en dernier. Because mise auparavant sur les États-Unis où Christine & the Queens a été signée trois mois après la sortie de son album en France. Elle en est à sa deuxième tournée américaine, a été 2e du classement, Spotify, a fait South By South West (Austin), a joué à Los Angeles et New York. L’album sort en août outre-Atlantique, avec tous les titres réenregistrés en anglais. Le label travaille sur des dates de première partie et a pris William Morris pour tourneur sur le sol américain. Le tout financé par Because pour la promo et Corida (même groupe) pour le tour support.


L’effet Shazam


C’est la grande tendance du moment. L’application mobile, qui permet d’identifier immédiatement les titres, est devenue un indicateur de plus en plus pris en compte par les professionnels et a un effet déclencheur. Les écoutes sont géolocalisées, permettant à Shazam de proposer ses tops par pays, par ville (tops 20 sur les mobiles, tops 100 sur le site web). Des remontées d’infos précieuses pour les labels qui peuvent ainsi mesurer l’appétence de chaque pays aux titres de leurs artistes et la manière dont ils se propagent. Le « Shazam effect » - qui a notamment profité à The Avener et à Lilly Wood & the Prick - conditionne aujourd’hui les usages en matière d’export. Évidemment, pour être « shazamé », il faut déjà être diffusé, « ce qui accentue la concentration mais ouvre aussi des portes plus facilement. Quand As Animals est entré dans le top 20 Shazam, l’Italie a été très réactive car leur marché radio est plus rapide qu’ici. Ils ont repéré le titre sur le top France et se sont positionnés tout de suite » confie Marc Thonon (Atmosphériques).


Le déclenchement pour Lilly Wood & The Prick


Un DJ allemand (Robin Schulz) a choisi "Prayer in C", le titre de Lilly Wood pour en faire remix. « C’est ce qui – une fois que le groupe a validé la nouvelle version, au bout d’un long processus - a tout déclenché », explique Matthieu Tessier, directeur artistique chez Warner Chappell, éditeur du groupe.

Le lancement s’est d’abord fait par l’Allemagne, a rebondi sur la France puis sur le reste de l’Europe et après l’Angleterre. Six mois après, le remix faisait son entrée dans les tops US. Il y a eu un cycle d’un an entre les premières radios en Allemagne et aujourd’hui les radios aux États-Unis. « C’est un schéma que l’on voie souvent dans l’électro. Sur cette musique très actuelle et qui vient plutôt de Scandinavie ou d’Allemagne, c’est souvent le même schéma. L’Angleterre vient 3 ou 4 mois après puis les États-Unis 6 mois après l’Angleterre. Le titre a été n°1 dans 34 pays (dont l’Angleterre pendant plusieurs semaines) et a été jusqu’à 8e aux États-Unis tout récemment ».


Objectif Thylacine


Artiste de musique électronique classe et inspirée, Thylacine est l’objectif n°1 de Budde Music France qui l’a signé en coédition. En France, il y a suscité le buzz avec ses 2 premiers EP dont le premier, Blend, est sorti en juin 2014. C’est l’éditeur qui a tout orchestré, en signant une distribution digitale chez Idol. L’artiste - qui a monté son propre label, Intuitive Record, et a Uni-T pour tourneur – était très attendu aux Transmusicales de Rennes où il a réuni 6 000 personnes à 4 heures du matin. « Il a une vision internationale, est parti jouer au Vietnam et vient de faire SBSW. C’est facile à faire tourner » raconte Jessica Ibgui, creative manager de Budde. L’éditeur a organisé pendant la dernière Berlin Music Week un "Sync. Workshop" (atelier avec des music supervisors) auquel participait Thylacine, qui a eu aussi des effets déclencheurs. De son côté, Idol a fait des mises en avant sur plusieurs pays, et déclenché un coup de cœur d’iTunes pour le second EP Exist, sorti le 26 janvier dernier, avec un screen shot consacré à l’artiste sur plusieurs de ses plateformes, notamment en Allemagne. En France, l’opus s’est classé 2ème du classement électro de iTunes et 14e du classement général. Ce qui permet à Budde Music de relancer ses affiliés allemands et anglais.


