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Focus du mois

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ARTISTES, ACCOMPAGNEMENT ET PROFESSIONNALISATION : entrer (et rester) dans la carrière en 2015

Reconfiguration de l’écosystème musical, difficultés des labels, montée en puissance de l’autoproduction, révolution numérique et des moyens de communication… Être artiste en 2015, ce n’est plus se contenter d’une simple proposition artistique, c’est aussi assumer une partie de son développement. Plus nombreux, mieux formés, mieux équipés, les artistes d’aujourd’hui ont à leur disposition tous les leviers pour entrer dans la carrière. Mais encore faut-il y rester… La filière en général et les dispositifs d’accompagnement et les structures de formation en particulier ont suivi cette évolution et tentent d’apporter des réponses à ces nouveaux besoins.

Liverpool. Fin des années 50. Un jeune homme arpente les rues, guitare à la main. Son pas est preste, il a rendez-vous de l’autre côté de la ville. Il s’est débrouillé pour apprendre deux accords, mais un ami d’ami doit lui en montrer d’autres, pour qu’il puisse étoffer son jeu. Il s’appelle Paul McCartney. La suite, on la connaît. Poitiers. 2013. Jabberwocky (le groupe, pas le poème de Lewis Caroll), composé de trois étudiants en médecine, poste sur le web un titre, "Photomaton", produit par le label Pain surprise. Repéré par Nova, mis en synchro sur une pub Peugeot, il se vendra 100 000 exemplaires du single, et le groupe signera en édition chez Universal.

En 60 ans, le monde a changé… La société dans son ensemble a changé. Le niveau moyen d’étude a progressé, la révolution numérique et des moyens de communication est passée par là, l’économie et le marketing sont montés en puissance… Le secteur musical en a été transformé : crise du support physique, développement de l’autoproduction, démocratisation de la pratique musicale, multiplication et professionnalisation des écoles, explosion des cours particuliers, offre pléthorique de tutoriels, vidéos, partitions en ligne, baisse du prix des instruments et plus grande accessibilité des moyens de production avec les home studios… Ajoutons à cela l’omniprésence des réseaux sociaux, qui a transformé en profondeur les canaux de découverte, il ne manquait que la dimension financière pour que les projets artistiques soient potentiellement autosuffisants. C’est désormais possible grâce aux plateformes de crowdfunding, avatars 2.0 des campagnes de souscription.

Et, cause et conséquence à la fois, les artistes ont changé. Ils sont plus nombreux, mieux formés, mieux équipés, mais sortir de la masse n’est pas plus aisé. Et s’il apparaît plus facile d’entrer dans la filière, le turn-over est plus rapide, et installer une carrière dans la durée semble bien plus compliqué. Jabberwocky aura-t-il la longévité des Beatles ? Rien n’est moins sûr… « Il est paradoxalement plus facile de rentrer dans la filière aujourd’hui, il suffit d’un titre qui cartonne, plébiscité par le public via les réseaux sociaux, mais aussi bien plus facile de vite tomber dans l’oubli. Les dispositifs de repérage ont toujours leur utilité, mais c’est l’accompagnement à la professionnalisation qui est aujourd’hui primordial », souligne Julien Soulié, directeur du Fair. Le discours est le même pour Stéphane Riva, directeur de l’ACP Manufacture chanson : « il y a aujourd’hui pléthore de dispositifs d’accompagnement qui agissent sur l’entrée dans le métier. Il y a donc énormément d’artistes qui rentrent, mais qui ne restent pas, ou très peu de temps. On essaye donc de travailler sur la notion de parcours professionnel, de carrière, et sur les façons de les sécuriser. »

Pour Adrien Marchand, chef de projet pour Ricard SA Live Music, « l’ère de l’artiste un peu autiste qui ne veut pas entendre parler de l’aspect « business » de la musique est révolue (…) les groupes doivent plus que jamais être conscients de tous les aspects extra-musicaux et être capables de tout faire eux-mêmes ». Leur accompagnement a d’ailleurs totalement été repensé cette année, en proposant au lauréat une offre à 360°, permettant de couvrir tous les aspects du développement. La filière en général et les dispositifs d’accompagnement et les structures de formation en particulier, évoluent et tentent d’apporter des réponses à ces nouveaux besoins.


Faire émerger ou accompagner la professionnalisation ?


