IRMA

Centre d'information et de ressources pour les musiques actuelles

Connexion / inscription

Le panierVotre panier est vide

PUBLICITE
Accueil du site
Accueil du site > Mot clé : Focus du mois
Abonnez-vous à irmACTU
la lettre d’info mensuelle

PNG


Version imprimable de cet article Version imprimable  

Focus du mois

Article

ACTION ARTISTIQUE ET CULTURELLE EN MILIEU SCOLAIRE
Les musiques actuelles à l’école

L’enseignement de la musique à l’école souffre encore de nombreux clichés. Entre innovations pédagogiques et investissement grandissant depuis 15 ans des acteurs des musiques actuelles, les projets et partenariats se multiplient avec l’Éducation nationale. Et les réformes récentes créent des opportunités : parcours d’éducation artistique et culturelle, réforme de rythmes scolaires, les volontés de travail en synergie peuvent trouver là de nouveaux espaces d’application. État, collectivités, acteurs culturels et industrie musicale s’en emparent, pour imaginer l’action artistique et culturelle en milieu scolaire d’aujourd’hui et de demain, malgré les difficultés de financement.

Si son enseignement à l’école souffre encore de nombreux clichés, la musique en général, et les musiques actuelles en particulier, sont de formidables objets ou supports pédagogiques. Et nombre d’enseignants s’en saisissent pour leur travail quotidien, et pas seulement les enseignants de musique. Comme ce bel exemple de l’Histgeobox, ce blog, tenu par des professeurs de lycées et de collèges, qui a pour objectif de faire découvrir les programmes d’histoire et de géographie par la musique en proposant de courtes notices sur des chansons et morceaux dignes d’intérêt. Mais au-delà des initiatives pédagogiques personnelles, l’éducation artistique et culturelle, dans l’enseignement scolaire et en dehors, est présentée comme une priorité par l’État. Les ministres de la Culture Fleur Pellerin et de l’Éducation nationale Najat Vallaud-Belkacem doivent d’ailleurs faire des annonces communes courant février sur le sujet.

La vision réductrice de la musique se réduisant à chanter des comptines en primaire et à jouer de la flûte à bec au collège est largement battue en brèche par des évolutions pédagogiques profondes entamées par l’Éducation nationale depuis les années 1990, et par l’investissement grandissant depuis le début des années 2000 des acteurs des musiques actuelles dans l’action artistique et culturelle à destination des scolaires. Il existe de nombreuses initiatives en la matière, de la primaire jusqu’à l’université. Elles sont le fruit d’un travail concerté entre Éducation nationale, acteurs de terrain (salles de diffusion, lieux, associations…) et collectivités territoriales.

Sans minimiser les contraintes et difficultés, notamment sur le financement, le contexte actuel est propice au développement du travail entre professionnels des musiques actuelles et Éducation nationale. Les réformes de 2013, instaurant le Parcours d’éducation artistique et culturelle, la réforme des rythmes scolaires, sont des appels à intensifier les projets partenariaux. Et l’industrie musicale s’intéresse également de très près à ces questions, via l’association Tous pour la musique (TPLM) qui, forte de plusieurs projets depuis de nombreuses années, relance un groupe de travail sur la pédagogie. Patricia Sarrant, responsable communication du Snep et impliquée dans TPLM, explique : « TPLM est une maison commune ouverte à toutes les composantes qui travaillent ou œuvrent pour la musique, à travers la sensibilisation, l’action artistique et culturelle… C’est un lieu de rencontre et d’échange. Nous réfléchissons ensemble, mais surtout nous essayons d’être résolument tournés vers l’action. »

Entre volontés réciproques de travail en commun, investissement des structures et acteurs de terrain, contraintes budgétaires et, parfois, nécessité d’accorder les méthodes de travail, les espaces de rencontre et d’élaboration de projets se multiplient.

Une montée en puissance de l’action culturelle et artistique

PNG - 166.8 ko
Illustration (a)Zebrock

L’action culturelle et artistique est un domaine bien ancré en France, depuis longtemps. Traditionnellement mise en œuvre par des associations dédiées, c’est un axe historique fort des structures et mouvements d’éducation populaire. Du côté des acteurs des musiques actuelles, des initiatives ont été élaborées par des pionniers, comme Zebrock ou encore les Francos. Mais la montée en puissance de l’action artistique et culturelle est assez récente dans ce secteur.

Moins pressées par la question du renouvellement des publics, les musiques actuelles ont pris le train en marche bien après d’autres domaines, comme le théâtre. Pour Franck Michaut, directeur du Rif, « comme nous travaillons sur des musiques dites populaires, cet enjeu a peut-être été quelque peu sous-estimé dans un premier temps ». Sans minimiser non plus l’impact de l’histoire des musiques actuelles, qui se sont en partie construites dans une posture d’indépendance, sinon de défiance vis-à-vis des institutions. Depuis le début des années 2000, le mouvement semble pourtant bien lancé, comme l’ont montré les études du Rif sur L’Action culturelle en milieu scolaire et musiques actuelles de 2007, et l’étude nationale publiée en avril 2014 et réalisée par la Fedelima et Opale, Actions culturelles et musiques actuelles.

Cette montée en puissance s’observe tout d’abord par le nombre de projets de ce type, en augmentation, ainsi que par le poids relatif de ces missions dans les projets des établissements. Pour près d’un tiers des répondants à l’enquête nationale, ces actions représentent plus de 25% du budget des structures. Autre élément marquant, l’augmentation des postes dédiés. Et la grande majorité (80%) ont été créés après 2000. Pour Franck Michaut, « cela confirme la structuration récente, et encore en cours, de ces activités. Mais pour 50% des répondants, ils n’ont pas encore de postes dédiés à ces projets ». Si la nature des répondants à l’enquête nationale est diverse, les équipements de type Smac, mieux outillés pour répondre à ces questions-là, sont largement représentés.

Les scolaires, premier public de ces actions

Au sein de l’action artistique et culturelle en général, les projets en direction des publics scolaires sont les plus nombreux, et les plus importants en termes financiers et en nombre de postes.

Il s’agit là de l’effet d’un double mouvement. Les structures, au fil des ans, se sont ancrées dans leurs territoires, dépassant leur dimension initiale de diffusion et de répétition. Dans le même temps, les injonctions des financeurs se sont faites aussi plus précises, avec des incitations à aller vers l’action culturelle et artistique, dans les conventionnements et les cahiers des charges.

Le public scolaire apparaît alors, par ses spécificités, comme un destinataire privilégié. À la fois parce qu’il est traditionnellement un public identifié comme prioritaire, mais aussi parce qu’il est suivi, accompagné ou encadré par de nombreux acteurs, à commencer par l’Éducation nationale, partenaire privilégié des acteurs culturels en général, et musiques actuelles en particulier.

L’éducation artistique et culturelle à l’école : une priorité nationale

Lors de son accession à la présidence de la République, François Hollande avait souhaité faire de la jeunesse une priorité de son quinquennat. Depuis une quinzaine d’années, l’éducation artistique et culturelle est affichée comme une priorité par l’État, ministères de la Culture et de l’Éducation nationale en tête.

En 2013, un nouvel (énième ?) élan est donné, avec le lancement du Plan national pour l’éducation artistique et culturelle. La loi instaure alors le Parcours d’éducation artistique et culturelle (circulaire n° 2013-073 du 3 mai 2013), redéfinissant la place de l’art et de la culture à l’école. Avec une réorganisation du temps de l’enfant (réforme des rythmes scolaires) et la volonté de travailler sur la continuité éducative entre l’école et son environnement, par le biais d’un outil de structuration : le projet éducatif de territoire (PEDT). L’ambition de ce plan est alors clairement affichée : « il doit permettre au jeune, par l’expérience sensible des pratiques, par la rencontre des œuvres et des artistes, par les investigations, de fonder une culture artistique personnelle, de s’initier aux différents langages de l’art et de diversifier et développer ses moyens d’expression. Le parcours d’éducation artistique et culturelle conjugue l’ensemble des connaissances acquises, des pratiques expérimentées et des rencontres organisées dans les domaines des arts et de la culture, dans une complémentarité entre les temps scolaire, périscolaire et extra scolaire (…) Sa mise en œuvre résulte de la concertation entre les différents acteurs d’un territoire afin de construire une offre éducative cohérente à destination des jeunes, qui aille au-delà de la simple juxtaposition d’actions, dans tous les domaines des arts et de la culture. » Pour François Lajuzan, Directeur des affaires culturelles de Tournefeuille et auteur de l’ouvrage L’Action culturelle dans les rythmes scolaires, c’est une opportunité sans précédent : « la grande réforme de l’Éducation nationale inscrit pour la première fois dans la loi que tous les enfants ont droit à l’éducation artistique, dans le temps scolaire et périscolaire, sur l’ensemble du territoire. Ce qui jusqu’à présent relevait de l’initiative individuelle est désormais une obligation qui s’applique à tous, et partout ».