INTERVIEWS


Eddie AUBIN

Fondateur de MyOpenTickets
« Le marketing et la communication doivent être pleinement intégrés aux stratégies des acteurs de l’événementiel. Et le numérique doit être investi massivement »

Philippe NICOLAS

Directeur du CNV
« On estime que les frais de billetterie sont de l’ordre de 40 à 60 millions pour le secteur. C’est autant de marge qui part à l’extérieur, pour un secteur dont le résultat net est de 9 millions… » »

Édouard DEPEYRE

Responsable marketing acquisition chez Weezevent
« C’est une demande très forte de la part des organisateurs de bénéficier de solutions à 360° qui gèrent tous les aspects. Il y a là un potentiel marché énorme »

Tech’4’Team

Solution de yield management pour le spectacle
« Les problèmes économiques des lieux de diffusion ne viennent pas de l’offre artistique, c’est un problème de gestion économique. La billetterie se doit de devenir plus qu’une tâche logistique : une véritable source de revenus et de fidélisation des publics. »

Pascal CHEVEREAU

Ancien président du SMA
« Dans un marché de plus en plus tendu, laisser aux intermédiaires techniques une partie de la valeur qui est créée par les producteurs de spectacles, n’est pas une obligation »

Jean-Rémi KOUCHAKJI

Directeur général de MyBee
« Notre but est l’optimisation sur tous les plans : rendre plus agréable l’expérience du festivalier, et optimiser la gestion de l’organisateur lui permettant de se refinancer soit par les recettes bar soit par les marques partenaires qui achètent de l’espace pub »

COWORTICK®, espace dédié à la billetterie

Le COWORTICK® est la cheville ouvrière du cluster MyOpenTickets, créé par Eddie Aubin. Il se donne pour vocation d’animer la filière de la billetterie. Ainsi, sur un même lieu, à Aubervilliers, l’ensemble des acteurs de la billetterie y trouveront :

- Un centre de ressources et d’informations (étude annuelle du marché de la billetterie en France, Le Guide pratique de la billetterie - À venir aux Éditions Irma -, l’annuaire détaillé de l’ensemble des acteurs de la billetterie en France…)

- Des formations dédiées à la billetterie (dans la salle de réunion de 15 personnes), à choisir parmi 4 pôles : généraliste, spécialiste, métiers ou marché.

- Des événements : petits déjeuners et apéros réguliers rassemblant des acteurs du secteur de manière conviviale pour favoriser les échanges, les retours d’expérience et la création de synergies. Des master classes avec des figures marquantes du secteur, historiques ou montantes, afin de valoriser la richesse des personnalités et la diversité des parcours dans le secteur de la billetterie. Des Journées trimestrielles pensées comme le temps fort autour d’une thématique précise, permettant aux acteurs de la filière d’approfondir une question brûlante de l’actualité, à travers des tables rondes, débats et pitch sessions.

- Du conseil : rendez-vous avec des consultants expérimentés pour demander conseil, accompagnement des dépositaires d’appels d’offres…

De plus, l’équipe derrière le COWORTICK® est profondément attachée au 93, territoire qu’elle a fait sien depuis longtemps. Ainsi, des actions intra-93 sont déjà en place, via la collaboration avec des entreprises et institutions qui y sont implantées (Cap Digital/Educalab ou la le Cifap). La politique de recrutement entend aussi promouvoir les talents locaux.

>> En savoir plus


Petit glossaire

- API : Application Programming Interface ou interface de programmation en français. C’est une interface de programmation qui permet de se "brancher" sur une application pour échanger des données. Une API est ouverte et proposée par le propriétaire du programme.

- Big data : littéralement les "grosses données", désignent des ensembles de données qui deviennent tellement volumineux qu’ils en deviennent difficiles à travailler avec des outils classiques de gestion de base de données ou de gestion de l’information.

- Cashless : le cashless, littéralement "sans monnaie", désigne de manière générique l’ensemble des matériels de paiement qui permettent d’utiliser un support (carte, clé, badges, bracelet connecté…) comme porte-monnaie.