Le marché de la musique enregistrée est en difficulté, les labels sont exsangues. Eux qui assumaient (et continuent à assumer, mais plus difficilement) la découverte et le développement des nouveaux talents. Les artistes doivent donc arriver avec des projets aboutis, ficelés, avec du contenu pour la communication, et une fanbase déjà constituée… Ils doivent de plus en plus assurer eux-mêmes le travail initial d’amorçage. La qualité technique des créations a également fortement augmenté. Les maquettes enregistrées "à l’arrache" en guitare-voix ont laissé place aux préproductions plus léchées. Et les DA signent des projets déjà mixés, voire masterisés. Pour Philippe Albaret, directeur du Studio des variétés, c’est tout l’environnement professionnel des musiques actuelles qui s’en trouve transformé. « Par le passé, du temps de l’économie, un artiste allait premièrement voir un label qui puisse être intéressé par son projet. Le label allait ensuite chercher un éditeur, ou prenait les éditions, on enregistrait l’album, puis on trouvait un tourneur qui organisait des dates pour la promotion de l’album. C’était le schéma classique. Aujourd’hui, dans un premier temps, l’artiste doit tout faire tout seul. Pour faire simple, s’il n’y a pas 15 000 likes ou 100 000 vues de clip, les professionnels s’engageront plus difficilement. Il faut une fanbase suffisante et un travail déjà réalisé. La moitié du parcours, l’artiste la fait tout seul. »

Pour les artistes, il ne s’agit donc plus seulement d’être repérés, d’émerger, mais d’être accompagnés pour réaliser ce travail initial, et pour leur permettre de répondre aux exigences minimum qui leur permettront de se développer en attendant d’accrocher un ou des partenaires professionnels. Et la filière en prend conscience. L’Adami, la Sacem, ou encore le FCM aident non seulement l’autoproduction, mais ont des lignes dédiées à la promotion. Il y a quelques semaines, Laurent Rossi, président du FCM, qui vient de réformer ses programmes en les ouvrant aux autoproduits, nous expliquait : « cette ouverture va dans le sens de la marche. Aujourd’hui, le développement se fait aussi beaucoup en autoproduction. Les producteurs interviennent comme accélérateurs de particules. En témoignent des groupes comme Fauve ou Klingande. »

Cette nécessité d’être plus abouti pour les émergents, mais aussi d’être toujours sur la brèche ou de se renouveler pour les artistes plus établis, entraîne des besoins en formation et en accompagnement. Car cela ne concerne pas uniquement les projets en démarrage. Pour Philippe Albaret, « l’accompagnement concerne aussi les artistes en milieu de carrière. Nous voyons passer beaucoup de gens qui ont de bonnes notoriétés, parfois très bonnes, et qui viennent pour revisiter leur projet. Eux aussi doivent repenser leur carrière, revoir les schémas qu’ils ont connus du temps de l’économie florissante de la musique pour les adapter au fonctionnement actuel du secteur. D’autant plus aujourd’hui, dans un secteur qui a beaucoup changé, les besoins en accompagnement et en formation concernent tous les artistes. »


Être professionnel avant de le devenir ?


C’est presque un non-sens, et pourtant, il en va aujourd’hui de l’artiste comme du jeune diplômé à la recherche de son premier emploi : il doit savoir (presque) tout faire avant même de commencer à travailler… L’artiste doit donc si possible produire des préproductions de bonne qualité, donc maîtriser un minimum l’enregistrement, mais aussi avoir une expérience scénique solide. Pour aider ses lauréats à s’équiper en matériel, le Fair a d’ailleurs cette année formalisé un partenariat avec le distributeur Woodbrass. Les stages de formation autour de la prise de son et du travail en studio sont désormais des incontournables des centres de formation professionnelle. Fournir des prestations scéniques de qualité est aussi un quasi impératif. D’autant plus dans un secteur où le poids du live dans les revenus est en augmentation, pour les émergents comme pour de nombreux artistes établis. Tout cela permet de se constituer une fanbase et d’accrocher l’attention des professionnels.

Pionnier en la matière, le Chantier des Francos propose à ses lauréats un travail approfondi de coaching scène. « Le temps, c’est ce que les artistes en développement ont le moins, et ce dont ils ont souvent le plus besoin. Aujourd’hui, on leur demande d’être professionnels et efficaces tout de suite. On écoute deux titres, on voit un clip, et on veut qu’ils soient prêts à jouer la semaine suivante et qu’ils enflamment les foules. Ils doivent quasiment déjà maîtriser la scène, alors qu’il est de plus en plus difficile de faire des concerts. Le réseau des cafés concerts, malgré les initiatives intéressantes de ces dernières années, n’est pas au mieux, et les autres types de scènes ne leurs sont pas accessibles… Comment et où peuvent-ils se faire la main ? » interroge Emilie Yakich, la directrice de production du Chantier des Francos.

Si le Chantier des Francos pratique le coaching depuis maintenant 17 ans, c’est une activité en plein essor. Justement parce que l’on demande aux artistes, plus nombreux, d’être performants dès le démarrage, et tout au long de leur carrière. Il faut toujours être au top, et se renouveler. Le coaching, encore vu d’un mauvais œil ou d’un œil interrogateur il y a quelques années, s’est banalisé. Et il est plébiscité par les émergents comme par les confirmés. « Il y a quelques années, les artistes étaient plus réticents, ils se demandaient si on n’allait pas les changer, modifier leur musique, etc. Accepter, et même solliciter un regard extérieur, est quelque chose d’assez nouveau pour les artistes, même si nous, nous le faisons depuis longtemps déjà » explique ainsi Emilie Yakich.