Une opportunité pour les acteurs culturels ?

Si la mise en place de la réforme des rythmes scolaires a fait couler beaucoup d’encre et connu de nombreux couacs au démarrage, ces réformes créent un appel d’air pour les acteurs culturels. Ils ont là des espaces de partenariat ouverts pour proposer des activités éducatives, sur le temps scolaire et périscolaire. « J’engage et j’encourage fortement les acteurs culturels à s’engager dans cette porte qui est ouverte (…) le secteur culturel doit prendre l’initiative pour être au cœur du dispositif. Et c’est maintenant que ça se joue ! », insiste François Lajuzan.

Les acteurs des musiques actuelles n’ont certes pas attendu ces récentes réformes pour se rapprocher de l’Éducation nationale. Dans l’étude menée par le Rif en 2007, la majorité des structures répondantes avaient déjà des actions en lien avec l’Éducation nationale, et une grande partie de celles qui n’en menaient pas avaient le projet d’en mettre en place. Pour Franck Michaut, « on était vraiment sur une dynamique qui ne s’est pas démentie depuis », comme l’a montrée l’enquête nationale de la Fedelima et d’Opale. De nombreuses structures se sont déjà engagées dans la brèche ouverte par les réformes de 2013. Zebrock va ainsi mettre en place cette année des ateliers avec des artistes dans le cadre de la réforme des rythmes scolaires, à destination des primaires. Si les professionnels des musiques actuelles regrettent l’absence de concertation en amont sur les contenus et la logistique, pour Thierry Duval, directeur du Cry, « c’est justement l’occasion pour les acteurs culturels de faire des propositions adaptées pour s’emparer de ces espaces temps. Il ne s’agit pas de transposer ce que l’on fait déjà. Il y a tout à inventer. Et dans l’existant actuel, il y a… de tout… De la simple récréation jusqu’à des projets très cadrés (…) Ce que l’on peut regretter, c’est l’absence de concertation et de réflexion en amont. Du coup, dans certains endroits, cela s’est fait dans la douleur et la précipitation, sans budget, avec des recrutements en urgence ». Il y a donc un réel besoin d’accompagner la mise en place de ces réformes, qu’il s’agisse des nouvelles activités périscolaires à destination des primaires, comme des projets partenariaux dans le secondaire.

Financements et inégalités des territoires

Si le contexte actuel encourage au travail conjoint entre acteurs culturels et Éducation nationale, pour mettre en place des projets et formaliser des partenariats, une question reste cependant centrale : celle du financement des actions. Si l’État met un cadre général aux politiques publiques, c’est au niveau des collectivités territoriales que se pose plus précisément la question des moyens. Parce que ces dernières sont montées en puissance depuis 10 ans dans le financement des structures de musiques actuelles, sous l’effet de la décentralisation, mais aussi par la structure administrative de l’Éducation nationale. L’approche est en effet segmentée : les communes ont en charge les écoles maternelles et primaires, les départements les collèges, et les Régions les lycées. Et au transfert des compétences ne correspond pas toujours un transfert de moyens.

Comme le soulignait l’étude nationale de la Fedelima et d’Opale, près d’un tiers des projets d’action artistique et culturelle sont développés sans financement spécifique. Et de manière générale, la part des partenaires (culture, éducation, socio-éducatif..) ne dépasse pas, en moyenne, un quart du coût des projets. Pour François Lajuzan, « il faut que les équipements, Smacs, théâtres ou autres, prennent l’initiative pour proposer des activités éducatives, quitte à rogner dans leur budget sur d’autres choses. Même si ce n’est pas toujours facile à faire ou ne serait-ce qu’à entendre, je suis un ardent défenseur du redéploiement. On a tendance à mettre le paquet sur l’aspect diffusion, qui en grande partie, s’adresse à un public déjà acquis, alors qu’il faudrait rééquilibrer les budgets en faveur de la médiation ». Une vision qui n’est pas partagée par tout le monde, à commencer par les acteurs des musiques actuelles.

Les collectivités territoriales se retrouvent alors en position d’organisatrices du travail en commun à intensifier entre acteurs culturels et Éducation nationale, avec les biais inévitables d’inégalités entre les territoires. Elles ont désormais à leur disposition le Plan éducatif de territoire. Ce document a pour objectif de définir la politique éducative d’une collectivité. Dans l’idéal, ce document est formalisé avec l’ensemble des structures identifiées comme participant à l’éducation de l’enfant : l’école, la famille, le périscolaire et les collectivités territoriales, les établissements culturels, les associations sportives, d’éducation populaire, les médiathèques…

En territorialisant davantage ce travail en commun, les résultats sont inévitablement tributaires des moyens initiaux de la collectivité, ainsi que du nombre et de la qualité du maillage territorial des structures et établissements culturels. Comme l’explique François Lajuzan, « en réfléchissant, en mobilisant les acteurs et en redéployant les moyens, on arrive à absorber ce surplus. Mais dans des communes où les activités périscolaires se résument à une garderie encadrée par des animateurs pas forcément diplômés, où la médiathèque ou le théâtre le plus proche sont à 20 kilomètres, c’est beaucoup plus problématique ».

Éducation nationale et acteurs culturels : des enjeux variés mais partagés :

JPEG - 69.1 ko
Illustration (a)Zebrock

Les publics scolaires sont des destinataires privilégiés des actions d’éducation artistique et culturelle. Les enjeux sont variés : ouverture culturelle, formation citoyenne, éducation artistique et culturelle, participation à la réussite éducative, sensibilisation à la santé, aux bonnes pratiques…

Il s’agit tout à la fois de faire découvrir la diversité des formes d’expression artistiques, d’éveiller la curiosité, de susciter le désir, et de faire participer de manière active au processus de création. Pour Yves Guinchat, conseiller musique à la Délégation académique à l’éducation artistique et culturelle du rectorat de Créteil, faire toucher du doigt aux enfants le processus de création artistique, les habituer à la fréquentation des œuvres et des artistes permet de remplir des objectifs « à la fois très simple et très ambitieux : la participation à la construction de la personne et de l’identité de l’élève, la formation d’un sens critique, l’ouverture sur le monde et ses représentations l’accès à la culture de tous mais plus particulièrement des publics éloignés, socialement, géographiquement… ». Aussi, très basiquement, il s’agit de faire découvrir aux élèves les équipements qui existent à côté de chez eux, et qu’ils pourront par la suite être amenés à fréquenter.

Si tout le monde semble s’accorder, philosophiquement, sur les enjeux, la réalité n’est pas toujours aussi simple. Éducation nationale et acteurs culturels poursuivent des objectifs qui, s’ils ne sont pas contradictoires, peuvent ne pas être priorisés de la même façon. Les visées artistiques et culturelles sont généralement partagées, mais ne sont pas toujours les plus importants. « Ce qui est primordial pour eux, c’est la réussite scolaire : comment on développe ou renforce des compétences chez les élèves, à travers ces projets, pour qu’ils réussissent ou améliorent leur parcours scolaire. Disons que nous avons des objectifs communs, mais qui n’ont pas forcément les mêmes objets », précise Thierry Duval. Autre point de discussion : la continuité entre temps scolaire et temps hors scolaire. Bien que la circulaire de mai 2013 insiste sur la continuité éducative, il n’est pas toujours évident de prendre en compte, dans les projets, ce qui déborde du temps scolaire. Alors même que beaucoup de choses se jouent ailleurs, dans d’autres lieux, ou tout simplement dans la sphère privée. « Les partenaires de l’Éducation nationale sont quasiment focalisés sur les seuls dispositifs qui s’intéressent au temps scolaire. Non pas de façon individuelle, les enseignants ont évidemment pleinement conscience que les choses débordent le temps scolaire, mais dans l’organisation, dans les dispositifs et dans les façons de travailler », précise ainsi Thierry Duval.

Du côté des points de satisfaction soulignés par tous, la volonté de travailler de façon interdisciplinaire. En effet, les services de l’Éducation nationale ont pour principe fort de faire travailler sur les projets artistiques et culturels l’ensemble des enseignants, et pas uniquement ceux des disciplines artistiques. Il se peut cependant que les exigences respectives aux deux univers se télescopent. « Bien souvent, les politiques éducatives ne cherchent qu’à utiliser la culture sans tenir compte des dimensions artistiques et de création. De l’autre côté, on a des acteurs culturels obnubilés par une seule chose : remplir leurs équipements, en allant vers des logiques de pure consommation culturelle. Je grossis évidemment le trait », explique François Lajuzan.