- CRM : Customer relationship management ou GRC (Gestion de la relation client) en français. Le CRM regroupe l’ensemble des dispositifs ou opérations de marketing ou de support visant à optimiser la qualité de la relation client, afin de fidéliser et de maximiser le chiffre d’affaires ou la marge par client. Le numérique a apporté de nouveaux canaux, comme le réseaux sociaux, pour améliorer le CRM. On parle alors de social CRM.

- ERP : Entreprise ressource planning, traduit en français par PGI (Progiciel de gestion intégré). Il s’agit d’un outil informatisé de pilotage de l’entreprise.

- Paiement sans contact : les systèmes de paiement sans contact sont des cartes de crédit, porte-clés, cartes à puce ou d’autres dispositifs (téléphone mobile) qui utilisent la technologie Radio frequency identification (RID) et Near field communication (NFC) pour effectuer des paiements sécurisés. Une puce intégrée et une antenne permettent aux consommateurs de payer avec leur carte (sans contact) sur un lecteur au point de vente.

- Marque blanche ou grise : une marque blanche repose sur le principe commercial de mise à disposition d’outils sans citer la marque ni l’origine de l’information transmise. Une marque grise révèle l’origine au consommateur des outils ou des contenus (via un logo par exemple).

- Progiciel : programme informatique conçu pour être fourni à plusieurs utilisateurs en vue d’une même application ou d’une même fonction, qu’un usager peut utiliser de façon autonome.

- Yield management : en français "gestion rendement". C’est un ensemble de techniques destinées à commercialiser le bon produit au bon client au bon moment et au juste prix. C’est un outil mathématique pour maximiser le chiffre d’affaires, par un effet prix mais également par un effet volume.


Bibliographie sélective

- AUBIN, Eddie, Évolution des marchés de la billetterie en France, mars 2012.

- Cabinet Roland Berger, Panorama du marché de la billetterie en ligne, 2010.

- CNV, Les grands principes du fonctionnement d’une billetterie et les questions afférentes, in CNV info n°36, juin 2014.

- Prodiss, Levraibillet.fr, site d’information sur la billetterie de spectacle.

- Proscenium, Spectacle + numérique, penser et agir ensemble, horizon 2025, 2015.

- RENARD, Jacques, La situation de la billetterie du spectacle vivant en France, physique et dématérialisée, Ministère de la Culture et de la Communication, 2011.


ARTICLE ASSOCIÉ

CULTURE & ENTREPRISE,
LA MISE EN RESEAU

L’entrepreneur culturel
à la croisée des chemins

L’entreprise culturelle a toujours existé, avec ses spécificités fondamentales et ses difficultés récurrentes. Mais jamais "son" entrepreneur n’avait fait l’objet d’autant d’attention en France qu’à l’heure actuelle.

À partir du 25 mars, un Forum monté par le ministère de la Culture (DGMIC) se tiendra ainsi dans 7 villes de l’Hexagone pour promouvoir et valoriser l’entreprenariat dans le champ des industries culturelles. En parallèle, suite à deux jours de rencontres à Clermont-Ferrand, un réseau national de l’accompagnement à l’entreprenariat culturel est en train de se structurer afin d’aider les entrepreneurs dans le développement de leur activité.
Qui a dit que l’entrepreneur culturel était seul ?


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À PROPOS DU FORUM
ENTREPRENDRE DANS LA CULTURE

Laurence Franceschini,
directrice de la DGMIC

« Promouvoir et valoriser
l’entrepreneuriat culturel en
faisant témoigner de nombreux
créateurs d’entreprises »


À PROPOS DU RÉSEAU
DE L’ACCOMPAGNEMENT À
L’ENTREPRENARIAT CULTUREL

Morgane Vinet,
coordinatrice du Collectif Merci

« On peut dire que ces
premières rencontres nationales
ont été une réussite »


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Rapport de Steven Hearn

Le développement de l’entrepreneuriat dans le secteur culturel en France


Entreprendre-culture.fr

Le portail d’information
et de l’accompagnement
de l’entrepreneuriat culturel


FOCUS

L’entrepreneur culturel est-il un entrepreneur comme les autres ?


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Les stratups, pionnières
de la filière musicale de demain ?


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Les entreprises de spectacles
face à la mutation