Le développement du coaching représente également une opportunité professionnelle, principale ou de complément, pour de plus en plus d’artistes. Si les dispositifs les plus importants font appel à des personnalités au parcours reconnu, c’est aussi une activité florissante pour des chanteurs et musiciens qui ne trustent pas le haut de l’affiche. Entre diversification, envie de transmission et opportunités de revenus, en fonction des profils et des notoriétés. « C’est pour cela que nous faisons désormais de la formation de formateurs, pour les professeurs de chant et les intervenants scène. Il y a une forte demande sur ces formations. On voit de plus en plus d’artistes qui interviennent dans les dispositifs d’accompagnement aux artistes en démarrage », confirme Philippe Albaret.


Marketing du projet et image de soi


L’économie de l’attention, boostée aux réseaux sociaux et dopée à l’ultra-communication, exige des artistes bien plus que simplement produire des albums et faire des concerts. Ils doivent également porter une attention particulière au marketing de leur projet, et travailler leur image. Avoir de bonnes chansons, c’est essentiel, mais proposer un univers, c’est encore mieux. « Aujourd’hui, les artistes doivent être plus précis dans la définition et dans le marketing de leur projet (…) D’ailleurs, un des stages phares du Studio, c’est celui sur la structuration professionnelle, dans lequel on travaille entre autres beaucoup la spécification du projet artistique, son identification en termes de communication, au contact de professionnels du secteur » explique ainsi Philippe Albaret.

Outre le positionnement, la définition de l’identité sonore et visuelle, il faut aussi proposer le plus souvent possible du contenu : interviews, clips, vidéos de concert… Cela nécessite de savoir parler aux médias, d’où la présence renforcée des sessions de media training, mais aussi d’être en capacité de gérer la communication sur le web, en direct avec le public. Pour Emilie Yakich, « un artiste aujourd’hui ne peut pas ne pas se poser la question de l’image. C’est pour cela que nous faisons à la fois des sessions sur la communication, l’utilisation des réseaux sociaux, et que nous aidons aussi les artistes à produire du contenu ». De même, le Fair entend réfléchir à consacrer une partie de la bourse allouée aux lauréats à la production de contenu. Les besoins en formations sur la communication web sont importants, tout comme la nécessité de disposer d’attachés de presse spécialisés et de community managers. Alors que les labels ont eux-mêmes encore tendance à concentrer leurs efforts sur les médias traditionnels, ne laissant au web que des queues de budget.

Ces nouveaux besoins en communication et marketing ont également entraîné la création d’agences spécialisées dans le label services mais aussi de plus en plus dans l’artist services (DBTH ou Nüagency par exemple). Sans aller comme certains jusqu’à recourir à des entreprises d’e-réputation, l’externalisation de ces fonctions, pour les labels comme pour les autoproduits, est de plus en plus fréquente.


Éphémère is the new carrière : passe d’abord ton master !


Faire un titre qui marche, c’est déjà compliqué. Les places sont chères, et majors et indépendants ne peuvent absorber toute la qualité artistique française. Alors faire carrière… La prise de conscience du caractère de plus en plus éphémère d’une carrière entraîne des changements d’attitudes. Beaucoup de jeunes artistes ne se consacrent pas uniquement à la musique. Il n’est pas rare de les voir poursuivre en parallèle leurs études, ou conserver leur emploi, au moins partiellement (sans parler de ceux, nombreux, qui n’ont d’autres choix que de compléter leurs revenus par un travail "alimentaire"). Pour Julien Soulié, ils sont lucides : « ils savent que leur carrière ne va peut-être durer que quelques années, qu’ils ne feront peut-être pas ça toute leur vie. Beaucoup mènent leurs études en parallèle. Au Fair, il y a des doctorants, des bac + 5, des architectes… Pour les plus jeunes, ce sont aussi les parents qui poussent en ce sens. Ce n’est plus "passe ton bac d’abord", mais "passe ton master d’abord" ! »


Maîtriser l’environnement professionnel


Autre conséquence, la volonté et/ou la nécessité de se prendre en mains, qui se matérialise par un plus grand intérêt des artistes pour les à-côtés de la carrière. Signe des temps, ils semblent avoir plus une âme d’entrepreneur. Pas nécessairement pour tout assumer, mais simplement pour comprendre et être en capacité de faire les bons choix, mais aussi pour envisager une multiplication des sources de revenus potentiels. Si la carrière est courte, autant la rentabiliser au maximum, pour faire simple… et Julien Soulié de poursuivre : « il y a une fibre entrepreneuriale chez les artistes qui était moins présente par le passé. Être son propre producteur, c’est un métier, et de plus en plus d’artistes sont prêts à s’investir. Ils sont en tout cas très preneurs d’informations. C’est notre rôle de les accompagner dans cette professionnalisation. »