Intensifier les relations

C’est pour éviter l’instrumentalisation réciproque, et créer les conditions d’une collaboration efficace que des espaces de rencontre et de réflexion commune sont nécessaires. Et c’est au niveau des rectorats que peuvent se formaliser ces espaces. Dans ce domaine, l’académie de Créteil est exemplaire. Sa Délégation académique à l’éducation artistique et culturelle a mis en place depuis plusieurs années des groupes de réflexion par thématiques, pilotés par les conseillers. S’y rencontrent des enseignants, des structures culturelles, des artistes, des partenaires institutionnels, pour échanger et envisager les possibilités de partenariats. « Des représentants du Rif y côtoient des représentants de la Philharmonie, de la Gaîté lyrique, de Zebrock, de Banlieues bleues ou de la Muse en circuit… On y discute de projets et de formations pour les enseignants.. Mon rôle est d’identifier les partenaires potentiels par tous les moyens possibles. Ce sont pour nous des temps très précieux, dont il émerge beaucoup de matière. Il y a environ 4 à 5 rencontres annuelles. S’y ajoutent les temps de formation, sur des thématiques ciblées », détaille Yves Guinchat.

Pour renforcer la présence des musiques actuelles en milieu scolaire, ces espaces de rencontre doivent se multiplier. Qu’il s’agisse de discussions, d’échanges de pratiques, de valorisation des projets réussis, mais aussi de participation à la formation, initiale et continue, des enseignants. Les structures de musiques actuelles trouveraient d’ailleurs un prolongement logique à leurs actions en devenant également des espaces ressource pour la formalisation des contenus, en coconstruisant avec tous les acteurs : Éducation nationale, collectivités et intervenants. Un rôle qui peut aussi être tenu par les têtes de réseau musiques actuelles : « dans ce contexte de manque de moyens budgétaires et humains, le rôle de nos réseaux se trouve renforcé sur ces questions-là. Nous nous devons, en tant que têtes de réseau, de multiplier les espaces d’échanges, les projets de mutualisation, de savoir faire, d’outils communs, de formation », insiste à ce propos Franck Michaut.

Le temps des relations compliquées entre Éducation nationale et acteurs des musiques actuelles semble dépassé. À l’ignorance mutuelle a succédé une volonté réciproque de travailler ensemble. Les clichés accompagnant l’enseignement de la musique à l’école, s’ils sont encore tenaces, sont battus en brèche par les innovations pédagogiques et les projets qui se créent. Mais si les volontés sont là, la question du sous-financement, qu’il serait illusoire de voir résolue par le seul effet d’un redéploiement, pourrait déboucher sur des logiques contre-productives. La tentation pourrait être, du côté des collectivités, de recourir aux mécanismes d’appel à marchés publics ou à des prestataires, plus qu’à des partenariats avec des structures locales, même si cette question dépasse largement le simple cadre des actions culturelles artistiques en milieu scolaire. Comme le rappelle Yves Guinchat, «  c’est une mobilisation et un engagement de toutes les parties prenantes, acteurs culturels, chefs d’établissement, enseignants, institutionnels, qui permettra de renforcer et de développer l’action artistique et culturelle en direction des publics scolaires, au bénéfice de la société dans son ensemble ».


Dossier réalisé par Romain Bigay

Article

ARTISTES, ACCOMPAGNEMENT ET PROFESSIONNALISATION : entrer (et rester) dans la carrière en 2015

Reconfiguration de l’écosystème musical, difficultés des labels, montée en puissance de l’autoproduction, révolution numérique et des moyens de communication… Être artiste en 2015, ce n’est plus se contenter d’une simple proposition artistique, c’est aussi assumer une partie de son développement. Plus nombreux, mieux formés, mieux équipés, les artistes d’aujourd’hui ont à leur disposition tous les leviers pour entrer dans la carrière. Mais encore faut-il y rester… La filière en général et les dispositifs d’accompagnement et les structures de formation en particulier ont suivi cette évolution et tentent d’apporter des réponses à ces nouveaux besoins.

Liverpool. Fin des années 50. Un jeune homme arpente les rues, guitare à la main. Son pas est preste, il a rendez-vous de l’autre côté de la ville. Il s’est débrouillé pour apprendre deux accords, mais un ami d’ami doit lui en montrer d’autres, pour qu’il puisse étoffer son jeu. Il s’appelle Paul McCartney. La suite, on la connaît. Poitiers. 2013. Jabberwocky (le groupe, pas le poème de Lewis Caroll), composé de trois étudiants en médecine, poste sur le web un titre, "Photomaton", produit par le label Pain surprise. Repéré par Nova, mis en synchro sur une pub Peugeot, il se vendra 100 000 exemplaires du single, et le groupe signera en édition chez Universal.

En 60 ans, le monde a changé… La société dans son ensemble a changé. Le niveau moyen d’étude a progressé, la révolution numérique et des moyens de communication est passée par là, l’économie et le marketing sont montés en puissance… Le secteur musical en a été transformé : crise du support physique, développement de l’autoproduction, démocratisation de la pratique musicale, multiplication et professionnalisation des écoles, explosion des cours particuliers, offre pléthorique de tutoriels, vidéos, partitions en ligne, baisse du prix des instruments et plus grande accessibilité des moyens de production avec les home studios… Ajoutons à cela l’omniprésence des réseaux sociaux, qui a transformé en profondeur les canaux de découverte, il ne manquait que la dimension financière pour que les projets artistiques soient potentiellement autosuffisants. C’est désormais possible grâce aux plateformes de crowdfunding, avatars 2.0 des campagnes de souscription.

Et, cause et conséquence à la fois, les artistes ont changé. Ils sont plus nombreux, mieux formés, mieux équipés, mais sortir de la masse n’est pas plus aisé. Et s’il apparaît plus facile d’entrer dans la filière, le turn-over est plus rapide, et installer une carrière dans la durée semble bien plus compliqué. Jabberwocky aura-t-il la longévité des Beatles ? Rien n’est moins sûr… « Il est paradoxalement plus facile de rentrer dans la filière aujourd’hui, il suffit d’un titre qui cartonne, plébiscité par le public via les réseaux sociaux, mais aussi bien plus facile de vite tomber dans l’oubli. Les dispositifs de repérage ont toujours leur utilité, mais c’est l’accompagnement à la professionnalisation qui est aujourd’hui primordial », souligne Julien Soulié, directeur du Fair. Le discours est le même pour Stéphane Riva, directeur de l’ACP Manufacture chanson : « il y a aujourd’hui pléthore de dispositifs d’accompagnement qui agissent sur l’entrée dans le métier. Il y a donc énormément d’artistes qui rentrent, mais qui ne restent pas, ou très peu de temps. On essaye donc de travailler sur la notion de parcours professionnel, de carrière, et sur les façons de les sécuriser. »

Pour Adrien Marchand, chef de projet pour Ricard SA Live Music, « l’ère de l’artiste un peu autiste qui ne veut pas entendre parler de l’aspect « business » de la musique est révolue (…) les groupes doivent plus que jamais être conscients de tous les aspects extra-musicaux et être capables de tout faire eux-mêmes ». Leur accompagnement a d’ailleurs totalement été repensé cette année, en proposant au lauréat une offre à 360°, permettant de couvrir tous les aspects du développement. La filière en général et les dispositifs d’accompagnement et les structures de formation en particulier, évoluent et tentent d’apporter des réponses à ces nouveaux besoins.


Faire émerger ou accompagner la professionnalisation ?


Le marché de la musique enregistrée est en difficulté, les labels sont exsangues. Eux qui assumaient (et continuent à assumer, mais plus difficilement) la découverte et le développement des nouveaux talents. Les artistes doivent donc arriver avec des projets aboutis, ficelés, avec du contenu pour la communication, et une fanbase déjà constituée… Ils doivent de plus en plus assurer eux-mêmes le travail initial d’amorçage. La qualité technique des créations a également fortement augmenté. Les maquettes enregistrées "à l’arrache" en guitare-voix ont laissé place aux préproductions plus léchées. Et les DA signent des projets déjà mixés, voire masterisés. Pour Philippe Albaret, directeur du Studio des variétés, c’est tout l’environnement professionnel des musiques actuelles qui s’en trouve transformé. « Par le passé, du temps de l’économie, un artiste allait premièrement voir un label qui puisse être intéressé par son projet. Le label allait ensuite chercher un éditeur, ou prenait les éditions, on enregistrait l’album, puis on trouvait un tourneur qui organisait des dates pour la promotion de l’album. C’était le schéma classique. Aujourd’hui, dans un premier temps, l’artiste doit tout faire tout seul. Pour faire simple, s’il n’y a pas 15 000 likes ou 100 000 vues de clip, les professionnels s’engageront plus difficilement. Il faut une fanbase suffisante et un travail déjà réalisé. La moitié du parcours, l’artiste la fait tout seul. »

Pour les artistes, il ne s’agit donc plus seulement d’être repérés, d’émerger, mais d’être accompagnés pour réaliser ce travail initial, et pour leur permettre de répondre aux exigences minimum qui leur permettront de se développer en attendant d’accrocher un ou des partenaires professionnels. Et la filière en prend conscience. L’Adami, la Sacem, ou encore le FCM aident non seulement l’autoproduction, mais ont des lignes dédiées à la promotion. Il y a quelques semaines, Laurent Rossi, président du FCM, qui vient de réformer ses programmes en les ouvrant aux autoproduits, nous expliquait : « cette ouverture va dans le sens de la marche. Aujourd’hui, le développement se fait aussi beaucoup en autoproduction. Les producteurs interviennent comme accélérateurs de particules. En témoignent des groupes comme Fauve ou Klingande. »

Cette nécessité d’être plus abouti pour les émergents, mais aussi d’être toujours sur la brèche ou de se renouveler pour les artistes plus établis, entraîne des besoins en formation et en accompagnement. Car cela ne concerne pas uniquement les projets en démarrage. Pour Philippe Albaret, « l’accompagnement concerne aussi les artistes en milieu de carrière. Nous voyons passer beaucoup de gens qui ont de bonnes notoriétés, parfois très bonnes, et qui viennent pour revisiter leur projet. Eux aussi doivent repenser leur carrière, revoir les schémas qu’ils ont connus du temps de l’économie florissante de la musique pour les adapter au fonctionnement actuel du secteur. D’autant plus aujourd’hui, dans un secteur qui a beaucoup changé, les besoins en accompagnement et en formation concernent tous les artistes. »


Être professionnel avant de le devenir ?


C’est presque un non-sens, et pourtant, il en va aujourd’hui de l’artiste comme du jeune diplômé à la recherche de son premier emploi : il doit savoir (presque) tout faire avant même de commencer à travailler… L’artiste doit donc si possible produire des préproductions de bonne qualité, donc maîtriser un minimum l’enregistrement, mais aussi avoir une expérience scénique solide. Pour aider ses lauréats à s’équiper en matériel, le Fair a d’ailleurs cette année formalisé un partenariat avec le distributeur Woodbrass. Les stages de formation autour de la prise de son et du travail en studio sont désormais des incontournables des centres de formation professionnelle. Fournir des prestations scéniques de qualité est aussi un quasi impératif. D’autant plus dans un secteur où le poids du live dans les revenus est en augmentation, pour les émergents comme pour de nombreux artistes établis. Tout cela permet de se constituer une fanbase et d’accrocher l’attention des professionnels.

Pionnier en la matière, le Chantier des Francos propose à ses lauréats un travail approfondi de coaching scène. « Le temps, c’est ce que les artistes en développement ont le moins, et ce dont ils ont souvent le plus besoin. Aujourd’hui, on leur demande d’être professionnels et efficaces tout de suite. On écoute deux titres, on voit un clip, et on veut qu’ils soient prêts à jouer la semaine suivante et qu’ils enflamment les foules. Ils doivent quasiment déjà maîtriser la scène, alors qu’il est de plus en plus difficile de faire des concerts. Le réseau des cafés concerts, malgré les initiatives intéressantes de ces dernières années, n’est pas au mieux, et les autres types de scènes ne leurs sont pas accessibles… Comment et où peuvent-ils se faire la main ? » interroge Emilie Yakich, la directrice de production du Chantier des Francos.

Si le Chantier des Francos pratique le coaching depuis maintenant 17 ans, c’est une activité en plein essor. Justement parce que l’on demande aux artistes, plus nombreux, d’être performants dès le démarrage, et tout au long de leur carrière. Il faut toujours être au top, et se renouveler. Le coaching, encore vu d’un mauvais œil ou d’un œil interrogateur il y a quelques années, s’est banalisé. Et il est plébiscité par les émergents comme par les confirmés. « Il y a quelques années, les artistes étaient plus réticents, ils se demandaient si on n’allait pas les changer, modifier leur musique, etc. Accepter, et même solliciter un regard extérieur, est quelque chose d’assez nouveau pour les artistes, même si nous, nous le faisons depuis longtemps déjà » explique ainsi Emilie Yakich.

Le développement du coaching représente également une opportunité professionnelle, principale ou de complément, pour de plus en plus d’artistes. Si les dispositifs les plus importants font appel à des personnalités au parcours reconnu, c’est aussi une activité florissante pour des chanteurs et musiciens qui ne trustent pas le haut de l’affiche. Entre diversification, envie de transmission et opportunités de revenus, en fonction des profils et des notoriétés. « C’est pour cela que nous faisons désormais de la formation de formateurs, pour les professeurs de chant et les intervenants scène. Il y a une forte demande sur ces formations. On voit de plus en plus d’artistes qui interviennent dans les dispositifs d’accompagnement aux artistes en démarrage », confirme Philippe Albaret.


Marketing du projet et image de soi


L’économie de l’attention, boostée aux réseaux sociaux et dopée à l’ultra-communication, exige des artistes bien plus que simplement produire des albums et faire des concerts. Ils doivent également porter une attention particulière au marketing de leur projet, et travailler leur image. Avoir de bonnes chansons, c’est essentiel, mais proposer un univers, c’est encore mieux. « Aujourd’hui, les artistes doivent être plus précis dans la définition et dans le marketing de leur projet (…) D’ailleurs, un des stages phares du Studio, c’est celui sur la structuration professionnelle, dans lequel on travaille entre autres beaucoup la spécification du projet artistique, son identification en termes de communication, au contact de professionnels du secteur » explique ainsi Philippe Albaret.

Outre le positionnement, la définition de l’identité sonore et visuelle, il faut aussi proposer le plus souvent possible du contenu : interviews, clips, vidéos de concert… Cela nécessite de savoir parler aux médias, d’où la présence renforcée des sessions de media training, mais aussi d’être en capacité de gérer la communication sur le web, en direct avec le public. Pour Emilie Yakich, « un artiste aujourd’hui ne peut pas ne pas se poser la question de l’image. C’est pour cela que nous faisons à la fois des sessions sur la communication, l’utilisation des réseaux sociaux, et que nous aidons aussi les artistes à produire du contenu ». De même, le Fair entend réfléchir à consacrer une partie de la bourse allouée aux lauréats à la production de contenu. Les besoins en formations sur la communication web sont importants, tout comme la nécessité de disposer d’attachés de presse spécialisés et de community managers. Alors que les labels ont eux-mêmes encore tendance à concentrer leurs efforts sur les médias traditionnels, ne laissant au web que des queues de budget.

Ces nouveaux besoins en communication et marketing ont également entraîné la création d’agences spécialisées dans le label services mais aussi de plus en plus dans l’artist services (DBTH ou Nüagency par exemple). Sans aller comme certains jusqu’à recourir à des entreprises d’e-réputation, l’externalisation de ces fonctions, pour les labels comme pour les autoproduits, est de plus en plus fréquente.


Éphémère is the new carrière : passe d’abord ton master !


Faire un titre qui marche, c’est déjà compliqué. Les places sont chères, et majors et indépendants ne peuvent absorber toute la qualité artistique française. Alors faire carrière… La prise de conscience du caractère de plus en plus éphémère d’une carrière entraîne des changements d’attitudes. Beaucoup de jeunes artistes ne se consacrent pas uniquement à la musique. Il n’est pas rare de les voir poursuivre en parallèle leurs études, ou conserver leur emploi, au moins partiellement (sans parler de ceux, nombreux, qui n’ont d’autres choix que de compléter leurs revenus par un travail "alimentaire"). Pour Julien Soulié, ils sont lucides : « ils savent que leur carrière ne va peut-être durer que quelques années, qu’ils ne feront peut-être pas ça toute leur vie. Beaucoup mènent leurs études en parallèle. Au Fair, il y a des doctorants, des bac + 5, des architectes… Pour les plus jeunes, ce sont aussi les parents qui poussent en ce sens. Ce n’est plus "passe ton bac d’abord", mais "passe ton master d’abord" ! »


Maîtriser l’environnement professionnel


Autre conséquence, la volonté et/ou la nécessité de se prendre en mains, qui se matérialise par un plus grand intérêt des artistes pour les à-côtés de la carrière. Signe des temps, ils semblent avoir plus une âme d’entrepreneur. Pas nécessairement pour tout assumer, mais simplement pour comprendre et être en capacité de faire les bons choix, mais aussi pour envisager une multiplication des sources de revenus potentiels. Si la carrière est courte, autant la rentabiliser au maximum, pour faire simple… et Julien Soulié de poursuivre : « il y a une fibre entrepreneuriale chez les artistes qui était moins présente par le passé. Être son propre producteur, c’est un métier, et de plus en plus d’artistes sont prêts à s’investir. Ils sont en tout cas très preneurs d’informations. C’est notre rôle de les accompagner dans cette professionnalisation. »