La demande en information et en formation sur l’environnement professionnel, si elle n’est pas nouvelle, est de plus en plus forte. C’est d’ailleurs une des bases de la création de la Gam, qui entend informer et défendre les intérêts des artistes. Et aujourd’hui cette dimension est quasiment systématiquement intégrée aux dispositifs d’accompagnement. Comme l’explique Stéphane Riva, « l’artiste a besoin et doit comprendre le métier. Contrairement à d’autres, nous ne les incitons pas à créer leur propre structure, à devenir leur propre producteur, même s’ils sont souvent un peu obligés de le faire. Pour nous, ce sont des métiers différents. Un artiste doit se concentrer sur la création, et être capable de s’entourer de professionnels, ne serait-ce que parce qu’il est difficile de tout faire, et de tout faire bien. Mais il est nécessaire d’acquérir des connaissances et des compétences pour comprendre l’environnement professionnel et son fonctionnement. Cela permet aux artistes de discuter avec ces professionnels, sur la stratégie, et d’apprécier leurs compétences. »


La multiactivité : l’artiste polyvalent


La multiplication des sources de revenus est déjà une voie travaillée depuis de nombreuses années. En témoignent le développement de la synchro, de l’endorsement, de l’association avec des marques… Mais ce sont des canaux, qui, tout aussi rémunérateurs qu’ils puissent être, ne sont pas toujours accessibles à tous les artistes, et là aussi, les possibilités se réduisent à mesure que se multiplient les projets. De plus en plus d’artistes se tournent donc vers une diversification de leur activité. Qui peut commencer simplement par exercer dans le secteur musical d’autres fonctions : jouer pour d’autres projets, devenir réalisateur artistique, producteur, éditeur ou tourneur, prendre la direction artistique d’un lieu, d’un label, d’un festival, s’impliquer dans des syndicats, des organismes, des fédérations… Bref, mettre à profit les connaissances acquises et le réseau créé pendant la carrière d’artiste pour se "réorienter" professionnellement dans la filière.

Comme l’explique Stéphane Riva, « nous essayons de transmettre la notion de multiactivité. Un artiste, il va en studio, il est sur scène, il crée, mais il accompagne aussi d’autres projets artistiques, il peut être enseignant, encadrer des projets de création, intervenir dans des actions culturelles, faire des master class…(…) C’est de plus en plus important dans les parcours des artistes. Ils en avaient sûrement moins besoin il y a 20 ans, parce que l’industrie se portait mieux, parce qu’ils étaient moins nombreux… Je ne sais pas s’il y a plus d’activités annexes, mais en tout cas elles sont plus prégnantes. En période de creux, ils donnaient peut-être déjà des cours ou participaient à des actions culturelles, mais aujourd’hui, s’ils ne le font pas, ils ne peuvent pas manger, même pour des artistes qui tournent beaucoup… C’est d’ailleurs assez inquiétant parfois. »

Si tout artiste s’intéresse le plus souvent en premier lieu à son projet artistique, ce qui apparaît somme toute comme logique, la dimension de la multiactivité interroge les professionnels de l’accompagnement sur leur pratique. Pour Stéphane Riva, « c’est là que les choses se complexifient pour des structures comme la Manufacture chanson. Qu’accompagne-t-on ? Qui aidons-nous à se développer ? Un artiste ou un projet artistique ? (…) Ce n’est pas du tout la même approche. »


Artistes-producteurs ou saltimbanques 3.0 ?


Dans la déstructuration-recomposition de l’écosystème musical, les artistes sont amenés à se professionnaliser plus tôt, plus vite, pour acquérir de solides connaissances et compétences sur tous les aspects qui touchent à la carrière. Se contenter d’une seule proposition artistique est difficilement tenable. Sans tomber non plus dans l’illusion de l’artiste qui peut tout faire seul, et exercer simultanément des métiers aussi variés qu’exigeants. Plus qu’à l’imposition d’un nouveau schéma d’émergence et de développement, c’est la coexistence de différents modèles qui semble la plus probable. Il y aura toujours des maisons de disques et des artistes-producteurs. Ces derniers ont d’ailleurs souvent recours à au moins un professionnel : un manager, un éditeur, un tourneur ou un booker… Mais il semble que les nouvelles générations d’artistes suivent beaucoup plus les modèles visant à l’indépendance financière, à l’autonomisation, même si l’objectif de beaucoup reste encore de trouver une maison de disques. Les besoins entraînés par ces évolutions, la filière en général, et les dispositifs d’accompagnement et les centres de formation professionnelle en particulier, tentent d’y apporter des réponses concrètes, en multipliant les offres et les aides sur la structuration professionnelle, tant d’un point de vue artistique qu’administratif et marketing.