La demande en information et en formation sur l’environnement professionnel, si elle n’est pas nouvelle, est de plus en plus forte. C’est d’ailleurs une des bases de la création de la Gam, qui entend informer et défendre les intérêts des artistes. Et aujourd’hui cette dimension est quasiment systématiquement intégrée aux dispositifs d’accompagnement. Comme l’explique Stéphane Riva, « l’artiste a besoin et doit comprendre le métier. Contrairement à d’autres, nous ne les incitons pas à créer leur propre structure, à devenir leur propre producteur, même s’ils sont souvent un peu obligés de le faire. Pour nous, ce sont des métiers différents. Un artiste doit se concentrer sur la création, et être capable de s’entourer de professionnels, ne serait-ce que parce qu’il est difficile de tout faire, et de tout faire bien. Mais il est nécessaire d’acquérir des connaissances et des compétences pour comprendre l’environnement professionnel et son fonctionnement. Cela permet aux artistes de discuter avec ces professionnels, sur la stratégie, et d’apprécier leurs compétences. »


La multiactivité : l’artiste polyvalent


La multiplication des sources de revenus est déjà une voie travaillée depuis de nombreuses années. En témoignent le développement de la synchro, de l’endorsement, de l’association avec des marques… Mais ce sont des canaux, qui, tout aussi rémunérateurs qu’ils puissent être, ne sont pas toujours accessibles à tous les artistes, et là aussi, les possibilités se réduisent à mesure que se multiplient les projets. De plus en plus d’artistes se tournent donc vers une diversification de leur activité. Qui peut commencer simplement par exercer dans le secteur musical d’autres fonctions : jouer pour d’autres projets, devenir réalisateur artistique, producteur, éditeur ou tourneur, prendre la direction artistique d’un lieu, d’un label, d’un festival, s’impliquer dans des syndicats, des organismes, des fédérations… Bref, mettre à profit les connaissances acquises et le réseau créé pendant la carrière d’artiste pour se "réorienter" professionnellement dans la filière.

Comme l’explique Stéphane Riva, « nous essayons de transmettre la notion de multiactivité. Un artiste, il va en studio, il est sur scène, il crée, mais il accompagne aussi d’autres projets artistiques, il peut être enseignant, encadrer des projets de création, intervenir dans des actions culturelles, faire des master class…(…) C’est de plus en plus important dans les parcours des artistes. Ils en avaient sûrement moins besoin il y a 20 ans, parce que l’industrie se portait mieux, parce qu’ils étaient moins nombreux… Je ne sais pas s’il y a plus d’activités annexes, mais en tout cas elles sont plus prégnantes. En période de creux, ils donnaient peut-être déjà des cours ou participaient à des actions culturelles, mais aujourd’hui, s’ils ne le font pas, ils ne peuvent pas manger, même pour des artistes qui tournent beaucoup… C’est d’ailleurs assez inquiétant parfois. »

Si tout artiste s’intéresse le plus souvent en premier lieu à son projet artistique, ce qui apparaît somme toute comme logique, la dimension de la multiactivité interroge les professionnels de l’accompagnement sur leur pratique. Pour Stéphane Riva, « c’est là que les choses se complexifient pour des structures comme la Manufacture chanson. Qu’accompagne-t-on ? Qui aidons-nous à se développer ? Un artiste ou un projet artistique ? (…) Ce n’est pas du tout la même approche. »


Artistes-producteurs ou saltimbanques 3.0 ?


Dans la déstructuration-recomposition de l’écosystème musical, les artistes sont amenés à se professionnaliser plus tôt, plus vite, pour acquérir de solides connaissances et compétences sur tous les aspects qui touchent à la carrière. Se contenter d’une seule proposition artistique est difficilement tenable. Sans tomber non plus dans l’illusion de l’artiste qui peut tout faire seul, et exercer simultanément des métiers aussi variés qu’exigeants. Plus qu’à l’imposition d’un nouveau schéma d’émergence et de développement, c’est la coexistence de différents modèles qui semble la plus probable. Il y aura toujours des maisons de disques et des artistes-producteurs. Ces derniers ont d’ailleurs souvent recours à au moins un professionnel : un manager, un éditeur, un tourneur ou un booker… Mais il semble que les nouvelles générations d’artistes suivent beaucoup plus les modèles visant à l’indépendance financière, à l’autonomisation, même si l’objectif de beaucoup reste encore de trouver une maison de disques. Les besoins entraînés par ces évolutions, la filière en général, et les dispositifs d’accompagnement et les centres de formation professionnelle en particulier, tentent d’y apporter des réponses concrètes, en multipliant les offres et les aides sur la structuration professionnelle, tant d’un point de vue artistique qu’administratif et marketing.

Faut-il y voir un regain de liberté pour les artistes, qui, par la nécessité d’assumer une partie du travail en amont, reprennent la main sur la définition de leurs projets ? Ou juste une précarisation de leur condition ? Ou les deux ? Faut-il aller vers la formalisation d’incubateurs d’artistes, comme on incube aujourd’hui les startups de l’innovation ? Pour Philippe Albaret, c’est à un retour dans l’histoire que l’on assiste. « Nous sortons actuellement d’un accident historique : l’ère de l’industrie du disque, qui n’a duré finalement que 50 ans, de 1954 à 2004 environ. Nous retrouvons aujourd’hui l’état traditionnel de l’artiste, qui est celui de saltimbanque. Saltimbanco, en italien, veut dire sauter de banc en banc. L’artiste était celui qui ameutait son public, se produisait devant lui, et faisait passer son chapeau. Aujourd’hui, c’est la même chose, mais via Internet. L’artiste d’aujourd’hui est un saltimbanque 3.0, qui saute de réseau social en plateforme. »


Dossier réalisé par Romain Bigay

Article

LES ENTREPRISES DE SPECTACLE FACE À LA MUTATION
Opportunités et reconfiguration

Mi-octobre, le CNV rendait publique son étude socio-économique sur les entreprises de spectacle de variétés en 2012. Son nouveau directeur, Philippe Nicolas, a pris ses fonctions début septembre. Le même mois, le Prodiss, syndicat des producteurs, diffuseurs et salles de spectacles, livrait, à l’occasion de son assemblée générale, son rapport d’activité 2013-2014. L’occasion de balayer, avec eux, les dossiers d’actualités.

Comme nous vous présentions déjà dans un précédent focus, accompagnant la sortie de l’ouvrage de Gérome Guibert, le live fait face à des enjeux pluriels. Les profondes mutations structurelles à l’œuvre dans la filière musicale en redessinent les contours, modifient les relations entre les différents acteurs historiques, les nouveaux entrants et les autres acteurs de l’écosystème. Et si la révolution numérique est riche de promesses pour un secteur qui l’a encore peu investie, les risques sont réels.

Lors du dernier Midem, Jules Frutos, président du Prodiss, déclarait que « le spectacle vivant n’est plus le vassal de l’industrie phonographique ». Pour lui, le rééquilibrage en cours de l’écosystème musical — crise du disque oblige — doit permettre de rediscuter la répartition entre les deux branches, a fortiori dans l’hypothèse d’un établissement à vocation transversale selon l’objectif d’élargissement du CNV (Centre national de la chanson, des variétés et du jazz) annoncé par la précédente ministre de la Culture en janvier dernier. Dans son interview, Malika Séguineau, déléguée générale du syndicat de producteurs et diffuseurs de spectacle, insiste : « ce rôle de "locomotive" de la filière musicale et de variété, l’entrepreneur de spectacles l’assume pleinement désormais (…) De fait la bascule est faite, et les dispositifs doivent donc évoluer en conséquence au profit de la scène. Ce dynamisme de la scène ne pourra prendre sa pleine puissance que si certains freins au développement sont levés, et des leviers de croissance favorisés ». De fait, le poids économique du live est désormais plus important, comme le confirment les chiffres du CNV.


La dynamique en chiffres


Le dynamisme, c’est le premier aspect important que souligne l’étude publiée par le CNV sur Les entreprises de spectacle de variétés. 4 000 entreprises, pour plus d’1,5 milliard d’euros de chiffre d’affaires en 2012. Un poids non négligeable, puisqu’il représente un tiers du chiffre d’affaires du spectacle vivant marchand estimé par l’INSEE à 5,1 milliards d’euros (2012). En comparaison, il est supérieur au chiffre d’affaires de l’édition et de l’enregistrement phonographique estimé par l’INSEE à 1,1 milliard d’euros (2012). Et cette croissance augmente de +8% en moyenne par an sur la période 2008-2012.

Côté emploi, le spectacle vivant de variétés et de musiques actuelles totalise plus de 18 millions d’heures de travail salarié réparties à 50/50 entre salariés permanents et intermittents (CDD dits d’usage). Un chiffre en hausse de 5% en moyenne par an sur 2008-2012. Il représente plus de 10 000 emplois salariés en équivalent temps plein. Comme le souligne Philippe Nicolas, le spectacle vivant, en croissance, « est créateur d’artistes, de talents, de culture, mais aussi d’emplois non délocalisables ».


Des entreprises fragiles


Ce panorama pourrait porter à l’optimisme. Cependant, la situation économique et financière des entreprises est tout juste équilibrée. En effet, pour le panel d’entreprises étudiées, le résultat net comptable représente moins de 1% de leur chiffre d’affaires, et il a été divisé par 2 entre 2008 et 2012. Leur capacité d’autofinancement est très faible, et ne représente que 2% du chiffre d’affaires, en légère baisse sur la période de l’étude. Ces chiffres soulignent la précarisation du développement du secteur et de la pérennité des entreprises. Sur les 9 millions de résultats nets annoncés par le CNV, 120% de ce chiffre est réalisé par un petit nombre de producteurs et quelques salles générant plus de 5 millions de chiffres d’affaires. Ce qui veut dire que la moitié des structures sont en perte…

Pour Philippe Nicolas, directeur du CNV, « cet écosystème ne s’est pas créé tout seul, il n’est pas immortel. Si l’on n’y prend pas garde, son équilibre peut se trouver endommagé. Le résultat net est très faible, et en baisse : 9 millions d’euros sur 1,5 milliards, c’est à dire 0,6% du chiffre d’affaires. C’est inquiétant et cela ne permet pas de répondre aux enjeux cruciaux actuels d’investissement, de développement, de recherche de nouveaux talents ou de mutation numérique. Il convient donc d’être très vigilant dans les mois et les années à venir ». De même, l’emploi étant généré en grande partie par les petites structures, leur fragilisation, ainsi qu’un mouvement de concentration, pourraient impacter le dynamisme.

Dans le secteur de la diffusion de spectacles, comme ailleurs, les plus grosses entreprises tirent les chiffres à la hausse, masquant la réalité de la grande majorité des acteurs et soulevant la question de leur concentration : en 2012, 5% des entreprises réalisent 56% du chiffre d’affaires de la profession, tandis que les petites et moyennes entreprises (entre 100 K€ et 5 M€ de chiffres d’affaires) présentent un résultat d’exploitation négatif ou des marges beaucoup trop faibles pour investir ou faire face aux imprévus. C’est dans cette perspective que l’Ifcic est actuellement en train de finaliser la création d’un fonds de garantie additionnel dédié, constitué au profit du montage de grosses productions et d’un fonds d’avances remboursables pour l’aide au développement des TPE/PME avec un abondement du CNV. Pour Philippe Nicolas, « il s’agit d’ouvrir l’accès au marché bancaire pour des structures qui en sont traditionnellement exclues. L’étude économique et sociale montre des taux d’endettement des entreprises assez faibles par rapport à d’autres secteurs. Notamment parce que les banques ont du mal à appréhender le secteur du spectacle vivant. L’Ifcic est un sas d’accès au marché bancaire, primordial pour les entreprises de spectacle, qu’il s’agisse de soutenir la production ou de financer des investissements structurels, comme une mutation numérique ». Le dispositif, auquel sera associé le CNV, devrait être mis en place début 2015.


Une concentration qui s’accélère


Les chiffres de la diffusion 2013 du CNV viennent également appuyer ce constat d’une concentration du secteur qui s’amplifie. Après une année 2012 en demi-teinte, qui marquait le pas en termes de fréquentation et de billetterie, l’année 2013 affiche une nette croissance de la diffusion. Au total, 58 376 représentations ont été déclarées au CNV en 2013 au titre de la taxe fiscale pour une assiette de 738 millions d’euros. Sur ce total, on compte 51 000 représentations payantes (+6% par rapport à 2012), pour une valeur de 723 millions d’euros de recettes de billetterie (+13%). Ce sont les représentations de spectacles de forte notoriété, les concerts-événements et les tournées dans les lieux de grande jauge qui ont tiré la fréquentation (+9%) et la billetterie (+13%) à la hausse. Il a été observé à la fois une augmentation de ce type de spectacle, de leur fréquentation moyenne et de leur prix moyen d’accès.

Mais la diffusion de la majorité des spectacles en France est loin d’avoir connu une telle croissance. Les représentations dans les lieux de moyenne jauge connaissent une hausse nettement plus modérée, tandis que les petits lieux subissent une baisse de leurs recettes alors même qu’ils proposent plus de représentations. 60% des représentations payantes comptent moins de 200 entrées en France et 35% de 200 à 1 500 entrées. Elles sont proposées dans des lieux plus petits, dans leur majorité des salles spécialisées dans les musiques actuelles et variétés, mais aussi dans des salles pluridisciplinaires, polyvalentes… Et dans leurs rangs, aussi bien les lieux de type Smac que les salles de spectacle vivant pluridisciplinaires ont connu une relative stabilité tant en nombre de représentations qu’en fréquentation ou en billetterie.

Au total, la concentration du secteur s’accentue : parmi les 3 619 producteurs ou diffuseurs de spectacles, les 50 plus gros déclarants représentent 65% des recettes. Les 10 premiers spectacles représentent quant à eux 13% de la fréquentation et 25% des recettes. C’est pourquoi le CNV dresse un bilan contrasté, évoquant une bipolarisation entre gros et petits producteurs-diffuseurs. La scène musicale et de variété reste portée par le succès des grosses productions. Les spectacles d’artistes découvertes ou jeunes talents connaissent depuis 2006 une baisse de fréquentation, et de moyens budgétaires et humains. « C’est dans ce sens qu’il nous semble nécessaire, avec des dispositifs adaptés comme le crédit d’impôt spectacles, d’accompagner les mutations de la filière musicale avec une prise de risque dans le lancement de la carrière d’un artiste qui s’est reporté sur le producteur de spectacles. Enfin, éviter la concentration de tous les acteurs du secteur, c’est éviter la disparition des producteurs indépendants dynamiques », détaille ainsi Malika Séguineau.


Reconfiguration en cours : de nouveaux entrants


Le phénomène de concentration s’opère aussi autour de nouveaux entrants, venus d’autres secteurs, et bénéficiant d’une force de frappe conséquente. Le spectacle vivant, et plus largement le divertissement, sont des secteurs porteurs, dans lesquels ces nouveaux acteurs n’hésitent plus à investir. L’exemple de Marc Ladreit de Lacharrière en est l’archétype. Le fondateur de l’agence de notation Fitch, passé par L’Oréal et reconverti dans l’entertainment a créé, par touches successives mais rapides, via de multiples prises de participation (Gilbert Coullier, Vega, Auguri…) un ensemble qui balaye toute la chaîne du spectacle vivant : Fimalac. Ce qui fait dire à Sabine Langlade, éditorialiste aux Échos, dans un article [1] consacré à cette saga, « (qu’)en réunissant tous les maillons de la chaîne du spectacle, y compris les casinos du groupe Barrière, Lacharrière a industrialisé un secteur artisanal regroupé sous le panache de la langue française, une barrière à l’entrée comme une autre ». Et le développement n’est probablement pas terminé.

D’autres grandes entreprises multiactivité ont également investi le spectacle vivant, par le prisme de l’innovation, en particulier sur la billetterie. C’est le cas de Vivendi Ticketing, qui regroupe les activités de Digitick Group en France et de See Tickets au Royaume-Uni et aux États-Unis. Outre la fourniture aux salles de spectacles de plates-formes d’exploitation de services en propre de billetterie, les deux entreprises se sont spécialisées dans la vente et la distribution de billets pour des spectacles ainsi que des événements sportifs et culturels. Avec plus de 40 millions de billets vendus par an, et des clients comme la Tour Eiffel, le Palais de Versailles, Manchester City Football Club ou le Festival de Glastonbury, Vivendi Ticketing est également prestataire de services pour d’autres entités du groupe Vivendi comme Universal Music Group qui vend des billets pour et au nom de ses artistes. Avec l’avantage de récupérer à la fois de la valeur mais aussi de capter les nombreuses données personnelles liées. C’est pourquoi, sur la question de la billetterie, sous-traitée souvent à des prestataires (Digitick, Ticketnet, France Billet…) qui confisquent ainsi les données client, le Prodiss souhaite voir étendu le droit de propriété intellectuelle au partage des données. « Le Prodiss souhaite jouer un rôle de premier plan dans l’adoption du numérique par la scène musicale et de variété en France, mais le marché concentré autour de multinationales du Net nécessite la mise ne place de dispositifs permettant un rééquilibrage », précise ainsi Malika Séguineau.

L’arrivée de ces nouveaux entrants n’est pas liée qu’à un seul effet d’opportunité. Il est également lié à l’histoire et la structuration du secteur. Si celui-ci s’est créé et structuré à partir de la fin des années 70 à l’initiative d’entrepreneurs qui ont investi leur temps et leur argent, « nous sommes aujourd’hui à un moment charnière : beaucoup vont passer la main, et l’on va assister dans les années à venir à un changement de génération », explique Philippe Nicolas.