Faut-il y voir un regain de liberté pour les artistes, qui, par la nécessité d’assumer une partie du travail en amont, reprennent la main sur la définition de leurs projets ? Ou juste une précarisation de leur condition ? Ou les deux ? Faut-il aller vers la formalisation d’incubateurs d’artistes, comme on incube aujourd’hui les startups de l’innovation ? Pour Philippe Albaret, c’est à un retour dans l’histoire que l’on assiste. « Nous sortons actuellement d’un accident historique : l’ère de l’industrie du disque, qui n’a duré finalement que 50 ans, de 1954 à 2004 environ. Nous retrouvons aujourd’hui l’état traditionnel de l’artiste, qui est celui de saltimbanque. Saltimbanco, en italien, veut dire sauter de banc en banc. L’artiste était celui qui ameutait son public, se produisait devant lui, et faisait passer son chapeau. Aujourd’hui, c’est la même chose, mais via Internet. L’artiste d’aujourd’hui est un saltimbanque 3.0, qui saute de réseau social en plateforme. »


Dossier réalisé par Romain Bigay

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LES ENTREPRISES DE SPECTACLE FACE À LA MUTATION
Opportunités et reconfiguration

Mi-octobre, le CNV rendait publique son étude socio-économique sur les entreprises de spectacle de variétés en 2012. Son nouveau directeur, Philippe Nicolas, a pris ses fonctions début septembre. Le même mois, le Prodiss, syndicat des producteurs, diffuseurs et salles de spectacles, livrait, à l’occasion de son assemblée générale, son rapport d’activité 2013-2014. L’occasion de balayer, avec eux, les dossiers d’actualités.

Comme nous vous présentions déjà dans un précédent focus, accompagnant la sortie de l’ouvrage de Gérome Guibert, le live fait face à des enjeux pluriels. Les profondes mutations structurelles à l’œuvre dans la filière musicale en redessinent les contours, modifient les relations entre les différents acteurs historiques, les nouveaux entrants et les autres acteurs de l’écosystème. Et si la révolution numérique est riche de promesses pour un secteur qui l’a encore peu investie, les risques sont réels.

Lors du dernier Midem, Jules Frutos, président du Prodiss, déclarait que « le spectacle vivant n’est plus le vassal de l’industrie phonographique ». Pour lui, le rééquilibrage en cours de l’écosystème musical — crise du disque oblige — doit permettre de rediscuter la répartition entre les deux branches, a fortiori dans l’hypothèse d’un établissement à vocation transversale selon l’objectif d’élargissement du CNV (Centre national de la chanson, des variétés et du jazz) annoncé par la précédente ministre de la Culture en janvier dernier. Dans son interview, Malika Séguineau, déléguée générale du syndicat de producteurs et diffuseurs de spectacle, insiste : « ce rôle de "locomotive" de la filière musicale et de variété, l’entrepreneur de spectacles l’assume pleinement désormais (…) De fait la bascule est faite, et les dispositifs doivent donc évoluer en conséquence au profit de la scène. Ce dynamisme de la scène ne pourra prendre sa pleine puissance que si certains freins au développement sont levés, et des leviers de croissance favorisés ». De fait, le poids économique du live est désormais plus important, comme le confirment les chiffres du CNV.


La dynamique en chiffres


Le dynamisme, c’est le premier aspect important que souligne l’étude publiée par le CNV sur Les entreprises de spectacle de variétés. 4 000 entreprises, pour plus d’1,5 milliard d’euros de chiffre d’affaires en 2012. Un poids non négligeable, puisqu’il représente un tiers du chiffre d’affaires du spectacle vivant marchand estimé par l’INSEE à 5,1 milliards d’euros (2012). En comparaison, il est supérieur au chiffre d’affaires de l’édition et de l’enregistrement phonographique estimé par l’INSEE à 1,1 milliard d’euros (2012). Et cette croissance augmente de +8% en moyenne par an sur la période 2008-2012.

Côté emploi, le spectacle vivant de variétés et de musiques actuelles totalise plus de 18 millions d’heures de travail salarié réparties à 50/50 entre salariés permanents et intermittents (CDD dits d’usage). Un chiffre en hausse de 5% en moyenne par an sur 2008-2012. Il représente plus de 10 000 emplois salariés en équivalent temps plein. Comme le souligne Philippe Nicolas, le spectacle vivant, en croissance, « est créateur d’artistes, de talents, de culture, mais aussi d’emplois non délocalisables ».


Des entreprises fragiles


Ce panorama pourrait porter à l’optimisme. Cependant, la situation économique et financière des entreprises est tout juste équilibrée. En effet, pour le panel d’entreprises étudiées, le résultat net comptable représente moins de 1% de leur chiffre d’affaires, et il a été divisé par 2 entre 2008 et 2012. Leur capacité d’autofinancement est très faible, et ne représente que 2% du chiffre d’affaires, en légère baisse sur la période de l’étude. Ces chiffres soulignent la précarisation du développement du secteur et de la pérennité des entreprises. Sur les 9 millions de résultats nets annoncés par le CNV, 120% de ce chiffre est réalisé par un petit nombre de producteurs et quelques salles générant plus de 5 millions de chiffres d’affaires. Ce qui veut dire que la moitié des structures sont en perte…

Pour Philippe Nicolas, directeur du CNV, « cet écosystème ne s’est pas créé tout seul, il n’est pas immortel. Si l’on n’y prend pas garde, son équilibre peut se trouver endommagé. Le résultat net est très faible, et en baisse : 9 millions d’euros sur 1,5 milliards, c’est à dire 0,6% du chiffre d’affaires. C’est inquiétant et cela ne permet pas de répondre aux enjeux cruciaux actuels d’investissement, de développement, de recherche de nouveaux talents ou de mutation numérique. Il convient donc d’être très vigilant dans les mois et les années à venir ». De même, l’emploi étant généré en grande partie par les petites structures, leur fragilisation, ainsi qu’un mouvement de concentration, pourraient impacter le dynamisme.

Dans le secteur de la diffusion de spectacles, comme ailleurs, les plus grosses entreprises tirent les chiffres à la hausse, masquant la réalité de la grande majorité des acteurs et soulevant la question de leur concentration : en 2012, 5% des entreprises réalisent 56% du chiffre d’affaires de la profession, tandis que les petites et moyennes entreprises (entre 100 K€ et 5 M€ de chiffres d’affaires) présentent un résultat d’exploitation négatif ou des marges beaucoup trop faibles pour investir ou faire face aux imprévus. C’est dans cette perspective que l’Ifcic est actuellement en train de finaliser la création d’un fonds de garantie additionnel dédié, constitué au profit du montage de grosses productions et d’un fonds d’avances remboursables pour l’aide au développement des TPE/PME avec un abondement du CNV. Pour Philippe Nicolas, « il s’agit d’ouvrir l’accès au marché bancaire pour des structures qui en sont traditionnellement exclues. L’étude économique et sociale montre des taux d’endettement des entreprises assez faibles par rapport à d’autres secteurs. Notamment parce que les banques ont du mal à appréhender le secteur du spectacle vivant. L’Ifcic est un sas d’accès au marché bancaire, primordial pour les entreprises de spectacle, qu’il s’agisse de soutenir la production ou de financer des investissements structurels, comme une mutation numérique ». Le dispositif, auquel sera associé le CNV, devrait être mis en place début 2015.


Une concentration qui s’accélère


Les chiffres de la diffusion 2013 du CNV viennent également appuyer ce constat d’une concentration du secteur qui s’amplifie. Après une année 2012 en demi-teinte, qui marquait le pas en termes de fréquentation et de billetterie, l’année 2013 affiche une nette croissance de la diffusion. Au total, 58 376 représentations ont été déclarées au CNV en 2013 au titre de la taxe fiscale pour une assiette de 738 millions d’euros. Sur ce total, on compte 51 000 représentations payantes (+6% par rapport à 2012), pour une valeur de 723 millions d’euros de recettes de billetterie (+13%). Ce sont les représentations de spectacles de forte notoriété, les concerts-événements et les tournées dans les lieux de grande jauge qui ont tiré la fréquentation (+9%) et la billetterie (+13%) à la hausse. Il a été observé à la fois une augmentation de ce type de spectacle, de leur fréquentation moyenne et de leur prix moyen d’accès.

Mais la diffusion de la majorité des spectacles en France est loin d’avoir connu une telle croissance. Les représentations dans les lieux de moyenne jauge connaissent une hausse nettement plus modérée, tandis que les petits lieux subissent une baisse de leurs recettes alors même qu’ils proposent plus de représentations. 60% des représentations payantes comptent moins de 200 entrées en France et 35% de 200 à 1 500 entrées. Elles sont proposées dans des lieux plus petits, dans leur majorité des salles spécialisées dans les musiques actuelles et variétés, mais aussi dans des salles pluridisciplinaires, polyvalentes… Et dans leurs rangs, aussi bien les lieux de type Smac que les salles de spectacle vivant pluridisciplinaires ont connu une relative stabilité tant en nombre de représentations qu’en fréquentation ou en billetterie.

Au total, la concentration du secteur s’accentue : parmi les 3 619 producteurs ou diffuseurs de spectacles, les 50 plus gros déclarants représentent 65% des recettes. Les 10 premiers spectacles représentent quant à eux 13% de la fréquentation et 25% des recettes. C’est pourquoi le CNV dresse un bilan contrasté, évoquant une bipolarisation entre gros et petits producteurs-diffuseurs. La scène musicale et de variété reste portée par le succès des grosses productions. Les spectacles d’artistes découvertes ou jeunes talents connaissent depuis 2006 une baisse de fréquentation, et de moyens budgétaires et humains. « C’est dans ce sens qu’il nous semble nécessaire, avec des dispositifs adaptés comme le crédit d’impôt spectacles, d’accompagner les mutations de la filière musicale avec une prise de risque dans le lancement de la carrière d’un artiste qui s’est reporté sur le producteur de spectacles. Enfin, éviter la concentration de tous les acteurs du secteur, c’est éviter la disparition des producteurs indépendants dynamiques », détaille ainsi Malika Séguineau.


Reconfiguration en cours : de nouveaux entrants


Le phénomène de concentration s’opère aussi autour de nouveaux entrants, venus d’autres secteurs, et bénéficiant d’une force de frappe conséquente. Le spectacle vivant, et plus largement le divertissement, sont des secteurs porteurs, dans lesquels ces nouveaux acteurs n’hésitent plus à investir. L’exemple de Marc Ladreit de Lacharrière en est l’archétype. Le fondateur de l’agence de notation Fitch, passé par L’Oréal et reconverti dans l’entertainment a créé, par touches successives mais rapides, via de multiples prises de participation (Gilbert Coullier, Vega, Auguri…) un ensemble qui balaye toute la chaîne du spectacle vivant : Fimalac. Ce qui fait dire à Sabine Langlade, éditorialiste aux Échos, dans un article [1] consacré à cette saga, « (qu’)en réunissant tous les maillons de la chaîne du spectacle, y compris les casinos du groupe Barrière, Lacharrière a industrialisé un secteur artisanal regroupé sous le panache de la langue française, une barrière à l’entrée comme une autre ». Et le développement n’est probablement pas terminé.