Le numérique : un champ de valeur à capter


Qui a récemment assisté à un concert a forcément constaté que les romantiques flammes de briquets d’antan ont aujourd’hui laissé place aux écrans de smartphones. Des pratiques déjà bien prises en compte par les entrepreneurs de spectacles, festivals en tête, qui ont investi les outils numériques pour informer le public et enrichir les concerts (applications mobiles, dispositifs d’interactivité…). Ce qui a permis également l’éclosion d’une quantité de startups proposant des services ou des outils liés au spectacle. Mais la quantité de photos et de vidéos qui se retrouvent, quasi en temps réel, déversée sur les plateformes et réseaux sociaux, sont encore aujourd’hui non prises en compte… Si les usages, comme bien souvent, précèdent le droit, des startups, comme Evergig, ont déjà saisi l’opportunité colossale qu’ils représentaient. C’est pourquoi le Prodiss (syndicat des producteurs, tourneurs, festivals et salles), dans son rapport d’activité 2013-2014, monte au créneau. Alors que de plus en plus de concerts sont retransmis sur Internet, cela ne rapporte rien aux producteurs qui ont pris le risque de les monter.

Le Prodiss a d’ailleurs réalisé une étude sur les innovations numériques propres au spectacle vivant. Et prépare un conclave sur le sujet en janvier prochain. Abordant les pratiques des acteurs et des publics, elle montre que le numérique constitue un enjeu de croissance pour les producteurs de spectacles, qu’il s’agisse d’enrichir les concerts ou les expériences utilisateurs, alors même que la diffusion des concerts en streaming se développe. Par exemple, les contenus issus du spectacle vivant représentent 22% des vidéos musicales sur Youtube (équivalant à 79 millions de vidéos), dont l’écrasante majorité (21,1%) provient de comptes non officiels. Il faut entendre par là qu’il s’agit de contenu non monétisé. Les vidéos musicales représentent d’ailleurs 13% des vidéos disponibles sur la plateforme (équivalant à 375 millions de vidéos), et sont les plus populaires, avec un nombre moyen de 40 000 vues par jour, devant les films et les séries.

On mesure là la conséquence d’un public des concerts de plus en plus connecté. 75% prennent des photos ou filment pendant un concert, 34% publient des photos sur les réseaux sociaux, et 33% recherchent des informations en temps réel sur l’événement. Outre la publication des images, le numérique permet de prolonger l’expérience du concert, en suivant les artistes sur les réseaux sociaux (34% des sondés), en commentant les spectacles (pour 19%)… 86% du public étant membre d’un réseau social.

C’est ce constat qui a renforcé le Prodiss dans sa volonté de réclamer un droit de propriété intellectuelle sur les captations. Pour Malika Séguineau, déléguée générale du Prodiss, elle appuie « la légitimité de réfléchir — comme la proposition numéro 38 du rapport Lescure le suggérait — à un droit sui generis pour les producteurs de spectacles », inclus dans les droits de propriété intellectuelle. L’étude de l’Inspection générale des affaires culturelles sur le sujet, menée par Philippe Chantepie et Muriel Genthon, pourrait déboucher sur des propositions concrètes, même si les réflexions semblent aujourd’hui au point mort. « Pour l’instant, le seul droit dont dispose le producteur de spectacles, c’est d’interdire l’accès du concert aux caméras », tonnait alors Jules Frutos lors du dernier Midem.

Ces questions, tout comme la mise en place d’un crédit d’impôt pour financer la découverte de jeunes talents et des aides à l’international, seront-elles reprises par les pouvoirs publics dans le projet de loi sur la création artistique ? Réponse au premier semestre 2015…


L’expérience allemande 


La question d’un droit de propriété intellectuelle pour les producteurs de spectacles a pris un tour nouveau récemment. La reconnaissance d’un droit voisin existe dans certains États membres de l’Union européenne. Par exemple, l’Allemagne dispose déjà d’une protection de ce type prévue par le § 81 de son Code de propriété intellectuelle.

Après près de 10 ans de travaux préparatoires, une société de gestion collective a été mise en place outre-Rhin en septembre 2014, la Gesellschaft zur Wahrnehmung von Veranstalterrechten (GWVR). Il s’agit d’une filiale de l’Association fédérale allemande des organisateurs de concert (Bundesverband der Veranstaltungswirtschaft, BDV). Pour le directeur de la GWVR, Johannes Ulbricht, « cela signifie que pour la première fois il y a une société de gestion collective en Allemagne qui perçoit des redevances concernant l’exploitation commerciale des enregistrements live et les distribue aux ayants droit (…) Cependant, notre travail ne fait que commencer, parce que maintenant nous aurons à établir les taux et les systèmes de distribution » [2].

Une nouvelle qui réjouit le Prodiss, même si le dispositif allemand comporte des différences par rapport au droit du producteur défendu par le syndicat. Malika Séguineau explique ainsi :« l’investissement du producteur est ici reconnu et protégé, et nous nous réjouissons de constater que les lignes évoluent en Europe sur ce sujet ».


Dossier réalisé par Romain Bigay

PUBLICITÉ

Interviews

"Le secteur culturel doit prendre l’initiative !"

La mise en place d’actions artistiques et culturelles à destination des publics scolaires amène à faire travailler ensemble acteurs de terrain, Éducation nationale et collectivités territoriales. Les espaces de rencontre et les projets se multiplient. Rencontre avec celles et ceux qui, au quotidien, accordent éducation et musiques actuelles.

Franck MICHAUT, directeur du Rif
Yves GUINCHAT, conseiller musique, rectorat de Créteil
François LAJUZAN, directeur des affaires culturelles, Tournefeuille
Patricia SARRANT, directrice de la communication du Snep, groupe "Pédagogie" TPLM
Thierry DUVAL, directeur du Cry, collectif RPM
Pauline MAUVE-BUCHPAN, Zebrock au bahut

>>Lire les interviews


Actions culturelles et artistiques en milieu scolaire, un bref panorama

Les acteurs et structures du secteur des musiques actuelles mènent depuis longtemps des actions d’éducation artistique et culturelle en direction des publics scolaires, de l’enseignement primaire jusqu’au supérieur. Les domaines d’action sont très variés, et se conjuguent la plupart du temps dans les projets, qui présentent tous plusieurs axes de travail. Mais le concert reste, dans la grande majorité des cas, le pivot central. Il en existe beaucoup, et de nombreux partenariats existent, localement ou à plus grande échelle, avec l’Éducation nationale. Il est donc impossible d’être exhaustif, et la typologie suivante se veut avant tout illustrative.

Patrimoine musical et contenus pédagogiques

En premier lieu, la découverte et l’ouverture artistique sont des dimensions présentes dans tous les projets. Faire découvrir des artistes, des interprètes, des esthétiques, valoriser le patrimoine musical sont des effets logiques et implicites, quand il ne s’agit pas de l’objectif premier. Music Prim, porté par TPLM, Francos Educ ou encore Zebrock au bahut sont des dispositifs qui travaillent cet aspect. Avec leurs spécificités, ils visent, à travers une sélection de titres, thématisée ou non, à fournir des contenus pédagogiques aux enseignants pour animer des séquences en classe. Zebrock au bahut propose un parcours de découverte de la chanson française. Chaque année, un thème est proposé. Pour 2015, il s’agit de "Chanson, tweet et liberté". L’opération est conçue sous la forme d’un concours autour d’un thème et repose sur la réalisation d’un travail écrit dans lequel les élèves questionnent les chansons et les musiques, les situent dans leur contexte historique, culturel et esthétique. Ils sont invités à formuler leur point de vue critique et argumenté en produisant un dossier personnel et un travail de groupe.

Music Prim, coconstruit avec la DGSCO et Canopée, vise à mettre à disposition gratuitement une sélection de titres accompagnés de fiches pédagogiques. Une plateforme, dont le contenu est enrichi chaque année (avec des vidéos sur les métiers de la musique, des informations sur l’offre légale disponible…) est accessible via un identifiant Éducation nationale. Si le projet s’adresse pour l’instant à l’enseignement primaire, « nous allons réfléchir, avec nos partenaires de l’Éducation nationale, à un nouvel outil de ce type destiné aux enseignants du secondaire » confie Patricia Sarrant, responsable communication du Snep et impliquée dans TPLM. 

Pionnier dans le domaine, Francos Educ propose chaque année depuis 1995 un nouveau thème autour d’une quinzaine de chansons dans un recueil pédagogique complet et pluridisciplinaire sous la forme d’un ouvrage composé d’un livret et d’un CD, accompagné d’un espace Internet. Ces documents sont offerts aux enseignants afin qu’ils abordent un cours ou une séquence sur la chanson. Les chansons y sont explorées par des regards pédagogique, littéraire, musicologique, historique, sociologique, journalistique et sont documentées (paroles, extraits de partition, biographie, références complémentaires en ligne).