D’autres grandes entreprises multiactivité ont également investi le spectacle vivant, par le prisme de l’innovation, en particulier sur la billetterie. C’est le cas de Vivendi Ticketing, qui regroupe les activités de Digitick Group en France et de See Tickets au Royaume-Uni et aux États-Unis. Outre la fourniture aux salles de spectacles de plates-formes d’exploitation de services en propre de billetterie, les deux entreprises se sont spécialisées dans la vente et la distribution de billets pour des spectacles ainsi que des événements sportifs et culturels. Avec plus de 40 millions de billets vendus par an, et des clients comme la Tour Eiffel, le Palais de Versailles, Manchester City Football Club ou le Festival de Glastonbury, Vivendi Ticketing est également prestataire de services pour d’autres entités du groupe Vivendi comme Universal Music Group qui vend des billets pour et au nom de ses artistes. Avec l’avantage de récupérer à la fois de la valeur mais aussi de capter les nombreuses données personnelles liées. C’est pourquoi, sur la question de la billetterie, sous-traitée souvent à des prestataires (Digitick, Ticketnet, France Billet…) qui confisquent ainsi les données client, le Prodiss souhaite voir étendu le droit de propriété intellectuelle au partage des données. « Le Prodiss souhaite jouer un rôle de premier plan dans l’adoption du numérique par la scène musicale et de variété en France, mais le marché concentré autour de multinationales du Net nécessite la mise ne place de dispositifs permettant un rééquilibrage », précise ainsi Malika Séguineau.

L’arrivée de ces nouveaux entrants n’est pas liée qu’à un seul effet d’opportunité. Il est également lié à l’histoire et la structuration du secteur. Si celui-ci s’est créé et structuré à partir de la fin des années 70 à l’initiative d’entrepreneurs qui ont investi leur temps et leur argent, « nous sommes aujourd’hui à un moment charnière : beaucoup vont passer la main, et l’on va assister dans les années à venir à un changement de génération », explique Philippe Nicolas.


Le numérique : un champ de valeur à capter


Qui a récemment assisté à un concert a forcément constaté que les romantiques flammes de briquets d’antan ont aujourd’hui laissé place aux écrans de smartphones. Des pratiques déjà bien prises en compte par les entrepreneurs de spectacles, festivals en tête, qui ont investi les outils numériques pour informer le public et enrichir les concerts (applications mobiles, dispositifs d’interactivité…). Ce qui a permis également l’éclosion d’une quantité de startups proposant des services ou des outils liés au spectacle. Mais la quantité de photos et de vidéos qui se retrouvent, quasi en temps réel, déversée sur les plateformes et réseaux sociaux, sont encore aujourd’hui non prises en compte… Si les usages, comme bien souvent, précèdent le droit, des startups, comme Evergig, ont déjà saisi l’opportunité colossale qu’ils représentaient. C’est pourquoi le Prodiss (syndicat des producteurs, tourneurs, festivals et salles), dans son rapport d’activité 2013-2014, monte au créneau. Alors que de plus en plus de concerts sont retransmis sur Internet, cela ne rapporte rien aux producteurs qui ont pris le risque de les monter.

Le Prodiss a d’ailleurs réalisé une étude sur les innovations numériques propres au spectacle vivant. Et prépare un conclave sur le sujet en janvier prochain. Abordant les pratiques des acteurs et des publics, elle montre que le numérique constitue un enjeu de croissance pour les producteurs de spectacles, qu’il s’agisse d’enrichir les concerts ou les expériences utilisateurs, alors même que la diffusion des concerts en streaming se développe. Par exemple, les contenus issus du spectacle vivant représentent 22% des vidéos musicales sur Youtube (équivalant à 79 millions de vidéos), dont l’écrasante majorité (21,1%) provient de comptes non officiels. Il faut entendre par là qu’il s’agit de contenu non monétisé. Les vidéos musicales représentent d’ailleurs 13% des vidéos disponibles sur la plateforme (équivalant à 375 millions de vidéos), et sont les plus populaires, avec un nombre moyen de 40 000 vues par jour, devant les films et les séries.

On mesure là la conséquence d’un public des concerts de plus en plus connecté. 75% prennent des photos ou filment pendant un concert, 34% publient des photos sur les réseaux sociaux, et 33% recherchent des informations en temps réel sur l’événement. Outre la publication des images, le numérique permet de prolonger l’expérience du concert, en suivant les artistes sur les réseaux sociaux (34% des sondés), en commentant les spectacles (pour 19%)… 86% du public étant membre d’un réseau social.