La pratique instrumentale

Autre aspect développé par les actions d’éducation artistique, la pratique instrumentale. Si celle-ci est plus compliquée à mettre en place, de nombreux ateliers sont conçus pour permettre un contact des enfants avec les instruments de musique. Par exemple, Lutherie urbaine met en place chaque année des projets pédagogiques au sein d’établissements scolaires, de centres sociaux et de quartier. L’association programme des spectacles tout public et des ateliers de sensibilisation autour des pratiques de "la lutherie Sauvage", de l’expérimentation sonore et des pratiques musicales. La Cité de la musique propose également, en plus des concerts, spectacles, visites du musée, et d’une documentation riche sur la musique sous forme de ressources en ligne permettant d’accompagner l’enseignement (concerts filmés, outils d’écoute multimédia, dossiers pédagogiques…), des ateliers de pratique musicale.

Résidence d’artistes et création

Si les résidences d’artiste en milieu scolaire sont encore balbutiantes dans le secteur des musiques actuelles, la pratique commence à intéresser. Elle existe en arts plastiques, comme c’est le cas par exemple à Paris, à l’école Pierre Budin de la Goutte d’or, qui accueille chaque année un artiste plasticien en résidence (Claude Lévêque, Chourouk Hriech…). Multiplier les expériences de ce type est en tout cas une des volontés affichées par le Plan national d’éducation artistique et culturelle. Dans ce sens, les acteurs de la filière musicale entendent aussi jouer un rôle pour inscrire la création au sein des établissements scolaires. Créé récemment au sein de l’action culturelle de la Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique (Sacem), le pôle Éducation artistique et action culturelle solidaire lance cette année son premier programme d’aide à la création musicale en milieu scolaire. L’académie d’Aix-Marseille a été retenue comme académie pilote : 5 projets seront menés au sein d’écoles primaires et de collèges ZEP tout au long de l’année scolaire 2014 - 2015 : musiques du monde et hip hop, musique contemporaine et musiques urbaines, chanson, musique contemporaine et musique à l’image. Ils sont portés par des structures et des professionnels du secteur, sous la supervision d’Isabelle Tourtet, responsable musique à la Délégation académique à l’action culturelle (DAAC).

Prévention et santé

L’action artistique et culturelle ne se limite pas aux projets liés à la création ou à la diffusion, mais aborde aussi la musique sous d’autres aspects. Tout d’abord, celui de la gestion sonore et de la prévention des risques auditifs. Dans ce domaine, Peace&Lobe est un projet remarquable. Créé par le Rif, en partenariat avec l’académie de Versailles, Agi-son, la Région Ile-de-France et l’Agence régionale de santé, le spectacle a pour but de sensibiliser les adolescents, de la quatrième à la terminale, aux risques auditifs liés aux musiques amplifiées. Précédé en classe d’une phase d’initiation et de découverte des thématiques abordées, le dispositif peut se poursuivre quelques semaines après le spectacle, par le retour en classe d’un des musiciens pour reprendre les messages de prévention. En parallèle, une campagne de dépistage auditif à destination des élèves ayant suivi l’opération peut être mise en place. Comme l’explique Franck Michaut, du Rif, « cette problématique de santé publique, encore largement sous-estimée, est aussi une entrée pour permettre un travail en classe avec les élèves sur la question des musiques actuelles, leur histoire, leur diversité, leurs enjeux sociaux, sociétaux et technologiques ».

Découverte des métiers et bonnes pratiques numériques

Autre aspect largement travaillé, la découverte des métiers de la musique. Si les visites de lieux sont la plupart du temps l’occasion d’aborder cette thématique, certaines actions y sont spécifiquement dédiées. C’est le cas de la réalisation et de la diffusion du film documentaire Les 1001 métiers de la musique, réalisé par TPLM. L’association porte également un autre axe de travail fort : la sensibilisation aux bonnes pratiques en matière de musique numérique. Cette année, en partenariat avec l’ESML et les plateformes de streaming, TPLM offrira quelques centaines de codes d’accès à leurs services premium pour une durée de 3 mois. Ceux-ci seront distribués pendant les sessions parents/enfants. Pour Patricia Sarrant, « si l’initiative nous apporte de bons retours, on réfléchira à une action de plus grande ampleur. L’idée est de sensibiliser les parents et les enfants ». Le travail de pédagogie pour lutter contre la consommation illicite de musique est aussi au cœur du projet de Carte M’ra. Distribuée auprès de 250 000 jeunes de 15 à 25 ans de la région Rhône-Alpes, elle regroupe des avantages dans différents domaines : culture, sport, littérature, contraception, transport. Pour la musique, 10 titres sont en téléchargement gratuit pour chaque détenteur, à choisir sur 1d-rhonealpes.com. Ou comment mixer découverte de la production musicale indépendante et pédagogie sur l’offre légale.

Si le détail des initiatives présentées ici appuie sur un aspect particulier des projets, beaucoup intègrent de multiples dimensions. Le travail en classe se prolonge souvent avec des visites de lieux, la participation à des concerts, des rencontres avec des artistes ou des professionnels… Comme c’est le cas par exemple pour le Jeu de l’ouïe, de l’Association Trans Musicales.

Les actions menées sont diverses, allant des interventions ponctuelles à des projets au long cours. Il faut également ajouter à ce panorama le travail réalisé par les médiathèques et les écoles de musique, ainsi que le rôle très important des dumistes. L’intervention directe dans les écoles est également depuis longtemps un complément de revenus important pour les artistes, avec les nombreux problèmes de salariat que cela peut poser. La tendance actuelle semble plutôt être à la construction de projets, en partenariat avec des lieux ou des structures.


Le Collectif RPM

Depuis 1998, le Collectif RPM met en réseau des structures à rayonnement départemental ou régional conduisant une mission d’intérêt général en direction des musiciens. Ces structures s’inscrivent dans une démarche d’ouverture pédagogique, de recherche et d’analyse sur les pratiques actuelles de la musique.

Le Collectif RPM offre donc un espace de concertation nationale permanent sur le sujet de l’enseignement, de l’accompagnement et de la formation des musiciens à partir de visions partagées sur la diversité des modes d’apprentissage de la musique.

Aujourd’hui, le Collectif RPM regroupe une vingtaine de membres, structures ou personnes physiques qui interviennent dans le champ de la pédagogie et de l’enseignement. Le collectif réunit aussi bien des musiciens intervenants, des porteurs de projets que des chercheurs et des universitaires.

>>En savoir plus


Interviews

"C’est l’accompagnement à la professionnalisation qui est aujourd’hui primordial"

Responsables de dispositifs d’accompagnement ou de centres de formation professionnelles pour les artistes, ils exposent leur vision de ce que signifie être un artiste aujourd’hui. Et détaillent les évolutions dans les réponses qu’ils apportent au quotidien aux besoins actuels pour favoriser l’entrée dans le métier, et surtout professionnaliser les artistes. Pour que carrière rime le moins possible avec éphémère.

Julien SOULIÉ, directeur du Fair
Philippe ALBARET, directeur pédagogique du Studio des variétés
Emilie YAKICH, directrice de production, le Chantier des Francos
Stéphane RIVA, directeur de l’ACP-Manufacture chanson
Adrien MARCHAND, chef de projet Ricard SA Live music

>> Lire les interviews


INTERVIEWS

"Le spectacle vivant est aujourd’hui à un moment charnière"

Deux acteurs majeurs du spectacle vivant nous ont accordé de longs entretiens, afin d’aborder l’actualité du secteur : mutations économiques, transition numérique, évolution du droit, nouveaux dispositifs de soutien, Ifcic, déplafonnement de la taxe, droit voisin pour les producteurs… Autant de sujets sur lesquels le CNV et le Prodiss entendent agir pour favoriser le développement d’un secteur en pleine montée en puissance.

(c) Valérie Guillien

Philippe NICOLAS
Directeur du Centre national de la chanson, des variétés et du jazz (CNV)

« les acteurs souhaitent que le CNV joue un rôle central dans le spectacle vivant, voire plus largement dans la sphère musicale »

« La profession doit réellement prendre les questions numériques à bras-le-corps, pour capter à son profit la manne qui lui revient. Il ne faut plus attendre, il faut y aller. »

« Cet écosystème ne s’est pas créé tout seul, il n’est pas immortel. Si l’on n’y prend pas garde, son équilibre peut se trouver endommagé »

>> Lire l’interview


Malika SEGUINEAU
Déléguée générale du Prodiss

« Le Prodiss souhaite jouer un rôle de premier plan dans l’adoption du numérique par la scène musicale et de variété en France »

« Ce rôle de locomotive de la filière musicale et de variété, l’entrepreneur de spectacles l’assume pleinement »

« Le producteur de spectacles est dépourvu de protection juridique quant à la diffusion de ses créations sur Internet. Alors même qu’il joue un rôle fondamental dans la carrière de l’artiste, il est le seul acteur économique à ne pas avoir vu un droit de propriété protéger ses investissements »

>>Lire l’interview


IRMA : Centre d'information et de ressources pour les musiques actuellesInformations légalesRégie publicitaireNous contacterPlan du siteRSS 2.0