C’est ce constat qui a renforcé le Prodiss dans sa volonté de réclamer un droit de propriété intellectuelle sur les captations. Pour Malika Séguineau, déléguée générale du Prodiss, elle appuie « la légitimité de réfléchir — comme la proposition numéro 38 du rapport Lescure le suggérait — à un droit sui generis pour les producteurs de spectacles », inclus dans les droits de propriété intellectuelle. L’étude de l’Inspection générale des affaires culturelles sur le sujet, menée par Philippe Chantepie et Muriel Genthon, pourrait déboucher sur des propositions concrètes, même si les réflexions semblent aujourd’hui au point mort. « Pour l’instant, le seul droit dont dispose le producteur de spectacles, c’est d’interdire l’accès du concert aux caméras », tonnait alors Jules Frutos lors du dernier Midem.

Ces questions, tout comme la mise en place d’un crédit d’impôt pour financer la découverte de jeunes talents et des aides à l’international, seront-elles reprises par les pouvoirs publics dans le projet de loi sur la création artistique ? Réponse au premier semestre 2015…


L’expérience allemande 


La question d’un droit de propriété intellectuelle pour les producteurs de spectacles a pris un tour nouveau récemment. La reconnaissance d’un droit voisin existe dans certains États membres de l’Union européenne. Par exemple, l’Allemagne dispose déjà d’une protection de ce type prévue par le § 81 de son Code de propriété intellectuelle.

Après près de 10 ans de travaux préparatoires, une société de gestion collective a été mise en place outre-Rhin en septembre 2014, la Gesellschaft zur Wahrnehmung von Veranstalterrechten (GWVR). Il s’agit d’une filiale de l’Association fédérale allemande des organisateurs de concert (Bundesverband der Veranstaltungswirtschaft, BDV). Pour le directeur de la GWVR, Johannes Ulbricht, « cela signifie que pour la première fois il y a une société de gestion collective en Allemagne qui perçoit des redevances concernant l’exploitation commerciale des enregistrements live et les distribue aux ayants droit (…) Cependant, notre travail ne fait que commencer, parce que maintenant nous aurons à établir les taux et les systèmes de distribution » [2].

Une nouvelle qui réjouit le Prodiss, même si le dispositif allemand comporte des différences par rapport au droit du producteur défendu par le syndicat. Malika Séguineau explique ainsi :« l’investissement du producteur est ici reconnu et protégé, et nous nous réjouissons de constater que les lignes évoluent en Europe sur ce sujet ».


Dossier réalisé par Romain Bigay

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Interviews

"C’est l’accompagnement à la professionnalisation qui est aujourd’hui primordial"

Responsables de dispositifs d’accompagnement ou de centres de formation professionnelles pour les artistes, ils exposent leur vision de ce que signifie être un artiste aujourd’hui. Et détaillent les évolutions dans les réponses qu’ils apportent au quotidien aux besoins actuels pour favoriser l’entrée dans le métier, et surtout professionnaliser les artistes. Pour que carrière rime le moins possible avec éphémère.

Julien SOULIÉ, directeur du Fair
Philippe ALBARET, directeur pédagogique du Studio des variétés
Emilie YAKICH, directrice de production, le Chantier des Francos
Stéphane RIVA, directeur de l’ACP-Manufacture chanson
Adrien MARCHAND, chef de projet Ricard SA Live music

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INTERVIEWS

"Le spectacle vivant est aujourd’hui à un moment charnière"

Deux acteurs majeurs du spectacle vivant nous ont accordé de longs entretiens, afin d’aborder l’actualité du secteur : mutations économiques, transition numérique, évolution du droit, nouveaux dispositifs de soutien, Ifcic, déplafonnement de la taxe, droit voisin pour les producteurs… Autant de sujets sur lesquels le CNV et le Prodiss entendent agir pour favoriser le développement d’un secteur en pleine montée en puissance.

(c) Valérie Guillien

Philippe NICOLAS
Directeur du Centre national de la chanson, des variétés et du jazz (CNV)

« les acteurs souhaitent que le CNV joue un rôle central dans le spectacle vivant, voire plus largement dans la sphère musicale »

« La profession doit réellement prendre les questions numériques à bras-le-corps, pour capter à son profit la manne qui lui revient. Il ne faut plus attendre, il faut y aller. »

« Cet écosystème ne s’est pas créé tout seul, il n’est pas immortel. Si l’on n’y prend pas garde, son équilibre peut se trouver endommagé »

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Malika SEGUINEAU
Déléguée générale du Prodiss

« Le Prodiss souhaite jouer un rôle de premier plan dans l’adoption du numérique par la scène musicale et de variété en France »

« Ce rôle de locomotive de la filière musicale et de variété, l’entrepreneur de spectacles l’assume pleinement »

« Le producteur de spectacles est dépourvu de protection juridique quant à la diffusion de ses créations sur Internet. Alors même qu’il joue un rôle fondamental dans la carrière de l’artiste, il est le seul acteur économique à ne pas avoir vu un droit de propriété protéger ses investissements »

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